Rusicade
Rusicade est une cité antique de l’Afrique du Nord, située à l’emplacement de l’actuelle ville de Skikda, dans le nord-est de l’Algérie. À l’époque romaine, elle constitue un port important de la côte numide et appartient à la confédération des quatre colonies cirtéennes, avec Cirta, Milev et Chullu. Son histoire est notamment documentée par les sources anciennes, les inscriptions latines et les vestiges archéologiques découverts dans la ville et ses environs.
| Rusicade Rusicada | ||
Carte de la baie de Stora à Skikda, 1614. Archives générales de Simancas (AGS), liasses 00256. Avec l’avis du marquis de Villafranca concernant les documents de Luis Pascual. Représentation de la végétation et du relief. | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Wilaya | Wilaya de Skikda | |
| Localité actuelle | Skikda | |
| Coordonnées | 36° 52′ 47″ nord, 6° 54′ 19″ est | |
| Histoire | ||
| Époque | Période punique | |
| Numidie | ||
| Afrique romaine | ||
| Antiquité tardive | ||
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
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Toponymie
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Le nom antique de la ville est attesté sous la forme latine Rusicada. Salem Chaker mentionne ce toponyme dans ses travaux consacrés à la linguistique berbère[1].
Une origine punique a été proposée à partir de l’élément Rus, rapproché d’un terme désignant un cap. Paul-Albert Février relève toutefois que cette interprétation n’est pas confirmée par des preuves archéologiques directes. Il considère également comme hypothétique l’attribution à Rusicade de monnaies portant une légende punique[2].
L’explication du nom par l’expression « cap du feu », parfois rapprochée de l’existence supposée d’un feu permanent destiné à guider les navires, est rapportée dans des publications consacrées à Skikda. Elle ne peut toutefois être retenue comme une étymologie démontrée sur la seule base des références disponibles.
La forme Tasigda est mentionnée par Salem Chaker dans son étude sur l’onomastique libyco-berbère[3].
Histoire
modifierPréhistoire et protohistoire
modifierLes données archéologiques relatives au peuplement de la région de Skikda durant la préhistoire et la protohistoire comprennent notamment des grottes et des monuments mégalithiques. Le mémoire de Meriem Slila consacré au patrimoine architectural de Skikda mentionne les grottes de Tamalous et de Kerkera, ainsi que des dolmens à Bounaghra, Souk-Lihoud, Tamalous et Kerkera. Le ministère algérien de la Culture mentionne également des dolmens dans la forêt Doumbou, à Collo, à Oued Zhour et à Tamalous parmi les biens culturels répertoriés comme protohistoriques[4]. Pour le début de l’Antiquité, G. Ch. Picard attribue une origine punique au nom de Rusicade et examine l’hypothèse d’une identification de cette cité à Thapsa, mentionnée dans les sources antiques[5]. Toutefois, la notice consacrée à Rusicada dans la Princeton Encyclopedia of Classical Sites indique que l’hypothèse d’une origine punique, fondée notamment sur l’interprétation du toponyme, n’est pas confirmée par une preuve archéologique présentée dans cette notice ; l’attribution à Rusicada de monnaies portant une légende punique y est également considérée comme hypothétique[6].
Période phénicienne
modifierRusicade est présentée dans certaines études consacrées à l’histoire ancienne de Skikda comme un établissement lié à la présence phénicienne sur le littoral nord-africain. Cette période s’inscrit dans le développement des établissements commerciaux phéniciens sur les côtes de la Méditerranée. L’histoire ancienne de Rusicade a notamment été étudiée à partir des sources historiques anciennes et des travaux de l’historiographie coloniale[7],[8].
Les établissements anciens de la région comprennent également Chullu, correspondant à l’actuelle Collo, ainsi que les sites de Tsaf-Tsaf et d’Astora, associés respectivement à la région de l’actuel oued Zeramna et à Stora. Les études consacrées à Rusicade et aux principaux centres de peuplement qui l’entouraient abordent l’organisation de cet espace côtier durant l’Antiquité[9].
Le nom de Rusicade a donné lieu à plusieurs interprétations étymologiques. L’une d’elles décompose le toponyme en deux éléments, « Rus », auquel est attribué le sens de « cap », et « Ucade », interprété comme « feu », d’où la traduction de « cap du feu ». Cette interprétation a été rapprochée de celle d’autres toponymes antiques du littoral nord-africain, notamment Rusazir, identifié à Azeffoun, et Rusuccum, identifié à Dellys.[7],[8].
Une explication traditionnelle associe cette interprétation du nom à l’utilisation du promontoire dominant la baie pour guider les navires. Selon cette explication, un feu aurait été allumé sur les hauteurs de Rusicade afin de signaler la côte aux navigateurs venant de l’est et de les orienter vers le mouillage d’Astora. Cette hypothèse est liée à la position dominante du site par rapport à la baie de Stora[7],[8].
