Sculpture romane
La sculpture romane est dans l'histoire de l'art un mouvement artistique sculptural s'inscrivant dans l'art roman (comprenant aussi la peinture, l'architecture, la gravure et les arts décoratifs). Il s'étend du début du XIe siècle au XIIIe siècle, entre l'art préroman carolingien et ottonien et l'art gothique, dans l'Occident chrétien. Il recouvre une grande diversité d'écoles régionales avec des caractéristiques spécifiques.
Il s'agit au départ d'une sculpture monumentale, immeuble par destination, destiné à embellir les édifices religieux et monastères dont les portails d'entrée, cloîtres, cryptes et chapiteaux coiffant les colonnes. Elle fait partie intégrante des édifices et reste incorporée à l'architecture avec laquelle elle forme un tout. La sculpture romane est donc essentiellement architecturale.
L'expression « art roman » est forgée en 1818 par l'archéologue français Charles de Gerville et passe dans l'usage courant à partir de 1835.
Généralités
modifierL'aire de répartition de la sculpture romane couvre l'Occident chrétien, les Îles britanniques, l'Allemagne, la Scandinavie, la Croatie et la Dalmatie.
L'art roman apparaît vers l'an 1000 alors que l'Europe sort d'une période troublée par les invasions répétées des Vikings et des Hongrois qui ont vu la disparition de l'Empire carolingien, l'installation et la conversion des envahisseurs aux dogmes chrétiens et la naissance de la féodalité[1]. La période de relative stabilité qui s'ensuit permet le développement d'édifices de grandeur ampleur intégrant une décoration sculpturale et une résurgence des modèles antiques adaptés à la liturgie chrétienne. C'est ainsi que progressivement la sculpture romane va décorer les façades, les portails, les cryptes, les cloîtres, les fûts de colonne et les chapiteaux des monastères et églises. La sculpture est liée à l'architecture car les sculpteurs romans ne connaissaient pas la ronde-bosse. L'historien d'art Henri Focillon indique :
« Cette sculpture, quelque complexe, quelque luxuriante qu'elle soit ne déborde jamais. Elle est fortement maintenue, elle est d'accord avec les fonctions constructives et l'ordonnance architecturale, elle fait corps avec la pierre, elle est le mur même, mur décoré combiné avec le mur nu[2]. »
L'ornementation romane se manifeste généralement à travers la variété de ses matériaux (marbre, pierre, bois, ivoire et stuc) et les types de support variés (portiques en arc de triomphes, fontaines, chapelles, tombeaux, chapiteaux, tympans, ciborium, fonts baptismaux, groupes sculptés, etc.). Par tous ces supports, elle apporte de la vie dans l'architecture religieuse et à édifier les fidèles. La sculpture romane, tant en pierre qu'en bois, était généralement polychrome[3].
À partir de l'an mille, la sculpture romane se diffuse, même si ses débuts sont timides lors du premier âge roman : dans les églises italiennes de la première moitié du XIe siècle est repris le modèle corinthien, plus ou moins stylisé (chapiteau à palmettes). D'autres lieux (Bourgogne, Catalogne) expérimentent les chapiteaux à entrelacs rappelant les thèmes géométriques de l'art irlandais et à feuilles d'acanthe s'inspirant de l'ornementation des sarcophages de l'Antiquité.

La fin des Xe siècle et le XIe siècle est une période d'expérimentations menées par de nombreux centres artistiques de l'Occident, comme le nord de l'Espagne, Toulouse, la Bourgogne clunisienne, la vallée de la Loire, l'Italie , etc. chacun développant un caractère propre, qui rayonnera plus ou moins, se mêlant aux autres influences parfois extérieures mozarabes, irlandaises ou vikings. À l'extérieur du bâtiment, figurent des éléments décoratifs initialement très simples comme la bande lombarde, composée de petits arcs sur pilastres peu saillants.
Dans la deuxième moitié du XIe siècle (sous le second art roman aussi appelé art roman international), les motifs de sculptures se standardisent grâce aux échanges de modèles artistiques véhiculés par la route du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle autour de trois grandes catégories : végétaux et entrelacs, animaux exotiques (lions, paons, griffons) stylisés et figures anthropomorphiques même s'ils restent rares avant 1050 comme à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire.


