Révolution iranienne

révolution iranienne islamique de 1979

La révolution iranienne, également appelée révolution islamique est la révolution de 1979 qui a transformé l'Iran en république islamique, renversant l'État impérial d'Iran et la dynastie Pahlavi[3].

Révolution iranienne
Description de cette image, également commentée ci-après
« Le Vendredi noir »
Autre nom Révolution islamique
Révolution de 1979
Date
(1 an, 1 mois et 4 jours)
Lieu Iran
Cause
Résultat Renversement de l'empire, instauration d'une république islamique
Chronologie
7 janvier 1978 Première manifestation à Qom
18 février 1978 Répression de manifestations dans plusieurs villes 40 jours après les précédentes
29 mars 1978 Répression de manifestations dans plusieurs villes 40 jours après les précédentes
10 mai 1978 Répression de manifestations dans plusieurs villes 40 jours après les précédentes
8 septembre 1978 Vendredi noir
Septembre 1978 Manifestations massives, loi martiale
Octobre 1978 Grève générale paralysant l'économie
16 janvier 1979 Départ du shah d'Iran[1]
1er février 1979 Retour d'exil de Khomeini[2]
11 février 1979 Khomeini prend le pouvoir et proclame la fin de l'empire et l'instauration de la république islamique
1979 - 1988 Conséquences de la révolution iranienne (en)

Le mécontentement grandit pour des raisons politiques et économiques. Le shah Mohammad Reza Pahlavi a mis en place un pouvoir autocratique qui étouffe toute opposition. L'inflation attise l'irritation. Un assouplissement de la répression à la fin des années 1970 permet à l'opposition de faire entendre sa voix. Elle est menée au début par des libéraux démocrates. Mais le clergé s'est aussi élevé contre les réformes entreprises dans les années 1960. La répression dont ces oppositions font ensuite l'objet, radicalise les manifestants qui se tournent vers l'ayatollah Khomeyni. Le Shah est contraint de quitter le pays, les tentatives de compromis échouent, et les partisans de Khomeyni instituent une théocratie.

Éléments précurseurs de la révolution (1941-1976)

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Un pouvoir autocratique

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En 1941, le chah Mohammad Reza Pahlavi prend le pouvoir en Iran, après le départ de son père Reza Chah Pahlavi, forcé d'abdiquer en 1941 par l'invasion des Britanniques et des Soviétiques. Après une période d'interrègne civil, un attentat manqué en 1949 sert de prétexte pour mettre en place un régime autocratique[4]. Un coup d'État, appuyé par une opération clandestine de la CIA et du MI6, l'opération Ajax, renverse en 1953 le gouvernement de son Premier ministre Mohammad Mossadegh pour mettre un terme à sa politique nationaliste et consolider le pouvoir du chah[5]. Pahlavi maintient de bonnes relations avec les États-Unis, mais son gouvernement est critiqué pour sa corruption et les pratiques violentes de la SAVAK, ce qui suscite une condamnation de la part de nombreux membres de la communauté internationale[6]. En effet, après le coup d'État, Mossadeq est placé en résidence surveillée, son ministre des Affaires étrangères exécuté, son parti, le Front national d'Iran, interdit[4]. L'autre principal parti d'opposition, le parti communiste Tudeh, n'échappe pas à la répression, puisque 5 000 de ses membres sont arrêtés[4]. L'Iran tombe sous un chape de plomb dont le poète Akhavan-Thaleth exprime l'atmosphère dans son poème Zemestān L'hiver »)[7].

Les oppositions

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Une forte opposition politique se forme dans de nombreuses franges de la société pendant le règne du chah. À cet égard, les intellectuels laïques et libéraux, les mouvements populaires aux idéaux tiers-mondistes et nationalistes ont une importance particulière au sein de l'opposition en Iran[8]. Par ailleurs, depuis la révolte du tabac en 1891, le clergé a acquis progressivement une influence politique autant que religieuse. Alors que cette opposition augmente, le chah réprime fortement les dissidents. Mehdi Bazargan quitte en 1961 le Font National d'Iran, laïc, pour créer avec l'ayatollah Taleqani le Mouvement de Libération de l'Iran (MLI), fidèle aux idéaux de Mossadeq, mais plus favorable à une démocratie islamique[4]. Cette opposition ne subsiste que dans la clandestinité.

Le programme de réformes du chah est connu sous le nom de « révolution blanche ». Ce programme abolit le système agraire inégalitaire existant jusque-là (ayant par exemple pour conséquences de diminuer la taille des propriétés du clergé, diminuant par conséquent leurs revenus), et accorde en 1962 le droit de vote aux femmes, auquel le clergé s'oppose parce qu'il y voit une « conspiration » pour faire éclater la famille. Le Shah attise la colère des religieux en accordant, en 1964, une immunité aux personnels militaires américains et à leurs familles[4]. La mesure est dénoncée par l'ayatollah Khomeini, un des chefs de file de l'opposition religieuse, qui proclame que le règne du chah est une tyrannie. La révolte conduite par le clergé est réprimée par la force le 15 khordad (5 juin 1963)[9]. Après son arrestation, Khomeini est exilé vers la Turquie en 1964[10],[11]. Les leaders du MLI, qui ont soutenu le mouvement du 15 khordad, sont arrêtés[9].

