RMS Persia
Le Persia est un paquebot britannique exploité par la Cunard Line qui remporte le Ruban bleu en 1856 pour le voyage transatlantique vers l'ouest le plus rapide. Il est le premier navire construit en fer à battre un record de traversée de l'Atlantique. Il est le plus grand navire du monde au moment de son lancement[1],[2],[3]. Cependant, les inefficacités de la propulsion par roue à aubes rendent le Persia obsolète et il est retiré du service en 1868 après seulement douze ans. Les tentatives de conversion du Persia à la voile sont infructueuses et l'ancien fleuron de la marine marchande britannique est mis au rebut en 1872[4].
| Persia | |
Le Persia de la Cunard Line (1856). | |
| Type | Paquebot transatlantique |
|---|---|
| Gréement | 2 mâts |
| Histoire | |
| Chantier naval | Robert Napier & Sons (en) |
| Lancement | |
| Mise en service | |
| Statut | Démoli en 1872 |
| Équipage | |
| Commandant | Judkins (1856) |
| Équipage | 150 |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 390 pi (118,9 m) |
| Maître-bau | 45 pi (13,7 m) |
| Tonnage | 3 414 tjb |
| Propulsion | Roues à aubes et voile |
| Puissance | 1 machine à vapeur à 2 cylindre 3 600 hp (2 685 kW) |
| Vitesse | 13,46 nd (24,9 km/h) |
| Caractéristiques commerciales | |
| Passagers | 250 1re classe 50 2e classe |
| Carrière | |
| Propriétaire | Cunard Line |
| Pavillon | |
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Contexte
modifierLa compagnie maritime britannique Cunard Line dominait le transport transatlantique du courrier et des passagers. À partir des années 1850, la concurrence de la compagnie américaine Collins Line devient pressante. Elle est détentrice du Ruban bleu dans les deux sens, record de vitesse des traversées de l'Atlantique.
Suite à cette concurrence, la Cunard commande à l'Arabia (en), en 1852, de reprendre ces records. L'Arabia réussit à loger des moteurs plus puissants dans un navire plus petit que les paquebots rapides de la Collins Line. Il atteint 15 nœuds lors des essais. Cependant, il s'avère trop puissant pour sa structure en bois et ne peut battre les records. Cunard comprend qu'à l'avenir, les nouvelles constructions devront inclure une coque en fer[4].
Conception
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Pour le Persia, Robert Napier (en) and Sons[5] de Glasgow conçoit un navire en fer qui est 16 % plus grand que les paquebots en bois de Collins et 50 % plus grand que l'Arabia[4]. Il jauge 3 414 tjb[6]. Son moteur bicylindre à levier latéral (en) développe une puissance de 3 600 chevaux impériaux (2 685 kW). Alimenté par huit chaudières et quarante fourneaux[7], il consomme 145 tonnes de charbon par jour
« C'est le 26 de cemois-ci que partira de Liverpool vers New York le steamer Persia appartenant à la Cie Cunnard, et dont les dimensions surpassent de beaucoup celles des deux navires Great Britain et l'Himalaya… Le Persia mesure 390 pi (118,9 m) de longueur de tête en tête et 45 pi (13,7 m) à son maître-couple, et 71 pi (21,6 m) de profondeur. Le diamètre de ses roues est de 42 pi (12,8 m); il a 1 200 chevaux de force et jauge 3 600 tonneaux, c'est-à-dire 1 200 de plus que les autres stemers de la compagnie; il est divisé en sept compartiments étanches; chacun d'eux a 90 pi (27,4 m) de long, 16 pi (4,9 m) de large et 20 pi (6,1 m) de haut ; il se trouve à bord 260 chambres séparées pour les passagers ; 150 personnes constituent l'effectif complet de l'équipage… »
— V. Meunier, L'Ami des sciences, 01/01/1856[8].
Le Persia est prévu pour accueillir 250 passagers de première classe et 50 passagers de deuxième classe.
Il est le plus grand navire du monde au moment de son lancement[1],[2],[3] :
« This leviathan vessel, the largest steam-ship afloat in the world - far exceeding in length, strength, tonnage, and steam-power the Great Britain… »
« Ce navire gigantesque, le plus grand bateau à vapeur au monde, surpassait de loin en longueur, en puissance, en tonnage et en force de vapeur le Great Britain… »
« 1856 — The famous Persia is built, the company’s first iron-hulled transatlantic vessel. The largest ship in the world at the time, she was 390 feet long and 3,330 gross registered tons. »
« 1856 — Le célèbre Persia, premier navire transatlantique à coque en fer de la compagnie, est construit. Plus grand navire du monde à l’époque, il mesurait 119 mètres de long et affichait un tonnage brut de 3 330 tonnes. »
Le lancement du Persia en dans la Clyde, près de Glasgow[5] est un événement national. Il atteint lors de ses essais la vitesse de 17 nd (31,5 km/h), bien que sa vitesse de service normale soit limitée à 13 nd (24,1 km/h) en raison de sa consommation élevée de carburant.
