Roman de Cassidorus

troisième de six continuations des Sept sages de Rome, basée sur ou influencée par le Roman de Marques

Le Roman de Cassidorus[1] est un roman en prose du XIIIe siècle qui fait suite aux Sept sages de Rome dans une somme racontant l'histoire d'empereurs de Rome et de Constantinople descendant de Caton[2],[3]. Il est probable que les romans constituant cette somme n'aient pas été écrits par les mêmes auteurs[4].

Cassidorus
Image illustrative de l’article Roman de Cassidorus
Cassidorus, Fastyge et Helcana, miniature d'Évrard d'Espinques tirée d'un manuscrit de 1466, BNF, Fr.93, f.267v

Auteur anonyme
Pays France
Genre roman
Date de parution XIIIe siècle

Contexte

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Le Roman des sept sages de Rome est considéré comme un cycle romanesque à succès de la deuxième moitié du Moyen Âge, qui intègre des éléments d'intrigue amoureuse et de chevalerie tout en racontant l'histoire des empereurs de Rome et Constantinople[5]. Deux autres romans lui font suite, le Roman de Marques de Rome et le Roman de Laurin[5].

La deuxième partie du cycle aborde la problématique de la descendance et de la transmission des héritages, et présente aussi des parcours de vie transgressant les normes de genre (transgenre) et un cas de bigamie. Ainsi Helcana, impératrice de Constantinople, est accusée d'adultère et chassée, endossant alors une identité masculine, prenant un habit d'ermite et se faisant baptiser Helcanor[5].

Cet épisode s'inspire des récits hagiographiques de « saintes travesties[6] », dans lesquelles une femme prend un habit de moine pour vivre saintement dans un monastère parfois pour toute sa vie. Ces récits étaient assez populaires au Moyen Âge pour qu'on en trouve pas moins de cinq dans La Légende dorée (Marin/Marine chapitre 79, Théodora/Théodorus chapitre 88, Eugénie/Eugène chapitre 130, Pélagie/Pélage chapitre 146 et Marguerite/Pélage chapitre 147). L'histoire d'Helcana/Helcanor s'inspire assez librement de ces récits. Helcana/Helcanor est victime d'une fausse accusation de paternité, motif qu'on retrouve dans les vie de Marine, Théodore, et Marguerite/Pélage. Yasmina Foehr-Janssens soutient qu'on a affaire à une réécriture de la vie de sainte Marine[5],[7]. L'épisode de fausse accusation de paternité emprunte en fait la majorité de son déroulé à une vie de saint, celle de Jehan Bouche d'Or[8], écrite par un certain Renaut[9], et s'inspire aussi de la vie de sainte Eugénie pour son début.

Y est abordée l'histoire de l'empereur Cassidorus, troisième souverain de la lignée de Caton le Sage[5].

Résumé de l'intrigue

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Erga et Helcana, respectivement la femme et la fille du prince sarrasin Edipus de Bethsaïda, sont enfermées dans une tour, et après la visite de l'empereur de Constantinople Cassidorus, elles tombent toutes deux très amoureuses de lui[2]. S'ensuit une querelle au cours de laquelle elles écrivent deux plaidoiries défendant chacune la valeur de leur amour auxquelles elles donnent la forme d'un débat dit « dame - pucelle » entre deux chevaliers pour protéger leur anonymat, afin que le texte soit remis à Cassidorus qui devra trancher[3]. Ce dernier se méfie des femmes dans la tradition ecclésiastique dont il est issu et quitte la Palestine moins amoureux qu'Helcana le souhaiterait. Celle-ci recourt à la magie pour lui insuffler des rêves où elle lui apparait comme une pucelle qu'il ne reconnait pas. Dans le même temps ses conseillers, les princes de Constantinople, tentent d'éviter à tout prix un futur mariage, craignant de perdre leur influence[10].

