Siège de Fès (1912)
Le Siège de Fès est une manœuvre militaire des résistants marocains de Muhammad al-Hijami et Sidi Raho, entre le 25 mai et 2 juin 1912, contre la ville de Fès et les troupes françaises en réaction au traité de Fès. Composé d'un siège de la ville et d'offensives par moments dans la ville directement.
| Date | 25 mai - 2 juin 1912 |
|---|---|
| Lieu | Fès, Maroc |
| Casus belli | Signature du Traité de Fès |
| Issue |
Victoire française
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3 bataillons d'infanterie |
| relativement lourdes |
| Coordonnées | 34° 02′ 00″ nord, 5° 00′ 00″ ouest | |
|---|---|---|
Contexte
modifierLe Maroc est en pleine invasion française, notamment avec des conflits importants comme la Guerre de la Chaouia. Tout s'accélère dans la région de Fès vers le 30 mars 1912, lorsque le sultan Moulay Abd al-Hafidh signe le traité de Fès, proclamant le Maroc comme protectorat français. Dès lors, les tribus du Maroc le prenant comme la « vente du pays aux chrétiens », les habitants de Fès vont se révolter (durant les Journées sanglantes de Fès). Pendant ce temps, les chefs religieux dans les tribus vont appelés à la guerre sainte (djihad) contre l'envahisseur et contre le gouvernement accusé d'avoir vendu le pays aux « infidèles ». Ceci va être le cas de Muhammad al-Hijami, un chérif de la tribu al-Jaïa très influent parmi les tribus de la région nord de Fès[13],[14].
Le chérif al-Hijami va donc faire le tour des tribus et appeler au jihad pour la libération du pays, où il attirera principalement les tribus Hyayna, Ghiyata, Tsoul, Branes, Bani Warain, Ait Sadden, mais aussi des Jbala, des Chéraga, des Ouled al-Hajj, des Cherarda et des Beni Zeroual[15]. Pendant ce temps, son homologue, le Cherif Sidi Raho lui s'occupe d'appeler les puissantes tribus du Moyen-Atlas tel que les Beni Mtir, les Beni Mguild, les Ait Youssi et les Ait Seghrouchen.
Déroulements
modifierPremières manœuvres
modifier25 mai 1912
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Dans la nuit du 24 au 25, des fusillades éclatèrent au nord de la ville, marquant le début du siège. Le matin même, un assaut fut lancé par les troupes contre Bab Guissa, mais ils furent repoussés par les tirailleurs[18]. À 22 heures, les tirs font à nouveau rage, une demi-heure ensuite, les canons s'ensuivent, les troupes révoltées contre le Makhzen contrôlent la moitié de la périphérie de la ville, le nord-est et l'est vers le Sebou, et pénètrent jusqu'à la grande mosquée de Moulay Idriss sous la direction du chérif al-Hijami, où les résistants escaladent le tombeau d'Idriss II et s'accaparent d'une bannière qui s'y trouvait, que le chérif utilisera par la suite tout au long de ses batailles. Les combats sont désormais dans les ruelles de la ville, où les tirailleurs de garde, ceux de Bab Guissa, sont pris dans le conflit et massacrés par les révoltés. Une partie des troupes tombera sur le colonel Mazillier, qui était posté à Bab Debibagh, mais les combats ne sont pas transcrits, les révoltés se replient par peur d'être coupés du camp[19],[20].

Du côté de Bab Guissa, et de sa mosquée, les moujahidins arrivent en pleine nuit à l'escalader à l'aide de cordes et de grappins, ils parviennent à provoquer de lourdes pertes parmi les deux régiments de la 4e division de fusiliers qui protégeaient la porte, dont leur lieutenant, le lieutenant Chardonnay mortellement blessé[21].
26 mai
modifierAu début de la journée, Lyautey part féliciter le bataillon Feller qui a défendu les positions de Dar ben Amar toute la nuit. À la suite d'un différend entre Lyautey et Gouraud, qui donne raison à Gouraud, le futur maréchal donne à Gouraud le commandement des positions de Fès El-Bali. Gouraud part tout de suite visiter les positions, notamment Bab Guissa, où il monte sur le minaret avec le guetteur, et repère une centaine des moudjahidins vers le Bordj Nord et le tombeau des Mérinides, qui tirent dans tous les sens, faisant sauter le plâtre du minaret à chaque impact, et dont l'une des balles faillit faire perdre un œil au futur général. Les moudjahidins postés sont en train de creuser des trous dans les murs de la ville avec des pioches. Entendant cela, Gouraud place des hommes derrière les murs, baïonnettes aux canons, prêt à embrocher les creuseurs. Par la suite il part visiter les positions de Sidi Boujida, Tamdert, et Bab Ftouh[22].
