Richard Bruce Nugent
Richard Bruce Nugent ( – ), également connu sous les noms de Richard Bruce et Bruce Nugent, est un poète, écrivain et peintre moderniste afro-américain emblématique de la Renaissance de Harlem. Il compte parmi les rares artistes du mouvement à s'exprimer ouvertement sur ses relations homosexuelles[1].
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Prix littéraire PEN Oakland/Josephine Miles (en) () |
Biographie
modifierJeunesse
modifierRichard Bruce Nugent naît à Washington D.C. le , de l'union de Richard H. Nugent Jr. et Pauline Minerva Bruce. En 1920, il quitte le lycée de Dunbar, où il est l'élève de Angelina Weld Grimké[2], et s'installe avec sa famille à New York. Nugent s'intéresse plus à l'art qu'au monde du travail, ce qui pousse sa mère inquiète à le renvoyer vivre chez sa grand-mère à Washington[1].
Il devient un habitué des salons du samedi de Georgia Douglas Johnson à Washington[3], ce qui lui permet de rencontrer Langston Hughes. Les trois deviennent amis et commencent à collaborer[4.1],[5.1].
En 1925, à 19 ans, il retourne à Harlem[2].
Âge adulte
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Entre 1926 et 1928 Richard Bruce Nugent vit avec l'auteur Wallace Thurman. Georgia Douglas Johnson et Langston Hughes lui présentent leurs amies Zora Neale Hurston, Aaron Douglas, Gwendolyn Bennett et John P. Davis (en) qui fréquentent le Niggerati (en) Manor[1]. Sa vie de bohème inspire le personnage de Paul Arbian dans le roman Infants of the Spring de Thurman[6].
Avant de se consacrer pleinement à son art, Nugent exerce différents métiers, notamment vendeur de chapeaux, livreur et groom. Nugent se fait passer pour blanc afin de percevoir un salaire plus élevé, sous le nom de Ricardo Nugen di Dosocta, et donne une adresse à la légation espagnole de Washington[7.1]. Tout au long de sa vie il nourrit une fascination pour les hommes espagnols et italiens[8]. C'est durant cette dernière période qu'il tombe amoureux d'un cuisinier d'hôtel. Le personnage de Adrian/Beauty dans « Smoke, Lilies and Jade » est peut-être inspiré de cet homme[7.1].
Il sert dans l'armée américaine durant la Seconde guerre mondiale. Durant cette période, il rencontre plusieurs hommes italo-américains avec qui il reste en contact toute sa vie[8].
Il épouse Grace Marr en 1952 mais parle toujours ouvertement de son attirance pour les hommes[7.2]. Thomas Wirth, un contemporain et ami de Nugent, affirme que Grace l'aimait et était déterminée à changer son orientation sexuelle[9]. Leur mariage dure jusqu'au suicide de Grace en 1969[7.2].
Étant l'une des premières personnalités afro-américaines ouvertement queer, il devient une figure importante du mouvement homosexuel noir aux États-Unis[9],[3].
Nugent meurt d'une insuffisance cardiaque congestive le à Hoboken, dans le New Jersey[4.2],[10]. C'est un des derniers survivants de la Renaissance de Harlem[1].
Carrière
modifierŒuvre littéraire et graphique
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En 1925, Richard Bruce Nugent publie ses premiers textes : le poème « Shadow » et la nouvelle « Sahdji »[4.1]. À la demande d'Alain LeRoy Locke, Nugent réalise un dessin représentant « une jeune Africaine debout dans une hutte, le visage illuminé par le linge ». D'abord destiné à devenir la couverture de l'anthologie The New Negro, Locke suggère à Nugent d'en faire une nouvelle qui devient « Sahdji »[7.3]. Il crée par la suite, toujours encouragé par Locke, Sahdji : An African Ballet. La musique est écrite par William Grant Still et la première a lieu à l'université Howard à la fin des années 1920, et le ballet se produit ensuite à l'Eastman School of Music de Rochester durant l'été 1932[4.2],[11].
