Royaume du Bénin
Le royaume du Bénin est un État historique d'Afrique de l'Ouest côtière situé dans le sud-ouest de l'actuel Nigeria et dominé par les Edos. Prenant la forme d'un premier royaume ou cité-État sous le nom d'Igodomigodo (en), il est dirigé par la dynastie royale des Ogiso sous influence traditionnelle de l'Empire d'Ife. Le second royaume du Bénin émerge sous la dynastie des Oba du Bénin à partir du XIIe siècle jusqu'à sa conquête par l'Empire britannique en 1897.
Reconstruction du drapeau capturé en 1897 lors de la conquête du Bénin sans précisions sur son appartenance. L'original se trouve avec d'autres créations[1] au British National Maritime Museum à Londres[2]. |
| Capitale | Edo |
|---|
| XIIe siècle | Fondation du royaume |
|---|---|
| XVe siècle | Conquête d'Idah, Owo et Akure |
| 1486 | Premiers échanges avec le Portugal |
| 1550 | Apogée territorial |
| 1900 | Intégration au protectorat du Nigeria du Sud britannique |
| (1er) XIIIe siècle | Oba Eweka |
|---|---|
| (Der) XIXe siècle | Oba Ovoramwen |
Entités précédentes :
- Rois ogiso de l'Igodomigodo (en)
Entités suivantes :
Le royaume connaît son apogée aux XVe et XVIe siècles sous les règnes d’Ewuare, d’Ozolua et d’Esigie. Par une politique de conquêtes, l'État s'impose comme un véritable empire doté d'une puissante métropole fortifiée, Benin City. C'est également une période de grand essor économique, marqué par l'intensification du commerce , notamment avec les navigateurs portugais et par le développement artistique des bronzes du Bénin.
À partir du XVIIe siècle, l'influence du royaume décline sous l'effet de la concurrence des comptoirs européens et de crises politiques internes marquées par des guerres civiles et des conflits de succession au XIXe siècle. Les tensions croissantes avec les autorités britanniques au sujet du commerce aboutissent en janvier 1897 à une expédition punitive provoquant la prise, l'incendie de Benin City et l'exil de l'oba. Le pouvoir politique prend fin, mais le pouvoir traditionnel de l'Oba est réinstauré en 1914 et la tradition dynastique survit encore de nos jours à travers un rôle consultatif et culturel.
Nom
modifier
Benin est la prononciation portugaise du mot itsekiri (en) Ubinu, qui signifie « capitale, siège de la royauté » et désignait la capitale Benin City. Le nom Ubinu vient lui-même du mot yoruba oba, qui signifie « gouverneur », et qui désigne chez les Yorubas un personnage sacré. Selon la tradition, le titre oba aurait été adopté par la dynastie yoruba fondée par le prince Oranmiyan au XIIe siècle. Cette tradition orale ne permet pas de présumer quelle langue a fait un emprunt à l'autre[réf. nécessaire].
Les souverains Édo usaient auparavant du titre de Ogiso, qui signifie en langue édo « roi » ou « roi divin », littéralement « roi du ciel »[3]. Ils appelaient leur royaume Igodo Migodo (en), du nom du légendaire fondateur en -355 de la dynastie des Ogiso, Igodo alias oba Godo. Fils d'un Ogiso exilé à Ifé, capitale des Yorubas, Oranmiyan aurait désigné son nouveau pays, avant d'en abandonner le trône à son fils Eweka et de s'exiler à son tour, comme Ile Ibinu, qui signifie en yoruba « terre de vexation ». Les jeux de mots insultants sont universellement utilisés pour désigner l'ennemi[réf. nécessaire].
L'hégémonie de la ville de Bénin habitée par les Édos (plus de cinq millions aujourd'hui) sur les trente trois autres chefferies de Langues edoïdes (aujourd'hui moins de 500 000 locuteurs chacune) est la raison pour laquelle les explorateurs portugais ont désigné l'ensemble de la région du nom de Bénin. Cependant cette hégémonie n'a pas toujours été, quand par exemple les Esan, littéralement les « Fugitifs », ont, pour fuir le gouvernement du roi Ewuare, fondé des colonies dissidentes. Ce n'est donc que par extension que le nom de Bénin a été conféré par la République de 1967 à ce qui a été renommé le État de Bendel, contraction de Benin et Delta, puis scindé le en État d'Edo et État du Delta[4].
