President (paquebot)
Le SS President est un paquebot britannique, le plus grand navire du monde lorsqu'il est mis en service en 1840, et le plus grand navire à passagers du monde de 1840 à 1841. Sa mauvaise conception et sa motorisation insuffisante en font un bateau peu performant et sensible au roulis. En , il disparaît en mer avec 136 personnes à bord, devenant le premier navire à vapeur à couler sur la route transatlantique. La compagnie propriétaire du navire, la British and American Steam Navigation Company, s'effondre à la suite de la disparition.
| President | |
Carte postale commémorative du President. | |
| Type | Paquebot transatlantique |
|---|---|
| Histoire | |
| Quille posée | |
| Lancement | |
| Mise en service | |
| Statut | Disparu dans une tempête en |
| Équipage | |
| Commandant | Robert J. Fayrer Michael Macarthy Keane Richard Roberts |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 243 pi (74,1 m) |
| Maître-bau | 41 pi (12,5 m) |
| Tonnage | 2 350 tjb |
| Propulsion | Trois mâts et deux roues à aubes |
| Puissance | 600 chevaux |
| Vitesse | 8,5 nœuds |
| Caractéristiques commerciales | |
| Ponts | 3 |
| Passagers | 154 |
| Carrière | |
| Propriétaire | British and American Steam Navigation Company |
| Armateur | British and American Steam Navigation Company |
| Pavillon | |
| Port d'attache | Liverpool |
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Contexte
modifierLa compagnie maritime British and American SNC voit très tôt la nécessité de traversées fréquentes et le besoin d'une flotte de paquebots pour leur nouveau service transatlantique, de courrier et de passagers. Le plan décrit dans le prospectus de la compagnie maritime British and American SNC prévoit la mise en service de quatre navires de 1 200 tonneaux de jauge brute sur la ligne Londres - New York avec des départs bimensuels dans chaque sens[1]. Dès la livraison de la première unité de la ligne, le British Queen, compagnie commande le President. Le plan prévoit qu'à partir de 1840, soit le Président, soit le British Queen se rendra chaque mois à New York[2].
Développement et conception
modifierLe paquebot President est, comme le British Queen, conçu par Macgregor Laird et construit par Curling and Young de Londres.
Caractéristiques
modifierLe President est le plus grand navire du monde lorsqu'il est mis en service en 1840[2],[3]. Son tonnage brut est supérieur de 500 GRT (soit plus de 25 %) par rapport au British Queen, qui détenait jusque là le record de taille. Le President est surtout plus de deux fois plus grand que les navires de la classe Britannia de la compagnie rivale, la Cunard Line, dont les trois premiers sont également mis en service en 1840. L'important tonnage du President est réalisé en ajoutant un troisième pont à la conception du British Queen[1].
Le President est aménagé pour 154 passagers. Il est le plus grand navire à passagers du monde de 1840 à 1841[4].
La coque du President est en bois et divisée en compartiments étanches.
Aménagements
modifierLe President est un paquebot réputé pour ses intérieurs luxueux, qui contrastent fortement avec les aménagements plus sobres de la flotte de Cunard. La compagnie souhaite que ses passagers aient l'impression d'être dans un hôtel de luxe plutôt qu'en mer. Le salon mesure 80 × 14 pi (24,4 × 10,4 m) et est de style néo-gothique Tudor. Le couloir situé à l'arrière des cabines ordinaires abrite une galerie de tableaux, avec dix peintures à l'huile représentant des scènes de la vie de Christophe Colomb. Les cabines standard peuvent accueillir 110 passagers et, dans les cabines des domestiques, 44 autres à l'avant. Les cabines standard à deux couchettes mesurent 7 × 7 pi (2,1 × 2,1 m). Sa décoration extérieure comprend une figure de proue de George Washington[1].
