Rade de Cherbourg
La rade de Cherbourg, située sur la commune française de Cherbourg-en-Cotentin dans le département de la Manche, est la deuxième plus grande rade artificielle du monde après celle de Ras Laffan au Qatar, avec une superficie d'environ 1 500 hectares.
| Rade de Cherbourg | ||
Vue aérienne orthophotographique de la rade | ||
| Géographie humaine | ||
|---|---|---|
| Pays côtiers | ||
| Subdivisions territoriales |
Manche | |
| Géographie physique | ||
| Type | Rade | |
| Localisation | Manche | |
| Coordonnées | 49° 39′ 33″ nord, 1° 36′ 42″ ouest | |
| Subdivisions | Normandie | |
| Superficie | 15 km2 | |
| Profondeur | ||
| · Maximale | 13 m | |
| Géolocalisation sur la carte : Manche
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| modifier |
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Sa construction commence en 1783 ; la digue centrale est achevée en 1853, et elle est pourvue de trois forts en 1860. La digue de l'Est est commencée en 1890 et achevée en 1895. Elle est construite à quatre kilomètres de la côte, la digue du large est longue de 3 640 m, avec une largeur moyenne de 100 m à sa base et 12 m à son sommet, et une hauteur de 27 m. L'ensemble des trois digues qui la compose cumule plus de six kilomètres de longueur.
On accède à la grande rade par deux passes principales : la passe de l'Est large de 700 mètres empruntée par les ferries et les navires de faible tirant d'eau ; la passe de l'Ouest large de 1 100 m et profonde de 13 mètres minimum à marée basse. Une troisième, secondaire, implantée sur la digue de Colignon, est large de 50 m.
Histoire
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Place forte stratégique depuis plusieurs siècles, Cherbourg dispose d'un château depuis le Xe siècle qui protège le Cotentin du large. Au XVIIe siècle, Vauban lance une fortification de la ville, avant que celle-ci ne soit finalement rasée peu de temps après sur ordre de Louvois. Imaginé depuis longtemps, le projet d'un port militaire est lancé par Louis XVI. En 1692, plusieurs navires de la flotte de l'Amiral de Tourville sont détruits, dont Le Triomphant à l'entrée du port, L'Admirable sur les Mielles, et le Soleil Royal, vaisseau amiral, sur la pointe du Hommet, lors de la bataille navale de la Hougue, mettant en lumière le manque de défense de la ville.

En 1776, à la demande de Louis XVI, une commission sous l'égide de Suffren, réunissant notamment Dumouriez, futur gouverneur de la place, et La Bretonnière, est chargée de choisir le port stratégique pour la défense des côtes de la Manche, entre Cherbourg, Ambleteuse et Boulogne. Le rapport de La Bretonnière considère que seul le port normand peut protéger convenablement 80 bateaux de guerre. Dépassant les projets de Vauban, il projette la construction d'une digue de quatre kilomètres de long, entre l'île Pelée et la pointe de Querqueville. Dumouriez et Pierre-Jean de Caux de Blacquetot, chef du génie, conseillent quant à eux, une rade plus courte, allant en droite ligne de l'île Pelée à la pointe du Hommet, comme préconisé par Vauban, avec une passe centrale unique, et en mettant l'accent sur les défenses militaires. On donne finalement raison à La Bretonnière. S'agissant de l'édification, de Caux vante les mérites des caissons de maçonnerie tandis que La Bretonnière préfère le sabordage de vieux navires de guerre et un enrochement à pierres perdues. Mais furent choisis les plans de l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart, ceux d'un môle construit à partir de 90 cônes de bois de 20 × 20 m, remplis de pierres, reliés par des chaînes de fer.