L'empereur Cassidorus et Helcana finissent par se marier. L'impératrice met au monde un petit garçon, prénommé Helcanus. Les conseillers de Cassidorus profitent que celui-ci est parti loin de Constantinople faire la guerre pour écrire de fausses missives. Ils lui font alors croire qu'Helcana a commis un adultère, avant de rédiger une fausse lettre qui ordonne l'exécution de l'impératrice et de son fils (on reconnaît là un motif propre aux récits d'héroïnes injustement accusés[11], qu'on trouve par exemple dans la Manekine). Helcana simule alors sa propre mort avec l'aide de Melsius, qui sera jugé, avant de s'enfuir avec son fils.Cassidorus, perdu dans un monde de fausses lettres où tout ce qui lui est présenté est mensonge[10], croit Helcana morte et met en prison Melsius. Il envisage sous l'influence de ses conseillers d'épouser l'impératrice de Rome Fastyge[10] et devient de fait bigame involontairement[12].

Pénétrant dans la forêt de Vulgus, Helcana voit son fils lui être mystérieusement enlevé alors qu’elle se penche pour boire à une fontaine merveilleuse. Manquant de devenir folle, Helcana rencontre alors l’ermite Ydoine, qui la rassure sur le sort de son fils. Ydoine confesse l’impératrice, interprétant sa fuite comme une volonté de « repentance ». La jeune femme reçoit ensuite d’un ange l’ordre de rester sept ans auprès d’Ydoine faire sa pénitence, lui promettant qu'au terme des sept ans, elle pourra enfin revoir son fils. Ydoine lui demande de s’habiller en homme afin que l’on ne croie pas à mal si l’on venait voir l’ermite. Le changement d’habit s’accompagne d’un baptême où Helcana est désormais baptisé·e Helcanor[13].

Ydoine est cependant durement tenté par la beauté d’Helcana/Helcanor, et se brûle tous les doigts des deux mains pour résister à toute tentation. Le diable essaye plusieurs fois de tenter l’un et l’autre sans succès. Il fait ainsi croire à Helcanor/Helcana qu’il/elle doit se couper le nez, heureusement Ydoine comprend qu’il s’agit d’une ruse du diable. Un miracle fait cependant qu’Ydoine est guéri de toute tentation, car il lui fait voir Helcanor sans son nez. Helcanor/Helcana vit alors une vie sainte et exemplaire, et restitue miraculeusement à Ydoine les doigts qu’il s’était brûlés. Ses dons de guérison amènent l’ascète au chevet d’un de ses persécuteurs, le prince Polus, tombé gravement malade. Helcana/Helcanor parvient à le soigner en lui faisant confesser ses péchés, et Polus (qui ne reconnaît pas Helcana) doit avouer devant toute la cour sa trahison à l’égard de l’impératrice, victime d’une accusation mensongère. Melsius, qui avait été emprisonné par l’empereur, est alors libéré et révèle qu’Helcana n’est pas morte. Helcana /Helcanor continue, sous son identité d’ascète, à accomplir des miracles[13].

La fille du Duc de Rome se fait soigner avec sa mère par Helcanor, dont elle tombe amoureuse. Ses avances ayant été repoussées, la jeune fille décide de se venger (cet épisode est repris à la vie de sainte Eugénie, où Mélanthia, une matrone romaine, est soignée par l'abbé Eugène dont elle s'éprend, avant, devant son refus, de l'accuser d'avoir tenté de la violer). Elle se livre par dépit au chevalier Lichorus, imaginant qu’elle couche à la place avec le bel Helcanor. Tombée enceinte, elle se venge en attribuant mensongèrement la paternité de l’enfant à Helcanor. Helcana/Helcanor ne sait comment se défendre contre cette accusation, se contentant de dire « Sire, se c’est voir que je a vo fille ai fait telle chose que vous me metez sus, c’est contre droit et contre nature » ("Sire, s'il est vrai que j'ai fait à votre fille ce que vous m'incombez, c'est contre droit et contre nature"). La femme du duc intercède auprès d’Helcanor, qui l’a guérie, et demande à ce qu’on l’exile sur l’île sauvage de Vianne, peuplée de bêtes sauvages, où par la grâce de Dieu, il pourra peut-être survivre. De façon miraculeuse les bêtes s’humilient devant Helcana/Helcanor à son arrivée sur l’île. Un enfant de sept ans vient chaque jour lui apporter des provisions de la part d’Ydoine, apparaissant et disparaissant mystérieusement[13].

