La prodigalité est une vaine profusion de dépenses pour soi-même, ou un don excessif, sans raison, sans discernement ni prévoyance. Ce défaut s’oppose d’une part à l'avarice ou à la mesquinerie, et d’autre part à l’honnête épargne, à la générosité ou à la libéralité, qui consiste à se prémunir contre les aléas de la vie.

Gravure représente l'allégorie de la Prodigalité (Prodigalità), issue de l'ouvrage d'iconographie Iconologia de Cesare Ripa, vers 1593. Une femme aux yeux bandés et au visage souriant tient une corne d'abondance dans ses mains, d'où elle répand de l'or et d'autres objets précieux. Les prodigues sont ceux qui donnent et dépensent leurs richesses sans discernement ; c'est pourquoi cette figure a les yeux bandés, distribuant des biens sans jugement à ceux qui ne les méritent pas et s'abstenant de donner à ceux qui en sont plus dignes[1].
Gustave Doré - Dante Alighieri - Inferno - Planche 22 (Canto VII - Avares et Prodigues) Le chant VII de l'Enfer, représentant le quatrième cercle où les avares (les accapareurs) et les prodigues (les gaspilleurs) s'affrontent en poussant de lourds fardeaux avec leur poitrine.

La prodigalité aristocratique, d'autre part, est l'insouciance apparente de l'aristocratie médiévale et ultérieure en matière d’argent et de biens ; une corruption de la Largesse féodale (ou libéralité) portée à l'excès ou de manière ruineuse.

Prodigalité chez Aristote

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La générosité ou libéralité relève donc chez Aristote des « vertus particulières » (Éthique à Nicomaque, II, VII). Elle est, comme les autres vertus, une moyenne, située entre l'avarice et la prodigalité. Cette conception de la libéralité est reprise par des théoriciens politiques comme Thomas d'Aquin ou Gilles de Rome [2].

« Par rapport aux plaisirs et aux peines (non pas aux peines de toute espèce, et toujours dans un moindre degré), le milieu, c’est la tempérance ; et l’excès, la débauche. Au reste, il n’y a guères de gens qui pèchent par défaut, en fait de plaisirs : aussi n’a-t-on point imaginé de terme propre à les désigner ; appelons-les insensibles. À l’égard du penchant à donner et à recevoir de l’argent ou des présents, le juste milieu s’appelle libéralité ; et l’on désigne par les noms de prodigalité et d’avarice, l’excès ou le défaut relatifs à ce penchant. Mais ceux qui pèchent ainsi exagèrent en sens contraire : le prodigue a une facilité excessive à donner, et n’a pas assez de penchant à recevoir ou à prendre, tandis que l’avare n’a que trop de penchant à prendre, et n’en a pas assez à donner. »

 Traduction Thurot

Donner comporte des exigences, mais ces exigences ne doivent pas peser sur celui qui donne.

Aristote précise qu'une personne généreuse doit non seulement savoir bien donner, mais aussi bien recevoir et profiter pleinement de la vie. Il fait aussi remarquer que si la prodigalité est plus proche de la vertu que de l'avarice, la prodigalité, frôle l'avarice. : « pour pouvoir donner, il faut avoir, mais lorsque je ne suis pas préoccupé par la beauté de l'action, peu m'importe l'honnêteté des moyens utilisés pour m'accaparer des biens. »[3].

La ressemblance entre certains vices et certaines vertus, entretenue par la similitude de leurs apparences, contribue à rendre les qualités incertaines et confuses ; des frontières poreuses propices à la confusion et à la manipulation, ce que la rhétorique nomme paradiastole :

« Premièrement donc, au lieu des Qualités véritables qui se trouveront en la personne qu'on voudra louer ou blâmer, on se servira de celles qui leur ressemblent, ou en approchent. En un mot, nous tâcherons de faire prendre en bonne part chaque défaut et chaque vice, en leur attribuant le nom des choses qui les accompagnent d'ordinaire et qui sont de leur suite [...] appeler Libéral, un Prodigue, etc. »

 Aristote, La Rhétorique (1733)