Le royaume a duré du XIIe siècle[5],[6] à son invasion par l'Empire britannique en 1897[7], Son territoire correspond au sud-ouest de l'actuel Nigeria. Sur une carte hollandaise de 1705, réimprimée en 1907 par sir Alfred Jones, le pays noté grand Bénin correspond à la partie du Nigeria située au sud-ouest du fleuve Niger, du Bénin actuel et d'une partie du Togo[8].
Histoire
modifierOrigines
modifierLe royaume du Bénin se forme dans la région correspondant aujourd’hui au sud-ouest du Nigeria, au sein de l’aire occupée par les populations de langue edo[9]. La genèse du royaume est incertaine , car il n’y avait pas de trace écrite et la trace orale est au mieux assez fragmentaire[10]. Les données disponibles sur ses origines reposent notamment sur la tradition orale, confrontée aux données archéologiques et linguistiques. Les premières communautés sont constituées de groupes de chasseurs, de cueilleurs et d’agriculteurs organisés autour de villages et de structures lignagères patrilinéaires. La justice, les droits fonciers, l’agriculture ainsi que les pratiques religieuses sont déjà structurés à ce stade[9].
Au début du Xe siècle, des populations venues des régions septentrionales s’installent dans la région et se mêlent aux populations locales. Le développement politique semble davantage résulter de l’agrégation progressive de villages que d'une conquête territoriale. Des établissements s’agrandissent et s’entourent de vastes réseaux de levées de terre et de fossés. Les recherches archéologiques montrent que ces ouvrages servent principalement à délimiter les territoires plutôt qu'à constituer des fortifications[9].
La société se hiérarchise progressivement autour d’une succession de rois appelés ogiso. Le territoire est divisé en unités tributaires administrées par des chefs. Le roi est assisté par sept grands dignitaires héréditaires, les uzama. Le palais royal constitue à la fois le centre du pouvoir politique et un important centre religieux. Sur le plan économique, elle repose principalement sur l'agriculture et le prélèvement du tribut ainsi que le développement des échanges commerciaux et de la métallurgie[9]. La région du sud de l'Afrique de l'Ouest fut initiée à la technologie de la ferronnerie (ou elle la développa elle-même) à partir du IXe siècle de notre ère[11].
Ce premier royaume nommé Igodomigodo (en) est en lien direct avec l'Empire d'Ife, préserve une influence réduite et potentiellement centrée sur sa capitale, formant une sorte de Cité-État[8],[11]. Les mythes et les traditions sur l'origine du royaume du Bénin sont particulièrement liées à Ife, ainsi qu'aux traditions artisanales du bronze potentiellement héritées d'Igbo-Ukwu ou encore des Nok[11].
Dynastie des Oba
modifier- Tête d'une reine-mère, XIVe siècle (?). Réplique de l'original en bronze. Musée national d'ethnologie, Osaka.
- Vue partielle des plaques du palais de l'Oba (XVIe – XVIIe siècle) au British Museum.
- Plaque en laiton du XVIe siècle représentant l'entrée du palais de l'Oba du Bénin.
- Tête d'un oba.
- Deux des autels des ancêtres de l'Oba du Bénin ().
Selon la tradition orale, vers 1200, les populations edo demandent à Oluhe, roi d’Ife, de leur envoyer un souverain. Celui-ci envoie son fils Oranmiyan, qui devient selon la tradition l’ancêtre de la dynastie régnante. Son fils Eweka I prend le titre d'Oba et devient le premier Oba du Bénin. Cette tradition affirme ainsi une origine extérieure de la dynastie tout en soulignant son intégration à la société edo. Son interprétation historique reste discutée. Sous Eweka I, le pouvoir royal se consolide progressivement. Les uzama conservent toutefois d’importants privilèges. Sous Ewedo, au milieu du XIIIe siècle, le souverain entreprend de réduire leur influence, réorganise l’armée et nomme directement des administrateurs à des fonctions auparavant contrôlées par les dignitaires héréditaires. Le pouvoir de l’oba se renforce ainsi au détriment des anciennes autorités aristocratiques[9].