Pendant ce temps, la jeune fille, arrivée au terme de sa grossesse depuis une semaine, ne peut miraculeusement pas accoucher, et finit par confesser son mensonge.Lichorus, le véritable père, est alors envoyé sur l'île, pour avoir consenti au mensonge de son amie, afin de rapporter des nouvelles d’Helcanor. Arrivé sur l’île, il est sauvé par Helcanor d’un lion. Helcanor voit alors venir devant lui l’enfant qui lui apporte sa nourriture, qui lui annonce qu’il ne doit pas quitter l’île tant que celui pour qui il est venu en ce pays ne l’en sortira. Helcanor annonce alors à Lichorus qu’il prie Dieu que la jeune fille qui l’a calomnié ne puisse être délivrée avant qu’il ait retrouvé ce qu’il désire (c'est à dire son fils Helcanus)[13].

Lichorus part alors en quête pour satisfaire la mystérieuse demande d’Helcanor. Dans une lande il tombe par hasard sur Helcanus, l’enfant perdu d’Helcana, devant revêtir une robe de femme pour être admis en sa présence. Helcanus a été élevé par des fées dans un univers uniquement féminin, et est devenu très sage. Lichorus et Helcanus rencontrent ensuite par hasard Cassidorus aux prise avec des chevaliers ennemis, et le secourent. Helcanus se fait reconnaître de son père et le réconcilie avec Edipus, son grand-père. Cassidorus, Lichorus et Helcanus retournent alors à la cour du Duc de Rome, à la recherche d’Helcana. S’ensuit sur l’île de Vianne une réunion générale. Cassidorus retrouve Helcana, plus belle que jamais, et la fille du Duc de Rome peut enfin accoucher : une petite fille sort de ses flancs et parle dès sa naissance[13].

La suite du roman se concentre sur la figure d’Helcanus, puer senex. Celui-ci fera condamner les conseillers félons de l'empereur et rétablira l'ordre dans le monde chaotique de son père[10]. L'impératrice de Rome Fastyge quant à elle, instruite par l'histoire renonce au mariage avec Cassidorus[10], mais elle a entretemps donné naissance à deux fils[12]. Le roman fait à travers la voix d'Helcanus l'apologie de vertus comme l'amitié, comme recours au chaos présent dans le monde chamboulé par de fausses écritures sapant la réalité de son père[10].

Analyse

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Le roman inclut des vers dits « dérimés » indiquant la possibilité que l'auteur ait produit un texte en prose à partir de vers pour des raisons non élucidées[14], mais qui témoignent de sa parfaite connaissance des canons littéraires de son époque[10]. L'intérêt du roman vient également du double trajet initiatique, vertueux et inversé de la mère travestie en homme ermite, et du fils initié aux vertus morales par des femmes, alors que le père, empereur tout-puissant se perd dans les mensonges et les faux en écriture de ses courtisans[10]. Le rôle de Cassidorus est celui d'un anti-héros, car il se révèle incapable de faire des choix judicieux, en étant mal conseillé[15]. Il offre une vision puissante du rôle d'Helcarna/Helcanor pourtant victime de la crédulité de Cassidorus[7]. Le roman est également indicateur de la représentation de femmes victimes dans la littérature médiévale dès le XIIIe siècle, filon littéraire exploité par Christine de Pizan[16], même si les femmes dans la somme des romans des Sept Sages de Rome sont présentées comme séductrices, voleuses et menteuses[12].

