Quartier latin (Paris)

quartier de Paris, en France

Le Quartier latin se situe sur la rive gauche de la Seine à Paris dans le 5e arrondissement et dans le nord et l'est du 6e arrondissement, avec pour cœur historique la Sorbonne. Établi sur le site de la ville gallo-romaine de Lutèce, il est l'un des plus anciens quartiers de Paris et abrite depuis plus de huit siècles le cœur universitaire de la capitale : l'université de Paris y est officiellement reconnue en 1200, le collège de Sorbonne y est fondé vers 1257 et la première imprimerie de France y est installée en 1470.

Quartier latin
Quartier latin (Paris)
Place et chapelle de la Sorbonne.
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Ville Paris
Arrondissement municipal 5e et 6e
Géographie
Coordonnées 48° 51′ 00″ nord, 2° 20′ 33″ est
Localisation
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Quartier latin
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Quartier latin
Palais du Luxembourg (abritant le Sénat) et son jardin.
Panthéon.
Collège de France.
Fontaine de la place Saint-Michel sur le boulevard Saint-Michel.
Musée national du Moyen Âge (hôtel de Cluny).

Origine du nom

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Traditionnellement Paris était divisé en trois zones : la cité, la ville, et l'université. Elles correspondaient à l'île de la Cité, la rive droite et la rive gauche[1].

Au XVIIe siècle, des auteurs se mettent à appeler plaisamment l'université le « pays latin », en raison de l'usage intensif du latin dans l'enseignement de l'époque. Ce terme existait déjà dans les livres d'histoire pour désigner le Latium[2]. Ils attribuent cette invention à l'écrivain Guez de Balzac (1597-1654)[1],[3], celui-ci emploie le terme par exemple dans le Socrate Chrétien[4], où intervient « un homme du pays latin », pédant et vaniteux :

« 

Cet homme ne parlait que de la pureté de la diction et de la noblesse du style. Il ne connaissait de véritable Rome que celle de l'ancienne république, et n'avouait pour légitimes Romains que Térence, Cicéron et deux ou trois autres. Tout le reste lui semblait barbare et à son avis, la barbarie avait commencé dès les premières années de l'empire des premiers césars. Sénèque était une de ses grandes aversions, le latin de Pline lui faisait mal au cœur, celui de Tacite lui donnait la migraine.

 »

Les dictionnaires Furetière (1690) et Littré (1872) attestent du terme « pays latin », à l'entrée « latin ».

Henry Duff Linton et Félix Thorigny, Les ruines du quartier latin vues de nuit (Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne, NuBIS).

C'est à la fin du XVIIIe siècle qu'apparaît « quartier latin » à la place de « pays latin »[5]. Le Littré accepte ce terme aussi.

Historique

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Antiquité

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Le Quartier latin est l'un des quartiers de Paris les plus connus. Il s'étend sur les 5e et 6e arrondissements, avec pour cœur le quartier de la Sorbonne et la montagne Sainte-Geneviève à l'emplacement de la ville gallo-romaine de Lutèce, qui s'étendait autour du forum situé sous l'actuelle rue Soufflot. Il est traversé par les « cardos de Paris », axes nord-sud d'origine gallo-romaine correspondant aux actuels rue Saint-Jacques et boulevard Saint-Michel. Les axes perpendiculaires est-ouest, les decumanus, correspondent notamment au boulevard Saint-Germain et à la rue des Écoles[6]. D'importants vestiges gallo-romains subsistent dans le quartier, notamment les arènes de Lutèce et les thermes de Cluny, vestiges de l'un des trois établissements thermaux de la ville romaine, au croisement des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel[7].

Le quartier de l'Université au Moyen Âge

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Au début du XIIe siècle, le philosophe Pierre Abélard et ses élèves s'installent sur la rive gauche, attirant les étudiants des écoles cathédrales de l'île de la Cité vers les pentes de la montagne Sainte-Geneviève[8]. Les écoles qui s'y regroupent donnent naissance à l'université de Paris, officiellement reconnue par Philippe Auguste en 1200 ; des statuts pontificaux, promulgués par le légat Robert de Courçon, suivent en 1215[9],[10]. Cette reconnaissance royale consacre la division médiévale de Paris en trois parties : la Cité sur l'île, la Ville marchande sur la rive droite et l'Université sur la rive gauche[9]. À la même époque, le quartier est enclos dans l'enceinte de Philippe Auguste, nouvellement élargie, dont des vestiges subsistent encore dans le quartier[9]. De nombreux collèges destinés aux étudiants y sont fondés sur la montagne, dont celui établi par Robert de Sorbon vers 1257, devenu la Sorbonne[9].