Certains cloîtres du XIe siècle ont également des chapiteaux ornés de motifs végétaux stylisés même s'ils sont le plus souvent dépourvus de sculptures. On rencontre par exemple à l'abbaye Saint-Philibert de Tournus une structure complexe avec des colonnes sur deux faces[4]. À la fin du XIe siècle, la sculpture romane redécouvre l'Antiquité romaine dont elle réutilise le chapiteau corinthien et au niveau architectural la monumentalité des décors. C'est alors que les cloîtres voient l'éclosion d'un riche décor sculpté qui envahit colonnes et piliers. Les chapiteaux illustrent l'Ancien Testament, les scènes de l'Apocalypse, les vies de saints, etc. Au XIIe siècle, les suites de chapiteaux sculptés forment un récit continu équivalent aux bibles enluminées[5].
Vers 1120-1135, la sculpture intègre les églises avec de grands programmes iconographiques prenant place sur les portails en façade. Les sculpteurs de cette époque s'inspirent en fait des modèles de l'Antiquité classique comme des arcs de triomphe ou les portes monumentales de villes. Cette ornementation a une vertu pédagogique, celle d'enseigner la vie des apôtres et des saints, de rappeler le Jugement dernier et illustrer des passages de l'Ancien Testament. Elle s'inspire des arcs de triomphes, bas-reliefs et chapiteaux romains, mais surtout des images placées dans les manuscrits enluminés et sur les objets d'orfèvrerie.
C'est à la fin du XIIe siècle que la façade monumentale sculptée romane atteint sa plus grande amplitude.
Principaux pays de la sculpture romane
modifierFrance
modifierL'art roman apparaît en France en l'an 1000 faisant suite aux influences germaniques issues de l'Art carolingien et ottonien[6]. La fin du Xe siècle et le XIe siècle sont une période d'expérimentations qui déboucheront sur le développement de caractères sculpturaux spécifiques à chacun des pôles artistiques régionaux.
L'école romane du Languedoc encouragée par les comtes de Toulouse a été particulièrement précoce. La plus ancienne sculpture romane datée de 1020 se situe à l'abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines dans le Roussillon. L'un des plus anciens portails est celui de la Porte des Comtes au transept de la basilique Saint-Sernin de Toulouse. On y trouve également 260 chapiteaux sculptés[5]. Dans le centre de la France, une tour-porche élevée par Gauzlin vers 1030 faisant partie de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire possède des chapiteaux historiés dont des scènes de l'Apocalypse.

Au cours du XIIe siècle, l'influence de l'architecture et de la sculpture romaine apparaissent clairement dans l'art roman provençal à la cathédrale Saint-Trophime d'Arles (1180-1190) avec son portail à fronton triangulaire, et à l'église abbatiale Saint-Gilles du Gard (fin XIIe siècle) dont le portail est inspiré des arcs de triomphe romains. Au XIIe siècle, c'est sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle qu'émergent les modèles de la sculpture romane amenés à être diffusés au niveau international parfois appelé deuxième art roman.

Dans l'Ouest de la France, la sculpture romane s'épanouit en Poitou, Angoumois et Saintonge avec des caractère spécifiques à ces provinces. Un riche ensemble sculptural couvre par exemple la façade de l'Église Notre-Dame la Grande de Poitiers, considérée comme un chef-d'œuvre de l'art roman. La façade de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême (1115-1120) est un autre exemple du style architecte roman prévalant dans l'Ouest de la France.
En Bourgogne, l'ordre monastique de Cluny apporte une importante contribution à l'enrichissement du décor des monastères et églises[1]. La basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay (1140-1150) de style roman bourguignon présente un riche programme statuaire au niveau du portail d'entrée ainsi que sur l'arc brisé supérieur s'inscrivant dans la monumentalité. Au traitement des corps qui ne respectent pas nécessairement les proportions humaines et des plis de vêtements, l'on remarque l'influence du maître de Cluny. Á la cathédrale Saint-Lazare d'Autun (1135), le tympan du portail occidental reproduit un impressionnant Jugement dernier avec des êtres démoniaques et des anges au corps démesuré. De style roman bourguignon, l'on peut également mentionner le portail nord de l'abbaye de Charlieu (1170).
