Sacre de Louis XVI
Le sacre de Louis XVI, roi de France et de Navarre, a lieu à la cathédrale de Reims le , jour de la Trinité[1],[2]. Second sacre d'un roi de France ayant eu lieu au XVIIIe siècle, c'est également le dernier sacre de la période dite de l'Ancien Régime.
issue de l'Album du sacre de Louis XVI.
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Cathédrale Notre-Dame de Reims |
Contexte et scepticisme
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Louis XVI, devenu roi l'année précédente, succède à son grand-père Louis XV, au terme de son règne de 59 ans. Il s'agit du premier sacre depuis celui de son grand-père, qui avait eu lieu le , et seulement le deuxième depuis 1654, en raison de la longévité des règnes des deux monarques précédents, Louis XIV et Louis XV.
Depuis le dernier sacre de 1722, l'autorité royale avait été beaucoup remise en question. Et le principe même de cette cérémonie était très critiqué par le mouvement des Lumières : L'Encyclopédie et les philosophes critiquent le rituel, n'y voyant qu'un exacerbation du pouvoir de Dieu et une comédie destinée à maintenir les peuples dans l'obéissance[3].
Les critiques concentrent également des aspects financiers : Le contrôleur général des finances, Turgot, reproche au monarque cette cérémonie coûteuse évaluée à 760 000 livres ; peu de temps auparavant, Nicolas de Condorcet avait écrit à Turgot pour lui demander de faire l'impasse sur « la plus inutile et la plus ridicule de toutes les dépenses » de la monarchie. Turgot pense alors à faire une sorte de sacre allégé, probablement près de la capitale, à Saint-Denis où à Notre-Dame, pour réduire les coûts[3]. Cependant, pieux et très attaché à l'œuvre de ses prédécesseurs, même s'il est décidé à redresser la situation économique du pays, le roi refuse cette suggestion et maintient la cérémonie avec autant de faste que prévu. Pourtant, le cérémoniel a cependant toujours connu des évolutions, et Turgot suggère aussi au roi de supprimer le serment d'expulsion des hérétiques, qui n'avait plus de sens dans la mesure où la situation des protestants avait beaucoup évoluée depuis 1722[4].
Les préparatifs
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Les préparatifs sont gérés par l'intendance des Menus-Plaisirs du Roi, dirigés par le baron Denis Papillon de la Ferté. Les projets pour Saint-Denis ou Notre-Dame, voire Sainte-Geneviève repoussés, le sacre se tient à Reims, en Champagne, ville-lieu traditionnelle des sacres des rois de France. La cérémonie originale remonterait au baptême de Clovis Ier, puis, institutionnalisée à partir de Pépin le Bref, elle se fixe à Reims à partir de Louis VII.
La cathédrale Notre-Dame, lieu emblématique des sacres des rois de France, est métamorphosée pour les festivités. D'ordinaire, depuis Louis XIV, des tribunes étaient aménagées dans les collatéraux et des tapisseries accrochés sur les murs et les arcs gothiques complétaient la décoration. Cette fois, sous l'impulsion du duc de Duras, qui souhaite profite du développement des Arts Décoratifs depuis le sacre précédent[5], une impressionnante structure éphémère néoclassique fut construite : conçue par l'architecte Louis-Alexandre Girault et le sculpteur Alexandre Bocciardi, elle faisait ressembler l'intérieur de la cathédrale gothique en réplique de la chapelle du château de Versailles, avec des colonnes, des faux marbres et un système de lustres et de girandoles[6]. Des tapisseries furent accrochées au-dessus. Papillon de la Ferté chercha à réduire le plus possible les dépenses, bien que le projet ait été accepté par Turgot.
Le projet est présenté au principal ministre d'Etat Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas, qui avait assisté au sacre de Louis XV. On fait chercher le trésor à Saint-Denis, confectionner une couronne et créer un imposant carrosse, pour une entrée en berline dans Reims, comme cela a déjà été fait pour le sacre de Louis XV[5].
