Rapattitude

compilation sortie en 1990

Rapattitude est une compilation de rap français sortie le 28 mai 1990 sur le label Labelle Noir, sous licence Virgin. Elle est produite par Benny Malapa et rassemble plusieurs artistes de la scène hip-hop parisienne alors naissante, notamment Assassin, Suprême NTM, Tonton David, Dee Nasty, Saliha et EJM. La compilation est enregistrée en grande partie dans les studios de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) au cours de l'été 1989. Il s'agit de la première compilation de hip-hop français et elle a été le premier album de rap français à recevoir un disque d'or.

Rapattitude
Description de cette image, également commentée ci-après
Logo de la compilation Rapattitude.
Album de divers artistes
Sortie 1990
Enregistré 07/1989 - 09/1989
Paris
Durée 40:49
Langue français
Genre Rap français
Format vinyle, CD, cassette
Producteur Benny Malapa
Label Labelle Noir

Albums de divers artistes

Contexte

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À la fin des années 1980, le hip-hop français existe depuis près de dix ans mais reste ignoré des médias. Après cette décennie, il sort de l'underground pour intégrer le paysage musical français. Des structures comme Radio Nova ou des soirées telles que Chez Roger Boîte Funk au Globo et le Zoopsie à Bobino prennent le relais des zulu parties et des pionniers du terrain vague de la Chapelle, tandis que l'industrie du disque commence à s'intéresser au mouvement. L'éducateur social Benny Malapa, qui découvre le hip-hop au New York City Rap Tour de Pantin en 1982, travaille à la fin des années 1980 sur un documentaire consacré à la vie nocturne « black » parisienne, Paris Black Night, produit par Yves Billon. Préférant rester derrière la caméra, il s'adjoint Madj, animateur de l'émission Fusion dissidente sur Radio Beur, qui programme « rock dissident » et musiques urbaines. Le tournage est mené avec l'aide du Black Panther Djida, qui lui sert de guide dans le milieu nocturne et lui permet de rencontrer des artistes comme Daddy Yod, Pablo Master ou Saï Saï[1].

Selon Malapa, c'est à la cité des Francs-Moisins, à Saint-Denis, après une discussion sur l'absence de producteur pour ces artistes, qu'il décide de les produire lui-même[1]. Madj situe l'origine au même endroit, à la sortie d'une interview de Daddy Yod, mais s'attribue l'idée du format : il aurait suggéré à Malapa de réaliser plutôt une compilation, formule héritée du punk qui permet de pallier la faiblesse du répertoire de chaque artiste, dont peu sont alors en mesure de sortir un album seul[2]. Christian Milia rattache pour sa part le projet à ses propres échanges avec Madj dès 1989[1]. Une première tentative de soirée sound system rue des Rosiers échoue, ce qui convainc Malapa qu'il lui faut s'entourer. Madj lui présente alors Christian « Mil » Milia, son coanimateur de radio. La rencontre avec l'ingénieur du son Sodi achève d'orienter le projet vers le format de la compilation[1].

Réalisation

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Assassin est recruté par Madj[1] ; Suprême NTM est présenté à Malapa par Rockin' Squat d'Assassin, début 1989[2]. Djida et Saï Saï font venir EJM ; un sound system au studio Lasson fait découvrir Tonton David à Malapa ; le Black Panther Casa l'introduit auprès des New Generation MC et de leur leader Roger RMC, qui lui présente la rappeuse Saliha. Seule femme de la compilation, celle-ci serait ainsi, selon Bettina Ghio, la première rappeuse française à être enregistrée sur disque[1],[3]. La participation de Dee Nasty, figure tutélaire du milieu, est jugée indispensable. Le groupe A.L.A.R.M.E. est quant à lui constitué spécialement pour la compilation, autour de Mikey Mosman, du bassiste Nicolas Baby et d'un choriste de Magma, lors d'une séance à l'Ircam. Plusieurs absences s'expliquent par des refus ou des contretemps : Timide et Sans Complexe déclinent un contrat jugé défavorable, le label de Lionel D s'oppose à sa participation, et ni Lucien Papalu, alors à New York, ni MC Solaar, contacté trop tard, ne peuvent figurer sur le disque. Malapa reconnaît par la suite avoir eu tort d'écarter les Little MC[1].