La crise économique et la montée des extrêmes

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Entre 1963 et 1967, l'activité économique croît considérablement, grâce à une augmentation des prix du pétrole ainsi qu'aux exportations d'acier. Mais l'inflation augmente au même rythme. Les prix de l'immobilier à Téhéran augmentent de 300 % en 5 ans[12]. Après la crise pétrolière de 1973, l'économie du pays entre en surchauffe[12]. Les réformes ont modernisé l'économie, mais provoquent un fort exode rural, qu'une politique urbaniste hasardeuse peine à absorber[11]. Le Shah fait porter la responsabilité aux commerçants, à qui il impose un contrôle des prix[12].

L'échec de l'opposition politique encourage des groupes à prôner la lutte armée. Le premier est le Mouvement pour la Libération du peuple iranien (JAMA (en)) fondé par Kazem Sami et Habibollah Payman[9]. En février 1971, un mouvement de guérilla rurale, inspiré du foquisme, prend forme dans le Guilan à Siahkal[13]. En dépit de l'échec des insurgés face aux forces de l'ordre du régime[13], cet événement marque le point de départ de nombreux mouvements de guérillas dans le pays au cours des années 1970, dont les Moudjahedines du peuple et les Fedayines du peuple iranien[14].

En , le shah organise la célébration du 2500e anniversaire de la fondation de l'empire perse[11]. Cette célébration se tient sur trois jours à Persépolis, avec plus de 600 invités étrangers. Les cérémonies en costumes d'époque achéménide sont grandioses, et les banquets qui les suivent mobilisent plus de 200 employés, spécialement venus de France à cette occasion. Une polémique dans la presse sur le coût des festivités contribue à ternir encore l'image du shah. Khomeyni dénonce le faste outrancier de ces célébrations[11].

Faisant face à une opposition grandissante des dirigeants religieux, rejoints par les propriétaires de petites entreprises en 1975, le shah tente un nouvel effort pour reprendre le contrôle de la société iranienne. Cet effort consiste à essayer de minimiser le rôle de l'islam dans la vie de l'empire, en louant à la place les réalisations de la civilisation perse pré-islamique. En 1976, le début du calendrier solaire iranien est donc déplacé depuis l'Hégire à l'ascension au trône de Cyrus le Grand (VIe siècle av. J.-C.)[15]. Dans le même temps, les publications marxistes et islamistes sont fortement censurées : le seul fait d'avoir en sa possession un livre interdit peut conduire à la prison[16],[17].

Conditions pré-révolutionnaires en Iran (1963-1976)

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Les réformes du shah entamées pendant la « révolution blanche » ne tiennent pas toutes leurs promesses ; la réforme agraire a des ratés et mécontente fortement le clergé chiite, qui tirait une part de ses revenus de biens de main-morte (vaqf) dont la réforme le prive[18], et les autres grands propriétaires terriens. Mais elle ne satisfait pas tous les paysans : la redistribution des terres est insuffisante, beaucoup ne deviennent propriétaires que de quelques hectares, insuffisants pour assurer leur subsistance[19]. Les nouveaux petits propriétaires ne bénéficient pas de l'infrastructure nécessaire pour une exploitation agricole rentable. Leur renoncement alimente l'exode rural et le surpeuplement des grandes villes[18].

La frange la plus pauvre de la population iranienne est aussi la plus religieuse et la plus opposée à l'impérialisme étranger[réf. nécessaire]. Les pauvres sont majoritairement ruraux, ou habitent dans des quartiers pauvres des grandes villes, particulièrement à Téhéran[20]. Les réformes permettent des progrès dans l'accès aux soins et à l'enseignement. Mais le progrès social est très inégal. Beaucoup de ceux qui se sont installés dans la capitale ne voient pas leurs conditions de vie s'améliorer et souhaitent un retour au style de vie antérieur[21]. Le parti Tudeh échoue à s'implanter auprès des paysans[22]. Le Front national recrute ses adhérents dans la classe moyenne[23],[4]. Le discours habilement populiste de Khomeyni saura séduire le plus grand nombre[24].

De plus, dans les années qui suivent sa restauration sur le trône en , la position du shah devient périlleuse. Cela est dû dans une large mesure à ses relations étroites avec l'Occident, aux réformes qui n'ont pas réussi pendant la révolution blanche, à la corruption et à la nature autoritaire de son gouvernement, particulièrement à cause de sa police secrète connue sous le nom de SAVAK (remplacée après la révolution par la « VEVAK »). Une opposition aussi nombreuse qu'hétérogène au régime du shah commence à prendre forme, au sein de laquelle coexistent une opposition laïque et démocratique, mais aussi une extrême-gauche révolutionnaire, une gauche islamiste, des religieux favorables à la démocratie et des religieux réactionnaires[25],[4].

Elle se compose de mouvements différents :

Premières protestations en 1977

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En 1977, le candidat démocrate Jimmy Carter devient président des États-Unis. Il a concentré sa campagne sur le thème des violations des droits de l'homme et de la liberté politique, et il a désigné l'Iran[23], dont le cas a été mis en lumière par Amnesty International. Le Shah redoute qu'il n'arrête les livraisons d'armes. Il assouplit le régime répressif en libérant plus de 300 prisonniers politiques, la censure se relâche, et le système de justice est réformé[26]. Carter fait surtout pression pour la liberté d'association, ce qui entraîne par la suite une multiplication des campagnes pour la liberté d'expression, de la part des intellectuels.