À partir de 1783, trois ingénieurs vont se succéder durant les 70 ans de l'édification des 4 000 mètres de la digue : Louis-Alexandre de Cessart, Louis de La Couldre de La Bretonnière et Joseph Cachin. Le premier cône selon l'option Cessart est coulé le , à un kilomètre de l'île Pelée, et la rade s'emplit des 300 à 400 bateaux qui font la navette depuis le port du Becquet pour charger les pierres. Mais les quatre premiers cônes ne résistent pas aux tempêtes. Le , Louis XVI fait son seul voyage en province pour voir l'avancement des travaux et assister à l'immersion du neuvième cône. Quand en 1788, on conclut à l'échec de l'option de Cessart, les caisses sont vides, et les esprits prêts à la Révolution. On revient donc à la conception de La Bretonnière, mais en 1789-1790, Dumouriez et de Cessart quittent Cherbourg. Les subsides sont coupés en 1790, et La Bretonnière est contraint à la démission en 1792. Malgré la loi du décrétant la construction de l'avant-port militaire, tous les travaux sont suspendus cette même année, et pour dix ans.

En 1802, Bonaparte ordonne de reprendre les travaux de la digue, selon la méthode de La Bretonnière, en aménageant la partie centrale pour recevoir des canons. Par le décret du 25 germinal an XI (), il charge l'ingénieur Cachin du creusement de l'avant-port militaire qu'il qualifiera de lac de Moeris[note 1] (inauguré le en présence de l'impératrice Marie-Louise), et décide de la construction du nouvel Arsenal. Le Premier consul veut faire de Cherbourg un des ports militaires principaux, visant l'invasion du Royaume-Uni. En 1803, Cherbourg est à l'abri des attaques anglaises et devient un port d'attache de corsaires.

En 1823, Louis Benoît Fouques-Duparc succède à Cachin et suggère le maçonnage de la digue du large qui ne sera achevée que sous Napoléon III, en 1857 par Félix Reibell[1], tandis que les digues de l'Ouest (1889-1896) et de l'Est (1890-1894) sont achevées, sous la Troisième République, par Paul Minard (1858-1941), ainsi que la construction de la petite rade (jetée du Hommet, 1899-1914, et jetée des Flamands, 1921-1922). Charles Maurice Cabart-Danneville fait percer la digue Est du port de Cherbourg, la digue Collignon, pour que les pêcheurs puissent se mettre rapidement à l'abri de la rade, en cas de gros temps. La passe est devenue plus tard la passe Cabart-Danneville. Les digues de Cherbourg qui constituent depuis l'une des plus grandes rades artificielles du monde, n'ont pas été détruites par les Allemands en 1944.
Les digues
modifierLa digue du Large
modifierImaginée par l'ingénieur Louis de La Couldre de La Bretonnière en 1776, la digue du large est la plus ancienne et constitue la pièce maîtresse de la grande rade. Elle mesure 4 km entre la pointe de Querqueville et l'île Pelée, et sa construction à partir de 1783 dura plus de 70 ans, avec de nombreuses interruptions. La digue, supervisée par de nombreux ingénieurs (Louis-Alexandre de Cessart, puis La Bretonnière de 1783 à 1792, Joseph Cachin de 1802 à 1813, Louis Benoît Fouques-Duparc et enfin Félix Reibell de 1832 à 1853), est bâtie sur un enrochement en pierres perdues, et, est surmontée, au dessus-de la haute mer, par un mur maçonné de blocs de granit. C'est sur cette digue que furent bâtie les trois forts de défenses : fort de l'Ouest, fort Central, fort de l'Est[2].
La digue de Querqueville
modifierElle est construite entre 1890 et 1895 sous la supervision de l'ingénieur Paul Minard afin de sécuriser la rade des tempêtes et des raids ennemis. La digue, longue de 1 200 m, est, à partir de 1918, augmentée d'une plate-forme d'amarrage pour des pétroliers, et d'un pipeline aboutissant à des réservoirs de stockage de 16 000 m3 implantés à Hainneville. En 1944, les Alliés l'utiliseront massivement, et la plate forme, dont on peut encore voir des vestiges, sera abandonnée en 1970[3].