Le développement du commerce accompagne cette évolution politique. Les productions en bronze se multiplient et ne sont plus limitées aux autels royaux : elles servent également à décorer les bâtiments du palais et les demeures[9].
Expansion et apogée
modifierRègne d'Ewuare
modifierLe royaume atteint son apogée aux XVe et XVIe siècles, notamment sous les règnes d’Ewuare, d’Ozolua et d’Esigie. Ewuare renforce l’autorité monarchique et poursuit la limitation du pouvoir des uzama. Il commence par renforcer son pouvoir en créant d'autres catégories de chefs pour affaiblir le pouvoir du Uzama, et contrer les factions politiques. Il instaure notamment la primogéniture pour la succession au trône et crée de nouvelles fonctions de chefs directement dépendantes du souverain[9],[13].
Sous son règne, il engage une série de conquête permettant au royaume de s'étendre : Idah vers le nord, Owo et Akure en pays ibo, à l'ouest du Niger. Le royaume devient un empire, et Edo, qu'il fait fortifier, en est la métropole. Cette expansion accroît la zone soumise au tribut et contribue à l’affirmation du royaume comme puissance régionale[9],[13].
Ewuare réorganise également la capitale, Benin City, en distinguant la ville proprement dite du secteur royal. Des avenues et des rues sont aménagées. Cette période correspond aussi à un essor remarquable des arts de cour. Les artisans travaillent le bronze et le laiton selon des techniques élaborées et produisent notamment des plaques en relief représentant l’oba, sa cour et ses relations avec les Portugais[9].
Relations avec les Portugais
modifierC'est à la fin du règne d'Ewuare, en 1472, que Rui de Sequeira, un navigateur portugais, établirait un premier contact avec le royaume du Bénin. Le royaume constitue déjà un État centralisé engagé dans des relations politiques et commerciales avec plusieurs régions. Le fils d'Ewuare, Ozolua le Conquérant, poursuit l'extension de l'Empire. Lagos devient une ville de garnison pour les troupes. En 1486, un autre navigateur portugais, João Afonso de Aveiro (pt), entre en contact avec le Royaume et des échanges d'ambassadeurs entre les deux pays vont s'établir, ainsi que des échanges commerciaux : le Bénin envoie du poivre, des peaux de léopards, de l'ivoire, des vêtements traditionnels, des objets artisanaux de bois et de terre cuite. En échange, les Béninois reçoivent vêtements, lunettes et surtout des armes à feu qui favorisent le pouvoir militaire et accélèrent encore l'expansion pendant tout le XVIe siècle[9]. Les missionnaires portugais étaient censés convertir le oba au catholicisme, mais la position de celui-ci en tant que chef du culte de son peuple fait échouer ce projet[réf. nécessaire].
En 1487, les Portugais établissent un comptoir à Ughoton, sur un axe fluvial permettant d’approcher la capitale. Le commerce reste soumis au contrôle de l’oba et de ses agents. Après l’interdiction de l’exportation d’esclaves masculins, les Portugais abandonnent progressivement leur implantation. Les relations diplomatiques se poursuivent néanmoins. En 1514, l’oba Esigie envoie une délégation au Portugal. Il demande notamment des armes à feu et l’établissement d’une mission chrétienne. Une mission est autorisée et certains membres de l’élite sont baptisés, mais Esigie lui-même ne se convertit pas[9]. Esigie autorise aussi la construction d'églises dans les villes d'Ogbelaka, Idumwerie et Akpakpava. L'église Aruosa de Benin City est une survivance de cette époque[réf. nécessaire].
Sous Esigie, le royaume atteint son apogée, surtout dans le domaine des arts et de la culture. Des explorateurs anglais ont rapporté qu'Esigie pouvait lever une armée de vingt mille hommes dans la journée, et jusqu'à cent mille hommes si nécessaire. Esigie crée aussi le titre de reine mère pour fêter sa mère Idia ; les plus anciennes têtes de reine en laiton, un des chefs-d'œuvre de l'art béninois, datent de cette époque, tout comme les masques-pendentifs en ivoire aujourd'hui conservés dans plusieurs musées occidentaux[réf. nécessaire].