Dans le Ploutos d'Aristophane

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On trouve une illustration de la logique d'Aristote dans le Ploutos d'Aristophane, une pièce de théâtre qui fait l'éloge du travail et défend la répartition inégale et aveugle des richesses[4]. Au début de Ploutos, Chrémylus, un paysan honnête mais pauvre, se rend avec son esclave Carion consulter l'oracle d'Apollon pour savoir s'il doit faire de son fils unique un scélérat, puisque selon lui tous les scélérats sont riches et heureux. Le dieu lui conseille de suivre la première personne qu'il verra sortir du temple et de l'emmener avec lui. Chrémylus rencontre un aveugle couvert de haillons ; il s'accroche à lui et lui demandant qui il est, celui-ci contraint finit par lui dire qu'il est Ploutos, divinité de la richesse et de l'abondance, que Zeus a rendu aveugle parce qu'il l'avait menacé de ne se rendre que chez les gens de bien. Chrémylus promet à Ploutos de le guérir de sa cécité, à condition qu'il l'accueille chez lui[4] :

« Et toi, ô de tous les immortels le plus puissant, grand Plutus, entre avec moi ici dans cette maison, car c’est celle qu’il faut que tu remplisses aujourd’hui de toutes sortes de biens, justement ou injustement. »

 traduction André-Charles Brotier

Ploutos refuse d'abord car il craint Jupiter. Les vers 230 et suivants nous apprennent que cette intégration de Ploutos est problématique dans la mesure où il ne pourrait trouver sa place ni chez un un avare ni chez un prodigue[5].

« Mais, en vérité, il me peine d’entrer dans une maison étrangère, jamais il ne m’y est arrivé rien de bon ; car si j’entre chez quelque avare, d’abord il fait une fosse très profonde dans la terre et il m’y cache, et, si quelque honnête homme de ses amis vient le prier de lui prêter quelque peu d’argent, il jure qu’il ne m’a vu de sa vie. Si, d’un autre côté, je tombe entre les mains de quelque extravagant débauché, il me livre aux filles de joie et au jeu, et me joue au premier coup de dés, de sorte qu’en fort peu de temps l’on me met tout nu à la porte. »

 ibid.

Chrémylus comprend qu'il s'agit d'un problème de tempérance et s'empresse de rassurer Ploutos, se présentant comme « μετρίου ἀνδρός » (« doté du sens de la modération »)[5].

« C'est que jamais tu n’as rencontré personne qui sache tenir le milieu comme moi ; mais il n’y a point d’homme au monde qui aime plus à épargner que moi et à dépenser aussi quand il le faut. Mais entrons chez nous, car je veux que ma femme et mon fils te voient, mon fils unique, qu’après toi j’aime plus que tout ce qu’il y a au monde. »

 ibid.

Ploutos finit par entrer dans la maison.

Chez Dante Alighieri

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Le Chant VII de l'Enfer de Dante Alighieri met en scène le quatrième cercle, où sont punis les avares et les prodigues. Le chant s'ouvre sur la mystérieuse invocation démoniaque de Ploutos, le dieu des richesses: « Pape Satàn, pape Satàn aleppe (en) ». Virgile parvient à le faire taire en lui rappelant la légitimité divine de leur voyage. Les avares et les prodigues sont divisés en deux groupes opposés, condamnés à pousser d'énormes fardeaux avec leur poitrine le long d'un demi-cercle. Lorsqu'ils se heurtent inévitablement, ils s'insultent en se reprochant leur péché — « Pourquoi, amasses-tu ? » et : « Pourquoi dissipes-tu  ? » (trad. Lamennais) — avant de faire demi-tour et de recommencer éternellement. Dante remarque que nombre de ces âmes damnées portent la tonsure. Virgile explique qu'il s'agit de nombreux clercs, cardinaux et papes, dont l'avarice fut le péché capital. Cependant, la bassesse de leur transgression les a tellement obscurcis et défigurés qu'il est désormais impossible de les reconnaître individuellement. Pour expliquer comment les biens terrestres changent constamment de mains, Virgile livre un discours théologique sur la Fortune : Elle n'est pas le fruit du hasard, mais l'instrument de la volonté divine, une intelligence céleste qui distribue et reprend les richesses au-delà du jugement humain.

Prodigalité de classe, l'aristocratie

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Dans la littérature épique et romanesque des XIe et XIIIe siècles, la libéralité et la générosité sont régulièrement présentées comme des qualités morales éminentes [6]. La largesse (la générosité, la libéralité) vertu cardinale de la royauté, conditionne la circulation des biens et fait partie intégrante de la pratique du don et du contre-don, pierre angulaire des échanges relation interpersonnelles médiévales. Dans ses manifestations sinon dans ses motivations, elle est souvent confondue avec la charité chrétienne[7].

