Prix biennal de la Ville de Liège
Le Prix biennal de la Ville de Liège, autrefois Prix « Noss' Pèron » de littérature wallonne, est un prix littéraire récompensant une œuvre rédigée dans une langue régionale romane de Wallonie. Il est fondé à Liège en 1926 par l'hebdomadaire Noss' Pèron, puis est pris en charge par l'administration communale, à la disparition du périodique.
Dans l'après-guerre, le Prix biennal de la Ville de Liège est régulièrement comparé au Prix Goncourt et inspire la création d'autres prix littéraires, conçus comme des contrepoints à cette distinction institutionnelle.
Historique
modifierEn , il est annoncé que l'hebdomadaire liégeois Noss' Pèron a recueilli, par souscription publique, la somme nécessaire à l'instauration d'un prix dédié à la littérature de langue wallonne. Ce premier prix, d'une valeur de 1 500 francs, fait l'objet d'un appel à candidatures dont l'échéance est fixée au , en vue d'une remise en [1]. Le prix n'est toutefois attribué qu'à partir de 1927[2]. Le vœu du fondateur du prix, Octave Servais, est de récompenser de jeunes talents[3].
En 1931, lors de la disparition de Noss' Pèron, le capital est confié à la Ville de Liège, sous la forme d'une fondation. Il est alors décidé que le prix soit remis en séance du conseil communal[2]. Le prix est régulièrement remis jusqu'en 1939, où il est interrompu par la Seconde Guerre mondiale. En , la Ville annonce la renaissance du prix et désigne les neuf membres du nouveau jury. Présidé par Maurice Denis, alors échevin de l'Instruction publique, celui-ci inclut notamment le politicien Olympe Gilbart, le linguiste Maurice Delbouille et les écrivains Marcel Fabry (wa) et Michel Duchatto (wa). Octave Servais, l'ancien rédacteur en chef de Noss' Pèron, y siège également[4]. À cette occasion, le montant du prix est porté à 5 000 francs[2].
La délibération et l'attribution du prix ont lieu à l'origine dans un restaurant (d'abord à l'Hôtel de l'Europe, puis à La Bécasse[5]).
En 1963, lors du 35e anniversaire du prix — qui a alors connu 14 éditions —, il est estimé qu'il a généré un total de 199 candidatures, issues de 156 écrivains distincts[6].
Lauréats
modifier- 1927 : Joseph Vrindts pour l'ensemble de son œuvre[2]
- 1929 : Lucien Maubeuge (wa) pour l'ensemble de son œuvre[2]
- 1931 : Fernand Verquin (wa) pour l'ensemble de son œuvre[2]
- 1933 : Louis Remacle pour Les Fleûrs dul Vôye[2]
- 1935 : Franz Dewandelaer pour Li Tchant du Grisou[2]
- 1937 : Nicolas Maréchal pour sa traduction wallonne de la pièce de théâtre Chantecler d'Edmond Rostand[2]
- 1939 : Max-André Frère (wa) pour Tchipotrîyes[2]
- 1941-1947 : non organisé
- 1949 : Jean Guillaume pour Jusqu'au Solia[2]
- 1951 : Gabrielle Bernard[7],[8],[9]
- 1953 : Léon Warnant pour son œuvre poétique[10]
- 1955 : Willy Bal[11]
- 1957 : Georges Smal[12],[13]
- 1959 : Émile Gilliard[14]
- 1961 : Jo Duchesne (wa) pour l'ensemble de son œuvre[15]
- 1963 : Jean Bosly (wa) pour sa traduction wallonne de la Bible[16]
- 1965 : Victor George[17]
- 1967 : Lucien Somme (wa)[18]
- 1969 : Nicolas Donnay (wa)[3]
- 1971 : Josée Spinosa-Mathot[19]
Prix associés
modifierLe Prix biennal de la Ville de Liège étant couramment comparé au Prix Goncourt, les journalistes qui attendent la fin de la délibération du jury décident en 1950, suivant l'exemple français, de fonder une sorte de Prix Renaudot, attribué le même jour[20],[21].
