Samakh
Samakh, en arabe : سمخ, est un ancien village arabe palestinien sur la rive sud du lac de Tibériade, en Galilée ottomane. Il est fondé à la fin du 19e siècle par des Algériens réfugiés dans l'Empire ottoman. Il devient une ville prospère dans la période 1920-1948, jouant le rôle de centre commercial régional et de centre de transit pour le commerce inter-régional. Sa position stratégique amena les dirigeants israéliens à décider sa destruction après l'expulsion de ses habitants, comme pour des centaines d’autres villages palestiniens.
| Nom officiel |
(ar) سمخ |
|---|---|
| Nom local |
(ar) سمخ |
| Pays | |
|---|---|
| Sous-district | |
| Partie de | |
| Superficie |
9,5 km2 |
| Coordonnées |
| Fondation |
XVIIe siècle |
|---|---|
| Événement clé | |
| Expulsion et destruction |
18 mai 1948-1952 |
Il a été le théâtre de deux batailles, la Bataille de Samakh (en), en 1918 durant la Première Guerre mondiale entre les empires ottoman et britannique. Et la seconde en mai 1948, entre les milices sionistes qui allaient bientôt former l'armée israélienne et l'armée syrienne lors de la guerre de Palestine (voir bataille des Déganias).
Géographie
modifierSamakh était situé dans la Galilée, dans le nord de la Palestine, et relevait du sous-district de Tibériade[1]. Construit sur la rive sud du lac de Tibériade, il se trouvait à une altitude de 200 mètres au-dessous du niveau de la mer Méditerranée[1]. Il se trouvait dans une petite plaine côtière de la vallée du Jourdain, à quelques kilomètres à l'est de l'exutoire par lequel le Jourdain sort du lac. Samakh était le plus grand village du sous-district de Tibériade, à la fois en termes de superficie et de population[2]. Les villages voisins étaient al-Samra (en) au nord-est, Al-'Ubaydiyya (en) à l'ouest, les colonies sionistes de Menachemya et Degania au sud-ouest, et les kibboutz de Massada (en) et Shaar-Hagolan au sud[1].
Selon les Statistiques de Village de 1945, la superficie totale des terres de Samakh était de 18 611 dounams (18,6 km²), dont 934 dounams (93 hectares) de terres publiques, le reste étant légèrement majoritairement détenu par des Arabes, et presque à égalité par des Juifs (respectivement 9465 et 8412 dounams)[1]. Les terres non-arables représentaient 9 % du total[1]. Les archives centrales sionistes présentent des chiffres différents, avec une superficie de seulement 17 600 dounams, près de 9900 dounams en mains juives et seulement 7000 en mains arabes[3].
C'était aussi un carrefour important, avec sa gare sur la ligne de Haïfa à Deraa où elle rejoignait la ligne de Damas à Médine, et était la gare frontalière avec la Syrie française des années 1920 aux années 1940[2]. Il était aussi traversé par la route faisant le tour du lac par Tibériade. Une ligne de navigation reliait également Samakh a Tibériade[4].
Histoire
modifierEmpire ottoman
modifierSamakh était un village puis un bourg de la région de Tibériade, dominée par la famille des al-Tabari[3]. Dans la carte de la Palestine que Pierre Jacotin dessine à partir de relevés effectués lors de la campagne d'Égypte et de Syrie du général Napoléon Bonaparte, le village est nommé Semak[5]. La plupart des maisons étaient construites en brique crue, quelques unes en pierre de basalte noir, abondant dans la région [4]. Le voyageur suisse Johann Ludwig Burckhardt qui visite la Palestine en 1812 nomme le village Szammagh et estime à 30 ou 40 le nombre de ses maisons[6],[7]. En 1838 Edward Robinson fait la même estimation du nombre de « huttes »[8].
En 1875, Victor Guérin trouve le village qui tombe en ruines (et qu'il appelle Khirbat es-Semakh)[9].