En Normandie, la décoration possède très peu de motifs architecturaux mais les frises, les archivoltes et les chapiteaux sont revêtus d'ornements géométriques où resurgissent les influences nordiques[6].
Une série de noms de sculpteurs actifs lors de l'époque romane nous sont parvenus tels que le Maître de Cabestany, Bernard Gilduin, Gislebert, Unbertus, Gofridus, Gilabertus de Toulouse et Raymond Gayrard.
Autres sculptures et ensembles romans remarquables :
- cathédrale Sainte-Marie d'Oloron (Pays basque), portail ouest, vers 1130 ;
- abbaye Saint-Pierre de Moissac (Occitanie), portail sud, vers 1120 et cloître en 1100 ;
- abbaye de Mozac (Auvergne), avec ses quatre chapiteaux romans de la nef et le chapiteau de l'ancien chœur roman représentant la Résurrection, vers 1130 ;
- abbaye de Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze), tympan du portail méridional.
Espagne
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Le style des sculptures dans le Nord de l'Espagne est étroitement lié aux styles romans existant en France. En effet, de nombreux pèlerins français parcouraient la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les influences ont ainsi été réciproques dans la diffusion d'un style roman franco-espagnol standardisé[1].
Á l'église Saint-Martin de Tours de Frómista (Castille et León) et à la cathédrale Saint-Pierre de Jaca (Aragon), les artistes se sont basés pour l'ornementation des sarcophages romains. À la cathédrale de Jaca, le symbolisme religieux apparaît pour la première fois sur un portail occidental. L'abbaye Saint-Dominique de Silos à Burgos (XIe siècle) a un riche décor iconographique présentant des scènes du Nouveau Testament dans un style excluant tout détail superflu[1].
Le deuxième art roman (aussi appelé art roman tout court ou roman international) s'impose au XIIe siècle. Ce qu'il apporte de plus important, c'est l'utilisation de pierres bien taillées, mais aussi l'intégration de riches décors sculptés, comme au monastère de Sant Joan de les Abadesses, à Sant Pere de Besalú, à Sant Pere de Galligants et à Gérone en Catalogne. Par rapport au premier art roman, il ne constitue pas un phénomène de rupture, mais plutôt un épanouissement dans la continuité[7].
Au XIIe siècle, les cloîtres constitués de colonnades et chapiteaux historiés reprenant des scènes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament apparaissent en Espagne comme au cloître de Sant Cugat del Vallès (Catalogne) ou à Tarragone[5].
Le grand portail roman apparaît pour la première fois vers 1100-1115 à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle où le porche de la Gloire inspiré de l'art romain est l'œuvre du maître Mathieu (aussi appelé maestro Mateo). Il représente saint Jacques, le Christ, entouré des évangélistes ainsi que le Jugement dernier et l'Apocalypse sur le tympan[5].
Autres sculptures et ensembles romans remarquables :
- monastère de Ripoli (Catalogne) : portail à voussures sculptées avec six frises ornementales. Aspect d'ensemble arc de triomphe à deux registres superposés ;
- basilique Saint-Isidore de León : décor sculpté inspiré des modèles romains ;
- abbaye San Salvador de Leyre (Navarre) : influences françaises clunisiennes dans le portail monumental ;
- Église Sainte-Marie la real de Sangüesa (Navarre) : portail richement décoré ;
- basilique Saint-Vincent d'Avila (XIe siècle) : portails ouest et sud richement décorés par des sculptures du Nouveau Testament.