C'est dans le magazine littéraire Fire!! dirigé par Thurman que Nugent publie « Smoke, Lilies and Jade » en 1926, une nouvelle écrite en courant de conscience. Elle explore les thèmes de la bisexualité et du désir d'un homme noir pour un homme blanc[3]. Selon le scénariste Robert Philipson, il s'agit du premier texte littéraire américain où le désir homosexuel est présenté de manière positive[12].
Ses amis du Niggerati Manor l'aident à se faire connaître[1]. Ses illustrations et nouvelles sont publiées dans Fire!! et quatre de ses peintures apparaissent dans l'exposition de 1931 de la Fondation Harmon dédiée aux artistes noirs[7.4]. Nugent écrit son roman Gentleman Jigger entre 1928 et 1933, mais il ne sera publié qu'en 2008[5.2]. À la fin des années 1930, il travaille sur le Federal Writers' Project aux côtés de Ralph Ellison et Claude McKay[13].
La seule œuvre qu'il fait lui-même publier en son nom s'intitule Beyond Where the Stars Stood Still et est imprimée en édition limitée en 1945 par Warren Marr II, son beau frère[14].
Danse
modifierBien qu'il soit majoritairement connu pour son travail littéraire et graphique, Nugent vit de la danse. Il apparaît en tournée et à Broadway dans les spectacles Run, Little Chillun (en) et Porgy[15].
Dans les années 1940, il devient membre de la William's Negro Ballet Company et danse avec Hemsley Winfield (en) et Asadata Dafora (en). Il fait également des performances de drag avec le New Negro Art Theater Dance Troupe[15].

Harlem Cultural Council
modifierEn 1964, Richard Bruce Nugent est invité à participer à une conférence sur l'action culturelle organisée par la ville de New York à l'Université de Columbia. Au cours d'un atelier, Nugent co-fonde le Harlem Cultural Council qui promeut l'activité artistique à Harlem grâce à des subventions fédérales et municipales. Le Council fait construire le Schomburg Center for Research in Black Culture et choisit Nugent pour remplir le rôle de vice-président[4.1],[15].
Nugent et Romare Bearden impactent grandement l'activité du Council[11] et c'est ses différents emplois en son sein qui permettent à Nugent de vivre de son art[6].
Reconnaissance
modifierCertains auteurs noirs de la Renaissance de Harlem et théoriciens de la littérature spécialistes de la période critiquent ce qu'ils voient chez Richard Bruce Nugent comme la promotion d'une décadence efféminée fondamentalement gay[9],[14],[8]. Le désir homosexuel de Nugent pour des Blancs qu'il désigne par le terme « Latins » va à l'encontre de l'identité masculine américaine noire que cherchent à construire les auteurs de l'époque comme une opposition à la masculinité blanche. Pour cette raison, ses textes passent inaperçu dans le monde littéraire hétérosexuel de son époque et il commence à être reconnu une fois que la théorie queer parvient à intégrer les enjeux raciaux[8].
L'œuvre de Nugent resurgit dans des anthologies comme Black Men/White Men: A Gay Anthology de Michael J. Smith en 1983, et In The Life: A Black Gay Anthology de Joseph Beam en 1986[9],[14].
Le vidéaste Isaac Julien rend hommage à Nugent dans sa série d'art vidéo qui imagine la vie de figures emblématiques noires du XXe siècle. L'exemple le plus flagrant se trouve dans le film méditatif Looking for Langston, à propos de la vie de Langston Hughes, où Isaac Julien utilise des passages de « Smoke, Lilies, and Jade »[16].
Carl Hancock Rux (en) s'inspire de « Smoke, Lilies and Jade » pour écrire une pièce de théâtre du même nom sur la vie et l'œuvre de Nugent[17]. Elle traite du rejet de ses contemporains et de la notion de célébrité[18].
En 2004, une version fictionnelle de Nugent apparaît dans le film Brother to Brother[19].
En 2021 sort le court métrage Smoke, Lilies & Jade réalisé par Quincy LeNear Gossfield et Deondray Gossfield et adapté de la nouvelle de Nugent[12].