27 au 30 mai
modifierD'autres combats auront lieu tout au long de ces jours, décrits même « encore plus féroces » selon les historiens marocains, mais peu de détails existent sur ces jours-là, et surtout occultées par la Bataille de Hajera al-Kohila, le 1er juin[20].
28 mai
modifierVers 15 heures, un immense rassemblement sur le col du Zelagh à lieu, des petits groupes se forment d'eux et un par un déferlent dans les vallées pour atteindre la ville. Les archers postés au Bordj Nord et les batteries de mitrailleuses au Tombeau des Mérinides déferlent mais sans grand succès. La foule resta jusqu'à 17 heures, le Zelagh étant dégagé, les troupes sont parties dans les jardins à l'est de la ville. Peu après l'attaque reprit sur Bab Ftouh, Bab Guissa et sur Bordj Nord, les Français s'étant organisés depuis, ont réussi à repousser les mujahidins sur le front nord et sud. À 18 heures, les mujahidins sur le front est arrivent à prendre un point d'entrée de la ville sur l'Oued Fès et parviennent à rentrer dans au cœur de la ville. La situation est décrite comme critique par les forces françaises, Lyautey confie les commandements des remparts de la ville aux généraux Moignier et Brullard, et à Gouraud la sécurité de l'intérieur de la ville. Ce dernier va établir un cordon de soldats dans les ruelles encore sous le contrôle français, pour pouvoir les capturer ou les faire replier en cas d'attaques. Il plaça ensuite tous les objets qui ne devaient pas tomber sous la main des assaillants dans la grande cour, et plaça des bidons d'essence à côté en cas critique de besoin de les brûler. La nuit tomba et fut décrite comme un chaos, rempli d'incertitudes sur le destin des positions françaises[23].
29 mai
modifierLa ville au matin était calme, en effet, les troupes s'étaient repliées dans la vallée du Zelagh et de l'Inaouen, certaines parties de la ville, notamment Bab Guissa, ressemblaient à un cimetière, avec un amoncellement de corps des mujahidin tombés au combat. Le sultan Abd al-Hafidh offrit le petit déjeuner au général et à sa suite, des coups de feu retentissent également dans la ville de façon anecdotique. Le sultan s'entretient par la suite avec le général. Abd al-Hafidh rendra visite aux blessés français par la suite[23].
30 mai
modifierLa situation étant toujours critique, Gouraud reçoit l'ordre de rassembler toutes ses troupes, formant la Colonne Gouraud », comprenant le Bataillon Dresch, le Bataillon mixte Duhalde (coloniaux et tirailleurs sénégalais), le Bataillon mixte Rivière (idem), le Bataillon Giralte (Légionnaires et tirailleurs), une batterie de 75, 2 sections de 75, une section de 75 de montage et toute la cavalerie. Ils sont entraînés et préparés à combattre les troupes des moudjahidin[24].

D'un autre côté, les fronts du Nord et de l'Ouest furent abandonnés, mais les lignes téléphoniques de la route de Meknès furent toujours coupés et les exactions toujours présentes, notamment dans la distribution du courrier, des messagers français furent pendus aux arbres ou empalés, et les Ahl Fès se plaignaient de grandes pénuries. Les troupes d'al-Hijami établirent leurs positions sur le mont Zelagh, s'étendant de Sidi Ahmed el-Barnoussi, à la vallée du Sebou jusqu'à Hajira al-Kohila, où Cherif al-Hijami avait son quartier général. Au sud-est de Fès se trouvaient les troupes de Sidi Raho, postées derrière Ben Jelliq notamment, de plus que des bandes de cavaliers parcourant les plaines du Saïss et pillant les fermes, attaquant les caravanes et massacrant les gardes français. Les garnisons goumiers de Sefrou et El-Hajeb restèrent fidèles mais firent face aux attaques constantes des moudjahidin. Le général Moignier réussit à rétablir le calme parmi les musulmans de Fès, et la situation de l'intérieur de la ville était calme, mais l'extérieur était chaotique, les chefs tribaux galvanisés par l'appel au Jihad avec leurs tribus prêt à retourner contre la ville[23].