Époque moderne

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La première imprimerie de France est installée en 1470 dans les murs mêmes de la Sorbonne, lorsque les théologiens Johann Heynlin et Guillaume Fichet font venir de Bâle les imprimeurs Ulrich Gering, Michael Friburger et Martin Crantz ; leur première production, les Epistolae de Gasparin de Bergame, est le premier livre imprimé en France[11]. Les imprimeurs installent ensuite leur atelier rue Saint-Jacques, amorçant la concentration d'imprimeurs, d'éditeurs et de libraires qui caractérise depuis lors le quartier[11]. Le latin demeure la langue de l'enseignement, parlée par les étudiants et les professeurs en cours comme en dehors, jusqu'à la Révolution[7].

Jusqu'en 1848, le Quartier latin, également appelé « pays latin », était composé d'une partie des quatre quartiers[12] :

Le quartier est profondément transformé par les travaux haussmanniens sous le Second Empire. Le boulevard Saint-Michel, d'abord nommé boulevard de Sébastopol-rive-gauche, est percé à partir de 1855 parallèlement à la rue Saint-Jacques, absorbant une partie de l'ancienne rue de la Harpe, et reçoit son nom actuel en 1867 ; le boulevard Saint-Germain est percé à la même époque, et la place Saint-Michel, ornée de la fontaine monumentale de Gabriel Davioud, est aménagée à l'extrémité nord du boulevard[13]. Ces percées font disparaître une grande partie du tissu médiéval du quartier et relèguent la rue Saint-Jacques, ancien axe majeur d'origine romaine, au rang de voie secondaire[13].

Du XXe siècle à nos jours

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Dans les années 1960 et particulièrement lors des événements de Mai 68, ce quartier a été l'un des centres de divers mouvements de contestation. Après l'évacuation par la police d'étudiants rassemblés dans la cour de la Sorbonne le 3 mai 1968, des affrontements se propagent dans les rues avoisinantes ; dans la nuit du 10 au 11 mai, restée célèbre comme la « nuit des barricades », les manifestants dépavent les rues du quartier et y érigent des barricades avant d'être violemment dispersés par les forces de l'ordre ; la Sorbonne est ensuite occupée par les étudiants pendant plus d'un mois[14].

Depuis la fin du XXe siècle, le quartier est devenu l'un des principaux quartiers touristiques de Paris, en particulier le réseau de rues étroites compris entre le boulevard Saint-Germain et la Seine[7]. La hausse des loyers et l'essor du commerce électronique raréfient les librairies spécialisées, suscitant des initiatives locales pour les préserver[15].

Quartier étudiant

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C’est un quartier encore très fréquenté par les étudiants et professeurs, du fait de la présence de nombreux établissements d'enseignement supérieur et de recherche.

Plusieurs établissements siègent dans le bâtiment historique de la Sorbonne (Chancellerie des universités, Université Panthéon-Sorbonne, Sorbonne Université, Université Sorbonne-Nouvelle), l’université Sorbonne-Nouvelle, la bibliothèque Sainte-Geneviève de la Sorbonne-Nouvelle, la Bibliothèque de la Sorbonne et la Maison de la recherche.

Des grandes écoles sont installées dans le quartier : l'université Paris Sciences et Lettres (PSL) et ses composantes : l'École normale supérieure, l'ESPCI Paris, le Collège de France, les écoles Mines ParisTech et Chimie ParisTech ; AgroParisTech, composante de l'université Paris-Saclay ; l'Institut supérieur d'électronique de Paris ; l'Institut Supérieur des Arts Appliqués (LISAA) ; et l'Institut d'administration des entreprises de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Plusieurs centres et campus universitaires s'y trouvent : les deux « campus Curie » (l'ancien et le nouveau), celui du Muséum national d'histoire naturelle, celui de l'université Paris-Cité avec le bâtiment historique de la Faculté de médecine et de la Nouvelle Faculté de médecine, celui du Collège de France - Université PSL et les centres universitaires du Panthéon et d'Assas. L'École polytechnique y avait ses locaux jusqu'en 1976, l'ESSEC jusqu'en 1974 et l’École des chartes jusqu'en 2014. La Faculté de médecine de Paris a siégé rue de l'École-de-Médecine de 1794 à 1970. Ses locaux, l'École de médecine et ancienne École de chirurgie, sont actuellement occupés par l'UFR de médecine de la faculté de santé de l'université Paris-Cité (côté pair de la rue et du côté impair, bâtiments jouxtant le cloître des Cordeliers) et par le campus des Cordeliers de la faculté de médecine de Sorbonne Université (Couvent des Cordeliers).

Le Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche est situé au 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève.

Le quartier compte également de nombreux collèges et lycées, souvent prestigieux et historiques : Louis-le-Grand, Fénelon, Henri-IV, Saint-Louis, Notre-Dame de Sion, Stanislas, École alsacienne, Montaigne, Lavoisier.

Vestiges romains

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Monuments

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Lieux de culte

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Écoles, lycées et universités

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Centres de recherche scientifique

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Culture et spectacles

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Affichette éphémère critique à l'égard de la fermeture de Gibert Jeune, célèbre librairie du quartier (2021).