Sa nouvelle longue « Half High » est publiée en 2023 par Multicanon Media. C'est un récit à clef qui s'inspire de la vie de Jean Toomer, un autre auteur de la Renaissance de Harlem. Il s'inspire du style de Gertrude Stein et d'Arthur Schnitzler[20].
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (en) Greta Schiller & Robert Rosenberg (réal.), Before Stonewall,
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- Ressource relative à la bande dessinée :
- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Richard Bruce Nugent » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 (en) Thomas H. Wirth, « Richard Bruce Nugent », Black American Literature Forum, vol. 19, no 1, , p. 16–17 (ISSN 0148-6179, DOI 10.2307/2904465, lire en ligne
) - 1 2 (en) Linda M. Carter, « Richard Bruce Nugent », EBSCO, (lire en ligne)
- 1 2 3 (en) Maya Wilson, « Before Baldwin: The Writings of Richard Bruce Nugent », Village Preservation, (lire en ligne)
- (en) Emmanuel S. Nelson (dir.), African American dramatists: an A to Z guide, Westport, Connecticut, Greenwood Press, (ISBN 9780313322334)
- (en) David A. Gerstner, Queer Pollen: White Seduction, Black Male Homosexuality, and the Cinematic, University of Illinois Press, (ISBN 978-0-252-03590-6)
- 1 2 (en) « Richard Nugent », Brtiannica, (lire en ligne)
- (en) Thomas Wirth, Gay rebel of the Harlem renaissance: selections from the work of Richard Bruce Nugent, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-2886-5, lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) Ryan Tracy, « “To Work Black Magic”: Richard Bruce Nugent’s Queer Transnational Insurgency », Jamit!, no 1, (DOI 10.13135/2612-5641/2904, lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) Charles Isidore Nero, « Gay Rebel of the Harlem Renaissance: Selections from the Work of Richard Bruce Nugent (review) », Journal of the History of Sexuality, vol. 12, no 4, , p. 672–676 (ISSN 1535-3605, lire en ligne)
- ↑ (en) Tyler T. Schmidt, « "In the Glad Flesh of My Fear": Corporeal Inscriptions in Richard Bruce Nugent's "Geisha Man" », African American Review, vol. 40, no 1, , p. 161–173 (ISSN 1062-4783, lire en ligne)
- 1 2 (en) William L. Andrews, Frances Smith Foster et Trudier Harris, « Richard Bruce Nugent (1906—1987) », The Concise Oxford Companion to African American Literature, (lire en ligne)
- 1 2 (en) Darian Aaron, « ‘Smoke, Lilies & Jade:' Queer Harlem Renaissance Short To Make Atlanta Debut At Out On Film », The Reckoning Magazine, (lire en ligne)
- ↑ (en) Stephen Vider, « Listening to Gay Gotham », sur Museum of the City of New York, (consulté le )
- 1 2 3 (en) Ellen McBreen, « Biblical Gender Bending in Harlem: The Queer Performance of Nugent's Salome », Art Journal, vol. 57, no 3, , p. 22-28 (DOI doi:10.1080/00043249.1998.10791889)
- 1 2 3 (en) « Richard Bruce Nugent, Writer, Painter, Advocate And Founder Of The Harlem Cultural Council », Harlem World Magazine, (lire en ligne [archive du ])
- ↑ (en) Shawn Anthony Christian, « Enacting "Smoke, Lilies, and Jade" as Black Gay Print Culture », Ethnic Studies Review, vol. 36, no 1, (lire en ligne
) - ↑ (en) « Smoke, Lillies, and Jade », sur CalArts Center for New Perfromance (consulté le )
- ↑ (en) Don Shewey, « Ideas, Words, All Spilling Off the Table », New York Times, (lire en ligne
) - ↑ (en) « Brother to Brother | 2004 Sundance Film Festival-Special Jury Prize », sur BrotherToBrotherTheMovie.com
- ↑ (en) Whit Frazier, « Introduction », dans Richard Bruce Nugent, Half High, The Multicanon Media, , 72 p.