Prion bleu
Halobaena caerulea
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Procellariiformes |
| Famille | Procellariidae |
Le Prion bleu (Halobaena caerulea) ou Pétrel bleu est une espèce d'oiseaux marins de la famille des Procellariidae qui vit dans la région subantarctique.
Son plumage est blanc en dessous et gris-bleu pâle au-dessus, avec une ligne sombre qui forme un M de la pointe des ailes au bas du dos. Le bout de sa queue est blanc, ce qui permet de le distinguer de toutes les autres espèces de prions.
Son aire de répartition est vaste : il se reproduit dans les îles subantarctiques, notamment les îles Kerguelen, Crozet et du Prince-Édouard, mais aussi sur l'île Macquarie, en Géorgie du Sud, dans les îles Diego Ramirez et sur l'île Gough.
Le Prion bleu se reproduit dans de grandes colonies, en sympatrie avec plusieurs autres espèces de prions. Il creuse un terrier qui lui sert de nid, sous des touffes d'herbe dense. Les couples sont monogames et produisent un seul œuf, pondu entre octobre et décembre, puis ils élèvent leur petit entre un mois et demi et deux mois.
Bien que le Prion bleu ne soit pas considéré comme une espèce en danger, il est menacé par les espèces introduites dans les îles où il se reproduit, principalement le chat et la souris grise. Les œufs et les poussins sont les plus à risque. Ils ont également des prédateurs naturels, l'Otarie de Kerguelen (Arctocephalus gazella) et le Labbe antarctique (Stercorarius antarcticus).
Le Prion bleu est la seule espèce de genre Halobaena et est proche des prions du genre Pachyptila. C'est une espèce monotypique.
Description
modifierDimensions et plumage
modifierLe Prion bleu est un oiseau de mer au plumage blanc en dessous et gris-bleu pâle au-dessus. Vu de dessus, avec les ailes déployées, son plumage forme un M sombre caractéristique de la pointe des ailes au bas du dos[1],[2]. Le sommet de sa tête, sa nuque et les côtés du cou sont gris sombre, contrastant avec le front et la face globalement blanc, à part le tour des yeux plus sombre[2]. Son bec est noir[1]. Sa queue est carrée, avec une pointe blanche caractéristique[2]. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel ni de variations saisonnières chez cette espèce[2]. Les juvéniles diffèrent des adultes seulement par leur front plus cendré et une teinte brune en dessous du corps[2].
Il pèse en moyenne 200 g (estomac vide) pour une envergure de 62 à 71 cm[1],[3],[4]. La mue a lieu en dehors de la période de reproduction, de février à avril, et dure entre 83 et 131 jours[5].
Vocalisations
modifierDepuis leurs terriers, les Prions bleus répondent aux vocalisations de leurs congénères restés à l'extérieur. Les ornithologues qui les étudient se servent d'enregistrements qu'ils diffusent à l'entrée des terriers pour savoir s'ils sont occupés[6]. Cette technique a notamment été utilisés lors de recensements sur les îles Marion et Gough[6].
Espèces ressemblantes
modifierLe Prion bleu peut être confondu avec d'autres prions. Il est un peu plus grand, avec un plumage plus contrasté. Son vol est moins erratique et il effectue souvent de longues glissades planées au-dessus des vagues[2]. La pointe blanche de sa queue permet de l'identifier puisqu'elle n'est présente chez aucune autre espèce de prion[2].
Répartition et habitat
modifierRépartition
modifierLe Prion bleu a une aire de répartition vaste qui s'étend dans toute la région subantarctique, comme plusieurs autres espèces de prions[7],[2]. Il se reproduit dans les îles subantarctiques de l'Océan Indien (archipel Crozet, îles Kerguelen, île Marion, Îles du Prince-Édouard), au large de l'Australie (île Macquarie) et de l'Amérique du Sud (Géorgie du Sud, îles Diego Ramirez)[7],[2],[3].
Une colonie est découverte en 2014 sur l'île Gough, soit bien plus au nord que son aire de reproduction connue jusque là, qui se limite à une bande assez étroite autour front polaire antarctique[6]. La période de reproduction y est plus tardive que dans les îles subantarctiques[6].