Relance de l'opposition

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Ce début d'ouverture a pour effet d'encourager l'opposition[27], menée par Mehdi Bazargan et son « Mouvement pour la Liberté de l'Iran », un parti progressiste, libéral, et le Front national de l'Iran (laïc), fondé par Mohammad Mossadegh, dont il est assez proche, qui connaissent vite un soutien assez significatif en Iran et à l'étranger, notamment en Occident. Le FNI, fidèle à son fondateur, demande le respect des libertés et de la Constitution de 1906. Il n'exige pas un changement de régime, mais est disposé à accepter une monarchie constitutionnelle[23],[28].

Ali Shariati est plus révolutionnaire : ce professeur et philosophe cherche à obtenir la justice sociale et la démocratie à travers une interprétation moderne de l'islam[29]. Avant l'ascension de Khomeini, Shariati est le plus célèbre et populaire opposant au shah. Ses lectures à l'Hosseiniyeh Ershad captivent les foules[30]. Sa mort soudaine à Southampton (Angleterre) en juin 1977, attribuée à la SAVAK[31],[32], contribue grandement à l'augmentation des tensions[9].

Le clergé se divise, certains s'alliant avec les libéraux laïques, et d'autres avec les marxistes. Khomeini, alors en exil en Irak, mène une petite faction de l'opposition favorable à la fin du régime et à l'établissement d'un État théocratique. Il a exprimé sa vision d'un gouvernement islamique dans ses cours au séminaire de Najaf : le seul gouvernement juste selon lui est celui qui repose sur la volonté de Dieu, non sur la volonté du peuple ; les seuls compétents pour interpréter cette parole, mise par écrit dans les livres saints, sont les membres du clergé, à qui le gouvernement doit donc être confié. Mais pour l'heure, il tient un discours plus rassembleur et modéré. Il évite avec soin toute référence à sa doctrine du velayat-e faqih (l'autorité du clergé)[33].

Les groupes d'opposants opèrent depuis l'extérieur de l'Iran, principalement depuis Londres, Paris, l'Irak et la Turquie. Les discours des chefs de ces groupes sont introduits clandestinement en Iran afin d'être diffusés à la population[réf. souhaitée].

États-Unis

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Le shah d'Iran rencontrant Alfred Atherton, William Sullivan, Cyrus Vance, le président Carter, et Zbigniew Brzezinski, 1977

Face à la menace d'une révolution, le shah d'Iran cherche de l'aide auprès des États-Unis. L'Iran occupe alors une place stratégique de premier plan dans leur politique étrangère au Moyen-Orient. C'est un îlot de stabilité, et un tampon contre la pénétration soviétique dans la région[11],[34]. L'ambassadeur des États-Unis en Iran, William H. Sullivan (en) se rappelle que le conseiller national à la sécurité, Zbigniew Brzezinski « assurait au shah que les États-Unis le soutenaient pleinement ». Pour preuve, Jimmy Carter célèbre le en compagnie du Shah, à Téhéran. Il irrite ainsi à la fois les religieux, pour qui le Nouvel An est une fête païenne, et les nationalistes, attachés à la fête traditionnelle de Norouz[11].

Le , Brzezinski appelle le shah pour lui signifier que les États-Unis le soutiendraient jusqu'au bout. Dans le même temps, certains officiels américains haut placés considèrent que le shah doit partir, sans considération pour son remplaçant. Zbigniew Brzezinski et le Secrétaire à l'Énergie James Schlesinger (ancien Secrétaire à la Défense sous la présidence de Gerald Ford), continuent à répéter que les États-Unis vont soutenir le shah militairement. Le soutien américain est donc apparemment total, cependant il n'ira pas aussi loin que lors du renversement de Mossadegh en 1953 que les États-Unis avaient organisé et financé dans l'Opération Ajax[35], alors même que le Shah était déjà en fuite.

Montée de la contestation (1977-1978)

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En 1977 et jusqu'à l'été 1978, l'opposition au shah vient principalement de la classe moyenne urbaine[36], dont une partie plutôt laïque soutiendrait une monarchie constitutionnelle. La revendication de l'opposition, même des islamistes, concerne le respect des droits humains, la liberté de la presse et l'application de la Constitution de 1906[11]. Il n'est pas encore question de vouloir renverser le Shah[37]. Les partisans de Mehdi Bazargan sont les plus populaires[23]. Mais, à partir de l'automne 1978, ce sont les groupes islamiques qui réussissent les premiers à rassembler de grandes masses contre le shah[11],[38]. Les manifestants brandissent des portraits de Mossadeq et Shariati. Mais c'est alors de plus en plus le nom de Khomeyni qui s'impose dans les slogans[11].

Le , trois dirigeants du Front national iranien, Chapour Bakhtiar, Dariush Forouhar et Karim Sanjabi écrivent une lettre ouverte au Shah dans laquelle ils lui demandent de respecter la Déclaration des droits de l'homme et la Constitution de 1906[38],[39]. La nouvelle de la condamnation de Taleqani, cofondateur du MLI, suscite des manifestations à Téhéran[39]. Fin 1977, le fils de Khomeini, Mostafa est retrouvé mort ; Khomeini en blâme la police secrète du shah[39]. En novembre, les manifestations commencent à se répandre. Les leaders de l'opposition reçoivent des menaces Les domiciles de Bazargan et plusieurs de ses partisans sont visés par des attentats[39].