Historique
modifierLors de son voyage inaugural en 1856, le Persia heurte un iceberg, mais il est sauvé par son étrave de clipper et la robustesse de sa construction[9],[note 1].
En , le Persia établit les records de vitesse transatlantiques dans les deux sens avec une traversée vers l'est en 9 j 10 h 22 min à une vitesse moyenne de 13,46 nd (24,9 km/h), puis un voyage vers l'ouest de 9 j 16 h 16 min à une vitesse moyenne de 13,11 nd (24,3 km/h)[10].
Le Persia détient les deux records jusqu'en 1863, date à laquelle la Cunard commande le Scotia, qui sera le dernier détenteur du record de l'Atlantique de type bateau à roues à aubes[1]. Le Scotia est initialement conçu comme le sister ship du Persia, mais son développement est retardé lorsque la Collins Line s'est effondrée[9]. Lorsque le Scotia est finalement construit, il s'agit d'une version plus grande du Persia, avec un pont supplémentaire et une motorisation plus puissante[4].
« By 1855, the new liner was nearing completion. She was launched and christened Persia a few months before she set out on her maiden voyage from Liverpool to New York on . Three months later she had captured the Blue Riband of the Atlantic for Cunard. As Persia was the largest vessel in the world at the time, Cunard had now totally surpassed the Collins Line. ... As late as 1863, the Persia lost the Blue Riband in both directions to her sister – the last paddle steamer Scotia. »
« En 1855, le nouveau paquebot était presque achevé. Il fut lancé et baptisé Persia quelques mois avant son voyage inaugural de Liverpool à New York, le . Trois mois plus tard, il remportait le Ruban Bleu de l'Atlantique pour la Cunard. Le Persia étant alors le plus grand navire du monde, la Cunard surpassait désormais totalement la Collins Line. … En 1863 encore, le Persia perdit le Ruban Bleu dans les deux sens au profit de son sister-ship, le Scotia, dernier paquebot à roues à aubes. »
En 1861, lors de l'incident du Trent, qui pouvait déboucher sur une guerre entre les états de l'Union et l'empire britannique, le Persia et plusieurs autres paquebots sont affrétés pour transporter des troupes au Canada[11]. Il est le seul navire à atteindre Québec avant que la glace ne ferme le fleuve Saint-Laurent[9]. L’année suivante, Cunard met en service le SS China, son premier paquebot postal à propulsion par hélice. Il s'avère nettement plus rentable que les paquebots à aubes de la Cunard. La compagnie commande rapidement deux autres paquebots à hélice pour retirer les derniers paquebots à aubes en bois de la ligne express de New York[4].
Le Persia reste associé au Scotia sur la ligne de New York jusqu'en 1867, date à laquelle la Cunard met en service le Russia (en), le premier navire à hélice de la Cunard capable d'égaler la vitesse du Scotia . En raison de sa consommation de carburant, le Persia ne convient pas aux autres services de la Cunard. Il est désarmé en 1868. Ses moteurs sont retirés et il est vendu à l'entreprise MacArthur et Wilson de Glasgow pour être transformé en voilier. Cependant, la conversion n'a pas lieu et le Persia est vendu à la ferraille en 1872[9].
Voir aussi
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 3 4 Daniel Othfors, « Persia 1856 - 1872 » [archive du ], sur thegreatoceanliners (consulté le )
- 1 2 3 (en) « S/S Persia, Cunard Line », sur norwayheritage (consulté le )
- 1 2 3 (en) « Cunard History at a Glance » [archive du ] [PDF], sur Cunard Line & Redpoint Marketing PR (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Gibbs 1957
- 1 2 Le Siècle industriel, 12/06/1856, p. 2.
- ↑ (en) « Persia Spears an Iceberg », sur Oceanlinersmagazine (consulté le )
- ↑ Evening Post, 20/02/1856, p. 2.
- ↑ V.Meunier, L'Ami des sciences, 01/01/1856, p. 32.
- 1 2 3 4 Kludas 1997
- ↑ Le Constitutionnel, 14/04/1856, p. 2.
- ↑ Journal de l'instruction publique, 01/01/1862, p. 14.
Bibliographie
modifier- (en) Charles Robert Vernon Gibbs, Passenger Liners of the Western Ocean: A Record of Atlantic Steam and Motor Passenger Vessels from 1838 to the Present Day, John De Graff, (lire en ligne)
- (en) Arnold Kludas, Record breakers of the North Atlantic, Blue Riband Liners 1838–1953, London, Chatham, (ISBN 1-57488-458-1)
- Victor Meunier, « Faits divers », L'Ami des sciences, , p. 32 (lire en ligne, consulté le )
- Adye, « Feuilleton industriel », Le Siècle industriel, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- « Nouvelles divers », Le Constitutionnel, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- (en) « Naval and Marine affairs : The sailing of the Persia », Evening Post, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- « Petite revue mensuelle », Journal de l'instruction publique, , p. 14 (lire en ligne, consulté le )