Les Prions bleus s'éloignent peu de leur site de nidification et beaucoup y retournent en hiver. Les individus non-reproducteurs se dispersent plus vers le nord, généralement jusqu'au 40e ou au 30e parallèle sud, voire jusqu'au 20e parallèle sud au large du Pérou[2]. Des observations ont lieu assez régulièrement au large de l'Amérique du Sud, de l'Afrique du Sud et de l'Australie, surtout de mai à octobre[2].
Habitat
modifierLes îles où se reproduisent les Prions bleus sont couvertes d'une végétation basse, en dessous de laquelle ils creusent leurs terriers. Sur l'île Gough, l'habitat de prédilection est couvert de touffes d'herbes (Scirpus, Acaena, Spartina arundinacea)[6]. Le Prion bleu partage son habitat avec d'autres espèces d'oiseaux marins nichant en colonies, comme le Pétrel géant (Macronectes giganteus) et des prions du genre Pachyptila[6].
Écologie et comportement
modifierAlimentation
modifierLe Prion bleu se nourrit en majorité de crustacés et de poissons, ainsi que de calmars et de salpes en petite proportion[8]. Autour des Kerguelen, sa proie la plus fréquente est un petit crustacé, Themisto gaudichaudii (en), suivi par le krill (genres Thysanoessa et Euphausia)[8]. Cependant, bien que les petits crustacés soient les proies les plus fréquentes et nombreuses, ce sont les poissons qui représentent le plus de masse (Gempylidae, Myctophidae, Melamphaidae)[9].
Durant la période de nourrissage des poussins, les Prions bleus effectuent des voyages courts (1 à 3 jours) ou longs (6 à 8 jours) à la recherche de nourriture, et rapportent des proies différentes selon la longueur du voyage[10]. Durant les longs voyages, ils peuvent voler à plus de 1 000 km autour de leur site de reproduction[11]. Cette stratégie de recherche de nourriture a été étudiée chez de nombreuses autres espèces d'oiseaux Procellariiformes[12].
Relations avec d'autres espèces
modifierLe Prion bleu partage son aire de répartition avec plusieurs espèces d'oiseaux marins. Dans les îles Kerguelen, il se reproduit en sympatrie avec le Prion colombe (Pachyptila turtur), le Prion de Belcher (Pachyptila belcheri) et le Prion de la Désolation (Pachyptila desolata)[11]. Ces différentes espèces ont chacune leur habitat privilégié et ne se reproduisent pas toutes au même moment : le Prion bleu se reproduit avant les autres, alors que le Prion de la Désolation se reproduit le dernier, plus d'un mois après les autres[13]. Bien qu'ils chassent dans les mêmes zones, leurs proies principales varient en proportion et leurs régimes alimentaires se complètent : le régime du Prion bleu est surtout composé de krill, à la différence du Prion de la Désolation et du Prion de Forster (Pachyptila vittata) qui se nourrissent principalement de copépodes[14],[13].
Sur l'île Mayes, le Prion bleu creuse son terrier sous une végétation très dense, en zone tourbeuse, alors que le Prion de Belcher niche dans des zones rocheuses à végétation clairsemée[15]. En revanche, l'entrée de son terrier est très sembable à celle du Prion de Forster, ce qui les rend difficile à distinguer[6].
Reproduction
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Les Prions bleus se reproduisent dans des colonies qu'ils rejoignent en septembre, au printemps austral. Ils nichent dans des terriers, sous une végétation basse[6]. Leurs colonies sont denses et peuvent compter un grand nombre d'individus[16].
Les partenaires sont monogames[3]. Au début de la période de reproduction, ils commencent par nettoyer leurs terriers avant la ponte, qui a lieu d'octobre à début décembre[5],[2],[6].
Le couple produit un seul œuf qui mesure environ 5 cm de long pour 3,5 à 4 cm de large et pèse une quarantaine de grammes au moment de la ponte[5],[3]. L'incubation dure une cinquantaine de jours, puis les parents élèvent leur petit. Ils le nourrissent la nuit, après des sorties en mer plus ou moins longues[4]. Les premières plumes des ailes commencent à pousser 20 à 25 jours après l'éclosion, les tarses atteignent leur taille maximale autour de 35 jours et le culmen vers 45 à 50 jours[5]. Le poids maximal, soit environ 210 g, est atteint au bout d'une quarantaine de jours et décroît ensuite[5]. Les jeunes prennent leur envol au bout de 43 à 60 jours en moyenne, de janvier à mars[2],[5],[3].