Le sacre
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La cour se rend à Reims pour les célébrations du sacre, entre le 9 et le . Elle quitte Versailles le , puis le trajet se fait par étapes, sans passer par Dammartin ou Villers-Cotterêts, où était passé Louis XV en 1722. Louis XVI fait halte à Compiègne durant deux jours, et y chasse le sanglier. Le 8, il se rend à Fismes, en passant par Soissons, où il dort le soir, avant d'entrer dans Reims depuis Tinqueux, le lendemain[5]. Louis XVI est couronné seul ; la reine, Marie-Antoinette, qu’il avait épousée en 1770 lors d’une union dynastique visant à consolider l’alliance franco-autrichienne[7], ne l'est pas. Cela tient au fait que depuis Jeanne de Bourbon, épouse de Charles V, les reines n'étaient plus sacrées avec leur maris, et que les rois depuis Louis XIII n'étaient pas mariés au moment de leur sacre, ce qui faisait qu'aucun Bourbon n'avait pu être sacré en compagnie de sa femme (Henri IV était séparé de Marguerite de France au moment de son sacre, en 1594). Bien que ce soit cette fois possible, le dernier sacre d'une reine, celui de Marie de Médicis le 13 mai 1610 à la basilique Saint-Denis, n'a pas laissé de bon souvenir, Henri IV ayant été assassiné par Ravaillac le lendemain. Egalement, dans la construction absolutiste du pouvoir, la reine avait vu son importance politique diminuer. Décision est finalement prise de ne pas sacrer Marie-Antoinette. Elle assiste à la cérémonie depuis la plus grande des tribunes, avec les femmes importantes de la Cour[3]. En outre, elle et le roi n'ont pas encore d'enfant lors du sacre, ce qui rend sa position plus fragile, la reine étant avant tout la mère de l'héritier au trône.

Le , le sacre est célébré par l'archevêque de Reims Charles Antoine de La Roche-Aymon, celui-là même qui avait baptisé et marié le dauphin devenu roi. La cérémonie dure près de six heures - une loge permettant aux spectateurs de se reposer a été aménagée derrière la tribune de la reine ; toutes les étapes ont lieu, le lever du roi, l'entrée, le serment, le rituel de chevalerie, les onctions, la remise des insignes, le couronnement, l'intronisation, la grand-messe, l'hommage des pairs, la messe-basse et la sortie. Toutefois la cérémonie omet, intentionnellement, le serment du roi devant « Dieu, le clergé et le peuple » et, si Louis XVI a préféré que le serment sur l'expulsion des hérétiques soit conservé, il bredouillera au moment de le prononcer quelque chose d'inaudible[4]. Selon la tradition, le prélat prononce la formule suivante en posant la couronne de Charlemagne sur la tête du souverain : « Que Dieu vous couronne de la gloire et de la justice, et vous arriverez à la couronne éternelle ».

Le spectacle qu'elle offrit fut jugé un peu suranné et en décalage avec les évolutions nouvelles de la France. Sans compter que la cour ne parut pas très crédible au milieu de tous ces encensements religieux. Le duc de Cröy, notamment, juge sévèrement l'attitude trop légère à son goût de plusieurs princes du sang, et celle notamment du comte d'Artois, qui représentait le duc de Normandie : il fit tomber sa couronne pendant la cérémonie, jura et savait mal son texte, bien qu'il l'ait déclaré avec grâce[4]. C'est pourtant lui qui fut, cinquante ans plus tard, le dernier roi de France à être sacré.
D'autres cérémonies plus complémentaires ont lieu : le , le roi retourne à la cathédrale afin de présider la cérémonie de réception des chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit. Le lendemain, mercredi , Louis XVI participe à l'emblématique « cavalcade » du sacre, qui le mène de la cathédrale à l’abbaye de Saint-Remi où il se recueille sur le tombeau du saint, ainsi que sur la châsse de Saint Marcoul, avant d'aller vénérer la Sainte Ampoule qui l'a oint trois jours plus tôt[5].
