Siège de Safed (1266)

bataille des croisés en Terre Sainte

Le siège de Safed fut un affrontement militaire de la campagne menée par le sultan mamelouk Baybars pour réduire le royaume de Jérusalem et qui dura du jusqu'au . La forteresse de Safed appartenait aux Templiers et opposa une vive résistance. L'assaut direct, le recours à la sape et la guerre psychologique furent tous employés pour contraindre la garnison à capituler. Celle-ci finit par se rendre, dupée par la traîtrise, et les Templiers furent massacrés. Baybars fit ensuite réparer le château et y installa une garnison.

Siège de Safed de 1266
Informations générales
Date -
Lieu Safed (Drapeau d’Israël Israël)
Issue Victoire des Mamelouks
Belligérants
Chevaliers Templiers Sultanat mamelouk
Commandants
inconnu Baybars
Forces en présence
environ 2 000 hommes inconnues
Pertes
entre 800 et 2 000 morts inconnues
Coordonnées 32° 57′ 56″ nord, 35° 29′ 59″ est
Géolocalisation sur la carte : Israël
(Voir situation sur carte : Israël)
Siège de Safed de 1266
Géolocalisation sur la carte : États latins d'Orient
(Voir situation sur carte : États latins d'Orient)
Siège de Safed de 1266

Les principales sources relatives à ce siège, du point de vue musulman, sont la biographie de Baybars par Ibn Abd el-Zaher, Le Collier de Perles de Badruddine Ayni et, dans une moindre mesure, l’Histoire des dynasties et des royaumes d’Ibn al-Furat (en) . Du point de vue chrétien, on compte les Gestes des Chiprois, l'Estoire d'Eracles, les Annales de Terre Sainte et la Maius chronicon Lemovicense.

Contexte

modifier

Selon le De constructione castri Saphet, un récit relatif à la construction de la forteresse de Safed probablement rédigé vers 1260, la garnison en temps de paix comptait 1 700 hommes. Ce contingent comprenait 50 chevaliers de l'ordre du Temple, 30 frères sergents et 50 turcopoles équipés de chevaux et d'armes, ainsi que 300 arbalétriers, 820 ouvriers et serviteurs et 400 esclaves. En temps de guerre, cet effectif devait monter à 2 200 hommes[1]. De plus, des arbalètes, des flèches, des engins de siège ainsi que d'autres armes étaient fabriqués au sein même du château[2].

Les 500 hommes supplémentaires prévus en temps de guerre par le De constructione castri Saphet étaient probablement des mercenaires recrutés pour l'occasion. L'effectif réel de la garnison au début du siège de 1266 est inconnu, mais il était certainement supérieur aux 1 700 hommes prévus en temps de paix. On ne connaît aucun renfort de Templiers arrivé à la forteresse avant le siège, mais un contingent de chevaliers Hospitaliers semble avoir été présent[3]. Le vicaire général des franciscains en Terre sainte, Fidence de Padoue (en), envoya deux de ses frères pour servir d'aumôniers à la garnison. Fidentius évoquait vers 1290 une garnison de 2 000 hommes au début du siège[4].

Dans le cadre de sa stratégie, Baybars lança plusieurs raids à travers la Palestine afin de distraire ses adversaires, de semer la confusion quant à l'objectif principal de la campagne et de les empêcher d'envoyer des renforts à Safed[5]. Il harcela personnellement Acre et ses environs pendant une semaine avant de se diriger vers Safed[6]. Ses troupes menèrent également des raids contre Tripoli, où elles s'emparèrent de trois forts ; Tyr, où elles capturèrent un important butin composé de chameaux, de bétail, de moutons et de prisonniers de haut rang ; Sidon ainsi que Montfort, avant de concentrer toutes leurs forces sur Safed[5],[7],[8].

Le siège de Safed débuta le et dura six semaines[8],[9]. Les engins de siège de Baybars furent construits près d'Acre et de Damas, puis durent être acheminés par voie terrestre à dos de chameau. Leur poids excédant les capacités de ces animaux, des hommes de tous rangs durent prêter main-forte pour les transporter jusqu'à Safed[10]. Parmi les engins utilisés figuraient des mangonneaux, mais leur emploi dut être complété par d'autres tactiques[11].

Baybars ordonna un assaut préliminaire contre les remparts afin de repousser les défenseurs et de laisser aux tailleurs de pierre le temps de creuser à la base du mur et des tours. Des engins lanceurs de projectiles propulsèrent des récipients remplis de goudron contre la porte, provoquant son incendie[12]. Les murailles furent également sapées[13]. À un moment donné, une contre-mine creusée par les Templiers perça le plafond de la galerie des assiégeants, donnant lieu à un corps-à-corps souterrain. Il semble que les Templiers se soient progressivement repliés vers l'intérieur de la forteresse à mesure que ses défenses extérieures cédaient[14]. Selon Ibn al-Furat (en), Baybars promit une récompense de 100 dinars d'or à chacun des hommes qui parviendraient à extraire les dix premières pierres du mur de la citadelle[15].