La première expédition britannique au Bénin date de 1553. Rapidement des échanges commerciaux s'établissent, notamment d'ivoire, d'huile de palme et de poivre.
Déclin
modifierÀ partir du XVIIe siècle, l'influence du royaume du Bénin décline à cause de l'influence grandissante des comptoirs européens qui renforcent les États voisins et petites chefferies[14]. En 1699, le Hollandais David van Nyendael décrit la visite qu'il a fait du royaume. La description de Nyendael a été publiée en 1704 en annexe au Nauwkeurige Beschryving van de Guinese Goud-, tand- en Slave-kust de Willem Bosman[15].
Au XIXe siècle, le royaume connaît une période de difficultés politiques. Les conflits de succession et les guerres civiles affaiblissent l’autorité centrale. Malgré ces troubles, les oba Osemwede, Adolo (en) et Ovonramwen cherchent encore à maintenir leur influence sur plusieurs territoires yoruba, dans l’Ishan et dans les régions occidentales habitées par les Igbo. À la fin du siècle, cette influence territoriale se réduit toutefois fortement et le royaume se concentre essentiellement sur son cœur historique[9].
Le commerce extérieur connaît également un déclin. Ughoton perd son importance au profit de ports contrôlés par les Itsekiri, qui jouent un rôle d’intermédiaires entre le Bénin et les commerçants européens. Les tensions entre le royaume et les autorités britanniques augmentent au cours des années 1880 et 1890, notamment autour des droits commerciaux et du contrôle des échanges[9].
En 1892, un traité est conclu entre le vice-consul britannique James Gallwey et des représentants de l’oba Ovonramwen, mais le souverain refuse personnellement de le signer. Les autorités britanniques l’interprètent comme un instrument permettant d’étendre leur contrôle politique et économique, tandis que les dirigeants du Bénin y voient une menace pour leur souveraineté[9].
Conquête britannique et survivance traditionnelle
modifierLes tensions culminent en janvier 1897 lorsqu'une expédition britannique dirigée par James Robert Phillips (en) est attaquée par des soldats du Bénin. La mort de Phillips et de plusieurs membres de son groupe sert de prétexte à une expédition punitive britannique. Le 17 février 1897, les troupes britanniques prennent et incendient Benin City[9]. Une force de 1 200 hommes, dirigée par l'amiral Harry Rawson, prend Benin City, détruit la majeure partie du trésor royal et disperse le restant[réf. nécessaire]. L’oba Ovonramwen quitte le royaume et est finalement exilé. Le pouvoir politique du royaume est démantelé et le territoire est intégré à l’administration coloniale britannique. Une partie importante des objets provenant du palais royal est emportée ou vendue ; de nombreuses sculptures en bronze et en laiton rejoignent notamment des collections européennes[9].
Après la conquête, l’administration britannique s’appuie en partie sur les anciennes structures politiques du royaume. Des membres de l’ancien entourage de l’oba participent à l’administration locale, tandis que plusieurs chefs opposés à la présence britannique sont condamnés. En 1914, un nouvel oba est installé, dans le cadre de la politique britannique d’indirect rule[9].
La chute de l'empire du Bénin est racontée en 1973 dans le film Ovonwamren Nogbaisi du réalisateur et scénariste Olawale Rotimila.
En 1975, l'ancien Dahomey prend le nom de République populaire du Bénin en souvenir du royaume du Bénin. Le nom de Bénin est conservé par ce pays lors de son changement de constitution en 1990. Le précédent oba, Solomon Erediauwa II (en), possédait toujours, bien que ses fonctions ne soient pas officielles, une grande influence sur les peuplades des États nigérians actuels d'Edo et de Delta[réf. nécessaire]. Il a aboli les sacrifices humains, et conserva un rôle consultatif dans le gouvernement[réf. nécessaire]. L'actuel oba est Ewuaré II depuis 2016.
Une grande campagne a été lancée pour récupérer les pièces d'art distribuées dans les musées du monde entier après la prise de Benin City en 1897.
Géographie
modifierOrganisation du territoire national
modifierL'étendue du Royaume varie selon les époques, mais une compilation de sources européennes du XVIIIe siècle indique qu'il était limité à l'ouest par le royaume d'Ardra dont la capitale était Allada (situé dans l'actuelle république du Bénin), au sud par la mer ainsi que les pays de Warri et Calabar[16].