Italie
modifierEn Italie, les styles architecturaux et sculpturaux se maintiennent sous l'emprise des modèles constitués par les monuments classiques romains[1]. Le proche d'entrée prend l'aspect d'un arc de triomphe (comme à Civita Castellana) ou celui d'un ciborium reposant sur des colonnes où la base est fréquemment ornée d'un lion couché tenant entre ses pattes une proie, symbole de l'animal protecteur de l'édifice. C'est la cas à Modène, Crémone, Plaisance ou à la basilique Saint-Zénon de Vérone[5].

Les chapiteaux inspirés de l'Antiquité sont souvent de style corinthien et les colonnes parfois torsadées comme au cloître de la cathédrale de Monreale en Sicile datant de la fin du XIIe siècle[5].
En Lombardie, dès le VIIIe siècle[8], la sculpture est représentée par les maestri comacini, probablement originaires de Côme, corporation itinérante spécialisée dans la construction et la taille de pierre, souvent anonymes, qui réalisent des œuvres dans la plupart des villes européennes parmi lesquelles Gênes, Venise, Rome, qui doivent, en plus ou moins grande partie, leur actuel aspect architectural à la présence d'ouvriers et d'architectes comacini[9]. Du XIIe au XIVe siècle, leur succèdent les maestri campionesi, corporation de sculpteurs originaires de Campione d'Italia. Les principaux sculpteurs de ces deux écoles dont nous connaissons les noms sont Wiligelmo, Niccolò, Benedetto Antelami (baptistère de Parme et à la cathédrale Saint-Georges de Ferrare), Anselmo da Campione et Arrigo da Campione. À ces maestri, s'ajoute Guidetto, de la confraternité lombarde des « Guidi » et actif en Toscane.
L'art roman apulien, plus au sud de la péninsule se distingue notamment par des portes richement sculptées. La porte en bronze de la cathédrale de Trani, créée en 1119 par Barisano da Trani, est inspirée par l'art byzantin. L'artiste est également l'auteur des portes en bronze de la cathédrale de Ravello en Campanie et de celles de la cathédrale de Monreale.
Belgique et Pays-Bas (roman scaldien et mosan)
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L'art roman scaldien dans la plaine de l'Escaut autour de Tournai a produit des sculptures de qualité grâce à la pierre bleue-grise extraite dans la région parfois appelée marbre de Tournai. Á Tournai même, on trouve un décor sculpté d'une grande richesse à la cathédrale Notre-Dame (XIIe siècle) avec ses portails et les centaines de chapiteaux différents qui ornent les colonnes de l'édifice. Ceux-ci sont dotés de motifs végétaux, ou d'une décoration animale voire humaine. Ils étaient, au départ, tous polychromes. La région de Tournai était par ailleurs réputée au niveau international pour sa production de fonts baptismaux romans[10].
L'art mosan sculptural s'inspire largement de la tradition de l'art carolingien et de l'art ottonien se caractérisant souvent par une grande sobriété du décor sculpté des édifices religieux. L'iconographie mosane du XIe et XIIe siècles s'inspire de thèmes bibliques, certains chapiteaux richement sculptés dans les deux principales églises de Maastricht représentent des scènes de la vie quotidienne[11]. Les modèles sont idéalisés et ne respectent pas les proportions humaines comme à la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles (XIIe siècle). Au début du XIe siècle, la dinanderie réalisée par martelage de métaux à partir d'une feuille de cuivre, de laiton, d'étain ou de fer-blanc, est pratiquée dans la vallée de la Meuse, d'abord à Huy puis à Dinant (ville d'où cette discipline tire son nom). Elle est à l'origine d'une importante tradition d'orfèvrerie liturgique qui se répand dans tout le pays mosan et produit des châsses, reliquaires, croix, reliures d'une grande richesse (art mosan). Les fonts baptismaux à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège (aujourd'hui à la collégiale Saint-Barthélemy à Liège) sont une des sculptures sur laiton les plus célèbres. Par la suite, les œuvres deviennent plus complexes, plus chargées et les matériaux plus variés. Godefroy de Huy emploie l'émail champlevé dans ses réalisations.
Allemagne
modifierAu départ, les façades des églises ont une ornementation géométrique semblables à celle des cathédrales anglaises, les portes en bois étant quant à elles souvent richement sculptées avec des représentations de saints, d'apôtres, de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament comme à l'église Sainte-Marie-du-Capitole de Cologne.