Tout en créant du lien social, le don chez le souverain pouvait apparaître désintéressé mais plus souvent il était agoniste ; il « obligeait » celui qui reçoit, et qui ne pouvait se libérer que par un « contre-don ») [6]. La sociabilité idéalisée des romans arthuriens à travers l'image de la Table ronde, symbole d'une richesse partagée accessible à tous sans hiérarchie établie a été mise en évidence par Marcel Mauss, dans son Essai sur le don de 1925 [8]. La largesse royale a valeur de qualité morale; mais c'est aussi une illusion collective fondée sur l'égoïsme et l'agonisme, et qui ne serait rien si elle n'était accompagnée de tout un rituel par lequel le vassal se doit de rendre la pareille, avec intérêt, sans diminuer la portée du geste royal initial [6].

L'hospitalité féodale d'autre part, qui peut être rapprochée de la largesse, obligeait un seigneur à accueillir, loger et nourrir ses pairs, ses vassaux, les voyageurs et les indigents au sein de son domaine ou de son château[9],[10]. Le Doctrinal Sauvage, datant d'environ 1260, rappelle qu'un homme courtois ne doit pas s'affoler si un groupe d'une dizaine de personnes arrive à l'improviste à l'heure du repas[7].

À partir de la fin du XIIe siècle, en réaction à la montée en puissance des marchands financiers, la noblesse a élevé la prodigalité et l'endettement au rang de vertu de caste[11]. Guerriers, prêtres et dirigeants politiques se signalent par leur opulence, leur débauche, leur prodigalité, leur magnificence et leur faste.

La prodigalité est ici une corruption de la largesse, portée à l'excès et de manière aveugle. Cette prodigalité engage souvent la noblesse dans une spirale d'endettement qui la mène à sa ruine.

Dans la littérature française du Moyen-Âge

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Le Roman de Florimont

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Le Roman de Florimont d'Aimon de Varennes, en 1188, est conçu comme un prologue au Roman d'Alexandre. Aimon relate la préhistoire d'Alexandre, faisant de Florimont le père de Philippe II de Macédoine, et le grand-père d'Alexandre. Les valeurs dominantes véhiculées par le mythe médiéval d’Alexandre est la largesse, fondée sur la joie pure de la conquête et le mépris des biens conquis [7]. Flocquart expose longuement à son élève les sept piliers de la largesse aristocratique et courtoise[7]. Cette largesse pour commencer se veut désintéressée et ne doit pas être confondue avec celle pratiquée par le paysan qui répand abondamment du fumier dans l’espoir d’une récolte plus abondante (la « largesse de fumier ») [7]. Il s’ouvre sur l’opposition traditionnelle entre un âge d’or révolu où toutes les vertus s’épanouissaient et un présent désolant dominé par l’avarice. Aimon, cependant, renouvelle ce topos en précisant sa conception de la largesse idéale [12]. Il ne faut pas confondre largesse et prodigalité. En l'occurrence Florimont, a par une largesse excessive ruiné sa famille. En signe de pénitence, il a pris le nom de « Povre Perdu ». Les dons distribués doivent absolument être compensés par des gains ; faute de respecter ce principe, la période de largesse est éphémère et tout le fief sombre dans la misère, entraînant l’exode de ses habitants [7]. Cependant, lorsque Florimont reprend les armes au service de Philippe et distribue à ses hommes le butin pris à l'ennemi, sans rien garder pour lui, il renoue à l'idéal de générosité formulé par son maître. Des sept types de largesse, seul le septième unit sagesse, honneur et prouesse[7].

La largesse naïve de Florimont serait le fruit de l'inexpérience, une erreur vénielle dont il faut certes se corriger, mais qui témoigne d'une nature généreuse. Il y aurait de fait une bonne largesse et une mauvaise largesse[7].

Prodigalité et ruine

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« Un noble prince n'a jamais un sou: thésauriser est fait de vilain », énonce Rabelais.