La digue de l'Est ou digue de Collignon
modifierLa digue a été construite de 1889 à 1895 par l'entrepreneur parisien A. Collignon dont l'ouvrage porte le nom. Longue de 1 900 m, passe comprise, et large de 8 m, elle est bâtie, avec des blocs de granit extraits des carrières du Becquet, entre l'île Pelée et la plage de Collignon[4].
Les forts de la petite rade
modifierFort du Homet
modifierLe fort du Homet est bâti entre 1779 et 1786 au sud-ouest de la rade et au nord du nouvel arsenal. Il remplace une batterie du XVIIe siècle qui existait déjà à cet endroit[5]. Il fait partie du projet de Pierre-Jean de Caux de fermeture de la rade et a coûté environ 4 000 000 francs.
Comme celui de l'île Pelée, dont le plan est le même : un fort central et une enveloppe casematée mais sous la forme d'un polygone irrégulier à sept côtés[5], il présente trois étages de feux, mais le nombre des bouches à feu dont il peut être armé ne dépasse guère 75. Le nouveau guide du voyageur à Cherbourg publié en 1839 le décrit ainsi : « il se compose de deux rangs de casemates à l'épreuve qu'on pourrait armer de 52 pièces du plus gros calibre, tirants à boulets rouges, et d'une plate-forme disposée pour recevoir 23 autres pièces, non compris les mortiers. L'enceinte intérieure, où sont les casernes qui peuvent accueillir 400 hommes, les magasins à poudre, etc., est séparée de l'enveloppe par un fossé que l'on traverse sur un pont-levis ». Lors des hautes mer, le fort est entièrement entouré d'eau et on y accède par une chaussée en granit de 214 m de longueur et de 13 m de largeur[5].
Le fort du Homet, comme celui de l'île pelée, changea plusieurs fois de nom : nommé Fort-d'Artois, à cause de la visite faite à cet ouvrage par le comte d'Artois, frère de Louis XVI, en ; fort de la Liberté sous la première République ; puis de nouveau Fort-d'Artois sous la Restauration jusqu'en 1830, où il reprend son nom dû à sa position du nom du rocher sur lequel il est bâti[5].
Après les événements de , plusieurs insurgés de Paris y furent détenus et, en 1871, des communards[6]. La devise Liberté, Égalité, Fraternité est écrite en gros caractères sur la porte principale. L'ouvrage, devenu inutile à la suite de la construction de la digue du large destinée à protéger la grande rade, est déclassé en 1875 et ne sera pas bétonné à la fin du XIXe siècle[5]. En 1910-1912 son enveloppe est démolie et ses fossés comblés[5].
Fort des Flamands
modifierAu sud de l'île Pelée, soit sur le littoral de Tourlaville, le fort des Flamands[7] tire son nom de la présence jadis d'une colonie de Brabançons qui faisaient sur la côte un commerce important. Ce lieu était nommé Fief-aux-Flamands.
Décision est prise en 1841 de construire un nouveau fort pour protéger l'entrée de la passe sud, insuffisamment défendue par le fort de l'île Pelée, et pour servir de dépôt de poudre pour la Marine[7].
Les plans sont arrêtés en 1841 et définitivement approuvés par un arrêté ministériel du [7].
La construction du fort des Flamands, avec ses accessoires (magasins à poudre et établissements de pyrotechnie), commence en 1844 et se termine en 1858[7] ; tous ces travaux peuvent être évalués à environ 3 000 000 francs.
Le fort est bâti sur le rocher des Flamands, à 400 mètres de la côte. Il est édifié en granite de Fermanville et en schiste du Becquet. De forme trapézoïdale, il comprend une enveloppe fortifiée dotée de cinquante-trois casemates, reliées entre elles par une galerie. Au centre de la cour, sont érigés plusieurs magasins à poudre pouvant stocker jusqu'à 450 tonnes de poudre[8]. Le fort est desservi au sud-est par un port de refuge[7].