Dès la fin du XIe siècle, les églises s'enrichissent de monuments sépulcraux et de sculptures décoratives adossées aux piliers qui divisent les nefs. Au début du XIIe siècle, ils accueillent l'influence du roman international venu de France et d'Espagne en conservant toutefois des arcs en plein cintre. Comme pour l'Art mosan, outre la pierre et le bois, le métal est sculpté pour les portes (comme à l'église Saint-Michel de Hildesheim) ainsi que les fonts baptismaux, lampes, candélabres, etc.[1].
Le stuc est utilisé dans la sculpture romane jusqu'au XIVe siècle dans l'élaboration des statues, reliefs, décors appliqués et chapiteaux. C'est le cas à l'église Saint-Cyriaque de Gernrode où le pourtour du mur latéral est souligné de bandeaux décoré de figures animales mêlées à des motifs végétaux. Des niches abritent des colonnes et des figures en ronde-bosse[5].
Îles britanniques
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En Angleterre, la sculpture est fortement influencée par les codes de l'art roman normand. Au début, le décor est assez épuré et purement architectural, l’ornementation consiste en arcatures aveugles pour couvrir les murs. Puis des moulures encadrent les arcatures, archivoltes ou grandes arcades et met à contribution les motifs géométriques : damiers, fines cannelures, chevrons incisés, frettes, étoiles, bâtons rompus, dents de scie et surtout les zigzags[12]. La plupart de ces ornements sont anciens et proviennent de l'art mérovingien et carolingien, et on les retrouve dans l'architecture romane de toute l'Europe occidentale qui en est l’héritière. C'est le cas en particulier à la cathédrale de Durham et à la cathédrale d'Ely.
Mobilier roman
modifierÁ l’aube du XIIe siècle, les églises et les chapelles de châteaux intègrent des représentations religieuses conçues dans le même souci didactique et pour entretenir la ferveur des fidèles.
Dans la sculpture romane, les statues de bois polychrome concernent, sauf rares exceptions locales de saints, la Vierge en majesté avec son enfant et le Christ en croix[13].
Au XIIe siècle, la représentation du Christ sur la croix évolue dans un premier temps habillé d'une tunique large serrée à la ceinture, triomphant, les yeux ouverts sans manifestation d'une quelconque douleur. Cette représentation laisse ensuite la place à un torse dénudé, le périzonium attaché à la ceinture, mort sur la croix, le visage contracté par la souffrance, les yeux fermés[13].

La Vierge Marie assume la maternité de la double nature, humaine et divine de Jésus Christ. Les Vierges romanes sont généralement drapées de la tête aux pieds avec une posture hiératique et un regard fixe. Elles sont la plupart du temps en bois polychrome, support léger leur permettant d'être sorties de l'église pour être présentées au peuple chrétien lors de fêtes rituelles. Chaque église a sa Vierge protectrice qui par sa présence attire parfois des foules considérables lors de pèlerinages. L’Auvergne, le Bourbonnais, le Velay et la Bretagne sont en particulier le berceau d’une représentation religieuse hiératique[14].
En Italie, l'art roman apulien au sud de la péninsule, s'illustre par des témoignages sculpturaux importants, comme la cathèdre épiscopale de la basilique San Sabino de Canosa, sculptée entre 1078 et 1089, ou la cathèdre dite de l'abbé Elia, dans la basilique Saint-Nicolas de Bari, datant de 1105 environ. La première, avec les éléphants qui maintiennent la structure, rappelle l'iconographie byzantine qui reprend volontiers des motifs ornementaux orientaux, tandis que la seconde, avec des télamons expressivement courbés par l'effort, rappelle l'art du sculpteur médiéval Wiligelmo dans la cathédrale de Modène.