Le nom de Tsaf-Tsaf est également associé à l’ancien oued Zeramna. Le terme est rapproché du mot « Saf-Saf », employé en arabe pour désigner le saule. La plaine située entre Merdj Eddib et Ben M’hidi est décrite dans les récits locaux comme un espace autrefois occupé par des eaux stagnantes et des marécages, progressivement comblés par les apports de l’oued Zeramna[7],[8],[10],[9].
Astora, située à l’ouest de Rusicade, est associée à l’actuelle Stora. Son nom a été rapproché de la racine sémitique « STR », interprétée comme exprimant l’idée de protection, et de la divinité phénicienne Astarté, associée notamment à l’amour et à la beauté. La configuration de la baie de Stora, qui forme un abri naturel contre certains vents, est également évoquée dans les descriptions du site[10].
Rusicade et les centres voisins sont étudiés dans les travaux consacrés à l’histoire ancienne de la région, notamment à partir des sources historiques et des données relatives aux établissements antiques du littoral[7],[9],[8].
Période numide
modifierEn 202 av. J.-C., lors de la bataille de Zama, en Tunisie, l’armée carthaginoise commandée par Hannibal Barca est vaincue par les forces romaines dirigées par Scipion l’Africain, auxquelles se joint la cavalerie numide de Massinissa, roi des Massyles[11]. Après la défaite de Carthage, Massinissa réunit les royaumes massyle et massaesyle et étend progressivement son territoire vers l’ouest. Selon Gabriel Camps, il aurait pu conquérir le nord de la Masaesylie jusqu’à la Mulucha dès 203-202 av. J.-C. ; cette expansion occidentale aurait toutefois pu se poursuivre après 201 av. J.-C[12]
Rusicade occupe une position côtière en relation avec l’arrière-pays de Cirta, capitale du royaume de Massinissa. À l’époque romaine, son port contribue à l’acheminement des productions agricoles de la région, notamment des céréales. La route reliant Cirta à Rusicade, réaménagée sous l’empereur Hadrien, facilite leur transport vers le littoral[13],[14].
Après la destruction de Carthage en 146 av. J.-C., Rome renforce sa présence dans la région. Les relations entre Rome et le royaume numide s’inscrivent alors dans un contexte de rivalités politiques et territoriales, tandis que Massinissa avait auparavant agrandi son royaume aux dépens de Carthage[12].
Période romaine
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Après la défaite de Jugurtha, capturé en 105 av. J.-C., la région de Cirta connaît plusieurs réorganisations politiques et administratives. Après la victoire de Jules César à Thapsus en 46 av. J.-C., Cirta et son territoire sont attribués à Publius Sittius, avant leur rattachement ultérieur à la province romaine d’Afrique[15],[7],[9].
À l’époque romaine, Rusicade devient une colonie et participe à la confédération des quatre colonies cirtéennes, avec Cirta, Milev et Chullu. Son port constitue un débouché maritime pour l’arrière-pays. La route reliant Rusicade à Cirta, réaménagée sous l’empereur Hadrien, facilite notamment l’exportation des céréales produites dans la région et en Numidie.[13] Une inscription conservée au musée du Louvre porte la dénomination Colonia Veneria Rusicada et témoigne des travaux effectués au théâtre de la cité au début du IIIe siècle apr. J.-C.[16],[7],[8],[9].
La cité possède plusieurs monuments publics, dont un théâtre romain. Des inscriptions antiques attestent les contributions financières d’habitants à son entretien et à son embellissement. Les vestiges et les objets archéologiques découverts à Rusicade ont notamment été étudiés à partir des relevés réalisés au XIXe siècle par les explorateurs Ravoisié et Delamare[13],[17],[9],[8].
En 46 av. J.-C., le roi numide Juba Ier, allié de Pompée, est vaincu après la bataille de Thapsus. Son fils Juba II, emmené à Rome et élevé dans la culture romaine, reçoit de l’empereur Auguste le royaume de Maurétanie en 25 av. J.-C. Il épouse Cléopâtre Séléné II, fille de Marc Antoine et de Cléopâtre VII. Le royaume de Maurétanie demeure sous l’influence de Rome jusqu’à son annexion sous l’empereur Claude, en 40 apr. J.-C.[18],[7],[8].
Période vandale
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En 439, les Vandales conduits par Genséric s’emparent de Carthage, qui devient la capitale de leur royaume en Afrique du Nord. Leur domination se maintient jusqu’à la reconquête byzantine menée par le général Bélisaire en 533-534[19],[7],[8].
Rusicade connaît un déclin au cours de cette période. Selon la présentation historique publiée par la wilaya de Skikda, la ville subit des pillages lors de l’invasion vandale, mais demeure habitée jusqu’à la fin du Ve siècle. La même source mentionne alors la présence de deux évêques, l’un catholique et l’autre donatiste[20],[7],[9].