La forme du fort des Flamands est celle d'une lunette bastionnée ayant des casemates à un seul étage au pourtour et surmontée d'une batterie barbette terrassée. Le nombre des bouches à feu dont peut être armé cet ouvrage est de 30 au maximum.
La digue des Flamands est construit devant le fort entre 1923 et 1927 et le fort est rattaché au continent[7]. À la fin des années 70, le terre-plein des Mielles est construit et le fort perd définitivement son caractère insulaire[7].
Le fort est rétrocédé par la Marine, le , au syndicat du port autonome de Cherbourg[7].
Le fort est aujourd'hui dans un état médiocre. Les magasins à poudre ont en grande partie disparu en 1993 et la moitié de la gorge du fort a été détruite[7].
Les forts de la grande rade
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Fort de l'île Pelée
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Situé à l'est de la digue, sur l'île Pelée, cet ouvrage, le plus ancien construit pour protéger la rade, exécuté sur les plans des ingénieurs Ricard[Qui ?],[note 2] et de Pierre Jean de Caux, directeur des fortifications de Basse-Normandie[5], fut commencé en 1779 et terminé en 1784. On évalue à quatre millions de francs la somme d'argent employée pour sa construction.
Ce fort, qui présente trois étages de feux, peut être armé de 108 bouches à feu. En 1786, l'île Pelée fut visitée d'abord par le frère du roi Louis XVI, le comte d'Artois, futur Charles X au cours de son inspection des travaux de la rade, puis un mois plus tard par le roi lui-même qui baptise la citadelle « Fort-Royal »[9], et mit, dit-on, lui-même le feu à un gros mortier, pour donner le signal d'une décharge générale. Il est composé d'une citadelle de granite de Chausey, une fosse et d'une enceinte fortifiée.
Cet ouvrage de défense a changé de nom selon les temps (Fort-Royal sous l'Ancien Régime, Fort-National sous la Première République, Fort-Impérial sous Napoléon Ier, et de nouveau Fort-Royal sous la Restauration). La République de 1848 lui donna simplement le nom du rocher sur lequel il est édifié. Depuis 1898, face aux mutations de l'artillerie, une chape de béton de cinq mètres recouvre la face nord de la citadelle[10].
Durant la tempête révolutionnaire, puis sous le Directoire, on y vit, comme prisonniers, des hommes qui avaient joué des rôles bien différents parmi lesquels Vadier, membre du Tribunal révolutionnaire emprisonné du au , avant d'être envoyé en surveillance à Chartres, le baron de Cormatin, major général de l'armée vendéenne, Barthélémy Porta, le babouviste Buonarroti, et, de 1871 à 1872 414 communards en attente de jugement[11].

À l'origine, le fort se présentait sous la forme d'une enveloppe extérieure casematée en granite et d'un fort intérieur en hémicycle autour d'une cour centrale. Le réduit intérieur, qui comporte deux niveaux et une terrasse, est séparé de l'enveloppe extérieure par un profond fossé. Au rez-de-chaussée, on trouve les magasins à poudre et les logements. L'étage est percé de vingt-deux embrasures pour batteries. La terrasse, qu'un mur crénelé ceinture, peut recevoir vingt pièces à canon et quatorze mortiers[5]. Vers 1898, le fort est remodelé à la suite des progrès de l'artillerie[5]. On arase les étages et le bétonnage du fort fait disparaître la cour centrale qui est remplacée par un réseau de galeries. L'enveloppe extérieure est également bétonnée. On peut encore voir à l'ouest quelques batteries casematées. Seule la face arrière du fort, avec sa belle porte monumentale, œuvre du sculpteur Pierre Fréret, est du XVIIIe siècle. Devant le fort, à la fin du XIXe siècle est créé un petit port, avec une rampe d'accostage, afin d'en faciliter l'accès[5]. Au début du XXe siècle, le fort était le plus moderne de son temps, avec une centrale électrique propre et un ascenseur Otis, alors qu'un chariot sur rail assurait la manutention des munitions[5].