Des réfugiés algériens, fuyant la colonisation de l'Algérie par la France, s'installent à Samakh. Plusieurs villages d'Algériens de Palestine étaient déjà installés dans la région[10]. La période probable de fondation est la fin de la décennie 1880 selon Mustafa Abbasi, Victor Guérin ne mentionnant pas Samakh dans son récit de voyage de 1875 et le sultan Abdülhamid II ayant acheté les terres du secteur dans cette décennie[11]. G. Schumacher, qui visite Samakh en 1883, affirme qu'il est habité par des immigrants venus d'Algérie[12]. Les terres fertiles, l'abondance des sources et le retour de la sécurité avec l'arrêt des incursions de Bédouins leur permettent de prospérer. Les Algériens sont décrits comme d'excellents cultivateurs qui n'empruntent jamais d'argent. Le village reste modeste, ses maisons construites d'adobe et munies de toits en bois[11]. En 1881, le rapport du Palestine Exploration Fund estime sa population à environ 200 habitants[13].
Quand le sultan est déposé en 1909, les habitants de Samakh, musulmans et juifs mizrahis, demandent à acheter les terres, ce qu'ils obtiennent dans les années 1920[11].
Samakh est alors l'une des plus grandes concentrations de la communauté des Algériens de Palestine du district[14]. Entre 1903 et 1905, la ligne de chemin de fer de la vallée de Jezréel (en) qui relie Haïfa au chemin de fer du Hedjaz est construite. La situation en plaine de Samakh, à proximité d'une source d'eau inépuisable (le lac de Tibériade) pour alimenter les chaudières des locomotives justifient son choix pour l'implantation d'une gare importante. Quatre voies de 300 mètres sont construites, chacune dotée d'une plaque tournante pour faire changer de direction aux machines. La gare de Samakh disposait d'une château d'eau, d'un bâtiment voyageurs et d'un bâtiment marchandises Samakh est l'endroit le plus oriental où une telle Gare pouvait être construite, avant les 700 m de dénivelé vers le plateau du Yarmouk[15]. Certains trains de Haïfa ne dépassaient pas Samakh et faisaient demi-tour[16].
L'ouverture de la ligne provoque un essor important de Samakh. Un service de bateaux à vapeur relie par le lac de Tibériade Samakh à Tibériade, Tabgha et Kfar Nahum[17].
Lors de la Première Guerre mondiale, Samakh est considéré comme un site stratégique, de par sa gar et sa situation au contact de la Palestine, la Syrie et la Jordanie. Un camp de l'armée ottomane y est installé où cantonne également une compagnie de l'armée allemande[17]. L'un des premiers aérodromes de Palestine est construit par les Turcs en 1917 pour leur aviation militaire[18].
Le 25 septembre 1918, le 4e régiment de cavalerie légère australienne enlève la position. La ligne de chemin de fer est rapidement remise en service et un camp britannique installé à proximité de la gare, où stationnent des troupes indiennes[17].
Palestine mandataire
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Après la Première Guerre mondiale, la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
L'Empire britannique fait goudronner la route entre Tibériade et Beisan, qui passe par Samakh, ce qui renforce son rôle de point de contact entre ces deux villes, la Syrie et la Jordanie[17]. En avril 1920, une troupe de 2000 Bédouins attaque la vallée et le camp britannique de Samakh. Ils sabotent la voie ferrée pour empêcher l'arrivée de renforts. L'armée britannique les repousse, utilisant même l'aviation[19]. En 1926, le fonds national juif achète 3700 dounams à un grand propriétaire. Par d'autres achats, il se rend propriétaire de plus de 7000 dounams (700 hectares) avant 1948[3].
Au recensement de 1922 conduit par les autorités britanniques, Samakh, compté avec Al-Hamma, a une population de 976 habitants, dont 922 musulmans, 28 juifs, un adepte de la Foi bahá'íe et 25 chrétiens[20] dont 6 orthodoxes, 1 catholique, 2 melchites, 11 arméniens et 5 anglicans[21]. Cette même année, une école primaire pour garçons ouvre à Samakh, avec 60 élèves[22]. Elle est rapidement suivie par une école pour filles. En 1925, il y a une école privée et une école publique[23].