En , la presse officielle, par le biais du journal Ettelaat, publie une rumeur destinée à faire du tort à Khomeini[11]. Des étudiants et des meneurs religieux protestent contre ces allégations dans la ville de Qom. La police du shah se déploie dans les rues, dispersant les manifestants et tuant plusieurs étudiants[40].

D'après les coutumes chiites, un service religieux se tient en mémoire des morts après un deuil de 40 jours. L'ayatollah Shariatmadari appelle en conséquence à commémorer le 40e jour par un mouvement de grève. S'enclenche alors une spirale de protestations réprimées de plus en plus brutalement. Les effusions de sang donnent lieu à de nouvelles démonstrations le 40e jour, et le cycle se répète[41]. Le , des groupes marchent donc dans nombre de villes en honneur aux morts, et en profitent pour manifester contre le régime du shah. Cette fois-ci, les forces de l'ordre répriment violemment la manifestation à Tabriz, et plus de cent manifestants sont tués[42]. Le cycle de deuil et de célébrations se répète, et à partir du , de nouvelles protestations ont lieu dans le pays. Des hôtels de luxe et d'autres symboles du régime du shah sont détruits. La répression est violente à Yazd, où la police tire sur la foule[43]. Le cycle reprend le . À Qom, la manifestation dégénère et l'armée intervient[44].

Les dommages dus aux manifestations, en plus de l'inflation effrénée, frappent de plein fouet l'économie iranienne. À cause de cela, le Shah nomme un nouveau premier ministre, Amouzegar qui impose des mesures d'austérité à l'été 1978. Elles provoquent l'annulation de nombreux projets publics et le gel des salaires. Ces mesures, destinées à enrayer l'inflation en ralentissant l'économie, font en effet passer la hausse des prix de 35 à 7 %. Mais elles aggravent le chômage[45]. L'été 1978 est plus calme. Shariatmadari appelle à éviter les démonstrations lors du 40e jour après le 10 mai. Il déclare dans les médias que la priorité du peuple iranien est le respect de la Constitution[46].

Chute du chah (1978-1979)

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Mais les choses s'accélèrent au second semestre 1978. De plus en plus, la classe ouvrière se joint aux étudiants et à la classe moyenne contre le régime. Les cortèges changent alors de proportions[46]. La récession pousse les ouvriers à observer des arrêts de travail. Les grèves se multiplient dans l'administration et l'industrie[47].

Radicalisation après le 17 shahrivar

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En septembre, la nation se déstabilise rapidement ; les manifestations massives deviennent régulières. Le 7 septembre, 500 000 manifestants défilent à Téhéran. Les slogans marquent un tournant dans les revendications : les manifestants scandent « Mort aux Pahlavi » et « Nous voulons Khomeyni »[48]. Le shah introduit la loi martiale, et interdit toute manifestation[48]. Le vendredi , une manifestation massive a lieu à Téhéran. Le shah refuse dans un premier temps le recours à la force, proposé par les responsables de la SAVAK. Or, les forces de l'ordre ne disposent pas du matériel adapté (gaz lacrymogène, lances à eau, etc.) pour contrôler les débordements de foule, et il s'avère impossible de maîtriser les rassemblements de plusieurs millions d'individus autrement que par les armes. Le shah, dans une position délicate, accepte finalement le déploiement de l'armée en remplacement des forces de l'ordre. Les militaires sont autorisés à utiliser la force (tanks, hélicoptères et fusils) contre les manifestants de la place Jaleh, devenue depuis place des Martyrs. Ce jour reste connu sous le nom de Vendredi noir[49] ou 17 sharivar.

Manifestation massive à Téhéran.
L'incendie du cinéma Capri, 5 novembre 1978, Téhéran.

Le Vendredi noir contribue à réduire encore plus le soutien au shah au sein de la population iranienne, ainsi que chez ses alliés à l'étranger. Plus encore, il contribue à radicaliser le mouvement[50],[23]. Quand il décide enfin de négocier, Mohammed Reza Pahlavi découvre que l'opposition, décimée par des années de répression, est désorganisée : les dirigeants sont débordés par les manifestants[50]. Désormais, l'opposition réclame la chute du régime[51],[39]. Une grève générale déclenchée en octobre paralyse l'économie, la plupart des industries étant fermées et les pétroliers étant bloqués dans le port d'Abadan[52].

Les protestations de 1978 atteignent leur paroxysme en décembre, pendant le mois saint de Muharram, un des mois importants pour les musulmans chiites. Des manifestants sont tués chaque jour, et chaque jour les protestations prennent encore de l'ampleur. La nuit, les Téhéranais montent sur les toits pour crier : « Dieu est le plus grand »[53],[11]. Le , jour des commémorations de l'Achoura, plus de deux millions de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour protester contre la politique du shah[53]. De surcroît, des dissensions apparaissent au sein de l'armée, notamment de jeunes officiers qui répugnent à ordonner de tirer sur la foule[54]. Le shah, affaibli par la maladie[11], est abandonné par les grandes puissances étrangères, vit retranché dans le palais de Niavaran. Ses réactions incohérentes, qui oscillent entre la répression violente et les concessions, lui font perdre la confiance des États-Unis[55]. Face au chaos qui ne cesse de s'accroître et contre l'avis des officiers de la SAVAK, le shah ordonne que l'armée cesse de tirer dans la foule. Il joue alors sa dernière carte : la nomination de Shapour Bakhtiar au poste de Premier ministre, le 6 janvier 1979[11].