Agent de dispersion de richesse, le Prince dans, le système féodal, va puiser dans la bourse des grands accaparateurs, une richesse qui est dilapidée de manière ostentatoire. Cette dilapidation a utilité symbolique[13] : le privilège de quelques-uns donne à contempler « le miracle de la richesse et de la beauté concentrées »[14]. La Dame participe de ce cérémonial ; l'amour courtois, embellissement du désir érotique, devient le raffinement extrême de la courtoisie [15]; nouvel idéal mondain fait de civilité relevé d'élégance et de générosité où s'épanouit le luxe.

Cette largesse à l'instar de ce qui arrive à Timon d'Athènes chez Shakespeare, s'accompagne à la Renaissance de l'effet corrupteur de la politesse : le courtisan s'approche du seigneur en embuscade, qui se méprenant sur les véritables intentions de celui-ci ou s'aveuglant sur elles, fait preuve d'une prodigalité extraordinaire qui peut le conduire à une ruine déshonorante.

Timon a fini chez Shakespeare par réunir les faux amis qui avaient contribué à sa ruine, autour d'un repas de pierre (des pierres feintes en artichauts).

L'endettement à la cour du roi de France

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Sous Louis Louis XIV, la Noblesse montre des signes de ruine, conséquence de sa prodigalité ; le « Second Ordre » a été de plus obligé de contracter des dettes, notamment pour contribuer à la politique économique de Colbert, ce qui converge aussi avec les objectifs du roi de mettre au pas une aristocratie féodale turbulente, qui s'était liguée contre lui lors de la Fronde ; la réussite de la noblesse dépendait désormais étroitement des charges de cour dont les revenus ne compensaient pas toujours l'achat.

« Pour un créancier du second ordre [la Noblesse], on en trouveroit mille du troisième, et au contraire un débiteur du troisième [le Tiers état] pour mille du second » dit Saint-Simon (Mémoires.Tome 14 ; chap. 16) ; ceux qui prêtent à la Noblesse, ce sont les bourgeois (le Tiers état) dont l'ascension se fait de plus en plus irrésistible. « De là, et de ce que la noblesse n’a nulle autre ressource ni métier en France que les armes, où, elle se ruine encore, est arrivé le malaise des seigneurs les plus distingués, la chute des plus grandes maisons, et la pauvreté affreuse d’une infinité de noblesse. » (ibid.) ; À la fin du XVIIe siècle, les ministres de France à l'étranger, tous issus de la Noblesse étaient si endettés, « qu'ils n'avaient pas de quoi retirer leurs lettres à la poste et les y laissaient! » (ibid.).

Jules Michelet note, dans son Histoire de France, Chapitre 19 :

« On n’osait sonder les fortunes, on n’eût vu dessous que l’abîme. Le roi, obligeamment, interdit la publicité des hypothèques, qui eût mis à jour cette gueuserie des grands seigneurs. Ruinés par le jeu, les loteries, la plupart attendaient un coup du sort pour remonter. Plusieurs faisaient le sort, au lieu d’attendre, ou en volant au jeu, ou par la poudre de succession. Les plus hauts mendiaient, au lever, au coucher, dévalisaient le roi de tout ce qui venait, office ou bénéfice. Mais tout cela des bribes ! des miettes ! Ils périssaient, s’il ne tombait d’en haut une grande manne imprévue, quelque vaste confiscation ».

Le premier des endetté est Le Grand Condé, dont on a dit que « harcelé par ses créanciers jusque dans son antichambre . Il la traversait aussi rapidement que ses jambes le lui permettaient , en s'appuyant au bras de deux hommes et en distribuant des promesses » [16]. Pour cette raison et d'autre, le moliniste François Rey suppose que Le Grand Condé aurait put servir de modèle au Dom Juan de Molière.

Le luxe excessif d'une partie de la noblesse qui avait fait fortune dans des « entreprises extraordinaires », ostensiblement dilapidé, a pesé sur le reste de la noblesse soucieuse d'imiter ce luxe. En 1700, les législateurs ont cru pouvoir arrêter ce luxe d'imitation par des loi somptuaires mais sans succès. On s'est surtout rendu compte que ce luxe retournait au peuple quoique de manière inégale, et qu'il lui permettait souvent de survivre (Journal des savants de décembre 1758).

Les allusion à la dèche des courtisans se multiplient, particulièrement dans le théâtre.

