Scolacium

établissement humain, Borgia, Catanzaro, Calabre, Italie

Scolacium, en grec ancien Σκυλλήτιον (Skylletion) chez Étienne de Byzance et Strabon, ou Σκυλάκιον chez Claude Ptolémée, est une ancienne cité de la Grande-Grèce dont les vestiges se trouvent dans la frazione de Roccelletta, sur le territoire de la commune de Borgia, en Calabre.

Parc archéologique de Scolacium
Skylletion, Colonia Minervia
Image illustrative de l’article Scolacium
Étendue supposée de la cité de Scolacium.
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Drapeau de Calabre Calabre
Province Catanzaro
Commune Borgia
Cité antique
Coordonnées 38° 48′ 33″ nord, 16° 35′ 44″ est
Superficie 35 ha

Établie sur la côte ionienne, à l'entrée du golfe de Squillace auquel elle donne son nom, la cité commandait le passage de l'isthme de Catanzaro. Les sources littéraires antiques rattachent sa fondation à la guerre de Troie, mais les données archéologiques ne remontent pas au-delà du VIe siècle av. J.-C.. Occupée par les Bruttiens au IVe siècle av. J.-C., elle reçoit en 123-122 av. J.-C. une colonie romaine à l'initiative de Caius Gracchus, refondée sous Nerva avec le titre de Colonia Minervia Nervia Augusta Scolacium.

La cité est le lieu de naissance de Cassiodore, qui fonde à proximité, vers 555, le monastère de Vivarium. Abandonnée aux VIIe et VIIIe siècles au profit du site de l'actuelle Squillace, elle est recouverte à partir du XIe siècle par une abbaye normande, Santa Maria della Roccella, dont les ruines dominent le site.

Les vestiges forment depuis 1982 un parc archéologique national d'une quarantaine d'hectares, planté d'oliviers, qui conserve le seul amphithéâtre romain de Calabre.

Toponymie

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La cité apparaît dans les sources latines sous les formes Scylletium, Scylacium et Scyllaceum. Velleius Paterculus emploie la forme Scolatium ; la graphie Scolacium est attestée par une inscription du règne d'Antonin le Pieux[1].

Après la déduction de la colonie romaine, la cité porte le nom de Minervium ou Colonia Minervia[1], puis, après la refondation impériale, celui de Colonia Minervia Nervia Augusta Scolacium, en référence à Minerve[2].

Le nom de la cité grecque subsiste dans celui du golfe de Squillace, appelé dans l'Antiquité Sinus Scylleticus, ainsi que dans celui de la ville actuelle de Squillace[3].

Histoire

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La cité grecque

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La tradition antique situe la fondation de Skylletion dans les suites de la guerre de Troie : Strabon l'attribue à Ménesthée, roi mythique d'Athènes, lors de son nostos, tandis qu'une autre version la fait remonter à Ulysse[3],[4].

Les sources littéraires placent la fondation au VIIIe siècle av. J.-C., mais les données archéologiques actuellement disponibles ne remontent pas au-delà du VIe siècle av. J.-C.[3]. La notice du ministère italien de la Culture retient une fondation aux VIe et Ve siècles av. J.-C., du fait de colons venus d'Athènes ou de Crotone[2] ; l'hypothèse la plus couramment avancée rattache l'établissement à la cité achéenne de Crotone, qui disputait à Locres Épizéphyrienne le contrôle de l'isthme de Catanzaro et du trafic maritime[3].

Le site, situé sur la route de l'isthme et commandant le golfe, présentait un intérêt stratégique pour le contrôle des voies terrestres et fluviales comme pour les échanges méditerranéens[2]. L'établissement présente à l'origine le caractère d'une place militaire[5].

L'ampleur des remaniements romains rend malaisée l'identification des niveaux grecs, et les archéologues discutent de la localisation exacte de la cité archaïque[6],[7].

L'occupation brettienne

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Au cours du IVe siècle av. J.-C., la cité passe sous le contrôle des Brettii et connaît à partir du IIIe siècle av. J.-C. une phase de déclin qui se prolonge jusqu'à la fondation de la colonie romaine[3],[5].

La colonie romaine

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La colonie est déduite en 123-122 av. J.-C. à l'initiative de Caius Gracchus[2],[6] ; l'érudition du XIXe siècle retenait la date de 124 av. J.-C.[1]. Sa fondation s'accompagne d'un réaménagement de l'espace urbain et d'une centuriation du territoire[2].

La cité connaît un développement économique et architectural à l'époque julio-claudienne[5]. Une nouvelle colonie y est établie sous Nerva, vers 96, sous le nom de Colonia Minervia Nervia Augusta Scolacium ; cette refondation s'accompagne d'une campagne de monumentalisation[2],[6]. L'existence de cette seconde déduction est établie par l'inscription du règne d'Antonin le Pieux[1].

