Saga Go-ryū
Saga Go-ryū (嵯峨御流), aussi connu sous le nom de Saga-ryū, est une école d'Ikebana, art floral japonais[1].

Histoire
modifierL’histoire remonte à l’empereur Saga, qui régna de 809 à 823 apr. J.-C., durant l’époque de Heian. L’empereur résidait dans une villa à Kyoto, autour de laquelle avait été aménagé un vaste étang entouré de jardins. L’étang Ōsawa couvre environ 2,4 hectares et est censé reproduire les contours du lac Dongting, en Chine, qui revêt une importance particulière dans la culture chinoise. Ce style est appelé chisen-shūyū, un type de jardin conçu pour être admiré depuis une embarcation, à l’image des jardins impériaux chinois de l’époque. L’étang fut créé en construisant une digue sur un cours d’eau provenant de la cascade de Nakoso.
À l’extrémité nord de l’étang se trouvent deux îles, l’une grande et l’autre petite ; la petite est appelée île des Chrysanthèmes. Entre les deux îles se trouvent plusieurs petits îlots rocheux, destinés à évoquer des jonques chinoises à l’ancre. Sur un versant au nord du lac se trouve ce qui semble être une cascade sèche (karedaki), une forme de jardin de pierres japonais ou jardin zen, dans lequel une véritable cascade est suggérée par une composition de pierres.
Selon la tradition, l’empereur faisait cueillir les chrysanthèmes qui fleurissaient sur une île de l’étang et les faisait arranger afin qu’ils soient présentés à la cour[2].
Le jardin fut célébré dans la poésie de l’époque. Un poème de Ki no Tomonori, dans l’anthologie Kokinshū, évoque le Kiku-shima, ou île des Chrysanthèmes, située dans l’étang :
« Je pensais qu’ici
un seul chrysanthème pouvait pousser.
Qui donc a planté
l’autre dans les profondeurs
de l’étang d’Ōsawa ? »
Un autre poème de l’époque de Heian, inclus dans le Hyakunin isshu, décrit une cascade de pierres qui simulait une chute d’eau dans ce même jardin :
« La cascade depuis longtemps
a cessé de gronder,
mais nous continuons d’entendre
le murmure
de son nom[3]. »
La villa impériale fut transformée par la princesse Masako, fille de l’empereur Saga, en un monastère bouddhique de l’école Shingon, appelé Daikaku-ji.

Tsujii Kōshū (辻井弘洲) (né en 1872), qui fut l’un des disciples d’Ohara Unshin de l’école Ohara-ryū, fonda sa propre école au début de l’ère Taishō[4]. En 1931, le temple Daikaku-ji l’invita à y établir l’école Saga Go-ryū[5]. Il publia plusieurs ouvrages consacrés à l’ikebana, qui furent également traduits en anglais et publiés aux États-Unis avant même la guerre du Pacifique. Le siège de l’école Saga s’y trouve depuis lors.
Il eut pour successeur son deuxième fils, Tsujii Hiroshū (辻井博州). Après la fin de la guerre, celui-ci enseigna l’ikebana aux épouses des militaires américains stationnés au Japon et devint l’un des membres fondateurs de l'Ikebana International, créée en 1956.
Il se rendit aux États-Unis en tant que représentant culturel à l’occasion du centenaire des relations diplomatiques entre le Japon et les États-Unis, parcourant le pays pendant sept mois. Il participa comme démonstrateur aux activités des sections de l'Ikebana International. et aux congrès mondiaux de l’organisation dans différents pays, contribuant ainsi à la diffusion de la culture japonaise traditionnelle à travers l’ikebana.
Il est impliqué au sein de la Japan Ikebana Art Association depuis sa création en 1966, en tant que conseiller puis administrateur, et en fut vice-président en 1994. En 1991, il reçut l’Ordre du Mérite culturel du gouverneur de la préfecture d’Osaka, ainsi qu’une distinction du ministre de l’Éducation. À l’automne 1998, il reçut l’Ordre du Soleil levant, Étoile d’or et d’argent, classe V[5].