En Belgique, les fonts baptismaux tournaisiens de style roman scaldien taillés dans la pierre bleue-grise de la région de Tournai ont connu un succès international : on en trouve en Angleterre, Allemagne, Belgique et dans le nord de la France. Les fonts baptismaux sont soutenus par quatre colonnes d’angle. Les faces extérieures du bloc et les colonnes sont décorées de façon raffinée de dessins figuratifs ou de motifs associés au rite baptismal : l’eau, l’arbre de vie, le Saint-Esprit et des scènes bibliques de purification rituelle. Sur les colonnes, des monstres, dragons et autres créatures hybrides sont également courants. Ils illustrent les forces maléfiques qui sont mises en déroute par le baptême.
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Arta Bodet-Kokkinaki, Histoire de l'art, Paris, Grange Batelière,
- ↑ Henri Focillon, L'art de sculpteurs romans, Quadrige, PUF, Paris 1995, p2
- ↑ (es) Jorge Rivas, « Los colores del medievo - Policromías sobre piedra en la escultura y la arquitectura » [PDF], sur publica.webs.ull.es.
- ↑ Jean Baudry, Georges Barbier, Dom Bénigne Defarges, Abbéé André Gaudillière, Abbé Denis Grivot, Dom Claude Jean Nermy, Dom Angelico Surchamp, Bourgogne romane, Zodiaque
- 1 2 3 4 5 6 7 Xavier Barral I Altet, Le Monde roman, Cologne, Taschen,
- 1 2 Duby et Daval 2010, p. 276.
- ↑ Marcel Durliat, « La Catalogne et le « premier art roman » », Bulletin Monumental, no 147(3), , p. 209-238 (lire en ligne).
- ↑ Catégorie professionnelle juridiquement reconnue dès le VIIIe siècle, par l’Édit de Rothari (Codex vercellensis – Article 144).
- ↑ Ivy cousin, « Escapades historiques », sur Escapades historiques, (consulté le )
- ↑ Michel, « Art roman Belgique », sur micheldb, (consulté le )
- ↑ Benoît Van den Bossche (dir.), L'Art mosan. Liège et son pays à l'époque romane du XIe au XIIIe siècle, Liège, Éditions du Perron,
- ↑ Claude Wenzler, Architecture religieuse romane, Rennes, Editions Ouest-France, , 31 p. (ISBN 978-2-7373-2151-1, BNF 36175463).
- 1 2 « Sculptures sur bois », sur Google (consulté le )
- ↑ Gérard Pinski, « Les Vierges romanes », sur Auvergne ancienne (consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifierOuvrages généraux
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Xavier Barral I Altet, Le monde roman, éd. Taschen, Cologne, 1998.
Arta Bodet-Kokkinaki, Histoire de l'art, éd. Grange batelière, Paris, 1973.- Jacques Loubatière, Bible de l'art roman, éd. Ouest-France, 2010.
- Thérèse Castieau, L'Art roman, Paris, Flammarion, coll. « Tout l'Art », , 80 p. (ISBN 978-2-08-130260-0, BNF 43630469)
- Rolf Toman, L'Art roman : Architecture, sculpture, peinture, H.F. Ullmann Editions, , 480 p. (ISBN 978-3-8480-0453-9)
- Jérôme Baschet, Jean-Claude Bonne et Pierre-Olivier Dittmar, Le Monde roman : Par-delà le Bien et le Mal, Paris, Éditions Arkhê, , 288 p. (ISBN 978-2-918682-20-2, BNF 42786032)
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- Georges Duby et Jean-Luc Daval, La Sculpture, de l'Antiquité au XXe siècle, vol. 1 : De l'Antiquité au Moyen Âge : du VIIIe siècle av. J.-C. au XVe siècle, Cologne, Taschen, , 1150 p. (ISBN 978-3-8365-2394-3, BNF 42270137), « L'art roman », p. 266-344.
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- Éliane Vergnolle, L'Art roman en France : architecture, sculpture, peinture, Paris, Flammarion, , 383 p. (ISBN 978-2-08-011296-5)
- Alain Cassaigne et Muriel Zeppellini, L'Art roman en France, Paris, Vilo, , 240 p.