Le record de longévité est de 27 ans et une génération dure 8 ans[3].
Conservation
modifierDémographie
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En 2020, le Prion bleu est une espèce de préoccupation mineure selon l'Union internationale pour la conservation de la nature. Il ne remplit pas les critères pour être considéré comme une espèce vulnérable puisque son aire de répartition est très vaste et que sa population est nombreuse[7]. En 2004, elle est estimée à au moins 3 000 000 individus[7].
Néanmoins les tendances démographiques sont variables selon les endroits. Les îles du Prince-Édouard et les îles Kerguelen abritent probablement la plus grande proportion de Prions bleus, mais leurs populations stagnent ou déclinent, ce qui laisse penser que la tendance démographique globale décline aussi[7]. Sur l'île Marion, après une augmentation rapide à la suite de l'éradication des chats, la population stagne[7]. Sur l'île Mayes, dans les Kerguelen, le taux d'occupation des terriers a baissé de 70% entre 1992 et 2013[7].
Menaces
modifierLe Prion bleu est principalement menacé par deux espèces introduites, le Chat domestique (Felis catus) et la Souris grise (Mus musculus), qui ont probablement causé la disparition locale de l'oiseau sur plusieurs îles[7]. Les souris s'attaquent plus précisément aux œufs et aux poussins[6], ce qui compromet le succès reproducteur du Prion bleu. Sur l'île Marion, où les chats ont été éradiqués en 1991, la population de Prions bleus ne s'est toujours pas complètement rétablie en 2016 à cause de la prédation par les souris[7].
L'habitat du Prion bleu est également dégradé par le Lapin (Oryctolagus cuniculus), espèce introduite, ainsi que par l'Otarie de Kerguelen[7]. Il est également une proie du Labbe antarctique, surtout les poussins qui peuvent être attaqués en l'absence des parents[6],[17],[4].
Taxonomie
modifierClassification
modifierLe Prion bleu fait partie de la famille des Procellariidae et est la seule espèce de son propre genre, Halobaena[18]. Il est proche des genres Pterodroma et Pachyptila, dont les espèces sont aussi appelées prions ou pétrels[2].
Il est décrit en 1789 par Johann Friedrich Gmelin, qui le place dans le genre Procellaria. Il a pour synonymes[19] :
Dans la culture
modifierLe Prion bleu est représenté sur deux timbres, l'un émis par les Terres australes et antarctiques françaises (1989), l'autre par la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud (1999)[20].
Références
modifier- 1 2 3 (en) « Blue Petrel - profile », sur NSW Environment, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Harrison 1985, p. 250-251.
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- 1 2 3 4 5 6 Fugler et al. 1987, p. 105.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Ryan et al. 2015.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 UICN, consulté le .
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- ↑ Cherel et al. 2002, p. 290.
- ↑ Cherel et al. 2002, p. 290-291.
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- ↑ Cherel et al. 2002, p. 295.
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- ↑ Fugler et al. 1987, p. 108.
- ↑ (en) Nathan Pacoureau, Elie Gaget, Karine Delord et Christophe Barbraud, « Prey remains of brown skua is evidence of the long‑term decline in burrow occupancy of blue petrels and thin‑billed prions at Mayes Island, Kerguelen », Polar Biology, vol. 42, , p. 1873-1879 (DOI 10.1007/s00300-019-02567-4).
- ↑ Fugler et al. 1987, p. 103.
- ↑ Fugler et al. 1987, p. 106.
- ↑ Harrison 1985, p. 250.
- ↑ Avibase, consulté le .
- ↑ (en) Kjell Scharning, « Blue petrel Halobaena caerulea », sur Theme Birds on Stamps (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Ouvrages généraux
modifier- (en) C. Carboneras, « Family Procellariidae (Petrels and Shearwaters) », dans Josep del Hoyo, Andrew Elliott et Jordi Sargatal, Handbook of the Birds of the World, vol. 1 : Ostrich to Ducks, Barcelone, Lynx edicions, , 696 p. (ISBN 978-84-87334-10-8, lire en ligne
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- (en) Peter Harrison, Seabirds: an identification guide, Bromley, Kent, Christopher Helm, , 2e éd. (1re éd. 1983) (lire en ligne
), p. 250-251, planche 18 p.58-59 & carte 86 p. 418. 