Le gouvernement Bakhtiar et le départ du Shah

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Un manifestant offrant des fleurs à un officier de l’armée.

Pour calmer la situation, Shapour Bakhtiar demande au shah de quitter l'Iran pour une durée indéterminée. Le , parti en hélicoptère du Palais de Niavaran, le couple impérial arrive à l'aéroport de Téhéran, où les attendent leurs derniers collaborateurs et officiers restés fidèles. L'avion doit s'envoler à destination de l'Égypte où le président Anouar el-Sadate attend les souverains déchus. Quelques semaines plus tard, le shah et l'impératrice Farah partent pour le Maroc, puis peu après pour le continent américain. L'errance se poursuit aux Bahamas, à Panama, au Mexique, dans un hôpital de New York et sur une base militaire du Texas. La présence du shah aux États-Unis sert de prétexte pour la prise d'otage de l'ambassade américaine de Téhéran. Réclamé par Téhéran pour être jugé (et probablement exécuté, comme la plupart de ses anciens collaborateurs) le shah est de nouveau accueilli par l'Égypte où il subit une nouvelle et ultime intervention chirurgicale. Il meurt peu après.

Entretemps, Shapour Bakhtiar tente de rétablir la situation. Il ordonne la dissolution de la SAVAK[11] et la libération des prisonniers politiques. L'ayatollah Khomeini, qui a quitté l'Iraq pour Neauphle-le-Château en France, est celui qui appelle depuis longtemps à mener la grève générale. Shapour Bakhtiar croit pouvoir encore gagner le soutien des partisans de Khomeini, et donc rester au pouvoir. Mais c'est trop tard : son gouvernement durera 37 jours[38]. Les discussions afin de trouver un compromis avec l'Ayatollah n'aboutissent pas et Khomeini délivre un message à ses partisans après la manifestation durant les célébrations d'Arbaïn, leur promettant d'être bientôt avec eux en Iran. Les manifestations massives prouvent le soutien de la population à Khomeyni[56]. Des dirigeants du MLI rencontrent Khomeyni en France, conscients qu'il est désormais l'homme avec qui il faut composer. Ils reviennent circonspects de cet entretien : Taleqani est hostile à un gouvernement par le clergé ; le personnage inspire des inquiétudes à Bazargan[39]. L'aéroport de Téhéran, fermé afin d'empêcher le retour de khomeyni, est le théâtre de violents heurts[56]. Ce laps de temps permet aux partisans de s'organiser pour préparer la venue de Khomeini. Le , l’ayatollah arrive à Téhéran où des milliers de personnes l’attendent avec déférence[11]. Il se rend ensuite au grand cimetière de Behesht-e Zahra (le Paradis de Zahra en persan) où il fait un discours livrant sa vision du futur de l’Iran.

L'ayatollah Khomeini élit alors résidence à l'école Alavi dans le centre de Téhéran. L'école devient le quartier général des révolutionnaires. Il dit vouloir créer un gouvernement provisoire dès que possible, puisqu'il estime que celui de Shapour Bakhtiar n'est pas légitime. Cependant, Bakhtiar ne peut accepter l'idée de se retrouver avec deux gouvernements en Iran. L'ayatollah Khomeini nomme tout de même Mehdi Bazargan Premier ministre le 5 février, et lui demande de former un gouvernement[11]. Le gouvernement de Bakhtiar est sous pression à cause des appels à manifester faits par Khomeini, appels suivis particulièrement à Esfahan. En réponse, les partisans de Bakhtiar manifestent en signe de soutien au stade Amjadiyeh à Téhéran. La peur du conflit armé entre les deux factions commence à poindre. Khomeini rejette les appels qui lui sont faits d'appeler au conflit armé et essaie plutôt de lier l'armée à son mouvement.

Défections dans l'armée

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Le haut état-major, devant le risque d'un conflit armé entre les partisans de Khomeini et ceux de Bakhtiar ordonne un couvre-feu afin de limiter les affrontements. L’armée est déployée en masse dans les villes iraniennes.

Les tensions politiques qui divisent le pays n’épargnent cependant pas les militaires. Certains sous-officiers se sont déjà joints à la révolution de Khomeini, particulièrement parmi les cadets de l'Armée de l'air. Les tensions montent entre officiers partisans de la révolution islamique et ceux partisans du Shah. Le , un conflit armé éclate dans plusieurs casernes militaires dans le pays, notamment à la garnison Doshan Tappeh entre la Garde Impériale et les cadets. Ces affrontements montrent au grand jour les divisions internes de l'armée, traversée elle aussi par la révolution populaire que connaît le pays.

Les nouvelles des affrontements entre officiers de l'armée ramènent les gens dans la rue, et le couvre-feu n'est plus respecté par la population, qui continue à manifester la nuit. De nouveaux combats éclatent dans les rues de Téhéran la nuit du 1979 après la rencontre de Shapour Bakhtiar avec des chefs de l'armée. Bakhtiar reste dans ses quartiers sous les ordres du général Qarabaghi.