- Nicolas Reveyron et Véronique Rouchon-Mouilleron, L'ABCdaire de l'art roman, Paris, Flammarion, , 120 p. (ISBN 978-2-08-012682-5)
- Jean Wirth, L'Image à l’époque romane, Paris, Éditions du Cerf, , 497 p. (ISBN 978-2-204-06086-8)
- Colette Deremble, L'Art et la foi au Moyen Âge, Paris, Éditions Documentation française, coll. « Dossiers de la Documentation photographique » (no 7040), , 44 p.
- Georges Duby et Michel Laclotte, Histoire artistique de l'Europe : Le Moyen Âge, Paris, Seuil, , 395 p. (ISBN 978-2-02-017384-1)
- Angelico Surchamp, L'Art roman : Rencontre entre Dieu et les hommes, Paris, Desclée de Brouwer, , 208 p. (ISBN 978-2-220-03405-8)
- Gabrielle Démians d'Archimbaud, Histoire artistique de l'Occident médiéval, Paris, Armand Colin, coll. « Collection U Histoire médiévale », , 355 p. (ISBN 978-2-200-31304-3)
- Henri Focillon, Le Moyen Âge roman, Paris, Armand Colin,
- Henri Focillon, L'Art des sculpteurs romans : Recherches sur l'histoire des formes, Paris, Presses universitaires de France,
Ouvrages spécifiques
modifier- Marie-Thérèse Camus, Sculpture romane du Poitou. Les premiers chantiers du XIe siècle, Paris, Picard, 1992, 342 p
- Publication par les éditions Zodiaque de plus de 200 ouvrages spécialisés sur l'art roman.
- Hélène Leroy, Francis Debaisieux et Yves Morvan, Vierges romanes : Portraits croisés, Beaumont, Éditions Debaisieux, , 160 p. (ISBN 978-2-913381-71-1, BNF 42134099).
- Jean-Clet Martin, Ossuaires, une anatomie du Moyen Âge roman, Paris, Payot, , 238 p. (ISBN 978-2-228-88873-8).
- Denise Jalabert, De l'art oriental antique à l'art roman. Recherches sur la faune et la flore romanes. I. Le sphinx, p. 71-104, dans Bulletin Monumental, 1935, volume 94, no 1 (lire en ligne).
- Denise Jalabert, De l'art oriental antique à l'art roman. Recherches sur la faune et la flore romanes. II. Les sirènes, p. 433, dans Bulletin Monumental, 1936, volume 95, no 4.
- Denise Jalabert, De l'art oriental antique à l'art roman. Recherches sur la faune et la flore romanes. III : L'aigle, p. 173-194, dans Bulletin Monumental, 1938, volume 97, no 2 (lire en ligne).
- Raymond Oursel, Pour une approche pluridiscplinaire de l'art roman, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 87 (automne 1991), pp. 13–18.
- Antoine Baudry, « La sculpture monumentale romane en région mosane : œuvres méconnues et méthodologies novatrices », dans Sophie Balace, Mathieu Piavaux et Benoit Van den Bossche (dir.), L’Art mosan (1000-1250). Un art entre Seine et Rhin ? Réflexions, bilans, perspectives, actes du colloque international, Bruxelles, 2019, p. 157-174 (lire en ligne)
Articles connexes
modifier- Art préroman
- Art roman
- Architecture romane
- Art anglo-normand
- Architecture en France
- Architecture romane normande
- Art roman en Saône-et-Loire
- Art roman apulien
- Art roman auvergnat
- Art roman bourguignon
- Art roman en Catalogne
- Art roman en Pays basque
- Art roman languedocien
- Art roman lombard
- Art roman provençal
- Art roman saintongeais
- Art roman scaldien
- Églises romanes du pays de Souvigny
- Sculpture espagnole
- Iconographie des modillons romans
- Renaissance du XIIe siècle
- Art médiéval
- Histoire de la sculpture
- Sculpture
- Porche de la Gloire
- Fonts baptismaux tournaisiens
Liens externes
modifier- (es) Medieval románico, sur le site du musée national d'Art de Catalogne.
- (es) Site du musée du Panthéon des rois de Saint-Isidore de León.