Le Quartier latin se situe sur la rive gauche de la Seine à Paris dans le 5earrondissement et dans le nord et l'est du 6earrondissement, avec pour cœur historique la Sorbonne. Établi sur le site de la ville gallo-romaine de Lutèce, il est l'un des plus anciens quartiers de Paris et abrite depuis plus de huit siècles le cœur universitaire de la capitale: l'université de Paris y est officiellement reconnue en 1200, le collège de Sorbonne y est fondé vers 1257 et la première imprimerie de France y est installée en 1470.
Au XVIIesiècle, des auteurs se mettent à appeler plaisamment l'université le «pays latin», en raison de l'usage intensif du latin dans l'enseignement de l'époque. Ce terme existait déjà dans les livres d'histoire pour désigner le Latium[2]. Ils attribuent cette invention à l'écrivain Guez de Balzac (1597-1654)[1],[3], celui-ci emploie le terme par exemple dans le Socrate Chrétien[4], où intervient «un homme du pays latin», pédant et vaniteux:
«
Cet homme ne parlait que de la pureté de la diction et de la noblesse du style. Il ne connaissait de véritable Rome que celle de l'ancienne république, et n'avouait pour légitimes Romains que Térence, Cicéron et deux ou trois autres. Tout le reste lui semblait barbare et à son avis, la barbarie avait commencé dès les premières années de l'empire des premiers césars. Sénèque était une de ses grandes aversions, le latin de Pline lui faisait mal au cœur, celui de Tacite lui donnait la migraine.
»
Les dictionnaires Furetière (1690) et Littré (1872) attestent du terme «pays latin», à l'entrée «latin».
Au début du XIIesiècle, le philosophe Pierre Abélard et ses élèves s'installent sur la rive gauche, attirant les étudiants des écoles cathédrales de l'île de la Cité vers les pentes de la montagne Sainte-Geneviève[8]. Les écoles qui s'y regroupent donnent naissance à l'université de Paris, officiellement reconnue par Philippe Auguste en 1200; des statuts pontificaux, promulgués par le légat Robert de Courçon, suivent en 1215[9],[10]. Cette reconnaissance royale consacre la division médiévale de Paris en trois parties: la Cité sur l'île, la Ville marchande sur la rive droite et l'Université sur la rive gauche[9]. À la même époque, le quartier est enclos dans l'enceinte de Philippe Auguste, nouvellement élargie, dont des vestiges subsistent encore dans le quartier[9]. De nombreux collèges destinés aux étudiants y sont fondés sur la montagne, dont celui établi par Robert de Sorbon vers 1257, devenu la Sorbonne[9].
La première imprimerie de France est installée en 1470 dans les murs mêmes de la Sorbonne, lorsque les théologiens Johann Heynlin et Guillaume Fichet font venir de Bâle les imprimeurs Ulrich Gering, Michael Friburger et Martin Crantz; leur première production, les Epistolae de Gasparin de Bergame, est le premier livre imprimé en France[11]. Les imprimeurs installent ensuite leur atelier rue Saint-Jacques, amorçant la concentration d'imprimeurs, d'éditeurs et de libraires qui caractérise depuis lors le quartier[11]. Le latin demeure la langue de l'enseignement, parlée par les étudiants et les professeurs en cours comme en dehors, jusqu'à la Révolution[7].
quartier de Saint-Benoît, également appelé quartier Saint-Jacques, borné à l'est par le marché de la place Maubert, la montagne Sainte-Geneviève les rues Bordet, Mouffetard et de Lourcine, au nord par la Seine, à l'ouest par les rues du Petit-Pont et Saint-Jacques et au sud par le Faubourg Saint-Jacques jusqu'à la rue de Lourcine.
Le quartier est profondément transformé par les travaux haussmanniens sous le Second Empire. Le boulevard Saint-Michel, d'abord nommé boulevard de Sébastopol-rive-gauche, est percé à partir de 1855 parallèlement à la rue Saint-Jacques, absorbant une partie de l'ancienne rue de la Harpe, et reçoit son nom actuel en 1867; le boulevard Saint-Germain est percé à la même époque, et la place Saint-Michel, ornée de la fontaine monumentale de Gabriel Davioud, est aménagée à l'extrémité nord du boulevard[13]. Ces percées font disparaître une grande partie du tissu médiéval du quartier et relèguent la rue Saint-Jacques, ancien axe majeur d'origine romaine, au rang de voie secondaire[13].