1 juin, bataille de Hajera al-Kohila
modifierÀ 4 heure du matin, toute la colonne Gouraud est rassembler à Bab Ftouh, prêt pour une sortie des murs de la ville, qui sortent par Bab Boujida, tout ce monde est engagé dans une offensive vers le flanc du Mont Zelagh, idée subite du futur général qui cherche à susciter l'esprit de surprise de ses ennemis. À 5 heure du matin, l'avant-garde composée de 4 pelotons de spahis, un peloton chérifien, le Bataillon Duhalde et une batterie de 75 partent pour le pont du Sebou. Sur leur chemin, de nombreux cadavres de marocains répandent une odeur de putréfaction épouvantable accentuée par la chaleur. Ils commencent l'escalade du Zelagh. À 5 heure 45, la compagnie sénégalaise de l'avant-garde est touchée par des tirs venant des crêtes de la montagne. Ils se déploient et riposte via une section de 75[22].
Entre 6 heure et 6 heure et demie, le Bataillon Giralte et la Bataillon Rivière entre en action sous le commandement du Colonel Mazillier, qui est en première ligne et passent le pont "Ben Tato", au dessus de l'Oued Bouakherab. Depuis les mujahidins tiraient depuis une première crête, puis sur une deuxième crête, les troupes françaises partent attaquer pour libérer le flanc gauche[22].
À 8 heure du matin, la colonne Gouraud se met en batterie. Gouraud aperçoit dès lors venir de la vallée du Sebou, une trentaine de groupes d'environ de 300 à 400 hommes chacuns, cavaliers et fantassins précédés par leurs étendards. Ils avancent avec une ”parfaite confiance”, galvanisés, c'est là que le vrai combat commence qui déterminera le destin du protectorat. Gouraud et son fanion rouge est l'objet de tout les regards. La Harka de mujahidins en face à 2000 mètres prend une vive allure et chantent leurs chants de guerre. L'artillerie se déchaîne sur les troupes venus du Sebou, les mujahidins bombardés, se disloquent, certains se cachent dans des buissons au long du Sebou, d'autres gagnent les sommets et les contre-pentes du Zelagh mais énormément restent stoic et continuent d'avancer, se rapprochant des troupes françaises. L'assaut français est lancé, les troupes se déplacent de bond en bond couvert par l'artillerie et les canons, deux crêtes sont prises par les hommes de Gouraud. Les français arrivent à se déployer sur 4 kilomètres, du Zelagh jusqu'au Sebou, des centaines de marocains se retrouvent presque encerclés et se font chassés à la baïonnette. D'autres sont encore dans un combat intense sur les dernières crêtes qui couvrent le campement d'al-Hijami. Plusieurs officiers français sont grièvement blessés dû aux combats[22].

Vers 10 heure, cette grande crête est occupé par les français, un grand commandant, un chérif, essaye encore de rallier des troupes qui songent au repli, sa bannière argentée en main. Mais les troupes sont dispersés par les tires d'artillerie. Les troupes de Gouraud voyant le poste d'al-Hijami à Hajira al-Kohila à 4 kilomètres, s'élancent au galop, d'autres hommes d'al-Hijami essaient de stopper les français mais eux aussi sont repoussés par l'artillerie. À 11h30, le camp est capturé, vide d'hommes, à 14h, les troupes françaises continuent vers l'est jusqu'à Sidi Chafaï[22].
Fès est libérée de son siège, cette manœuvre à mis fin à 6 jours de siège, peu mais extrêmement intense[22].
Conséquences
modifierLa défaite d'El-Hajera al-Kohila donne accès de la planification des attaques d'al-Hijami. Ces dernières sont décrites comme étant d'un grand stratège, en effet, Gouraud y trouve un plan extrêmement détaillé et qui, en théorie, aurait était très efficace, chaque tribus avaient leurs zones d'attaques et il y est écrit des tribus de toutes les régions : du Rif, du Moyen-Atlas, Meknès, Taza, et d'autres[23]. Ce qui permet et ouvre la voie à Gouraud, qui devient général dû à cet exploit, le plus jeune de l'armée française à 45 ans[25], à la pacification du Nord de Fès, la région des tribus Beni Sadden, Hyayna, Ghiata, Tsoul, Branes, et autres tribus sur un nouveau front nord.

Le lendemain, Gouraud rentre à Fès victorieux, et ses troupes défilent dans la médina, passées en revue par Lyautey, Moignier et Regnault. Le sultan Abd al-Hafidh est présent, et remercie les troupes d'avoir "sauvé son empire" et il remet même un de ses sabres en récompense[22].