Jusqu'en 1920 le fort est occupé par une garnison de 250 hommes. Entre les deux guerres mondiales, il reçoit une batterie de DCA de 75 mm, d'où les encuvements surélevés sur ses dessus. Les Allemands, lors de l’Seconde Guerre mondiale le réoccupent et le modernise. Dans les années 1950, dans le cadre des travaux OTAN, il fut question de réinstaller une batterie, d'origine allemande, de quatre pièces de 105 mm SK C/32.
Un phare de 25 m de hauteur projette à 10 km en mer ses feux intermittents.
L'État a cédé en 2014 l'île Pelée, ancienne propriété de la Marine nationale, au syndicat mixte Ports normands associés (PNA). En 2021, le fort, interdit d'accès sans autorisation, a été inscrit aux monuments historiques par arrêté du [12].
Fort de l'Est
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Le fort de l'Est situé à l'extrémité orientale de la digue, avait pour rôle de défendre la passe de l'Est entre la digue centrale et l'île pelée. Bâti sur le même modèle et à la même époque que le fort de l'Ouest, il disposait des mêmes caractéristiques.
Le fort a été détruit durant la Seconde Guerre mondiale. Après plusieurs heures de combats, le , les Allemands occupent Cherbourg ainsi que l'arsenal, alors que les forts du large résistent encore. Il est alors entièrement détruit à la suite du sabotage par les forces françaises de ses batteries, et l'explosion de son magasin à poudre. Le site est depuis à l'état de ruine[8].
Fort central
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Le fort central, chargé de défendre la digue du large qui ferme la rade, est construit, entre 1847 et 1858, sur une île artificielle en pierres perdues. Il a une forme elliptique et présente une enveloppe à ciel ouvert avec un réduit à deux étages de feux. Il reprend l'emplacement de la batterie Napoléon construite par l'ingénieur Cachin en 1804[13]. Dès 1807, le point central de la digue put recevoir vingt canons. Cette batterie détruite par la tempête du , ayant entraîné la mort de la majorité des 250 hommes stationnés sur place[13], sera reconstruite par un décret du qui prévoit d'en élever les embrasures à neuf mètres au-dessus des plus hautes marées ; chaque plate-forme devait être voûtée.
Au terme de la bataille de Cherbourg, le fort central capitule à midi le , ayant subi un bombardement de neuf Thunderbolt à partir de 10 h 50[14].
Propriété de la marine, il est inaccessible au public.
Fort de l'Ouest
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Le fort, construit en 1851, par l'ingénieur Félix Reibell, défendait l'entrée de la passe de l'Ouest depuis la digue du Large. Il se présente sous la forme d'un ouvrage de forme circulaire, haut de deux étages casematés que surmonte une terrasse, enserrant une place centrale. Son premier niveau abritait des logements pour une garnison de 150 hommes, ainsi que les vivres et les munitions. En 1890, il est arasé, bétonné et modernisé. Propriété de la Marine nationale et fermé au public, l'ouvrage inactif depuis 1944 et son occupation par les troupes allemandes, est équipé d'un feu de balise marquant l'entrée de la passe de l'ouest. Celui-ci, présent dès 1853, fut électrifié en 1934 et automatisé en 1977[3].
Fort Chavagnac
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Le fort Chavagnac avait été projeté dès 1846, mais ne fut édifié qu'à partir de 1854. Les travaux se sont poursuivis jusqu'à la fin du Second Empire[15] (1865). Il est situé près de l'extrémité de la digue de Querqueville[16], au sud du musoir ouest et en face de la petite baie de Sainte-Anne. Il porte le nom du comte Gilbert Pierre Alexandre de Chavagnac (1745-1809), chargé des travaux, qui avait repéré en 1787 lors de ses travaux de sonde de la rade cette roche en mer. Sa conception avait été prévue avant qu'on ne décide de créer la digue de Querqueville[15].