Le quartier comprend de nombreuses bibliothèques publiques, plusieurs cinémas d'art et d'essai, des théâtres, des cabarets à thème, de nombreuses maisons d'édition et des librairies spécialisées en littérature, sciences, histoire, médecine, politique, philosophie, droit, sciences humaines, qui néanmoins se raréfient au profit du commerce électronique[15] :

Les librairies sont indissociables de la vie étudiante du quartier. Les librairies Gibert, nées d'un étal de bouquiniste sur les quais de la Seine dans les années 1880, ont fourni pendant des générations les étudiants en manuels d'occasion à chaque rentrée universitaire[16]. La gratuité des manuels scolaires à partir des années 2000, le départ de facultés vers des campus extérieurs au quartier, la concurrence de la vente en ligne et la pandémie de Covid-19 ont fragilisé ce commerce traditionnel ; moins de 10 000 étudiants résideraient encore dans le quartier[16]. La fermeture en mars 2021 de Gibert Jeune, place Saint-Michel, institution du quartier depuis plus d'un siècle, a été largement perçue comme le symbole de cette évolution, et la Ville de Paris a mis en place un programme de loyers modérés pour maintenir des librairies indépendantes dans le quartier[16],[17]. Parmi les librairies toujours en activité figurent Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, et la librairie anglophone Shakespeare and Company, ouverte par George Whitman au 37 rue de la Bûcherie en 1951 sous le nom de « Le Mistral » et rebaptisée en 1964 en hommage à la librairie de l'entre-deux-guerres de Sylvia Beach[18],[19].

Bibliographie

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  • Alexandre Gady, La Montagne Sainte-Geneviève et le Quartier latin : Guide historique et architectural, Paris, Hoëbeke, 1998, 327 p.
  • Berthold Mahn, Le Quartier latin, suite sous chemise de dix lithographies en noir, Lematte et Boinot éditeurs, Paris, 1934.
  • Philippe Mellot, La Vie secrète du Quartier latin, illustrée d’environ 350 photos et dessins, Omnibus, 2009.
  • Patrice Dalix, Ode au Quartier Latin, L'Harmattan.
  • (en) Anatole Claudin, The First Paris Press : An Account of the Books Printed for G. Fichet and J. Heynlin in the Sorbonne, 1470-1472, Londres, The Bibliographical Society,

Notes et références

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  1. 1 2 Charles Le Maire, Paris ancien et nouveau, page 7, éditeur Michel Vaugon, 1685 [(fr) lire en ligne]
  2. Principes d'un bon gouvernement considérés sous les différens rapports qu'ont ensemble l'agriculture, le commerce et la navigation intérieure avec la prospérité de l'étal, puisés dans les meilleurs ouvrages de législation ancienne et moderne, page 21, éditeur Blaizot, 1789 [(fr) lire en ligne]
  3. Claude Jordan, Voyages historiques de l'Europe, Tome 1, page 161, éditeur Pierre Aubouyn et Nicolas Le Gras, 1693-1700 [(fr) lire en ligne]
  4. Guez de Balzac, Socrate Chrétien, 6e discours, [(fr) lire en ligne]
  5. Abbé Grosier, Journal de littérature, des sciences et des arts, page 256, 1780 [(fr) lire en ligne]
  6. Archive INA Une promenade au Quartier Latin, 1er janvier 1949.
  7. 1 2 3 (en) « Paris : Saint-Germain-des-Prés and the Latin Quarter », sur Encyclopædia Britannica (consulté le )
  8. (en) Alistair Horne, La Belle France, États-Unis, Vintage, (ISBN 9781400034871), p. 18
  9. 1 2 3 4 (en) « Paris : Medieval development and discord (12th century to 16th century) », sur Encyclopædia Britannica (consulté le )
  10. (en) « Rules of the University of Paris, 1215 », sur University of California, Davis (consulté le )
  11. 1 2 (en) Anatole Claudin, The First Paris Press : An Account of the Books Printed for G. Fichet and J. Heynlin in the Sorbonne, 1470-1472, Londres, The Bibliographical Society, (lire en ligne)
  12. Charles Virmaître : Paris historique page 7 et suivantes
  13. 1 2 Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Éditions de Minuit, , notices « Boulevard Saint-Michel » et « Place Saint-Michel »
  14. (en) « Events of May 1968 », sur Encyclopædia Britannica (consulté le )
  15. 1 2 Paris : Le Quartier latin veut sauver ses librairies, livreshebdo.fr
  16. 1 2 3 (en) AFP, « Paris's renowned Latin Quarter bookshops feel the Covid-19 squeeze », sur France 24, (consulté le )
  17. « Librairie : Gibert Jeune, la fin d'une institution dans le quartier latin à Paris », sur francetvinfo.fr, (consulté le )
  18. (en) « History », sur Shakespeare and Company (consulté le )
  19. (en) « Shakespeare & Company », sur Time Out Paris (consulté le )

Annexes

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