Robert Storr

artiste américain

Robert Storr, né à Portland (Maine) le , est un peintre, écrivain, critique d'art, conservateur de musée et commissaire d'exposition américain.

Il a notamment été un interlocuteur privilégié d'artistes comme Louise Bourgeois, Gerhard Richter ou Robert Ryman, et dirigé la 52e Biennale de Venise.

Biographie

modifier

Origines et formation

modifier

Issu d'une famille d'historiens, Robert Storr grandit dans le South Side de Chicago. Dyslexique mais passionné de dessin et de chant, il effectue toute sa scolarité à l'école expérimentale de l'université de Chicago. En 1968, il suit pendant toute l'année scolaire (celle de Mai 68) les cours du Collège Cévenol, au Chambon-sur-Lignon. À son retour aux États-Unis, il s'inscrit à Swarthmore College, près de Philadelphie, où il obtient en 1972 un BA en Histoire et en Lettres françaises. Parallèlement, une parente éloignée, la mécène Elizabeth « Bobsy » Chapman (1893-1980), l'initie au monde de l'art new-yorkais. Storr rencontre alors des artistes comme Jasper Johns, Alexandre Calder, Claes Oldenburg, Christo ou encore Lee Krasner, et est confronté pour la première fois à l'œuvre de Robert Ryman et d'Eva Hesse. En 1970-1971, il travaille comme assistant du peintre David Alfaro Siqueiros, à Mexico. De 1972 à 1976, il vit à Boston, où il travaille dans une librairie et suit les cours de dessin du musée des Beaux-Arts et ceux d'Albert Alcalay (en) au Carpenter Center de l'université Harvard. De plus en plus intéressé par la peinture, il s'inscrit en 1976 à l'Art Institute of Chicago, dont il sort diplômé en 1978[1].

Critique d'art

modifier

En 1981, après quelques années de vie de bohème à Amsterdam et à Boston en compagnie de son épouse Rosamund Morley, Robert Storr s'installe à New York, où il s'efforce de mener une carrière de peintre. Il rédige par ailleurs ses premières recensions d'expositions pour un magazine d'art de Chicago, le New Art Examiner (en). L'influent critique Peter Schjeldahl (en) le met en relation avec la rédactrice en chef d'Art in America, Elizabeth C. Baker, qui lui propose une collaboration régulière. Les textes de Storr sont repérés par la rédaction du magazine parisien Art Press, où il publie à partir de 1984. En 1986, il publie son premier ouvrage, une monographie du peintre Philip Guston ; la même année, il entame une longue collaboration avec l'importante revue suisse Parkett (en).

Commissariat d'exposition et enseignement

modifier

En 1990, Storr organise sa première exposition, une rétrospective de 15 ans de carrière de Susan Rothenberg, au Rooseum de Malmö. La même année, Kirk Varnedoe (en), conservateur en chef pour la peinture et la sculpture du Museum of Modern Art (MoMA) de New York, le recrute au poste de conservateur, qu'il occupe jusqu'en 2002. Dès 1991, son exposition DISLOCATIONS marque le retour de l'art contemporain au musée ; la même année, il offre à Art Spiegelman la première exposition jamais consacrée par l'institution à la bande dessinée. Au cours de sa carrière au MoMA, Storr organise notamment d'importantes rétrospectives de Robert Ryman (1993), Bruce Nauman (1994), de l’œuvre tardive de Willem de Kooning (1995), Gerhard Richter (2002), Max Beckmann (2003) et Elizabeth Murray (2005).

Robert Storr est nommé directeur artistique de la 52e (2007) et 53e (2009) Biennale de Venise. Sous le titre Think with the Senses, Feel with the Mind, l'édition 2007 se distingue par son ouverture internationale. Premier directeur américain de la Biennale, Storr est aussi le premier à se rendre en Afrique pour sa préparation et à intégrer le pavillon africain à l'intérieur de l'exposition principale. Cible de diverses polémiques et attaques personnelles, Storr renonce à la direction de l'édition 2009[2],[3].

La fin de la carrière professionnelle de Robert Storr s'effectue dans le domaine de l'enseignement. Après un poste de professeur de l'histoire de l'art moderne au New York University Institute of Fine Arts (2002-2006), il dirige la prestigieuse Yale School of Art de 2006 à 2016.

Œuvre critique

modifier

La pensée critique de Robert Storr se déploie en opposition frontale au formalisme évolutionniste de Clement Greenberg et de ses héritiers Rosalind Krauss et Michael Fried. Curieux de toute forme de nouveauté, Storr défend, très tôt, le retour à la peinture figurative des années 1970 et 1980. Mais cet intérêt pour la peinture n'entretient aucune relation avec le tournant esthétisant qu'opère une partie du monde de l'art à la même époque : dès son arrivée au MoMA, Storr organise la première grande exposition consacrée à l'art de l'installation dans cette institution, DISLOCATIONS.

Hostile aux hiérarchies dans l'art, passionné de culture populaire (à laquelle ses textes empruntent de nombreuses références, des standards du jazz aux séries télévisées), Storr porte un intérêt pionnier à la bande dessinée. Esthète et curieux de l'histoire des formes (comme le montrent ses travaux sur Robert Ryman ou Ellsworth Kelly), Storr se passionne aussi pour les formes du grotesque, par exemple chez Peter Saul, Raymond Pettibon ou Louise Bourgeois, dont il suit l'œuvre pendant plusieurs décennies.