Les porteurs du projet fondent l'association Labelle Noir, dont le nom joue sur l'expression « belle noire ». Son logo, représentant une danseuse noire, est dessiné par le graffeur Mode 2. L'administration est confiée à Cathy Malapa, la production et les questions commerciales à Benny Malapa, et la relation aux artistes ainsi que l'organisation de concerts à Madj et Milia[1]. L'enregistrement se déroule de nuit aux studios de l'Ircam, faute de budget, grâce à l'ingénieur du son Laurent Vanteau, entre la mi-juillet et septembre 1989[1]. Le titre de Dee Nasty, « Funk a Size », est cependant enregistré dans son home studio[4]. Après une reprise des sessions durant l'hiver, le mixage est réalisé par Adam Volny début 1990 dans les sous-sols du Centre Pompidou[1],[4]. Dans son autobiographie Mauvaise réputation (2006), JoeyStarr les décrit comme clandestines, l'équipe s'introduisant de nuit pour échapper au gardien, tandis que Malapa affirme que les enregistrements avaient été autorisés et que les participants disposaient de badges d'accès[5],[4],[1].

Des désaccords opposent rapidement Malapa à Madj et Milia autour de l'organisation des concerts, notamment ceux du chapiteau Fratellini (fin octobre 1989) et le French Rap Connection de décembre 1989, financièrement déficitaire pour Labelle Noir. Les artistes eux-mêmes se répartissent en trois groupes rivaux : le Mouvement Authentique (Saliha, New Generation MC, EJM), Assassin et le Suprême NTM, et les artistes rastas (Tonton David, Saï Saï, Mikey Mosman, Daddy Yod). Malapa rompt avec Madj et Milia en décembre 1989 ; les versions des protagonistes divergent sur les causes, Malapa invoquant un manquement dans la gestion des artistes, Milia dénonçant la rétention d'information et des tractations menées en secret[1].

Après des refus de Bondage Records, Polydor et EMI, c'est avec Emmanuel de Buretel, de Virgin France, que l'accord se conclut, alors que celui-ci préparait de son côté une compilation concurrente. Selon Malapa, l'arrangement prend la forme d'un prêt assorti d'une reconnaissance de dettes plutôt que d'une avance. Milia affirme par ailleurs que Buretel lui aurait proposé la direction artistique de la compilation, ce qu'il aurait décliné pour ne pas dépendre de Malapa. Ce dernier juge ce récit impossible : de Buretel n'aurait pas eu autorité pour disposer d'un tel poste, la compilation demeurant la propriété de Labelle Noir jusqu'à sa cession, en janvier 1992, à Delabel, label que Buretel ne fonde qu'en juin 1991[1].

Contenu

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La pochette est illustrée par Jean-Baptiste Mondino et représente le rappeur Solo[1]. Le graffiti lui servant de logo est réalisé par Mode 2. La compilation contient les premières apparitions discographiques d'Assassin, Saliha et Suprême NTM[6]. Le titre de NTM, « Je rap », est le premier morceau officiellement publié du groupe ; Sheek, du groupe Nec Plus Ultra, qui avait enregistré un morceau homonyme paru chez Polydor en 1989, y voit une allusion moqueuse à son groupe[2]. « Peuples du monde » de Tonton David devient un succès, porté par un clip réalisé par Mathieu Kassovitz[4],[3].

Sortie et réédition

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Rapattitude paraît le [1]. La compilation est à l'origine d'une concurrence entre maisons de disques pour signer les artistes individuellement : Labelle Noir retient Tonton David, tandis que les autres rejoignent Virgin, Polydor ou Epic. Malapa échoue notamment à signer Assassin, faute de pouvoir s'aligner sur l'offre de Remark Records[1]. L'opération s'avère financièrement avantageuse pour le label Labelle Noir de Malapa, mais peu rémunératrice pour les artistes, chaque groupe percevant 0,7 % des ventes[2]. La compilation devient le premier disque d'or du rap français ; les estimations de ventes varient de 40 000 à 100 000 exemplaires selon les sources[7],[6],[3],[4]. Malapa ayant négligé de déposer le nom Rapattitude à l'Institut national de la propriété industrielle, Milia obtient gain de cause à l'issue d'une procédure judiciaire portant sur la marque[1].