« Pourquoi “Renaudot” ? […] Des journalistes spécialistes de la critique littéraire et théâtrale wallonnes qui, tous les deux ans, attendaient parfois pendant de longues heures les décisions du Jury du Prix biennal de la Ville de Liège (fondation “Noss' Pèron”) pour les communiquer à leurs journaux respectifs, décidèrent d'employer plus utilement leur temps qu'à bavarder devant le verre traditionnel, en créant un prix biennal qui serait attribué le jour même et dans un local voisin, à un recueil de poèmes ou de prose de valeur. […] Or, comme on disait déjà un peu partout que [le Prix biennal de la Ville de Liège] était le Goncourt des lettres dialectales, pourquoi ne pas intituler le nôtre “Renaudot des lettres dialectales” puisqu'il était à son aîné comme le Renaudot de Paris au Goncourt et qu'ils se décernait sensiblement selon les mêmes critères que son illustre modèle[22]. »
Ce prix distingue trois finalistes, classés de la première à la troisième place[8]. Le premier auteur classé obtient le Prix des Critiques wallons proprement dit[note 1] ; le deuxième le « Prix de l'Expansion et Éducation artistiques », fondé et financé par l'association du même nom ; le troisième le « Prix des Amis de Radio-Liège », fondé et financé par ce mécène. Les Amis du Novê Tèyåte Walon sont également un partenaire financier de l'initiative[23].
Ces prix sont systématiquement remis à des auteurs non retenus par le jury du Prix biennal de la Ville de Liège[22]. Ils sont attribués par le même jury[13], originellement composé d'Alice Closset (secrétaire), Jo Duchesne (président), Raymond Smits (trésorier), Roger Pinon, Pol Pousseur, Théo Picard, Gaspard Réjac et Jean Van Crombrugge[23].
Lauréats du Prix des Critiques wallons
modifier- 1951 : Jenny d'Inverno pour l'ensemble de son œuvre[7],[8]
- 1953 : Jean Rathmès (wa)[10]
- 1955 : Georges Renard[11]
- 1957 : Jeanne Houbart-Houge (wa)[24],[13]
- 1959 : Émile Stiernet (wa)[14]
- 1961 : Victor George pour Adju c’pagnon[15]
- 1963 : René Clinias (wa) pour son œuvre poétique[16]
- 1965 : Lucien Somme (wa)[17]
- 1967 : ?
- 1969 : Josée Spinosa-Mathot pour Feuwèyes[3],[19]
Lauréats du Prix de l'Expansion et Éducation artistiques
modifier- 1951 : Léon Maes[7],[8]
- 1953 : Georges Smal[10] pour Vint d' chwache et Airdiè[26]
- 1955 : François Masset et Albert Yande
- 1957 : Luc Declercq
- 1959 : Reynolds Hostin (wa)
- 1961 : Jules Lempereur (wa)[15],[note 2] pour Li paradis r'trové[28],[note 3]
- …
- 1969 : Hubert Haas (wa) pour Nwares padjes[3]
Lauréats du Prix des Amis de Radio-Liège
modifier- 1951 : Albert Maquet pour l'ensemble de son œuvre[7]
- …
- 1957 : Jean Benoit[13]
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Dans un premier temps, l'appellation de ce prix est fluctuante : « Prix de la Critique »[20], « Prix Renaudot des critiques wallons de la presse liégeoise »[11], « Prix des Critiques wallons »[15].
- ↑ L'attribution à Jules Sauheid, dans Florilège 1951-1961[27], est vraisemblablement erronée.
- ↑ Jean Brumioul, qui renseigne ce titre lauréat, l'associe au Prix des Critiques wallons 1959. Par la confrontation aux autres sources, il apparait qu'il a bien valu à son auteur le Prix de l'Expansion et Éducation artistiques 1961.