Ce fort, long de 116 m et large de 66 m, qui appartient à la ligne principale de la défense de la rade, est de plan triangulaire avec des angles arrondis. Il présente deux étages de batteries et pouvait être armé de 60 bouches à feu. Sa cour intérieure est entourée d'un rang de batteries casematées[15]. À la fin du XIXe siècle, il a été bétonné[15] et modernisé. Le fort, désarmé après la Seconde Guerre Mondiale, propriété de la Marine nationale, a été mis en vente une première fois en 2012. Celle-ci ayant échouée, la Direction de l'immobilier de l'État (DIE) le remit en vente en et il a été acquis en par une société immobilière. En 2026, l'ouvrage qui continu à se dégrader est toujours en attente d'une réhabilitation[17].
Le fort Chavagnac est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du [18].
Fort de Querqueville
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Situé au couchant du musoir Ouest de la digue, le fort de Querqueville[19] devait défendre la passe ouest, point de passage principal des navires.
Il est prévu d'être bâti à l'emplacement d'un ancien fortin semi-circulaire, dont il reprend la forme, et qui datait de 1756[20], devenu insuffisant à la suite du choix de l'implantation de la future digue du Large.
En 1784[21], l'ingénieur de Caux propose de reprendre les dispositions adoptée pour l'île Pelée, à savoir trois étages de feux, dont la conception pourrait être tirée des théories du marquis de Montalembert, qui séjourna à Cherbourg en 1777[22]. Sa construction débute en 1787[21], après la visite de Louis XVI en . Mais en 1788[22], à la suite de sondages entrepris par le comte Gilbert Pierre Alexandre de Chavagnac, officier de marine en poste à Cherbourg, la découverte tardive de hauts fonds contraint le déplacement de la passe initialement projetée d'environ un kilomètre vers l'est. Le musoir ouest de la digue du large se retrouvant alors à plus de deux kilomètres du fort, les navires seraient passés hors de portée de ses canons, ceux-ci n'étant pleinement efficaces qu'entre 600 et 1 000 mètres. En conséquence, seul la batterie semi-circulaire voûtée et casematée, pouvant recevoir 53 canons fut achevé en 1795 selon les plans d'origine. Chaque emplacement devait recevoir un canon tirant à boulets rouges des projectiles de 48 livres (environ 22,5 kilos). Un four à boulets était initialement prévu, mais il semble n'avoir jamais été construit.
L'enceinte ne sera réalisée qu'après 1850[22]. Sous l'Empire, la gorge du fort est fermée par une caserne en granit rose et en schiste[22]. Seules ses ailes latérales seront armées en 1852[20], accueillant deux batteries de côte de gros calibre. Malgré les progrès techniques de l'artillerie à partir de 1858[22], le fort n'est pas modernisé ; on lui préfère le fort Chavagnac construit à partir de 1854[22].
On peut évaluer à 3 000 000 francs la dépense totale que cet ouvrage aura occasionnée[réf. nécessaire].
Pendant l'Occupation, les Allemands l'utiliseront et en renforceront l'armement, notamment avec des pièces automatiques afin de couvrir l'anse d'Urville. En 1976[22], dans un but d'usage militaire, les ouvertures de la caserne sont obstruées. Propriété de la Marine jusqu'en 2013, il est resté du fait de son obsolescence à l'abri du bétonnage et du vandalisme.
Ultime vestige militaire du fort, une tourelle de char Renault R35[23] est installée en 1940 par les Allemands à l'extrémité de l'aile ouest du fort pour battre l'anse de Nacqueville. C'est l'une des rares encore en place sur le grand nombre dont était doté le Mur de l'Atlantique[24].