Conformément au rituel, le roi se rend ensuite dans le parc de la ville pour guérir les écrouelles des quelque 2 400 scrofuleux venus pour l'occasion, leur adressant à chacun la formule cérémoniale : « Le roi te touche, Dieu te guérisse ». Le rituel n'avait pas eu lieu depuis 1738[4], Louis XV ayant préféré s'abstenir d'exercer son don thaumaturgique en raison de sa vie dissolue et de ses mauvaises relations avec l'Eglise conséquentes. Louis XVI en touche en outre 400 de plus que son grand-père.
Après être resté à Reims pour la Fête-Dieu le jeudi , Louis XVI puis toute la cour quitte la ville des sacres le lendemain[5].
La fin de l'Ancien Régime
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Contrairement à ses prédécesseurs, Louis XVI souhaite se détacher du rôle de chef des cérémonies, et dès que le couronnement est terminé, il ôte ses luxueux vêtements de couronnement qu'il ne remet jamais, préférant porter des vêtements plus légers et moins cérémonieux à la cour[8].
Ce sacre est le dernier de l'Ancien Régime, avant que la Révolution française n'entraîne le renversement de la monarchie[1]. Il s'agit également de l'avant-dernier couronnement d'un roi de France, suivi seulement par le sacre de Charles X (frère cadet de Louis XVI) à Reims également, lors de la Restauration[9].
Notes et références
modifier- 1 2 Baker 1990, p. 109.
- ↑ McManners 1999, p. 7.
- 1 2 3 Patrick Demouy, Le sacre du roi : histoire, symbolique, cérémonial, Strasbourg, La nuée bleue, , 287 p. (ISBN 978-2-8099-1431-3, lire en ligne), p. 275-277.
- 1 2 3 4 Landric Raillat, Charles X ou le sacre de la dernière chance, Paris, Olivier Orban, , p. 26.
- 1 2 3 4 5 Youri Carbonnier, Les sacres des rois de France au XVIIIe siècle. Fastes de la monarchie et organisation minutieuse, Arras, Université d'Artois, , 17 p. (lire en ligne)
- ↑ Frédéric Lacaille & Alexandre Maral (dir.), Sacre Royaux de Louis XIII à Charles X, Paris, Centre des monuments nationaux, .
- ↑ Caiani 2021, p. 176.
- ↑ Jones 2003, p. 508.
- ↑ Price 2008, p. 119.
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Le couronnement de George III, contemporain britannique de Louis XVI, se tient à Londres en 1761.
- Le sacre de Napoléon Ier, empereur des Français arrivé au pouvoir à la suite de la Révolution française, a lieu entre les sacres de Louis XVI et de Charles X.
Bibliographie
modifier- Sacre et couronnement de Louis XVI. Roi de France et de Navarre, à Rheims, le 11 juin 1775. Paris. Vente, Patas. 1775
- [Baker 1990] (en) Keith Michael Baker, Inventing the French Revolution: Essays on French Political Culture in the Eighteenth Century, Cambridge University Press, coll. « Ideas in context », , 372 p. (ISBN 978-0-521-34618-4 et 978-0-521-38578-7, DOI 10.1017/cbo9780511625527
, lire en ligne
). - [Caiani 2021] (en) Ambrogio A. Caiani, To Kidnap a Pope: Napoleon and Pius VII, Yale University Press, , 376 p. (ISBN 978-0-300-25133-3).
- [Jones 2003] (en) Colin Jones, The Great Nation: France from Louis XV to Napoleon, Penguin Books, , 688 p. (ISBN 978-0-14-013093-5).
- [McManners 1999] (en) John McManners, Church and Society in Eighteenth-Century France, vol. 1 : The Clerical Establishment and its Social Ramifications, Oxford University Press, , 836 p. (ISBN 978-0-19-827003-4 et 978-0-19-160068-5, DOI 10.1093/0198270038.001.0001, lire en ligne).
- [Price 2008] (en) Munro Price, The Perilous Crown: France Between Revolutions, Pan books, , 480 p. (ISBN 978-0-330-42638-1).