Dans le Le Ballet de l'Impatience.
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Comme la plupart des grands seigneurs du temps, François Honorat de Beauvilliers, comte de Saint-Aignan a vécu en permanence au-dessus de ses moyens [16]. Dans Le Ballet de l'Impatience, joué devant la cour de Louis XIV, Isaac de Benserade lui fait dire en débiteur poursuivi par des créanciers, dans son propre rôle[17] :

Que le Creancier est une Nation Facheuse,
opiniastre, importune pressante!
Volontiers on luy donne une assignation
Pour laquelle manquer volontiers on s'absente:
Moy qui suis quelquefois de la vacation,
Lors que mon débiteur me prie
De luy donner du temps, qu'il proteste qu'il crie,
Que pour l'heure presente il est gueux comme Job,
Que pour me satisfaire il n'est rien qu'il ne fasse,
Et qu'il me dit, Monsieur, mettez vous en ma place,
Mon amy, ie n'y suis que trop,
Voila comme l'affaire entre nous deux se passe.

Le Ballet du Courtisan et des Matrones
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Dans Le Ballet du Courtisan et des Matrones, de 1612, un seigneur couvert de clinquant refuse de payer son tailleur ; une scène s'ensuit qui réunit créancier, fournisseurs qui protestent devant les spectateurs. Les promesse de l'aristocrate à la fin restent vagues sur la manière de rembourser sa dette[18] :

« 

LE COMMISSAIRE - Puisqu'il n'a pas un seul denier, Je le vais mettre prisonnier; Il ne dit rien que des sornettes. Crier, se fascher, jurer Dieu, Et dire qu'on est de bon lieu, Cela n'est point paver ses debtes.

LE COURTISAN -
Cessez de plus me tourmenter,
Je vous feray tous contenter,
Alors que je vendrai ma terre.
J'attends une succession
Ou bien nous aurons la guerre.

LA FEMME DU COURTISAN-
Prenez nos biens et les vendez,
Et, de ce que vous pretendez,
Tirez de bonnes asseurances;
Mais ne mettez point en prison
Un homme de bonne maison,
Plein de si belles esperances.

 »

« Le Commissaire accorde à la femme du Courtisan que son mary ne sera point mis en prison; les creanciers se retirent, le Courtisan, sa femme, et le Commissaire demeurent ensemble; et après avoir un peu dancé, au lieu que le Courtisan et la Dame devoient remercier le Commissaire, le mettent entre eux deux, le tourmentent de costé et d'autre: enfin luy donnent du pied au cul, le jettent par terre et s'enfuyent. Le Diable d'argent arrive, qui trouvant le Commissaire par terre, luy fait mille maux, et autant de malices: puis, le prenant par les mains, le leve de terre tout d'une piece, et luy donnant des peurs ex-tresmes, le conduit avec une infinité de mines et de grimaces hors de la salle. Le Commissaire ne laisse pas de rentrer après en son ordre avec les creanciers, pour se payer tous ensemble aux despens du Diable d'argent. »

Le Diable d'argent est un personnage du théâtre burlesque et un thème iconographique populaire apparu dans la seconde moitié du XVIe siècle, L'image du Grand Diable d'Argent, qui symbolise la cupidité humaine et la fascination pour l'argent, connut son apogée au XIXe siècle, et trouva particulièrement l'occasion de s'affirmer durant la période tumultueuse du Système Law.

Dom Juan ou le Festin de Pierre
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Dom Juan de Molière se trouverait à cette enseigne, tout d'abord envers Monsieur Dimanche (Acte III). Sganarelle, double burlesque de Dom Juan est aussi redevable envers le marchand qu'il finit par éjecter de la scène.

A la Révolution française

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Au moment de la Révolution française, les largesses du Prince ou sa prodigalité ne faisaient plus leur effet, perçue comme injuste ou inutile ; la plupart des grandes maisons de la Noblesse avaient d'ailleurs perdu de leur lustre (Jean-Paul Marat a constaté l'endettement de la noblesse). Et puis Machiavel était déjà passé par là, qui dans Le Prince (Chapitre XVI, « De la libéralité et de l’avarice. ») a défendu l'avarice contre la prodigalité.

Le luxe ostentatoire de l'aristocratie a laissé place à une opulence bourgeoise qui se défend d'être ostentatoire, quoi que la manière aristocratique prévaut quand elle le peut.