Le royaume contrôlait également l'essentiel de la rivière de Bénin et la zone marécageuse constituée de multiples ruisseaux. La rivière et ses bras constituaient le point d'entrée des marchands européens qui y faisaient du commerce autour de quatre villes ou villages sur la rivière[17] : Bododo (actuel Bobi au Nigeria), Gwato (actuel Ughoton), Arebo qui correspond soit à Sapele soit à Arogbo, ainsi qu'une ville que les Hollandais appelaient Meiberg[18].
La capitale
modifierEnfin, la ville d'Edo (ou Benin City), à l'intérieur des terres, était la capitale et le lieu de résidence de l'Oba et de sa cour. Les visiteurs européens ont donné de multiples descriptions de la ville, jusqu'à ce qu'elle soit détruite en 1897 par une expédition britannique.

Les visiteurs ont surtout remarqué la largeur des rues et leur organisation en quadrillage :
« La Ville de Bénin, dit Artus de Dantzick paroît fort grande à la première vue. On entre d'abord dans une rue si spacieuse, que le même Ecrivain lui donne huit fois plus de largeur qu'à celles de Hollande. Elle traverse toute la Ville. [...] Elle est coupée par quantité d'autres rues de traverse qui sont fort droites & qui s'étendent à perte de vue. Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection de toutes les relations de voyages par mer et par terre, 1748 »
Edo, tout comme Gwato, était une ville fortifiée. Selon les observateurs hollandais et anglais, tout un côté de la ville était protégé par un mur d'à peu près 3 mètres de haut, recouvert d'une sorte de toiture végétalisée, précédé par une fosse[19], tandis que le reste la ville était bordé d'une tranchée, à l'intérieur de laquelle une végétation épineuse faisait office de protection[20].
La résidence de l'Oba, plus qu'un palais, était un quartier à part entière, entouré d'un mur du même genre que celui qui entourait la ville. Ce quartier était constitué de diverses maisons et galeries, souvent bordées de piliers couverts de bas-reliefs en cuivre[21].
Edo a aussi la fausse réputation d'avoir été équipée d'un éclairage public constitué de lampe à huile de palme[22], et cela est vrai au moins pour une partie du quartier de résidence de l'Oba[23]. Les habitants se déplaçaient également en grand nombre la nuit avec leurs propres lampes portatives, ce qui pouvait éclairer des parties entières de la ville[24].
Économie
modifierAu début du royaume, l’économie repose principalement sur l’agriculture, notamment la culture de l’igname et du palmier à huile, et sur le prélèvement du tribut. Avec l’urbanisation, les artisans et les commerçants prennent cependant une importance croissante. Le coton est cultivé et tissé dès le Xe siècle et un commerce régulier vers le nord porte notamment sur le sel, les textiles, les métaux, les perles et la poterie. Le développement des échanges favorise l’accumulation de richesses et l’évolution des institutions politiques[9].
La métallurgie du cuivre et la production d’objets en bronze et en laiton témoignent de relations commerciales à longue distance. Le cuivre doit notamment être importé de régions éloignées du royaume. Le moulage du laiton à la cire perdue, probablement diffusé depuis Ife, devient une technique importante de l’art de cour. Jusqu’au XVe siècle, cette production reste principalement liée au palais et aux objets religieux[9].