Références
modifier- ↑ « Un prix de littérature wallonne », La Meuse : Journal de Liège et de la Province, , p. 2 (ISSN 2736-755X, lire en ligne
). - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 « Le R. P. Guillaume emporte le prix de “Nos Peron” », La Meuse : Journal de Liège et de la Province, , p. 2 (ISSN 2736-755X, lire en ligne
). - 1 2 3 4 E. B., « Prix littéraires wallons décernés à Liège », Le Soir, 83e année no 287, , p. 7 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - ↑ « Les lettres wallonnes : Le « Prix Biennal » de la Ville de Liège », La Wallonie, 30e année no 168, , p. 6 (lire en ligne
). - ↑ Servais 1963, p. 15.
- ↑ Servais 1963, p. 18.
- 1 2 3 4 « Prix de littérature et de critique », Le Soir, 65e année no 350, , p. 2 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 3 4 « Le Goncourt des Lettres Wallonnes… Et le Renaudot… », Le Face à main, 27e année no 51, , p. 11 (lire en ligne
). - ↑ J.[ules] Hennuy, « La remise du Prix biennal de la Ville de Liège et du Prix des Critiques wallons », La Vie wallonne, t. XXVI, , p. 63-64 (lire en ligne
). - 1 2 3 « Les prix littéraires », Le Soir, 67e année no 345, , p. 6 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 3 « Prix de littérature wallonne », Le Soir, 69e année no 351, , p. 3 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - ↑ H. G., « Georges Smal a reçu le prix biennal de littérature wallonne », Le Drapeau rouge, 37e année no 28, , p. 4 (lire en ligne
). - 1 2 3 4 La ronde du Soir, « Courrier des Lettres des Arts et des Sciences : Littérature wallonne », Le Soir, 72e année no 3, , p. 5 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 P. W., « Le prix biennal de littérature wallonne de la ville de Liège », Le Soir, 73e année no 303, 20-21 décembre 1959, p. 3 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 3 4 « Prix de littérature wallonne à Liège », Le Soir, 75e année no 296, 10-11 décembre 1961, p. 5 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 « Courrier des Lettres des Arts et des Sciences : La Bible en wallon », Le Soir, 77e année no 303, , p. 9 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 « Littérature wallonne », Le Soir, 79e année no 301, 19-20 décembre 1965, p. 1 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - ↑ E. B., « M. Lucien Somme reçoit le prix biennal de littérature wallonne », Le Soir, 82e année no 129, , p. 3 (ISSN 1375-5668, lire en ligne
). - 1 2 (en) « Authors », dans Yann Lovelock, The Colour of the Weather : An Anthology of Walloon Poetry Edited and Translated by Yann Lovelock, Londres, The Menard Press, (ISBN 0-903400-47-2), p. 62.
- 1 2 L. W., « Lettres wallonnes : Le prix biennal de la ville de Liège », Journal de Charleroi, 113e année no 32, , p. 3 (lire en ligne
). - ↑ Servais 1963, p. 14.
- 1 2 Florilège 1951-1961, p. 5.
- 1 2 Florilège 1951-1961, p. 6.
- ↑ Florilège 1951-1961, p. 40.
- ↑ Florilège 1951-1961, p. 14-66.
- ↑ Lucien Maréchal, « Cinquante années d'activité wallonne du Cercle Royal Littéraire “Les Rèlis Namurwès” », Les Cahiers wallons, , p. 138 (lire en ligne
). - ↑ Florilège 1951-1961, p. 66.
- ↑ Jean Brumioul, « Jean Rathmès, dramaturge », dans Jean Brumioul, Marc Duysinx et Guy Fontaine, Hommage à Jean Rathmès (1909-1986), Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne » (no 16), (ISBN 978-2-930505-18-3), p. 40.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (wa + fr) Octave Servais (dir.), Anthologie du Prix biennal de littérature wallonne : XXXVe anniversaire, Liège, Ville de Liège, , 109 p.

- (wa + pcd + fr) Prix des Critiques wallons - Prix de l'Expansion et Éducation artistiques : Florilège 1951-1961 (préf. Jo Duchesne), Liège, DUP, 3e éd., 72 p.