Historique
modifierDéception du voyage inaugural
modifierLe voyage inaugural du President en dure 16 jours et demi et sa vitesse moyenne n'est que de 8,4 nd (15,6 km/h)[2] en comparaison du record de 9,52 nd (17,6 km/h) établi par le Great Western[5]. Sous le commandement de Robert J. Fayrer[6], le President quitte le Mersey avec peu de passagers car le Great Western et l'Acadia de la Cunard sont partis la semaine précédente[1]. Son voyage retour se fait aussi à seulement 8,4 nd (15,6 km/h)[2] loin du record du Great Western (10,17 nd (18,8 km/h))[5]. Le capitaine du President est blâmé pour la piètre performance et remplacé par Michael Macarthy Keane[7].
Confirmation avec le deuxième voyage
modifierCependant, la durée du deuxième voyage n'est pas meilleure. Quittant New York City, le President ne peut parcourir que 300 miles en quatre jours et retourne à l'Hudson pour se réapprovisionner. À son arrivée à Liverpool, son voyage de décembre est annulé et il est réaménagé[8]. Son capitaine est à nouveau remplacé[2].
Problèmes de conception et de brevet
modifierLa coque en bois du President s'avère bien moins performante que celle du Great Western ou des nouveaux navires de la Cunard Line. Après seulement deux voyages aller-retour, il doit être remis en état après que des mers agitées aient fragilisé et déformé sa coque.
Le President est lourd en haut et roule excessivement est construit avec un troisième pont au-dessus d'une coque aux dimensions de ligne de flottaison presque identiques à celles du British Queen[1].
Rapporté à sa taille, le President est également sous-motorisé. Une publicité de indique 600 chevaux de force[8]. De ce fait, ses temps de traversée en 1840 sont décevants. Ce sont les plus lents de tous les paquebots transatlantiques jusqu'alors.
La British American ne réussissant pas à obtenir les droits d'utilisation du modèle breveté, ce problème s'aggrave en 1841. Après son deuxième voyage aller-retour et pour éviter le litige, la compagnie retire les pales de mise en drapeau du Président et les remplace par des aubes non orientables. Des essais menés en 1830 ont démontré que le réglage en drapeau des pales améliorait la vitesse de 25 % en eau calme et de plus de 50 % en mer agitée[2].
Troisième et dernier voyage
modifierParti de Liverpool en février, sous le commandement du capitaine Richard Roberts, le troisième voyage du President vers l'ouest, en direction de New York, dure 21 jours.
« The steamer President … She brought a heavy cargo of merchandize, estimated to be five hundred of thousand pounds value. »
« Le vapeur « Président »… Elle transportait une importante cargaison de marchandises, d’une valeur estimée à cinq cent mille livres sterling. »

Le paquebot appareille pour son voyage de retour le avec 136 passagers et membres d'équipage ainsi qu'un important manifeste de cargaison, pour compenser son roulis. Le President essuie une tempête et est aperçu, lors de son deuxième jour en mer, peinant à naviguer dans une mer agitée dans la zone dangereuse située entre les hauts-fonds de Nantucket et le banc de Saint-Georges[2],[10]. On ne l'a plus jamais revu. Parmi les passagers se trouvait le révérend George Grimston Cookman, ancien aumônier du Sénat des États-Unis et le populaire acteur comique irlandais Tyrone Power, qui était l'arrière-grand-père de la star de cinéma du même nom[11].
La disparition du navire fait la une des journaux et la surveillance du navire se prolonge pendant des mois. La reine reine Victoria demande qu'un messager spécial lui soit envoyé s'il y avait des nouvelles du navire[1],[12],[13].