En , le fort et ses six hectares de terrain, propriété de la Marine nationale, est acheté par deux investisseurs privés, Thierry Maraud et Xavier Taburiaux pour 50 000 € alors que les Domaines l'avaient estimé à 600 000 €. La ville de Querqueville n'exerce pas son droit de préemption. Les deux promoteurs affirment vouloir consacrer 20 millions d'euros à la réhabilitation de l'ouvrage et à sa transformation. Ils annoncent vouloir créer un hôtel-restaurant de luxe, 80 logements locatifs, des locaux commerciaux et organiser des manifestations culturelles. Finalement, à l'été 2015, le projet est abandonné. « Les deux actionnaires avaient des visions différentes », constate Jean-Michel Maghe, maire de Querqueville.
Le , le tribunal de grande instance d'Évreux (Eure) adjuge pour 500 000 € le fort à Boubekeur Khelfaoui, gérant de la société immobilière Fox à Paris, pour y ouvrir un hôtel.
En 2018, le 1er Festival des continents y est organisé du au , qui accueille conférences, concerts et animations diverses autour de l'Afrique. Plusieurs ministres africains assistent à l'événement placé sous le parrainage de l'Unesco. La manifestation s'achève avec un concert de Manu Dibango.
Le fort de Querqueville a été inscrit aux monuments historiques par arrêté du [25].
Manifestations navales
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Entre les et , les flottes anglaise et française paradent dans la rade lors de la visite de la reine Victoria invitée à l'inauguration d'un nouveau bassin du port militaire. Le photographe Gustave Le Gray a immortalisé ces instants[26].
Le , à l'issue du repas donné à la gare transatlantique tout juste inaugurée, les autorités procèdent à une revue navale[27]. Embarqués sur le contre-torpilleur Vauban, le président Lebrun, MM. Eugène Frot, ministre de la Marine marchande, le député Pierre Appell, les amiraux Georges Durand-Viel, chef d'état-major de la Marine et Octave Benjamin Herr, inspecteur général, le préfet maritime Léon Le Dô et le lieutenant de vaisseau François Darlan, chef de cabinet du ministre de la Marine, passent en revue les bâtiments suivants : les 3 croiseurs Duguay-Trouin, Lamotte-Picquet et Primauguet ; les contre-torpilleurs Lion, Maillé-Brézé , Lynx et Léopard ; les torpilleurs Adroit, Orage et Bourrasque et les 5 sous-marins Pascal, Henri Poincaré, Poncelet, Achille et Argo[28].
Accidents maritimes
modifierLe , Charles-Eugène Delaunay, directeur de l'Observatoire de Paris, en déplacement à Cherbourg et désireux de visiter la rade, a commis l'imprudence de s'embarquer sur la péniche Caroline alors que le temps était mauvais. Le dessalage du navire a provoqué sa noyade[29].
Le , le paquebot allemand Kaiser Wilhelm der Grosse est impliqué dans une collision à sa sortie par la passe Ouest avec le navire entrant anglais Orinoco II[30]. On déplore cinq morts, trois disparus et plusieurs blessés. Les deux navires doivent réparer sur place.
Escales de navires célèbres
modifier- Le Titanic : lors de son voyage inaugural, venant de Southampton, le paquebot fait escale en rade le à 18 h 35 et appareille à 20 h 10.
- Le Saint Louis : le paquebot, parti de Hambourg le et en route pour Cuba, fait escale en rade le pour y embarquer les derniers voyageurs.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Métaphore du lac Moéris d'Égypte.
- ↑ Il vint en 1777 faire le lever le plan du fort[5].
Références
modifier- ↑ Lecarpentier 2022, p. 14.
- ↑ Lecarpentier 2022, p. 15.
- 1 2 Lecarpentier 2022, p. 17.
