Putophobie

mépris, rejet ou hostilité envers les personnes qui exercent le travail du sexe

Le terme de putophobie est un néologisme désignant les attitudes de mépris, de discrimination, de stigmatisation ou d'hostilité envers les personnes prostituées ou les travailleuses et travailleurs du sexe. Le terme est principalement utilisé dans les milieux militants défendant les droits des travailleurs du sexe, ainsi que dans certains travaux universitaires et féministes traitant de la prostitution, de la marginalisation sociale et des violences symboliques.

Définition

modifier

Étymologie

modifier

Le mot est formé à partir du substantif familier pute et du suffixe -phobie, utilisé pour désigner une hostilité ou une discrimination envers un groupe social donné[1],[2]. Son équivalent anglais le plus proche est whorephobia, parfois également rapproché de la notion de slut-shaming lorsqu'il désigne la stigmatisation fondée sur les comportements sexuels réels ou supposés des femmes[3].

Définition

modifier

Selon les usages les plus courants du terme, la putophobie désigne un ensemble de représentations, de discours et de pratiques contribuant à l'exclusion sociale des personnes exerçant la prostitution[4],[5]. Cette notion englobe notamment les préjugés, les insultes, les discriminations institutionnelle, ainsi que certaines formes de violences exercées à l'encontre des travailleurs du sexe[5],[6],. Pour plusieurs auteurs et militantes favorables à la reconnaissance du travail du sexe, la putophobie constitue une oppression structurelle qui se manifeste à la fois dans les normes sociales, les politiques publiques et les relations interpersonnelles[7].

Usages et débats

modifier

Approches féministes

modifier

La notion fait l'objet de débats au sein du féminisme[8]. Les courants qualifiés de pro-sexe ou de défense des droits des travailleurs du sexe utilisent le terme pour dénoncer la stigmatisation associée à la prostitution ainsi que les politiques qu'ils considèrent comme contribuant à la précarisation des personnes concernées[5],[7],[9]. À l'inverse, plusieurs féministes abolitionnistes contestent le concept ou son utilisation, estimant qu'il peut servir à discréditer les critiques adressées au système prostitutionnel ou à l'industrie du sexe[8].

Dans le débat public

modifier

Le terme est employé dans les débats relatifs aux droits des travailleurs du sexe, à la pénalisation des clients de la prostitution, aux violences subies par les personnes prostituées et à leur représentation dans les médias[5],[7],[10],[11]. Dans un sens plus large, certains auteurs rapprochent la putophobie du phénomène de slut-shaming, en soulignant que certaines normes sociales tendent à dévaloriser ou à sanctionner les femmes perçues comme ayant une sexualité jugée trop visible ou non conforme aux attentes sociales[3].

Voir aussi

modifier

Notes et références

modifier
  1. « putophobie », dans Wiktionnaire, le dictionnaire libre, (lire en ligne)
  2. Sigolène Couchot-Schiex, « Dominique Lagorgette : Pute. Histoire d’un mot et d’un stigmate », Nouvelles Questions Féministes, Éditions Antipodes, vol. 44, no 2, , p. 157–160 (ISSN 0248-4951, DOI 10.3917/nqf.442.0157, lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 Elisa Covo, « Pourquoi la putophobie en dit long sur la manière dont on considère la sexualité féminine », sur Madmoizelle, (consulté le )
  4. « Définition de putophobie | Dictionnaire français », sur La langue française, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 « Mais, la putophobie, c’est quoi en fait? – décadréE | pour l'égalité dans les médias » (consulté le )
  6. « Putophobie : l'angle mort des féminicides », sur Blast le souffle de l’info, (consulté le )
  7. 1 2 3 Alexia Damois, « Putophobie », sur Causons féminisme, (consulté le )
  8. 1 2 https://ressourcesfeministes.fr/2020/03/07/feminisme-et-putophobie/
  9. Pauline Darvey, « Travailleuse du sexe, afroféministe, artiste… Bertoulle Beaurebec se bat contre la «putophobie» », Le Parisien, (lire en ligne)
  10. Cassandre Leray, « Hommage à Jessyca Sarmiento : «Une mort injuste dans une société transphobe et putophobe» », Libération (journal), (lire en ligne)
  11. Florian Bardou, « On peut parler d’un crime motivé, possiblement, par trois caractéristiques de la victime : meurtre transphobe, putophobe et raciste. », Libération, (lire en ligne)