« In March 1841 the liner, SS President, then reputedly the largest steamship in the world, disappeared without trace in the vast tracts of the still wintry Atlantic, sometime after leaving New York en route for Liverpool. The SS President was the first steamship to founder on the transatlantic run and there was universal lamentation for the 136 crew and passengers. »
« En , le paquebot SS President, alors considéré comme le plus grand navire à vapeur du monde, disparut sans laisser de traces dans l'immensité de l'Atlantique encore plongé dans l'hiver, peu après avoir quitté New York à destination de Liverpool. Le SS President fut le premier navire à vapeur à sombrer lors d'une traversée transatlantique et la douleur fut unanime face au sort tragique des 136 membres d'équipage et passagers. »
Lors de l'enquête menée devant le consul britannique le , le capitaine Cole du paquebot Orpheus déclare que lorsqu'il a aperçu le President pour la dernière fois, celui-ci s'élevait au-dessus d'une mer déchaînée, tanguant violemment et peinant énormément à naviguer. Il se trouvait alors dans cette zone dangereuse de l'océan Atlantique, à mi-chemin entre le banc de Nantucket et le banc de Saint-Georges, là où le Gulf Stream rencontre les sondages et où les vagues s'élèvent presque à la verticale et atteignent la hauteur d'un immeuble de quatre ou cinq étages. Il ajoute qu'il est convaincu que le President n'a pas survécu à la tempête, mais a coulé avec tout son équipage et que tous ont péri avant le coucher du soleil le , soit moins de vingt-quatre heures après l'avoir aperçu pour la dernière fois, très probablement dans la terrible nuit du .
La compagnie propriétaire du navire, la British and American Steam Navigation Company, s'effondre à la suite de la disparition[2].
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierNotes
modifier- ↑ La légende de la photographie en couleurs montrant le navire dans la tempête se lit comme suit : « Le navire à vapeur President, le plus grand du monde, Lieut. Roberts, RN, Commandant de son dernier voyage de New York à Liverpool. Vu pour la dernière fois depuis le paquebot Orpheus, Capt. Cole, lors de la terrible tempête du 12 mars 1841 à 15 heures, Lat. 39, 46 - Long. 71 cap NE par E. cap compas Est. ».
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Fox 2004
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Gibbs 1957, p. 37–41
- ↑ Roland, Bolster et Keyssar 2008
- 1 2 (en) Robb Robinson, « The Cookman Story: Reform in Hull and the United States » [archive du ], sur FAR HORIZONS – to the ends of the Earth, Maritime Historical Studies Centre, University of Hull, (consulté le )
- 1 2 Kludas 2002
- ↑ The Liverpool Mercury, 28/02/1840.
- ↑ The Manchester Courier, 03/10/1840.
- 1 2 Le Commerce, 12/11/1840, p. 4.
- ↑ Geneva Courier, 09/03/1841, p. 3.
- ↑ Rochester Republican, 27/04/1841, p. 3.
- ↑ Western New-York, 12/05/1841, p. 3.
- ↑ Plattsburgh Republican, 15/05/1841, p. 2.
- ↑ Otsego Republican, 13/09/1841, p. 2.
Bibliographie
modifier- (en) Stephen Fox, Transatlantic: Samuel Cunard, Isambard Brunel and the Great Atlantic Streamships, Topeka Bindery, (ISBN 9780060195953, lire en ligne
) - (en) Charles Robert Vernon Gibbs, Passenger Liners of the Western Ocean: A Record of Atlantic Steam and Motor Passenger Vessels from 1838 to the Present Day, John De Graff, (lire en ligne), p. 37–41
- (en) Arnold Kludas, Record breakers of the North Atlantic, Blue Riband Liners 1838–1953, Londres, Chatham, (ISBN 1-57488-458-1)
- (en) Alex Roland, W. Jeffrey Bolster et Alexander Keyssar, The way of the ship : America's maritime history reenvisioned, 1600-2000, Hoboken (N.J.), John Wiley and Sons, , 521 p. (ISBN 9780470136003, lire en ligne)
- (en) « The steamship President (TITRE A VERIFIER) », The Liverpool Mercury,
- (en) « The steamship President (TITRE A VERIFIER) », The Manchester Courier,
- (en) « Foreign news », Geneva Courier, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- (en) « Postscript », Rochester Republican, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- (en) « Arrival of the Britannia ! The steamer President », Western New-York, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- (en) « The steamer President », Plattsburgh Republican, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- (en) « Otsego Republican by I.K. Williams, editor », Otsego Republican, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- « Navigation à la vapeur pour les Etats-Unis (publicité) », Le Commerce, , p. 4 (lire en ligne, consulté le )