En 1923, la délimitation de la frontière entre le mandat britannique et le mandat français sur la Syrie donne une nouvelle importance à Samakh : un bureau de douane est ouvert par où transitent des dizaines de tonnes de marchandises quotidiennement (essentiellement des denrées alimentaires). La même année, la centrale hydroélectrique de Baqoura sur le Yarmouk entre en fonctionnement, accentuant la modernisation de la région[19]. De nombreux commerces ouvrent, cafés, restaurant et même un hôtel, l'hôtel Palestine. Un vaste poste de police est construit entre Samakh et la colonie juive de Degania[23]. De 1929 à 1935, l'aérodrome de Samakh est utilisé par le service passagers d'Imperial Airways comme escale vers Bagdad et Karachi[24]. Des conditions météorologiques difficiles mènent à la perte d'un Hannibal et au déplacement de l'escale à l'aérodrome de la RAF (en) à Gaza[25]. La petite ville est dotée d'un conseil local en 1927. Les 653 électeurs élisent 7 conseillers. Yusif Salim Tur'ani est élu maire et le reste jusqu'en 1948. La prospérité de la ville se lit aussi dans le budget municipal,.qui passe de 391 lirot en 1930 à 5036 en 1945. La ville profite à plein du boom économique provoqué en Palestine par la Seconde Guerre mondiale[22].
Lors de la grève générale de 1936 qui lance la grande révolte arabe (1936-1939), l'avocat Ahmad al-Shuqairi d'Acre est envoyé en résidence surveillée à Samakh puis à Al-Hamma jusqu'à la fin de la grève, en octobre[26]..
Proche d'un millier d'habitants en 1922, la population de Samakh est estimée à 1500 en 1925[19] et atteint 1900 habitants au recensement de 1931 dont 1780 musulmans, 4 Druzes, 76 chrétiens et 40 juifs, dans 480 maisons[27]. En 1945, les Statistiques de Village estiment la population de Samakh à 3460 habitants, dont 22 juifs[19], 3320 musulmans, 130 chrétiens et 10 fidèles d'autres fois[28],[29]. L'année suivante, un recensement effectué par deux moukhtars du village liste 3560 habitants[22]. Progressivement, les Algériens, fondateurs de la localité, deviennent minoritaires. Au conseil local de 1930, seuls trois élus appartiennent à la communauté[22]. La majorité de la population est alors issue des tribus bédouines des 'Arab al-Suqur et des 'Arab al-Bashatiwa[4].
En 1940, le comité national palestinien de Tibériade est créé par Sudqi Tabarin. Deux de ses membres y représentent Samakh[3].
En 1945, la ville compte 3 320 Arabes musulmans et chrétiens[30].
Le boom économique de Samakh continue après la Seconde Guerre mondiale : l'immobilier prospère avec l'agrandissement de la ville, des bâtiments à plusieurs étages sont construits, un réseau d'adduction d'eau potable est construit à partir de 1947, ainsi que le bâtiment du conseil municipal, une gare routière et une station de taxis. À la veille de la guerre de Palestine, Samakh est donc une ville prospère en pleine expansion[23] qui couvre une superficie de 110 dounams (11 hectares)[31]. Le secteur agricole est lui aussi productif, et outre les cultures vivrières produit des bananes[1]. Les habitants pratiquaient aussi la pêche dans le lac de Tibériade[3].
Cependant, la situation politique est inflammable. Déjà en 1937, deux colonies sionistes, les kibboutz de Massada (en) et Shaar-Hagolan (voir Tour et muraille) s'implantent dans le voisinage immédiat de Samakh, en plus de Degania A et B, construits en 1909 et 1920[1]. De 1944 à 1948, la Palestine est secouée par le terrorisme sioniste et la révolte juive en Palestine (en), ce qui se traduit localement par la destruction du pont sur le Yarmouk, le plus grand de Palestine, lors de la Nuit des ponts en juin 1946. La liaison ferroviaire vers la Syrie est interrompue[32].