Au matin du , un « Conseil supérieur ad hoc des forces armées » est convoqué ; 27 généraux y assistent et signent, à l'exception du général Jafar Shafaghat, un procès-verbal attestant la « neutralité de l'armée »[57]. Ces généraux du Shah, décidant de respecter ses dernières volontés (éviter à tout prix de faire couler plus de sang), annoncent la neutralité de l’armée face aux factions de Khomeini et de Bakhtiar. Le refus d'allégeance des militaires à la révolution islamique de l'ayatollah sera sévèrement condamné par le nouveau pouvoir chiite. D'importantes purges seront effectuées au sein des officiers et des généraux de l'État major, affaiblissant l'armée pour un éventuel conflit extérieur (voir Guerre Iran-Irak). La révolution islamique entre dans une nouvelle phase.

À la suite des derniers combats de rue contre les troupes fidèles au Shah, tous les ministères, administrations, casernes et médias de Téhéran sont pris d'assaut par des groupes de guérilla[58]. Le , l'ordre établi s'effondre. En fin d'après-midi, la radio nationale fait l'annonce historique: «Voici la voix de l'Iran, la voix du véritable Iran, la voix de la Révolution islamique.»[59]. Peu après, l'ayatollah Khomeini fait faire à l'ayatollah Moussavi Ardabili une déclaration à la radio, annonçant la victoire de la révolution.

Vidéo de la population accueillant triomphalement l’ayatollah Khomeini dans les rues de Téhéran après son retour d’exil.

Le soir du , l'Ayatollah Khomeini arrive finalement au pouvoir et Mehdi Bazargan est son Premier ministre. Cette date marque alors la fin de l'Empire d'Iran, et la chute du gouvernement de Shapour Bakhtiar, contraint à la fuite. Au même moment, les forces révolutionnaires s'emparent des télévisions et des radios.

Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran et le Komala participèrent activement au renversement du régime dans les zones à majorités kurdes. Le premier propose alors un « Kurdistan autonome au sein d'un Iran démocratique », doté d'un Parlement mais où les questions de défense, de politique extérieure et de planification économique relèveraient de la compétence du gouvernement central iranien. Il demande également la reconnaissance de la langue kurde comme langue nationale au même titre que le farsi. Le Komala, plus proche du marxisme, militait pour une réforme agraire, la défense des droits des travailleurs, et la réduction du rôle et de l'influence des chefs tribaux[60].

Khomeini prend le pouvoir (1979)

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L'ayatollah Khomeini arrive à l'aéroport international Mehrabad le 1er février 1979 après 14 ans passés en exil.

La destitution du shah provoque une grande jubilation en Iran, mais de nombreux désaccords quant à l'avenir du pays apparaissent. Khomeini est la figure politique la plus populaire, mais il existe des dizaines de groupes révolutionnaires, chacun ayant sa propre vision de l'avenir de l'Iran, des factions libérales, marxistes, anarchistes et laïques, et également une bonne variété de groupes religieux cherchant à modeler l'avenir de l'Iran.

Mise en place du nouveau régime

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Les relations étrangères, économiques et militaires de la nation sont perturbées. Mehdi Bazargan devient Premier ministre, et le Mouvement pour la liberté travaille à établir un gouvernement libéral laïque. Bazargan s'entoure de membres de son parti, mais aussi du Front national[39],[38]. Mais le véritable pouvoir est aux mains des religieux. Les partisans religieux de Khomeini, menés par l'ayatollah Beheshti, forment le parti républicain islamique[11]. Les groupes essaient de coopérer, mais les tensions grandissent entre les deux factions. Bazargan et l'ayatollah Taleqani sont réticents à participer au gouvernement provisoire : le premier, après une rencontre avec Khomeyni, dit avoir vu le Shah avec un turban. Ses craintes se confirment dès 1979 : les femmes se voient interdire la carrière de juge en avril[11] ; une première atteinte à la liberté de la presse apparaît avec l'interdiction du journal Ayandegan en août [11]; les sepah-e pasdaran (Corps des Gardiens de la révolution islamique), organisation paramilitaire chargée de protéger le régime, sont créés en mai 1979[61].

Les théologiens sont les premiers à rétablir l'ordre dans le pays : les cellules révolutionnaires deviennent les comités locaux. Connus sous le nom de Gardiens de la Révolution à partir de , ces groupes prennent vite le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l'Iran, et récupèrent ainsi la plupart des pouvoirs locaux. Ils prennent aussi le contrôle des tribunaux qui rendent des jugements sur les anciens responsables des services de sécurité et des militaires du régime du shah : plusieurs dizaines d'officiers généraux et supérieurs ainsi que de hauts fonctionnaires sont ainsi sommairement exécutés[62], pour bien montrer qu'il n'y a plus qu'une seule source de pouvoir en Iran. Les administrations de l'État iranien sont purgées des éléments jugés « non-révolutionnaires » et pro-Shah. Ils sont remplacés par des fidèles de Khomeini et de sympathisants de la révolution islamique. Ces purges touchent spécifiquement l'armée dont les effectifs passent de 500 000 à 290 000 hommes en l’espace d'un an.

Élaboration de la Constitution de la république islamique

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Fin mars, la république islamique est approuvée par référendum[11],[63]. En juin, le gouvernement provisoire publie son projet de constitution, dû principalement au MLI, qui déclare l'Iran « République Islamique », mais sans donner aucun rôle au clergé ni à la loi islamique[39]. Cette première version est inspirée de la Constitution de 1906[64]. Elle est approuvée par Khomeyni, mais Bazargan souhaite la faire adopter par une Assemblée[64],[39].