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Mary B. Speer, The dame-pucelle debate in the Roman de Cassidorus, Honolulu, Henri Niedzielski et al, , p. 155-172. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Joseph Palermo, Le Roman de Cassidorus, Paris, Société des Anciens Textes Français, . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Yasmina Foehr-Janssens, La veuve en majesté: deuil et savoir au féminin dans la littérature médiévale, Droz, coll. « Publications romanes et françaises », (ISBN 978-2-600-00422-0).
  • Vanessa Elizabeth Wright, The Textual and Visual Uses of the Literary Motif of Cross-Dressing in Medieval French Literature, 1200–1500 (PhD thesis), University of Leeds, (lire en ligne)

Références

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  1. ↑ Romans en prose de Marqués de Rome, de Fiseus ou Laurin et de Cassidorus, ce dernier incomplet de la fin., 1301-1400 (lire en ligne)
  2. 1 2 J. Neale Carman, « New Light on "Le Roman de Cassidorus" », Romance Philology, vol. 21, no 2,‎ , p. 212–222 (ISSN 0035-8002, lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 Speer 1978, p. 155-172.
  4. ↑ Joseph Palermo, « Les limites du roman de Cassidorus : l'apport des manuscrits de Bruxelles », Romance Philology, vol. 14, no 1,‎ , p. 22–27 (ISSN 0035-8002, lire en ligne, consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 Yasmina Foehr-Janssens, Aminoël Meylan et Prunelle Deleville, « Le Roman des Sept Sages de Rome, un cycle romanesque du Moyen Âge (2/2) | Blog | Gallica », sur gallica.bnf.fr (consulté le )
  6. ↑ Frédérique Villemur, « Saintes et travesties du Moyen Âge », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 10,‎ (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.253, lire en ligne, consulté le )
  7. 1 2 Yasmina Foehr-Janssens, La veuve en majesté: deuil et savoir au féminin dans la littérature médiévale, Droz, coll. « Publications romanes et françaises », (ISBN 978-2-600-00422-0), p. 136
  8. ↑ Hermine Dirickx-van der Straeten, La Vie de saint Jehan Bouche d'or et la Vie de sainte Dieudonnée, sa mère: textes français du moyen âge, Liège, Vaillant-Carmanne,
  9. ↑ Paul Bretel, Les Ermites et les moines dans la littérature française du Moyen Age, Paris, Champion, coll. « Nouvelle bibliothèque du Moyen Age » (no 32), , 105, n. 100
  10. 1 2 3 4 5 6 7 8 Yasmina Foehr-Janssens, « Les contes desrimez du Roman de Cassidorus : le fantôme de la musique », Romania, vol. 115, no 457,‎ , p. 118–137 (DOI 10.3406/roma.1997.2233, lire en ligne, consulté le )
  11. ↑ Alexandre Micha, « La femme injustement accusée dans les miracles de Notre-Dame par personnages », dans De la chanson de geste au roman: études de littérature médiévale offertes par ses amis, élèves et collègue, Genève, Droz, coll. « Publications romanes et françaises » (no 139), , p. 479-486
  12. 1 2 3 Colette Van Coolput-Storms, « Désir, frustration, désespoir : les objets peuvent-ils tenir leurs promesses ? », Memini. Travaux et documents, nos 22-23,‎ (ISSN 1484-2254, DOI 10.4000/memini.970, lire en ligne, consulté le )
  13. 1 2 3 4 5 Joseph Palermo, Le roman de Cassidorus, vol. 2, Paris, A. et J. Picard, , p. 391-402
  14. ↑ Mary B. Speer et Alfred Foulet, « Is Marques de Rome a Derhymed Romance ? », Romania, vol. 101, no 403,‎ , p. 336–365 (DOI 10.3406/roma.1980.2027, lire en ligne, consulté le )
  15. ↑ Mary B. Speer, « Cassidorus: The Fallen Hero », Romance Philology, vol. 27, no 4,‎ , p. 479–487 (ISSN 0035-8002, lire en ligne, consulté le )
  16. ↑ Bernard Ribémont, « Yasmina Foehr-Janssens, La Veuve en majesté. Deuil et savoir au féminin dans la littérature médiévale », Cahiers de recherches médiévales et humanistes,‎ (ISSN 2115-6360 et 2273-0893, DOI 10.4000/crm.303, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

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Liens externes

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