Antiquité tardive

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Une basilique paléochrétienne est élevée dans le secteur du forum, ce qui atteste la persistance de la communauté jusqu'au VIe siècle[8].

Cassiodore, né vers 485 dans le pays des Bruttii, appartient à une famille établie de longue date dans la région ; il mène une carrière dans la haute administration ostrogothique, devenant questeur vers vingt ans, consul en 514, puis magister officiorum en 523[9].

Peu après 555, la fin de la guerre gréco-gothique dans la région rendant l'entreprise possible, il fonde sur ses domaines des environs de Scolacium le monasterium Vivariense sive Castellense. La communauté comporte deux rameaux, le second offrant des ermitages à ceux qui, après une formation à la vie cénobitique, aspirent à la solitude. Le Vivariense s'élevait près d'un fleuve aux eaux abondantes et régulières, dominant la mer et les viviers aménagés par Cassiodore dans des cavités rocheuses au pied du mont Moscius[10]. Cassiodore en a longuement traité dans ses Institutiones et ses Variae, fournissant des indications topographiques à leur sujet[10].

Ses écrits mentionnent également la production locale de terres cuites de prix[1].

Abandon et période normande

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La vie de la colonie s'achève aux VIIe et VIIIe siècles, la population se déplaçant, à la suite de la formation de marécages, vers le site de l'actuelle Squillace[11],[12].

Entre la fin du XIe siècle et la première moitié du XIIe siècle, une abbaye bénédictine est édifiée sur les ruines de la cité romaine, elles-mêmes recouvrant celles d'un cénobe byzantin[13]. Le toponyme apparaît dans des documents de 1096-1110 mentionnant un monasterio Beatae Mariae de Rokella[13]. L'abbaye compte parmi les plus vastes élevées par les Normands en Calabre et participe au processus de latinisation religieuse de la région[13]. Le monastère est ultérieurement abandonné en raison de la malaria et des incursions de pirates[14].

Vestiges

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Le forum et la ville

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Les vestiges de la colonie comprennent le forum, dont subsiste le pavement de brique, des tronçons de voies dallées, deux aqueducs, des thermes, des fontaines, des mausolées et des nécropoles[11],[8]. Plusieurs secteurs de la ville demeurent non fouillés[11].

Le théâtre

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Le théâtre s'adosse à une pente naturelle, selon l'usage grec[2]. Les estimations de sa capacité varient : plusieurs sources avancent environ 5 000 places[15],[16], d'autres 3 500[17].

L'édifice est construit au Ier siècle et reçoit une nouvelle scène lors de la refondation de la colonie par Nerva, puis fait l'objet de réaménagements jusqu'au IVe siècle[15]. C'est du secteur du théâtre que provient la majeure partie du matériel recueilli lors des fouilles, notamment des fragments architecturaux et des ensembles sculptés[15], parmi lesquels des portraits de membres de la dynastie julio-claudienne, dont Agrippine et Germanicus[11].

L'amphithéâtre

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Situé à faible distance du théâtre, l'amphithéâtre remonte à l'époque de Nerva[15]. Sa cavea est en partie taillée dans la pente naturelle[8]. Il constitue le seul amphithéâtre romain conservé en Calabre et n'a pas fait l'objet de fouilles complètes[11],[18].

La basilique Santa Maria della Roccella

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Les ruines de l'église normande se dressent à l'entrée du parc[14]. L'édifice, dont la longueur dépassait soixante-dix mètres, comportait une nef unique couverte de fermes de bois et éclairée par cinq larges fenêtres de chaque côté, un transept surélevé à triple abside et une crypte voûtée d'arêtes[14],[19].

Le séisme de 1783 en provoque la ruine[14]. Subsistent les hauts murs de brique de la nef, l'abside médiane et celle de gauche, ainsi que des espaces souterrains[14],[19]. De style roman occidental, la construction conserve des influences byzantines et arabes[13]. Des travaux de consolidation sont conduits dans les années 1915-1917, documentés par les archives photographiques de l'ICCD[19].

Parc archéologique

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Des Massara au parc national

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Tombé dans l'oubli, le territoire appartint aux terres de l'évêché de Squillace avant d'être racheté par la famille Massara de Borgia. Dans les années 1890, les Massara connaissent des difficultés financières et Vincenzo Massara doit vendre le domaine aux enchères en 1891 ; un cousin, le baron Emanuele Mazza, s'en porte acquéreur[20],[21].

La propriété demeure dans la famille jusqu'à Gregorio Mazza, premier à autoriser un archéologue, Ermanno Arslan, à examiner ses terres[22]. À la suite des découvertes qui en résultent, l'État italien acquiert en 1982 une partie de la zone pour y créer un parc archéologique, laissant aux Mazza une portion de l'oliveraie ainsi que leur ancienne demeure, la Casa Massara, construite au XVIIIe siècle[22],[23].