C'est pourquoi une nouvelle Constitution est rédigée par l'Assemblée des experts [39] présidée par l'ayatollah Montazeri et vice-présidée par Beheshti[64]. Elle crée le puissant poste de Guide Suprême, chargé de contrôler l'armée et les services de sécurité, et pouvant mettre son veto à la candidature des prétendants au poste de président de la République. Elle introduit, à l'initiative des ayatollahs Montazeri[39] et Beheshti[11], le principe du velayat-e faqih, donnant ainsi le pouvoir au clergé[11]. Un président de la République est élu tous les 4 ans au suffrage universel, mais seuls les candidats dont la candidature a été approuvée par le Conseil des gardiens de la constitution ont le droit de se présenter aux élections. Khomeini lui-même devient « Guide de la Révolution » à vie[65]. Le système judiciaire est entièrement placé sous contrôle clérical[64]. Selon l'article 175, la radio et la télédiffusion deviennent un monopole d'État confié à l'IRIB, dont le directeur est placé sous l'autorité du Guide suprême[66]. La nouvelle Constitution institue un régime théocratique[64]. Se sentant sans pouvoirs et en désaccord avec la direction que prend le pays, Mehdi Bazargan démissionne de son poste de Premier ministre en , au lendemain de la crise des otages[39]. La nouvelle de sa rencontre avec Brzezinski, le conseiller du président américain, précipite sa chute[11]. La Constitution de la république islamique est approuvée par référendum en décembre 1979[11].

Consolidation

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Un Parlement est élu en mars 1980, où le parti de la république islamique emporte la majorité des sièges. Le libéral Bani-Sadr, élu premier président de la république en janvier, échoue à faire barrage à la montée en puissance du clergé. Sa tentative d'alliance avec les Moudjahedines du peuple déclenche sa destitution : le Parlement vote contre lui la défiance en juin 1981. Le 21 mars 1980, l'ayatollah Khomeyni lance, sous le nom de « révolution culturelle », une purge, dans les universités puis l'administration, des éléments jugés pas assez favorables au nouveau régime[67]. La guerre contre l'Iraq fournit un prétexte au régime pour se débarrasser de l'opposition. Bani-Sadr et Massoud Rajavi, le dirigeant des Moudjahedines, s'enfuient pour Paris[11]. En juin 1981, la réforme du système judiciaire fait reposer le Code pénal sur une interprétation littéraliste de la loi islamique[68].

Opposition à la révolution (1979-1981)

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Relations avec l'Occident

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La colère commence à gronder contre les États-Unis à la suite de leur décision, en , d'accepter le shah dans leur pays pour y soigner son cancer[11]. Réfugiée alors au Mexique, la famille impériale est traquée et les plus extrémistes réclament l'extradition du shah pour le condamner à mort. En réponse, le , Khomeini exhorte la population à manifester contre les États-Unis et Israël, avec sa rhétorique anti-américaine, appelant alors les États-Unis le « Grand Satan », « ennemis de la Révolution » et Israël le « Petit Satan ». Des étudiants rassemblés près de l'ambassade américaine prennent le bâtiment d'assaut et ses occupants en otage, puis mettent au jour le travail de la CIA par l'intermédiaire de l'ambassade. Khomeini est très loin de l'image de « Saint Homme », que lui a attribuée un peu trop vite le président Carter et d'autres Occidentaux[69]. L'ayatollah utilise les méthodes oppressives qui avaient été dénoncées sous la dictature du shah. La prise d'otage durera 444 jours[11].

Coup d'État manqué « Nojeh »

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En juillet 1980, le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski rencontre le roi Hussein de Jordanie à Amman, afin de discuter d'une opération visant à amener Saddam Hussein à soutenir un coup d'État en Iran contre Khomeini[70]. Le roi Hussein est alors le plus proche confident du président irakien dans le monde arabe, et sert d'intermédiaire pendant la préparation de ce coup d'État. L'invasion de l'Iran par l'Irak se ferait sous prétexte d'un appel à l'aide d'officiers loyalistes iraniens ayant préparé leur propre soulèvement le (nom de code Nojeh, d'après le nom de la base aérienne Shahrokhi/Nojeh à Hamedan). Les officiers iraniens sont coordonnés par Shapour Bakhtiar, qui a fui en France lors de la prise de pouvoir par Khomeini, mais opère depuis Bagdad et Souleimaniye au moment de la rencontre entre Brzezinski et Hussein. Cependant, Khomeini est informé de l'opération Nojeh par des agents soviétiques[70] en France et en Amérique latine.

Dans les pays voisins

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Les chefs de l'Irak, du Koweït, de l'Arabie saoudite et des autres États du golfe Persique sont eux aussi dérangés par la Révolution iranienne, car elle exalte les minorités chiites de leurs pays (sauf en Irak et à Bahreïn où les chiites sont déjà majoritaires) contre l'hégémonie sunnite, ce qui crée une situation susceptible de mener à une guerre interconfessionnelle. L'Iran de Khomeini appelle à la justice sociale au Moyen-Orient et à la fin de la corruption parmi les gouvernements de la région et dans le monde en général. Le nouveau gouvernement d'Iran apporte son soutien à la population noire d'Afrique du Sud, aux nations en voie de développement en Afrique, à Cuba et à l'OLP. Les livraisons de pétrole en direction d'Israël et de l'Afrique du Sud sont coupées dès le début de la révolution. L'Iran se déclare pays non aligné, s'opposant à la fois à la domination américaine et à la domination soviétique. L'émergence d'une théocratie radicale dominée par des chiites effraie nombre de ses voisins arabes sunnites. En septembre 1980, l'Irak, soutenu financièrement et militairement par les autres pays arabes, puis par les États-Unis et les pays occidentaux, envahit l'Iran avec l'espoir de détruire la révolution naissante et de s'emparer de la province, riche en pétrole, du Khuzistan[11]. Ceci marque le début de la Guerre Iran-Irak qui fera perdre énormément de vies humaines et de ressources aux deux pays (environ 500 000 morts, dont 300 000 du côté iranien)[11]. L'Iran bénéficie de l'appui direct de la Syrie et de la Libye et indirect de l'URSS qui coupe temporairement ses livraisons d'armes à l'Irak dès le début de l'agression.