Structure du pouvoir
modifierOgisos
modifierOn appelle Ogisos (en edo « Roi du Ciel ») les plus anciens rois de l'ethnie Edo[25], connus principalement à travers la tradition orale, car les premiers Européens entrés en contact avec les Edos n'ont connu que la dynastie suivante, qui se perpétue jusqu'à notre époque. Pendant le règne des Ogisos, le pays se serait appelé Igodo Migodo (en)[26], du nom d'un des premiers d'entre eux, Obagodo. La tradition voudrait qu'il y ait eu une trentaine d'Ogisos, dont les noms sont difficiles à établir pour beaucoup[27]. Parmi eux, A Short Story of Benin de Jacob Egharevba, qui est une source souvent citée comme référence de l'histoire traditionnelle des Edos, en cite 14[28] :
- 1. Obagodo
- 2. Ere
- 3. Orire
- 4. Akhun-ankun-an
- 5. Ekpigho
- 6. Oria
- 7. Emose
- 8. Orhorho
- 9. Hennenden
- 10. Obioye
- 11. Arigho
- 12. Owodo
Obas
modifierCertains écrits racontent que les habitants d'Edo ont invité le prince Oranmiyan du royaume yoruba voisin de Ife pour les protéger de la tyrannie des Ogisos. D'autres versions prétendent que le prince Oranmiyan a dirigé une invasion qui a rejeté les Ogisos qui dirigeaient la région depuis -355. Il est généralement admis qu'Eweka, le fils d'Oranmiyan, fut le premier oba (roi) du Bénin.
Dans les premières étapes de l'émergence du Royaume, le pouvoir restait au concile des chefs, l'Uzama, avec le oba à leur tête. Sous le règne du oba Owedo, à la fin du XIIIe siècle le pouvoir commence à passer plus fermement dans les mains du oba.
Notes et références
modifier- ↑ Drapeau du gouverneur des Itsekiris.
- ↑ Collection de drapeaux au musée royal de Greenwich.
- ↑ B. Amos & P. Girshick, The Art of Benin, p. 20, British Museum Press, Londres, 1995 (ISBN 0-7141-2520-2).
- ↑ « Rapport de mission en République fédérale du Nigéria », sur ofpra.gouv.fr,
- ↑ Edo.
- ↑ (en) Britannica Concise Encyclopedia, p. 199.
- ↑ (en) Encyclopedia of African History, 3 Volumes, publié par Kevin Shillington, p. 136 : « Benin Kingdom British conquest 1897 ».
- 1 2 « ROYAUME DU BÉNIN - Encyclopædia Universalis », sur www.universalis.fr (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 (en) Kevin Shillington, Encyclopedia of African History 3-Volume Set, Routledge, (ISBN 978-1-135-45669-6, lire en ligne), p. 132-137
- ↑ G. E. Dobretsov, I. G. Kharitonenkov, V. E. Mishiev et Iu A. Vladimirov, « [Relation between fluorescence and circular dichroism of the complex of the fluorescence probe 4-dimethylaminochalcone with serum albumin] », Biofizika, vol. 20, no 4, , p. 581–585 (ISSN 0006-3029, PMID 94, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Mark Cartwright, « Royaume du Bénin », World History Encyclopedia, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ De forme rectangulaire avec des brides latérales (en grande partie manquantes). Trous pour la fixation en haut et en bas à droite. La surface du fond est décorée de motifs stylisés à quatre feuilles et de pointillés.
- 1 2 Florence Braunstein et Jean-François Pépin, 1 kilo de culture générale, Presses universitaires de France, , 1680 p. (ISBN 978-2-13-063262-7, lire en ligne)
- ↑ (en-US) Alyssa Franz, « Kingdom of Benin (1200 to the present) », sur BlackPast.org, (consulté le )
- ↑ Library Services University of Pretoria, Nauwkeurige beschryving van de Guinese Goud-tand-en Slave-kust, nevens alle desselfs landen, koningryken, en gemenebesten, Utrecht : Anthony Schouten, (lire en ligne)
- ↑ Abrégé de l'Histoire générale des Voyages continué par Comeiras, Volume 3, p. 290.
- ↑ Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection de toutes les relations de voyages par mer et par terre, p. 8 : « La Rivière de Bénin a quatre principales Villes, où les Hollandois portent leur Commerce, & où cette raiſon attire un grand nombre de Nègres, ſur-tout à l'arrivée des Vaiſſeaux. Nyendael les nomme Bododo, Arebo ou Arbon, Agatton ou Gatton & Meiberg ».
- ↑ History of the Urhobo People of Niger Delta.