Le site

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Le parc s'étend sur une quarantaine d'hectares, couverts d'oliviers séculaires qui descendent des contreforts jusqu'à la mer Ionienne[4].

Un antiquarium est aménagé entre 1987 et 1988 dans l'ancienne Villa Mazza, bâtisse des années 1930[24]. Le musée conserve les sculptures et les fragments architecturaux provenant principalement du théâtre[15]. L'ensemble relève de la Direction régionale des musées nationaux de Calabre[25].

Le parc accueille des manifestations culturelles, dont le festival Armonie d'Arte[5],[4].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 (en) William Smith (dir.), Dictionary of Greek and Roman Geography, Londres, Walton and Maberly, , article « Scylletium ».
  2. 1 2 3 4 5 6 7 (it) « Museo e Parco archeologico nazionale di Scolacium », sur cultura.gov.it, Ministero della Cultura (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 5 « Musée archéologique national et parc de Scolacium », sur Artsupp (consulté le ).
  4. 1 2 3 « Parc archéologique de Scolacium, un site historique et culturel riche », sur Calabritalia, (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 (it) « Parco Archeologico Scolacium », sur Armonie d'Arte Festival (consulté le ).
  6. 1 2 3 (en) « Scolacium archaeological park », sur Core Calabro (consulté le ).
  7. ↑ (it) « Scolacium, città dalla storia millenaria sul Golfo di Squillace », sur Siti Archeologici d'Italia (consulté le ).
  8. 1 2 3 (en) « Archaeological Park and Museum of Scolacium », sur Cultural Heritage Online (consulté le ).
  9. ↑ « Cassiodore (485 env.-env. 580) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
  10. 1 2 « Squillace (prov. de Catanzaro) », Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes, vol. 98, no 2,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. 1 2 3 4 5 (it) « Borgia (Cz). Museo e Parco archeologico nazionale di Scolacium », sur Archeomedia (consulté le ).
  12. ↑ (it) « Il Parco Archeologico di Scolacium », sur Jamaluca (consulté le ).
  13. 1 2 3 4 (it) « Basilica di Santa Maria della Roccella », sur Calabria Tours (consulté le ).
  14. 1 2 3 4 5 (it) « Ruderi di S. Maria della Roccella o Roccelletta », sur Touring Club Italiano (consulté le ).
  15. 1 2 3 4 5 (it) « Scolacium, la colonia di Minerva », sur Storia Romana (consulté le ).
  16. ↑ « Italie — Calabre : le site archéologique de Scolacium », sur Baronne Samedi, (consulté le ).
  17. ↑ (en) « Scolacium Archaeological Park : Roman Theatre, Norman Basilica », sur Italytripper (consulté le ).
  18. ↑ (it) « Il parco archeologico di Scolacium », sur Progetto Storia dell'Arte, (consulté le ).
  19. 1 2 3 (it) « Basilica di Santa Maria della Roccella a Borgia », sur Catalogo Generale dei Beni Culturali, Ministero della Cultura (consulté le ).
  20. ↑ (it) Roberto Spadea, Scolacium : una città romana in Calabria. Il museo e il parco archeologico, Soprintendenza per i beni archeologici della Calabria, p. 185.
  21. ↑ (it) Augusto Placanica, Civiltà di Calabria : studi in memoria di Filippo De Nobili, Effe Emme, p. 113.
  22. 1 2 (it) Roberto Spadea, Da Skylletion a Scolacium : il parco archeologico della Roccelletta, Rome, Gangemi, , 241 p. (ISBN 88-7448-244-2), p. 29 et 204.
  23. ↑ (it) « Borgia — Scolacium » [PDF], sur Archeomedia (consulté le ).
  24. ↑ (it) Claudio Donzelli, « Su alcune sculture e decorazioni architettoniche da Scolacium con una introduzione di Elena Lattanzi », Bollettino d'arte, La Libreria dello Stato, nos 56-57,‎ , p. 65 (lire en ligne).
  25. ↑ (it) « Museo e Parco archeologico nazionale di Scolacium », sur Direzione regionale Musei nazionali Calabria, Ministero della Cultura (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • (it) Roberto Spadea, Da Skylletion a Scolacium : il parco archeologico della Roccelletta, Rome, Gangemi, , 241 p. (ISBN 88-7448-244-2).
  • Pierre Courcelle, « Le site du monastère de Cassiodore », Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 55,‎ .
  • (it) Roberto Spadea, Scolacium : una città romana in Calabria. Il museo e il parco archeologico, Soprintendenza per i beni archeologici della Calabria.

Articles connexes

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Liens externes

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Sur les autres projets Wikimedia :

  • (it) Fiche du parc sur le site du ministère italien de la Culture