- Steve N. G. Howell et Kirk Zufelt (trad. de l'anglais par Marc Duquet), Guide photo des oiseaux marins du monde [« Oceanic birds of the world: a photo guide »], Paris, Delachaux et Niestlé, , 359 p. (ISBN 978-2-603-02803-2), p. 82-83.
Articles spécialisés
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). - (en) F. Bonadonna, M. Villafane, C. Bajzak et P. Jouventin, « Recognition of burrow's olfactory signature in blue petrels, Halobaena caerulea: an efficient discrimination mechanism in the dark », Animal Behaviour, vol. 67, no 5, , p. 893-898 (lire en ligne
). - (en) V. Bretagnolle, « Behavioural affinities of the Blue Petrel Halobaena caerulea », Ibis, vol. 132, no 1, , p. 102-105 (lire en ligne
). - (en) Thierry Chaurand et Henri Weimerskirch, « Incubation routine, body mass regulation and egg neglect in the Blue Petrel Halobaena caerulea », Ibis, vol. 136, no 3, , p. 285-290 (lire en ligne
). - (en) Thierry Chaurand et Henri Weimerskirch, « The Regular Alternation of Short and Long Foraging Trips in the Blue Petrel Halobaena caerulea: A Previously Undescribed Strategy of Food Provisioning in a Pelagic Seabird », Journal of Animal Ecology, vol. 63, no 2, , p. 275-282 (lire en ligne
) - (en) Yves Cherel, Pierrick Bocher, Colette Trouvé et Henri Weimerskirch, « Diet and feeding ecology of blue petrels Halobaena caerulea at Iles Kerguelen, Southern Indian Ocean », Marine Ecology Progress Series, vol. 228, , p. 283-299 (lire en ligne
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- (en) Ben J. Dilley, Delia Davies, Michael Schramm, Maëlle Connan et Peter G. Ryan, « The distribution and abundance of Blue Petrels (Halobaena caerulea) breeding at subantarctic Marion Island », Emu - Austral Ornithology, vol. 117, no 3, , p. 222-232 (lire en ligne
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) - (en) Peter G. Ryan, Ben J. Dilley, Christopher Jones et Alexander L. Bond, « Blue Petrels Halobaena caerulea discovered breeding on Gough Island », Ostrich, vol. 86, nos 1-2, , p. 193-194 (lire en ligne
). 
Liens externes
modifier- (en) Animal Diversity Web : Halobaena caerulea (consulté le )
- (fr + en) Avibase : Halobaena caerulea (Gmelin, JF 1789) (+ répartition) (consulté le )
- (en) BioLib : Halobaena caerulea (J. F. Gmelin, 1789) (consulté le )
- (en) Catalogue of Life : Halobaena caerulea (J. F. Gmelin, 1789) (consulté le )
- (en) Congrès ornithologique international : Halobaena caerulea (Gmelin, JF, 1789) dans l'ordre Procellariiformes (consulté le )
- (fr) eBird : Halobaena caerulea (consulté le )
- (fr + en) EOL : Halobaena caerulea (Gmelin & JF 1789) (consulté le )
- (fr + en) GBIF : Halobaena caerulea (J. F. Gmelin, 1789) (consulté le )
- (en) IRMNG : Halobaena caerulea (Gmelin, 1789) (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Halobaena caerulea (J. F. Gmelin, 1789) (consulté le )
- (en) NCBI : Halobaena caerulea (taxons inclus) (consulté le )
- Oiseaux.net : Halobaena caerulea (+ répartition) (consulté le )
- (en) Paleobiology Database : Halobaena caerulea Gmelin 1789 (consulté le )
- (fr) SeaLifeBase : (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Halobaena caerulea (Gmelin, 1789) (consulté le )
- (en) UICN : espèce Halobaena caerulea (consulté le )
- (en) WoRMS : espèce Halobaena caerulea (Gmelin, 1789) (consulté le )
- (en) « Halobaena caerulea (Gmelin, JF, 1789) », sur xeno-canto.org (consulté le )
- (en) Zoonomen Nomenclature Resource (Alan P. Peterson) : Halobaena caerulea dans Procellariiformes (consulté le )