En 2012, EMI publie sous le nom Rapattitude un coffret de trois disques. Il ne reprend pas l'intégralité de l'album de 1990 — les contributions de Saliha et de Daddy Yod en sont notamment absentes — mais y ajoute une sélection retraçant deux décennies de rap français, et s'accompagne d'un ouvrage d'Olivier Cachin réunissant des préfaces d'Akhenaton, Orelsan et Oxmo Puccino[8],[9],[10]. Cette parution donne lieu à un concert au Nouveau Casino, à Paris, réunissant Assassin, Tonton David, EJM, Rocca et Dee Nasty[7].

Promotion

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Un concert réunissant tous les artistes de la compilation est organisé à Bobino lors de la Fête de la musique de 1990 afin de promouvoir la compilation. Une tournée Rapattitude a ensuite lieu en 1991[6].

Liste des titres

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  1. Assassin - La formule secrète - 4:57
  2. Tonton David - Peuples du monde - 3:38
  3. Saliha - Enfants du ghetto - 3:00
  4. Saï Saï - Rouleurs à l'heure - 3:35
  5. Dee Nasty - Funk A Size - 5:11
  6. A.L.A.R.M.E. - Paris Black Night - 5:34
  7. Suprême NTM - Je rap - 3:47
  8. Daddy Yod - Rock en zonzon - 3:20
  9. E.J.M - Élément dangereux - 3:47
  10. New Generation MC - Toutes les mêmes - 4:10

Réception critique

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En 2024, l'Abcdr du son estime que « seules quelques-unes des dix pistes ont survécu à l’épreuve du temps et vieilli correctement » et que « l’inexpérience des artistes est évidente et rend l’écoute du disque, plus de trente ans après sa sortie, assez fastidieuse dans l’ensemble »[6].

Selon Bettina Ghio, « Enfants du ghetto » de Saliha est le seul titre de la compilation à aborder une question de société, là où des morceaux comme « Je rap » de Suprême NTM ou « La formule secrète » d'Assassin insistent surtout sur l'esthétique du genre. Elle y relève aussi la première occurrence du terme « ghetto » dans le rap francophone, mot ensuite largement repris pour désigner les banlieues[3].

Suivant le succès de la compilation, Benny Malapa produit une suite à cette compilation, Rapattitude 2, parue en 1992. Ce second volume fait notamment figurer IAM, absent du premier, ainsi que le collectif Côté Obscur, auquel appartient le futur Faf Larage. Ce disque est un échec commercial[6].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 Vincent Piolet (préf. Dee Nasty, postface Solo), Regarde ta jeunesse dans les yeux : Naissance du hip-hop français 1980-1990, Marseille, Le Mot et le Reste, (1re éd. 2015), 362 p. (ISBN 978-2-36054-290-1), « Rapattitude, la culture rap rentre dans le marché du disque français »
  2. 1 2 3 4 Pierre-Jean Cléraux et Vincent Piolet, NTM : Dans la fièvre du Suprême, Marseille, Le Mot et le Reste, (ISBN 978-2-36139-654-1), « L'esquisse Rapattitude »
  3. 1 2 3 4 Bettina Ghio, Pas là pour plaire ! : portraits de rappeuses, Marseille, Le Mot et le Reste, (ISBN 978-2-36139-226-0), « Pionnières, première génération »
  4. 1 2 3 4 5 Séverine Pierron, « Le jour où… NTM et les pionniers du rap ont enregistré au Centre Pompidou » Accès libre, sur Magazine du Centre Pompidou, (consulté le )
  5. ↑ JoeyStarr et Philippe Manœuvre, Mauvaise réputation, Paris, Flammarion, (ISBN 978-2-08-068931-3)
  6. 1 2 3 4 5 Kiko, « Rapattitude vu par Madj » Accès libre, sur Abcdr du son, (consulté le )
  7. 1 2 Thomas Blondeau, « Rapattitude : aux sources du rap » Accès libre, sur Les Inrockuptibles, (consulté le )
  8. ↑ Laurent Rigoulet, « Rapattitude », Télérama, no 3248,‎ (lire en ligne [archive du ] Accès libre)
  9. ↑ Laurent Hoebrechts, « Rapattitude : back to the days… » Accès libre, sur Focus Vif, (consulté le )
  10. ↑ « La photo hip-hop à l'honneur de la compil Rapattitude » Accès libre, sur Première, (consulté le )

Bibliographie

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