En dépit des importantes purges effectuées par Khomeini au sein de l'armée, l'Iran est nettement plus forte et organisée que ne le pense Saddam Hussein. L'invasion par l'Irak a rassemblé les Iraniens derrière le nouveau régime, les différends du passé sont oubliés face à la menace extérieure. Pour ceux qui restent opposés au nouveau régime, principalement les groupes d'extrême gauche, la guerre est un prétexte pour les soumettre à des traitements aussi brutaux que la torture et les emprisonnements illégaux, comme au temps du shah.

Alors que l'Irak, à l'issue de la guerre Iran-Irak, ne réussit pas à défaire la révolution islamique, celle-ci ne parvient pas non plus à s'exporter. La guerre atteint donc une partie de ses objectifs puisque les populations chiites d'Irak et des pays du golfe Persique n’embrassent pas le nouveau modèle, même s'ils sympathisent avec lui.

C'est lors de la guerre civile au Liban que se développe l'influence iranienne. Le Hezbollah devient un allié proche des Iraniens, ne se mêlant pas des combats entre factions libanaises pour consacrer la majorité de ses efforts à se battre contre les Israéliens. Le soutien de l'Iran à un groupe considéré comme terroriste (comme le Hezbollah) est à l'origine de la mise à l'écart de la République islamique par la communauté internationale.

En Iran

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Le Front National iranien désavoue la Constitution de la république islamique et appelle à manifester en décembre 1979. Plusieurs de ses membres sont élus députés en 1980, mais aucun d'eux n'est autorisé à siéger. Khomeyni déclare les membres du parti apostats. Sanjabi fuit aux États-Unis. Chapour Bakhtiar trouve asile en France, où il fonde un parti d'opposition et sera assassiné[71]. En juin 81 s'ouvre le règne de la terreur : de nombreux opposants, partisans de Bani Sadr, marxistes et membres de l'OMPI sont exécutés[68].

Réactions après ces événements notamment en Europe

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Dans le livre-enquête intitulé Paris-Téhéran, le grand dévoilement, sous-titré 50 ans de falsification française sur l'Iran - La vérité sur hier, aujourd'hui et demain et publié en 2026, les auteurs Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali, spécialistes de l'Iran, révèlent la désinformation et la diffamation à l'égard de Reza Shah, les manipulations du KGB, de l’Organisation de libération de la Palestine, puis des internationales progressiste et islamiste ainsi que de leurs relais en France jusqu'à leurs héritiers contemporains perpétuant cette falsification de la vérité. Ils critiquent également l'aveuglement et le soutien admiratif d’une partie d'intellectuels de la « gauche radicale » française à Khomeini, alors en exil en France, quand couvait le feu de la Révolution en Iran et malgré la politique sanguinaire envisagée dans les écrits publiés par l'ayatollah, notamment sur son mépris de la démocratie, des femmes ou des homosexuels, tout en tenant oralement un autre discours mystificateur. Parmi eux, sont cités les philosophes Jean-Paul Sartre et Michel Foucault[69],[72],[73].

Le politologue Masoud Kazenzadeh invite à ne pas tomber dans le « présentisme », biais qui consiste à juger du passé en fonction d'informations que les acteurs de l'époque n'avaient pas[23]. Il est vrai que Khomeini avait décrit sa doctrine, qui fait peu de cas de la démocratie, dans ses cours à Najaf. Mais dans ses discours publics, il sait rester ambigu afin de ne s'aliéner aucune des parties présentes dans le mouvement révolutionnaire[74]. Il évite soigneusement l'usage de l'expression velayat-e faqih[74]. Il parle, de manière vague, de « gouvernement islamique »[75]. À Paris, il emploie même le terme de démocratie[76]. Son entourage va jusqu'à nier qu'il soit l'auteur du livre Velayat-e faqih[74]. C'est pourquoi nombre d'Iraniens ont cru voir en lui le rassembleur qu'ils espéraient. Beaucoup sont rapidement déçus. Ainsi, Anwar Mir Satari, qui était pourtant dans les prisons du Shah en 1979, affirme en 1986 : « Khomeini a trompé le peuple »[77]. Certains ont vite compris que la révolution allait remplacer « une autocratie militaire par une théocratie dogmatique »[4]. Chapour Bakhtiar accepte le poste de premier ministre du Shah parce qu'il ne croit pas à la sincérité de Khomeini et redoute la dictature du clergé[78],[38].

La mise en cause de Sartre est qualifiée de malhonnête par Yann Lagarde[79].

Galerie

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Voir aussi

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Bibliographie

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Témoignages, mémoires et points de vue politiques
Études historiques
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Articles connexes

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Notes et références

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Liens externes

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