Prodigues célèbres de la Renaissance

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Timon d'Athènes de Shakespeare

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Dans Timon d'Athènes de William Shakespeare, vers 1607, Timon peut être décrit par son extrême générosité et sa richesse, qui attirent une foule diverse de flatteurs et de personnes à sa charge qui profitent de sa bienveillance. Sa table est fréquentée par tous les gourmets, et sa maison est ouverte à tous les Athéniens. Sa grande richesse, alliée à sa nature libre et prodigue, lui ont permis de conquérir tous les cœurs.

Devenu pauvre et dans le besoin, seuls les dieux viendront à son secours. Mais avant de fuir Athènes il a servi à ses anciens amis, un festin de pierres et d'eau, qu'il leur a jeté au visage (des « pierres peintes comme des artichauts »). Il s'est alors réfugié dans une grotte où il a maudit l'humanité, trouvé de l'or, financé un complot visant à détruire Athènes et est mort acclamé par Alcibiade. Notoirement de philanthrope, Timon est devenu misanthrope.

Belphégor de Machiavel

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Probablement inspiré du Livre de Matheolus (la littérature renseigne un voyage de Machiavel à Paris), et en reprenant le caractère antiféministe et anti-mariage, le Belfagor arcidiavolo (it) de Machiavel (sa traduction française par Tanneguy Le Fèvre, et sa transposition en vers dans la fable éponyme de La Fontaine) montre Pluton, roi des Enfers , décidé à envoyer sur Terre un archidiable afin de vérifier si la vie conjugale est vraiment pire que l'Enfer.

Belphégor, devenu homme, nanti par Lucifer de « cent mille ducats », et prenant le nom de Roderic de Castille, s'installe à Florence où il s'unit à une belle Florentine, Honesta, qui n'a de cesse de le ruiner en luxe ostentatoire [19]. La morale de la toute fin de Belphégor, dans la tradition du « beffa » ou « bon tour »[19], pourrait montrer que les Florentins ont dupé le diable et que, celui-ci, fuyant, a préféré retourner en enfer plutôt que d'affronter à nouveau la Florentine.

Prodigalité et folie

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Dans les archives du droit civil, la folie prend souvent la forme de la prodigalité. Le prodigue, celui qui dilapide ses biens, se voit interdire de les gérer et est placé sous tutelle. Cette association entre le fou et le prodigue est profondément ancrée dans la culture juridique savante[20][21].

Voir aussi

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Références

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  1. limes.cfs.unipi.it allegorieripa prodigalita-scheda
  2. Mühlethaler 2002.
  3. Robert 2016.
  4. 1 2 Aristophane. Plutus (traduction Brotier)
  5. 1 2 Paradiso 1987.
  6. 1 2 3 Haugeard 2006.
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 Montandon 2004.
  8. Lecuppre-Desjardin 2018.
  9. Edoardo Esposito, « Les formes d'hospitalité dans le roman courtois (du Roman de Thèbes à Chrétien de Troyes) », Romania, Société des amis de la Romania, vol. 103, no 410, , p. 197–234 (DOI 10.3406/roma.1982.2107, lire en ligne, consulté le )
  10. Danielle Buschinger, « Le thème de l’hospitalité chez les poètes du « discours chanté » en Allemagne au Moyen Age », Littérales, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 27, no 1, , p. 265–273 (DOI 10.3406/litra.2000.1620, lire en ligne, consulté le )
  11. Rohou 1999.
  12. Harf-Lancner 1994.
  13. Kalifa 1996.
  14. Grateau 2001.
  15. Frappier 1959.
  16. 1 2 Rey-Lacouture 2007.
  17. Benserade 1661.
  18. Godard 1978.
  19. 1 2 Machiavel-Mula 2011.
  20. Ternon 2018.
  21. SHMESP 2016.

Bibliographie

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  • Philosophie ancienne et moderne (présentation en ligne)
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  • Louise Godard de Donville, Signification de la mode sous Louis XIII: Thèse de troisième cycle, FeniXX, (ISBN 978-2-7449-1600-7, présentation en ligne)
  • François Rey et Jean Lacouture, Molière et le roi: l'affaire Tartuffe, Seuil, (ISBN 978-2-02-087386-4, lire en ligne), p. 149
  • Isaac de Benserade, Ballet royal de l'Impatience dansé par sa Majesté le 14 Feburier 1661, par Robert Ballard, (lire en ligne)
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