Moyen Âge et période arabo-musulmane
modifierÀ partir du VIIe siècle, la région de Skikda s’inscrit dans l’histoire politique de l’Ifriqiya, successivement gouvernée par les Omeyyades, les Abbassides, les Aghlabides, les Fatimides, les Zirides et les Hafsides, avant de passer sous la domination ottomane[21].
La conquête musulmane de l’Afrique du Nord se poursuit au VIIe siècle. Sous le gouverneur omeyyade Abou al-Mouhajir Dinar, en fonction de 674 à 681, les opérations militaires progressent notamment vers Mila. La prise de Carthage par les forces musulmanes dirigées par Hassan ibn al-Nouman intervient en 698-699, marquant une étape importante dans l’établissement du pouvoir omeyyade en Ifriqiya[22].
Cette période est marquée par l’expansion de l’islam et l’introduction progressive de la langue arabe dans la région, où les langues berbères continuaient également d’être parlées.
Références
modifier- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Skikda » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Salem Chaker, Linguistique berbère : études de syntaxe et de diachronie, Peeters Publishers, (ISBN 978-2-87723-152-7, lire en ligne), p. 159
- ↑ Paul-Albert Février (dir.), « Rusicada (Skikda), Algeria », dans The Princeton Encyclopedia of Classical Sites, Princeton, Princeton University Press, (lire en ligne)
- ↑ Salem Chaker, « Onomastique libyco-berbère (Anthroponymie) », Encyclopédie berbère, no 35, (DOI 10.4000/encyclopedieberbere.2816, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Liste générale des biens culturels protégés », sur Ministère de la Culture et des Arts
- ↑ (it) G. Ch. Picard, « Rusicada », Enciclopedia dell’Arte Antica, (lire en ligne)
- ↑ (en) The Princeton Encyclopedia of Classical Sites, Princeton University Press, (lire en ligne), « Rusicada (Skikda), Algeria »
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Mohamed El-Bachir Cheniti, « روسيكاد » [« Rusicade »], Revue d’études archéologiques, vol. 5, no 1, , p. 10-28 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Mohamed Tich Tich Abdelkader et Mustapha Dorban, « تاريخ روسيكاد القديم من خلال المصادر التاريخية القديمة ومخرجات المدرسة الكولونيالية » [« Histoire ancienne de Rusicade à travers les sources historiques anciennes et les travaux de l’école coloniale »], AL-IBAR From Historical And Archaeological Studies, vol. 5, no 1, , p. 108-128 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Mohamed Tich Tich Abdelkader, « روسيكاد وأهم المراكز الحضارية المحيطة بها في الفترة القديمة » [« Rusicade et les principaux centres de peuplement environnants durant l’Antiquité »], Minbar et-tourath el-etheri, vol. 10, no 1, , p. 57-75 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Charles Vars, Rusicade et Stora ou Philippeville dans l’Antiquité, Constantine, Imprimerie Émile Marle, (lire en ligne)
- ↑ The Princeton Encyclopedia of Classical Sites, Princeton, Princeton University Press, (lire en ligne), « Zama (« Aelia Hadriana Augusta »), Tunisia »
- 1 2 Gabriel Camps, « Massinissa », Encyclopédie berbère, vol. 30, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Paul-Albert Février, The Princeton Encyclopedia of Classical Sites, Princeton, Princeton University Press, (lire en ligne), « Rusicada (Skikda), Algeria »
- ↑ William Nassau Weech, « Cirta », Oxford Classical Dictionary, Oxford University Press, (DOI 10.1093/acrefore/9780199381135.013.1592, lire en ligne, consulté le )
- ↑ The Princeton Encyclopedia of Classical Sites, Princeton, Princeton University Press, (lire en ligne), « Cirta (Constantine), Algeria »
- ↑ « Inscription dédiée au Génie de la colonie de Rusicade », sur Musée du Louvre (consulté le )
- ↑ « Inscription relative à l’embellissement du théâtre de Rusicade », sur Musée du Louvre (consulté le )
- ↑ Arnaldo Momigliano ; Theodore John Cadoux ; Kenneth S. Sacks, « Juba (2) II, king of Mauretania and son of Juba (1) I of Numidia », Oxford Classical Dictionary, Oxford University Press, (DOI 10.1093/acrefore/9780199381135.013.3498, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Averil Cameron, « Vandal and Byzantine Africa : Late Antiquity: Empire and Successors, AD 425–600 », dans The Cambridge Ancient History, vol. 14, Cambridge, Cambridge University Press, , 553-581 p. (lire en ligne)
- ↑ « Histoire antique », sur Wilaya de Skikda (consulté le )
- ↑ General History of Africa, volume III : Africa from the Seventh to the Eleventh Century, Paris, UNESCO, (lire en ligne)
- ↑ Trent Jonson ; Maryse Blet-Lemarquand ; Cécile Morrisson, « The Byzantine Mint in Carthage and the Islamic Mint in North Africa: New Metallurgical Findings », Revue numismatique, , p. 655-699 (lire en ligne, consulté le )