- ↑ Lecarpentier 2022, p. 16.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Jeannine Bavay (photogr. Michel Baptiste), « Le fort de l'Île Pelée édifié au XVIIIe siècle », Vikland, la revue du Cotentin, no 4, janvier-février-mars 2013, p. 28 à 30 (ISSN 0224-7992).
- ↑ Lecarpentier 2022, p. 23.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Fort des Flamands »
, sur Inventaire général du patrimoine culturel de Normandie - 1 2 Lecarpentier 2022, p. 25.
- ↑ Maurice Lecœur (ill. Michel Lemonnier, photogr. Norbert Girard), Trésors du Cotentin : Architecture civile & art religieux, Mayenne, Isoète, , 296 p., 25 × 29 cm, couverture couleur, cartonné (ISBN 978-2-913920-38-5), p. 26.
- ↑ Guide des randonnées pédestres, Communauté urbaine de Cherbourg.
- ↑ Lecarpentier 2022, p. 26.
- ↑ « Fort de l’île Pelée », notice no PA50000097, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- 1 2 Lecarpentier 2022, p. 22.
- ↑ Raymond Lefèvre, La Libération de Cherbourg, 26 juin 1944, Imprimerie commerciale, Cherbourg, 1946, p. 72.
- 1 2 3 4 Thin 2013, p. 27.
- ↑ « Digue de Querqueville », notice no PA50000104, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Lecarpentier 2022, p. 19.
- ↑ « Fort de Chavagnac », notice no PA50000096, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Fiche IA50001327, Fort de Querqueville.
- 1 2 Lecarpentier 2022, p. 18.
- 1 2 Thin 2013, p. 24.
- 1 2 3 4 5 6 7 Thin 2013, p. 25.
- ↑ Dénomination technique WN (Widerstandsnest) 221d Fort de Querqueville Ouest, type Tobrouk R35-Turm - 49° 40′ 22,7″ N, 1° 41′ 11,3″ O.
- ↑ Plaquette de présentation Le Fort de Querqueville, éditée par l'arrondissement maritime de la Manche et de la mer du Nord.
- ↑ Notice no PA50000095, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Clichés sur Gallica.fr.
- ↑ Gérard Destrais, Cherbourg, l'épopée transatlantique, Isoète, coll. « Mémoires cotentines », , 195 p. (ISBN 9782402242127, lire en ligne).
- ↑ Malencontreusement noté par erreur Arago dans le texte de référence.
- ↑ « Mort de M. Delaunay », Le Monde Illustré, no 801, , p. 96 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ L. V., « Grave collision entre deux paquebots », Le Petit Parisien, no 10983, , p. 1 (lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Justin Lecarpentier, 100 clés de Cherbourg, Rouen, Éditions des Fontaines, , 116 p. (ISBN 978-2-84811-535-1), p. 11-28.
- Étienne-François Le Tourneur Rapport et projet de décret présentés au nom du comité de la marine, par E. F. Letourneur, député du département de la Manche, sur les travaux ordonnés à Cherbourg pour y former un établissement de marine, prononcé le , 60 p. [lire en ligne].
- Bazan, « Quels sont les hommes qui ont exercé le plus d'influence sur la création d'un arsenal maritime à Cherbourg et en particulier quelle part doit être attribuée à Vauban dans les projets relatifs à la fermeture de la rade », extrait des Séances du congrès scientifique de France, tenu à Cherbourg en , Cherbourg, Auguste Mouchel, 1860, 16 pages.
- Yves Murie, La Digue qui a fait Cherbourg, Cherbourg, Isoète, 2007 (ISBN 978-2-913920-59-0).
- Edmond Thin, « Le fort de Querqueville », Vikland, la revue du Cotentin, no 4, janvier-février-mars 2013, p. 24-27 (ISSN 0224-7992).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Présentation, cheminsdememoire.gouv.fr
- Les forts de la rade de Cherbourg », netmarine.fr