À l'écoute des expressions minorées et marginales, Robert Storr porte un intérêt marqué à l'œuvre des femmes (qu'il met en avant à la faveur de son premier réaccrochage de la collection du MoMA[1]). Il consacre ainsi d'importantes études à Yvonne Rainer, Eva Hesse, Gego, Carrie Mae Weems ou encore Kara Walker. Il défend également des artistes LGBT et/ou marqués par l'épidémie de sida, notamment Félix González-Torres, ou interroge cette thématique dans l'œuvre d'artistes plus inattendus, comme Jasper Johns voire David Smith. Convaincu que le racisme et la mémoire de l'esclavage sont la principale identité commune à l'ensemble des Américains, il travaille avec des artistes noirs comme David Hammons, Adrian Piper ou Kerry James Marshall.

Auteur de nombreuses monographies et textes de catalogues et de centaines de recensions et d'essais critiques, Robert Storr publie après sa retraite des ouvrages de référence sur Louise Bourgeois et Philip Guston. En collaboration avec la critique d'art italienne Francesca Pietropaolo, il publie également plusieurs volumes d'essais choisis et recueils monographiques.

Décoration

modifier

Notes et références

modifier
  1. 1 2 « The Oral History Program in The Museum of Modern Art Archives », sur The Museum of Modern Art (consulté le )
  2. « Venice Revisited », sur Artforum, (consulté le ).
  3. « C'est Triste Venise », sur Artforum, (consulté le ).
  4. « Critic Artist and Curator Robert Storr to Be Awarded the Medal of Officer of the order of Arts and Letters »

Œuvres

modifier

Ouvrages sur l'art

modifier
  • Philip Guston, New York, Abbeville Press, 1986
  • (avec Lisa Lyons) Chuck Close, New York, Rizzoli, 1987
  • Between a Rock and a Hard Place, New York, Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, 1994
  • (avec Richard Shiff, Arthur Danto, Nancy Princenthal et Sylvia Plimack Mangold) Robert Mangold, Londres, Phaidon, 2000
  • (avec Dennis Cooper et Ulrich Loock) Raymond Pettibon, Londres, Phaidon, 2001
  • Gerhard Richter: Doubt and Belief in Painting, New York, The Museum of Modern Art et Londres, Thames & Hudson, 2003
  • (avec Paulo Herkenhoff et Allan Schwartzman) Louise Bourgeois, New York-Londres, Phaidon, 2004
  • (avec Catherine Millet et Richard Shusterman) Tatiana Trouvé, Cologne, Walther König, 2008
  • Gerhard Richter: The Cage Paintings, Londres, Tate Publishing et Heni, 2009
  • September: A History Painting by Gerhard Richter, Londres, Tate Publishing et Heni, 2010
  • (avec Massimiliano Gioni, Ralph Rugoff et Kristine Stiles) Paul McCarthy, éd. revue et augmentée, Londres, Phaidon, 2016
  • Intimate Geometries: The Art and Life of Louise Bourgeois, New York, Monacelli Press, 2016 – FILAF d'Or
  • Interviews on Art, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2017
  • Philip Guston: A Life Spent Painting, Londres, Laurence King, 2020
  • Writings on Art 1980-2005, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2020
  • Writings on Art 2006-2021, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2021
  • Between a Rock and a Hard Place, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2024
  • Bruce Nauman, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2024
  • Ad Reinhardt, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2024
  • Jasper Johns, éd. Francesca Pietropaolo, Londres, Heni, 2025

Catalogues d'expositions organisées par Robert Storr (choix)

modifier
  • (avec Lars Nittve) Susan Rothenberg: 15 år, en overblick/15 Years, a Survey, Malmö, Rooseum, 1990
  • DISLOCATIONS, New York, The Museum of Modern Art, 1991
  • Robert Ryman, Londres, Tate Gallery et New York, The Museum of Modern Art, 1993
  • Willem de Kooning: The Late Paintings, The 1980s, San Francisco Museum of Modern Art et Minneapolis, Walker Art Center, 1995
  • Chuck Close, New York, The Museum of Modern Art, 1998
  • Tony Smith: Architect, Painter, Sculptor, New York, The Museum of Modern Art, 1998
  • Gerhard Richter: October 18, 1977, New York, The Museum of Modern Art, 2000
  • Modern Art Despite Modernism, New York, The Museum of Modern Art, 2000
  • Gerhard Richter: Forty Years of Painting, New York, The Museum of Modern Art, 2002
  • Disparities and Deformations: Our Grotesque, Santa Fe, SITE, 2004
  • Elizabeth Murray, New York, The Museum of Modern Art, 2005
  • Think with the Senses/Feel with the Mind: Art in the Present Tense, Venise, Marsilio et Fondazione La Biennale di Venezia, 2007
  • Katz x Katz, New Haven, Yale University School of Art, 2018
  • Crumb’s World, New York, David Zwirner, 2021

Ouvrages en français

modifier
  • Cage. Six tableaux de Gerhard Richter, trad. fr. Christian-Martin Diebold, Paris, La Différence, 2011
  • Septembre. Une peinture d’histoire de Gerhard Richter, trad. fr. Christian-Martin Diebold, Paris, La Différence, 2011
  • Louise Bourgeois. Géométries intimes, trad. fr. Jean-François Allain, Paris, Hazan, 2017
  • Alfred Pacquement (préface), Les Grands entretiens d’artpress : Robert Storr, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, Imec et Paris, artpress, 2017
  • Penser par les sens, sentir par l'esprit, trad. fr. Laurent Perez, Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2026

Voir aussi

modifier