Plus-tard sera installé une plaque commémorative à Dar al-Menebhi, un palais ayant appartenu au ministre de la guerre el-Menebhi, où le maréchal Lyautey sera stationné durant le siège et où le général Noguès passera en 1936[26].
Notes et références
modifier- 1 2 3 (ar) بهيجة سيمو, الإصلاحات العسكرية بالمغرب 1912-1844 (lire en ligne), p. 483
- 1 2 (ar) ندوة المقاومة المسلحة والحركة الوطنية في المنطقة الوستى الشمالية ما بين 1191-6591: مقر الندوة، كلية الاداب والعلوم الانسانية ظهر المهراز: بتاريخ 22- 32 و42 رجب 6141 ه، موافق 41-51 و61 دجنبر 5991, al-Mandūbīyah, (lire en ligne)
- ↑ (ar) عبد الكريم الفيلالي, التاريخ السياسي للمغرب العربي الكبير -12ج (lire en ligne), p. 226
- ↑ (en) Prelude to protectorate in Morocco : precolonial protest and resistance, 1860-1912, Chicago : University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-08075-8, lire en ligne), p. 190
- ↑ (ar) محمد الصغير الخلوفي, بوحمارة من الجهاد إلى التآمر (lire en ligne), p. 61
- ↑ (de) Internet Archive, Zeitschrift für Geopolitik 1926-07: Vol 3 Iss 7, (lire en ligne), p. 500
- ↑ « Le Temps », sur Gallica, (consulté le )
- 1 2 « Fiche individuelle », sur www.memorialgenweb.org (consulté le )
- 1 2 (ar) معلمة المغرب (lire en ligne), p. 3321
- ↑ Guillaume Denglos, Juin: Le maréchal africain, Humensis, (ISBN 978-2-410-01360-3, lire en ligne)
- ↑ Georges-Henri Satgé, Carnet de vol, (Presses de la Cité) réédition numérique FeniXX, (ISBN 978-2-258-18777-1, lire en ligne)
- ↑ MORISOT, « Jean Balazuc: la Légion au Maroc en 1912 - Protectorat avant la Grande Guerre: », sur www.legionetrangere.fr, (consulté le )
- ↑ Charles-André Julien, Le Maroc face aux impérialismes, 1415-1956, FeniXX, (ISBN 978-2-307-61189-9, lire en ligne), p. 88
- ↑ (ar) el-Abd El-Hassan, « المنبر الحر | الحركة الوطنية والجهاد في حاضرة فاس », sur الأسبوع الصحفي, (consulté le )
- ↑ La revue des deux mondes, Au Bureau de la Revue des deux mondes, (lire en ligne)
- ↑ La revue des deux mondes, Au Bureau de la Revue des deux mondes, (lire en ligne)
- ↑ (ar) « مقاومان مغربيان.. الحجامي والسملالي - هوية بريس », sur howiyapress.com, (consulté le )
- ↑ Comité des foires du Maroc Auteur du texte, « France-Maroc : revue mensuelle illustrée : organe du Comité des foires du Maroc / directeur Alfred de Tarde, p.132 », sur Gallica, (consulté le )
- ↑ Pierre Lyautey, Gouraud: Avec un portrait et deux fac-similés d'autographe, Julliard (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-260-05257-9, lire en ligne)
- 1 2 (ar) معلمة المغرب - 10 (lire en ligne), p. 3321
- ↑ (ar) عبد الرحيم حزل, على عتبة المغرب الحديث فردريك وايسجربر (lire en ligne), p. 266
- 1 2 3 4 5 6 7 Pierre Lyautey, Gouraud: Avec un portrait et deux fac-similés d'autographe, Julliard (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-260-05257-9, lire en ligne)
- 1 2 3 4 (ar) عبد الرحيم حزل, على عتبة المغرب الحديث فردريك وايسجربر ترجمة عبد الرحيم حزل (lire en ligne), p. 266-271
- ↑ Pierre Lyautey, Gouraud: Avec un portrait et deux fac-similés d'autographe, Julliard (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-260-05257-9, lire en ligne)
- ↑ Julie d’Andurain, « Un proconsulat en trompe-l’œil. Le général Henri Gouraud en Syrie (1919-1923) », Revue historique, vol. 685, no 1, , p. 99–122 (ISSN 0035-3264, DOI 10.3917/rhis.181.0099, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le Petit Marocain », sur Gallica, (consulté le )