Guerre de 1948
modifierDans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Samakh est attribué à l’État juif[33].
Plusieurs affrontements violents éclatent entre Palestiniens et sionistes dans la première moitié de 1948. Un comité national palestinien dirigé par le maire est mis en place. Il organise une garde et une milice locale, mais sans efficacité par manque d'armes et d'argent[32]. Un certain nombre d'habitants fuient la bourgade, mais la ville est toujours habitée au moment de la chute de Tibériade, le 18 avril, qui coupe Samakh de la Palestine. Le brigade Golani se prépare cependant à l'attaque de Samakh, notamment dans un village palestinien expulsé qui est incendié à la fin de l'exercice.ble 28 avril, elle occupe le poste de police entre Degania et Samakh, ce qui provoque la fuite de nombreux habitants[1]. L'armée syrienne, renforcée d'unités irakiennes[1], attaque dès le 15 mai vers la prison et le camp militaire, défendus par la brigade Golani et la milice locale de Degania. Le 18, renforcés par des blindés, les Syriens s'emparent de l'école et du poste de police, ainsi que de deux kibboutz voisins. Après avoir repoussé une contre-attaque israélienne, les Syriens décident d'attaquer les deux Degania le 20 mai. Repoussés, ils décident d'abandonner tout le terrain conquis, y compris Samakh, qui tombe aux mains d'Israël[31]. Selon les Israéliens, c'est l'arrivée de pièces d'artillerie lourde qui permet à l'armée israélienne de reprendre la ville. L'armée israélienne a aussi utilisé l'aviation dans cette opération. Les Israéliens combattent jusqu'au 23 mai pour prendre le contrôle de la ville[1].
Une partie des habitants de la localité a dû fuir après la prise de la ville par les forces de la Haganah, le , et le reste est parti à la suite d'un assaut de la brigade Golani contre l'armée syrienne, le . La plupart des anciens habitants sont devenus des réfugiés déplacés, dits présents absents, dans la ville arabe de Nazareth[34]. D'autres se sont réfugiés en Syrie et en Jordanie où ils se concentrent autour d'Irbid, ville avec laquelle Samakh avait des relations commerciales [35].
Période israélienne
modifierDes 1949, le kibboutz de Maagan est implanté sur les terres de Samakh.
Samakh est complètement détruite par Israël en plusieurs étapes. Au printemps 1948, une centaine de maisons sont détruites. En 1949, 300 autres suivent[31]. La destruction est menée de manière méthodique, au bulldozer ; le nombre d'heures-machine est planifié (110 jours à 10 heures/jour) ; les matériaux de construction récupérés sont stockés par le fonds national juif (FNJ); le volume des décombres est estimé, avant destruction, à 32 000 m3. Le tout est budgétisé à 4500 lirot. L'ensemble de la planification et de l'exécution du déblaiement est dirigé par Yosef Nahmani, également responsable de la même tâche à Tibériade. Le déblaiement commence en février 1949 et continue par intermittence jusqu'en 1952. En vertu de la loi sur la propriété des absents, ces bâtiments avaient été expropriés et le Gardien de la propriété des absents (les Palestiniens expulsés) estimait qu'ils relevait de son autorité. Celui-ci, détenteur légal des bâtiments, s'oppose à leur destruction. Nahmani lui rétorqua que les terrains appartenaient au FNJ et que le Gardien devait financer le déblaiement. Les matériaux de démolition sont vendus dans les années 1950[36].
Désormais, la zone industrielle de Tsemah (en) et une partie du kibboutz Maagan se trouvent sur le site de l'ancien village.
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Samakh, Tiberias » (voir la liste des auteurs).
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- ↑ Welcome To Samakh - سمخ (סמח')
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