Dans les années 1960 et particulièrement lors des événements de Mai 68, ce quartier a été l'un des centres de divers mouvements de contestation. Après l'évacuation par la police d'étudiants rassemblés dans la cour de la Sorbonne le 3 mai 1968, des affrontements se propagent dans les rues avoisinantes; dans la nuit du 10 au 11 mai, restée célèbre comme la «nuit des barricades», les manifestants dépavent les rues du quartier et y érigent des barricades avant d'être violemment dispersés par les forces de l'ordre; la Sorbonne est ensuite occupée par les étudiants pendant plus d'un mois[14].
Depuis la fin du XXesiècle, le quartier est devenu l'un des principaux quartiers touristiques de Paris, en particulier le réseau de rues étroites compris entre le boulevard Saint-Germain et la Seine[7]. La hausse des loyers et l'essor du commerce électronique raréfient les librairies spécialisées, suscitant des initiatives locales pour les préserver[15].
C’est un quartier encore très fréquenté par les étudiants et professeurs, du fait de la présence de nombreux établissements d'enseignement supérieur et de recherche.
Vue générale des Instituts de géographie des Universités de Paris (à gauche) et océanographique (à droite), rue Saint-Jacques: ces institutions font partie du «Campus Curie».
Outre le CNRS et diverses autres institutions publiques et/ou privées, les Universités disposent de leurs propres laboratoires ou centres de recherche, souvent regroupés pour des raisons pratiques au sein d'instituts:
Les librairies sont indissociables de la vie étudiante du quartier. Les librairies Gibert, nées d'un étal de bouquiniste sur les quais de la Seine dans les années 1880, ont fourni pendant des générations les étudiants en manuels d'occasion à chaque rentrée universitaire[16]. La gratuité des manuels scolaires à partir des années 2000, le départ de facultés vers des campus extérieurs au quartier, la concurrence de la vente en ligne et la pandémie de Covid-19 ont fragilisé ce commerce traditionnel; moins de 10 000 étudiants résideraient encore dans le quartier[16]. La fermeture en mars 2021 de Gibert Jeune, place Saint-Michel, institution du quartier depuis plus d'un siècle, a été largement perçue comme le symbole de cette évolution, et la Ville de Paris a mis en place un programme de loyers modérés pour maintenir des librairies indépendantes dans le quartier[16],[17]. Parmi les librairies toujours en activité figurent Gibert Joseph, boulevard Saint-Michel, et la librairie anglophone Shakespeare and Company, ouverte par George Whitman au 37 rue de la Bûcherie en 1951 sous le nom de «Le Mistral» et rebaptisée en 1964 en hommage à la librairie de l'entre-deux-guerres de Sylvia Beach[18],[19].
Alexandre Gady, La Montagne Sainte-Geneviève et le Quartier latin: Guide historique et architectural, Paris, Hoëbeke, 1998, 327 p.
Berthold Mahn, Le Quartier latin, suite sous chemise de dix lithographies en noir, Lematte et Boinot éditeurs, Paris, 1934.
Philippe Mellot, La Vie secrète du Quartier latin, illustrée d’environ 350 photos et dessins, Omnibus, 2009.
Patrice Dalix, Ode au Quartier Latin, L'Harmattan.
(en) Anatole Claudin, The First Paris Press: An Account of the Books Printed for G. Fichet and J. Heynlin in the Sorbonne, 1470-1472, Londres, The Bibliographical Society,
12Charles Le Maire, Paris ancien et nouveau, page 7, éditeur Michel Vaugon, 1685 [(fr)lire en ligne]
↑Principes d'un bon gouvernement considérés sous les différens rapports qu'ont ensemble l'agriculture, le commerce et la navigation intérieure avec la prospérité de l'étal, puisés dans les meilleurs ouvrages de législation ancienne et moderne, page 21, éditeur Blaizot, 1789 [(fr)lire en ligne]
↑Claude Jordan, Voyages historiques de l'Europe, Tome 1, page 161, éditeur Pierre Aubouyn et Nicolas Le Gras, 1693-1700 [(fr)lire en ligne]
↑Guez de Balzac, Socrate Chrétien, 6e discours, [(fr)lire en ligne]
↑Abbé Grosier, Journal de littérature, des sciences et des arts, page 256, 1780 [(fr)lire en ligne]
12(en) Anatole Claudin, The First Paris Press: An Account of the Books Printed for G. Fichet and J. Heynlin in the Sorbonne, 1470-1472, Londres, The Bibliographical Society, (lire en ligne)