Il est marié à Nomura Kei (辻井ケイ), dont le père était le 54e grand prêtre de Daikaku-ji. Elle est professeure de l’école de cérémonie du thé Omotesenke[5].
Leur fille, Tsujii Mika (辻井ミカ), est née en septembre 1959. Elle succéda à son père à la tête de l’école le 1er avril 2014, devenant ainsi sa troisième dirigeante[6].
L’école compte environ 109 branches au Japon et une vingtaine de bureaux et de branches dans le reste du monde[7].
États-Unis
modifierLe Saga Goryū fut établi à Portland, par Daiyu Henjyoji en 1940, au sein de la Nippon Cultural Academy du temple bouddhique Shingon Henjyoji. À la fin des années 1950, lui et son épouse, Wako Henjyoji, enseignaient activement l’ikebana, organisaient des démonstrations et présentaient des expositions.
À partir de 1961, lorsque l’évêque Henjyoji devint responsable du temple Jobodai-in au mont Kōya, au Japon, il partagea son temps entre ses fonctions au mont Kōya et celles exercées au temple de Portland. Le révérend Wako Henjyoji resta à Portland, au temple, et continua d’enseigner les arts culturels japonais.
En 1974, l’école fut désignée par le temple Daikaku-ji comme branche Saga Goryū d’Amérique du Nord. Même après la mort de l’évêque en 2006, le révérend Wako Henjyoji continua à diriger la branche nord-américaine jusqu’en 2011, date à laquelle elle désigna David Shunkō Komeiji comme son successeur à la tête de la branche Saga Goryū d’Amérique du Nord. Cette succession fut officiellement enregistrée le 1er janvier 2011 par Kyu Saga Gosho Daikakuji Monzeki Kado Shoshisho Daisosho Shimoizumi Kesho.
Styles
modifierL’école s’inspire de styles qui se sont développés au fil des siècles. L’accent est mis sur le lien avec le bouddhisme, l’école étant établie au sein d’un temple. Les styles traditionnels (伝承花) sont :
Le style plus moderne shinshōka (心粧華) comprend :
- inoribana (祈り花)
- sainohana (才の花)
- omoibana (想い花)[2]
Le shōgonka est le style cérémoniel et formel, issu des cérémonies religieuses et reflétant la philosophie ésotérique des Rokudai. Le seika est le style classique fondé sur les concepts du ciel, de la terre et de l’être humain. Il est conçu pour être vu de face et placé dans un tokonoma ; il est utilisé pour accueillir les invités et lors des cérémonies à la maison.
Le heika et le moribana sont des formes libres. Ils s’inspirent de la beauté naturelle du temple et sont utilisés soit comme décoration florale de type chabana lors des cérémonies du thé, soit comme bunjinbana, expression poétique des sentiments de l’artiste.
Le style le plus récent est le shinshōka, qui cherche à mettre en évidence les principes fondamentaux du Saga Goryū en utilisant le moins de végétaux possible.
Les tiges sont coupées dans l’eau, car on considère que cette méthode leur permet de se conserver plus longtemps ; elle est appelée mizu-kire. L’école n’utilise pas les supports floraux à pointes kenzan, car ceux-ci seraient considérés comme une forme de destruction inutile des végétaux. Elle utilise en revanche des shippo (七宝留め), des dispositifs métalliques circulaires qui s’insèrent dans le vase ou le récipient et permettent de maintenir les tiges grâce à plusieurs ouvertures dans lesquelles elles sont introduites pour réaliser la composition.
Voir aussi
modifierRéférences
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Saga Go-ryū » (voir la liste des auteurs).
- ↑ « 嵯峨流とは »
- 1 2 « Ikebana – 旧嵯峨御所 大本山 大覚寺 »
- ↑ Nitschke, Le Jardin Japonais, pg. 42. Excerpts translated from French by DR Siefkin.
- ↑ Minobu Ohi. History of Ikebana. Shufunotomo, Tokyo. 1962
- 1 2 3 « 華道三代 祖父 辻井弘洲 »
- ↑ « 華務長からのお知らせ »
- ↑ « Ikebana International » [archive du ], sur www.ikebanahq.org