- ↑ Great Benin; its customs arts and horrors, p. 158 : « At the gate at which one enters there is a very high bulwark, very thick and strongly made, with a very deep broad ditch, but it was dry and full of high trees. […] That gate is a well made gate, made of wood to be shut according to their methods, and watch is always kept there. »
- ↑ Great Benin; its customs arts and horrors : « The town, comprising the queen's court, is about five or six miles in circumference, or leaving the court outside, three miles inside its gates. It is protected at one side by a wall ten feet high, made of double stockades of big trees, tied to each other by cross-beams fastened cross- wise, and stuffed up with red clay, solidly put together. This wall only surrounds the town on one side, there being on the other, where there is no wall, a morass and close underwood, which affords no little protection and strength to the town. »
- ↑ Great Benin; its customs arts and horrors, p. 160 : « The king's court is square, and stands at the right hand side when entering the town by the gate of Gotton [Gwato] , and is certainly as large as the town of Harlem, and entirely surrounded by a special wall, like that which encircles the town. It is divided into many magnificent palaces, houses, and apartments of the courtiers, and comprises beautiful and long square galleries, about as large as the Exchange at Amsterdam, but one larger than another, resting on wooden pillars, from top to bottom covered with cast copper, on which are engraved the pictures of their war exploits and battles, and are kept very clean. »
- ↑ « Benin City was also one of the first cities to have a semblance of street lighting », The Guardian, 18 mars 2016.
- ↑ Great Benin; its customs arts and horrors : « In the centre of the precincts was a brass neptune, planted upon a tall pole ; it was intended as the reflector of a palm oil lamp. »
- ↑ Great Benin; its customs arts and horrors : « All the gentry had these lamps. Palm oil was put in the pan, and a piece of raw cotton wool placed on the edge of the pan served as a wick ; a small flat piece of iron was placed on the top of the wick to prevent the oil all taking fire at once. Fig. 127 shows the implement used for snuffing and picking up the cotton wool. The open compounds at night, full of people and lit up with these lamps, were very striking ».
- ↑ « For over a century the management of affairs of the country was carried out under different leaders. The Empire of the first period or dynasty was founded about 900 A.D. The rules or kings were commonly known as "Ogiso" before the arrival of Odudua and his party to Ife in Yorubaland about the 12th century of the Christian era ». Voir la comparaison entre Ekhere Vb Itan Edo de Jacob Egharevba et les quatre éditions de sa traduction en anglais sous le titre A Short History of Benin, citant la seconde édition de Short History of Benin.
- ↑ « At that time the country was known as Ugodomigodo ». Voir la comparaison entre Ekhere Vb Itan Edo de Jacob Egharevba et les quatre éditions de sa traduction en anglais sous le titre A Short History of Benin, citant la première édition de Short History of Benin.
- ↑ « It is said that thirty one Ogisos reigned but very few of their names are known and they are very hard to trace out. » Voir la comparaison entre Ekhere Vb Itan Edo de Jacob Egharevba et les quatre éditions de sa traduction en anglais sous le titre A Short History of Benin, citant la troisième édition de Short History of Benin.
- ↑ Voir la comparaison entre Ekhere Vb Itan Edo de Jacob Egharevba et les quatre éditions de sa traduction en anglais sous le titre A Short History of Benin, à la page 368, citant la deuxième édition de Short History of Benin.
Annexes
modifierBibliographie du fondateur
modifier- (en) Kathleen Bickford Berzock, Benin : royal arts of a West African kingdom, Art Institute of Chicago , Chicago, Ill. New Haven, Conn., distributed by Yale University Press, 2008, 35 p. (ISBN 9780300136777).
- (en) Jigekuma A. Ombu, The Benin Kingdom 1550-1970 : an enumerative bibliography, Staatliches Museum für Völkerkunde Dresden--Forschungsstelle, Dresden, 1995, 205 p.
- (en) Daniel Nabuleleorogie Oronsaye, The history of ancient Benin Kingdom and Empire, D.N. Oronsaye, Benin City ?, 1995, 137 p. (ISBN 978-33276-1-5).
Articles connexes
modifier- Histoire du Nigeria, histoire du Bénin
- Bronzes du Bénin
- Art du royaume du Bénin (Edo)
- Art de cour et d'apparat du royaume du Bénin
- Expédition punitive britannique au Bénin (1897)
- Palais Royal de l'Oba du Bénin
- Benin City National Museum (en)
- Musée Edo d'art de l'Afrique de l'Ouest (en), en construction (2022)
Liens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) Benin: an African kingdom (British Museum, 12 p.).