Face aux pertes inacceptables causées par les assauts directs, Baybars opta pour la guerre psychologique. Il ordonna à ses hommes de concentrer leurs attaques exclusivement sur les Templiers. Il fit parvenir des offres de sauf-conduit aux sergents et archers syriens afin de semer la méfiance au sein de la garnison. Cette tactique porta ses fruits[16]. Un certain Léon, frère sergent chrétien syrien désigné comme châtelain dans la Chronicon Lemovicense, fut envoyé pour négocier les conditions de reddition. Baybars lui fit savoir qu'il n'accordait aucune condition, mais que si Léon parvenait à convaincre les Templiers de se rendre, il aurait la vie sauve. En raison de la trahison de Léon, les Templiers sortirent en croyant à tort bénéficier d'un sauf-conduit[17]. C'est ainsi que le château tomba aux mains de Baybars le [18],[19].

Conséquences

modifier

Baybars ne respecta pas le sauf-conduit qu'il avait incité Léon à présenter aux Templiers[16]. Selon Nur al-Din Ali ibn Abd al-Rahim (en) et Siegfried de Ballhausen (en), il ordonna le massacre d'environ 2 000 chrétiens[20]. D'autres sources dénombrent parmi les victimes 10 chevaliers, 27 frères sergents, 767 autres soldats et 4 frères franciscains. Selon la Chronicon Lemovicense, la garnison compta 3 000 survivants[1]. D'après Fidence de Padoue, les effectifs de la garnison avaient été réduits à 500 ou 600 hommes au moment de la reddition[21]. Les Hospitaliers furent épargnés[1]. Le massacre des Templiers constitua une exception notable à la pratique habituelle de Baybars, qui consistait à accorder un sauf-conduit à ceux qui se rendaient[22].

Après le siège, Léon resta auprès de Baybars et se convertit à l'islam[17]. Baybars fit réparer Safed et y installa une garnison composée de ses propres troupes[23]. Il se trouvait encore à Safed pour superviser les réparations en , lorsqu'il reçut une ambassade de la seigneurie de Tyr. Bien qu'une ambassade du seigneur Philippe de Montfort, arrivée durant le siège l'année précédente, eût été éconduite, Baybars renouvela alors sa trêve avec Tyr pour une durée de dix ans[24]. Des envoyés de la seigneurie de Beyrouth s'étaient également présentés durant le siège de Safed et avaient été éconduits[25].

Dès , le pape Clément IV pouvait évoquer la chute de Safed lorsqu'il ordonna la prédication d'une nouvelle croisade et la levée de fonds pour envoyer 500 arbalétriers en Terre sainte avant [26]. La défense héroïque de Safed par les Templiers était devenue légendaire au début du XIVe siècle, époque à laquelle elle fut citée lors du procès des Templiers à Chypre[27].

Bibliographie

modifier
  • (en) Christopher Riley-Smith, The Crusades : a history, London, Continuum, , 2e éd., 353 p. (ISBN 978-0-8264-7269-4 et 978-0-826-47270-0, présentation en ligne).
  • (en) Christopher Marshall, Warfare in the Latin East, 1192–1291, Cambridge, Cambridge University Press, .
  • (en) P. M. Holt, Early Mamluk Diplomacy (1260–1290) : Treaties of Baybars and Qalāwūn with Christian Rulers, E. J. Brill, .
  • (en) Adrian J. Boas, « Archaeological Evidence for the Mamluk Sieges and Dismantling of Montfort: A Preliminary Discussion », Montfort: History, Early Research and Recent Studies of the Principal Fortress of the Teutonic Order in the Latin East, Brill,‎ (lire en ligne).

Références

modifier
  1. 1 2 3 Marshall 1992, p. 115–116.
  2. ↑ Marshall 1992, p. 117.
  3. ↑ Marshall 1992, p. 120.
  4. ↑ Riley-Smith 1987, p. 100.
  5. 1 2 Marshall 1992, p. 203.
  6. ↑ Marshall 1992, p. 196.
  7. ↑ Marshall 1992, p. 189.
  8. 1 2 Holt 1995, p. 107.
  9. ↑ Marshall 1992, p. 244.
  10. ↑ Marshall 1992, p. 223.
  11. ↑ Marshall 1992, p. 232.
  12. ↑ Marshall 1992, p. 234.
  13. ↑ Marshall 1992, p. 233.
  14. ↑ Marshall 1992, p. 238.
  15. ↑ Boas 2017, p. 41.
  16. 1 2 Marshall 1992, p. 235.
  17. 1 2 Marshall 1992, p. 270.
  18. ↑ Marshall 1992, p. 32.
  19. ↑ Holt 1995, p. 32.
  20. ↑ Marshall 1992, p. 217.
  21. ↑ Riley-Smith 1992, p. 100.
  22. ↑ Marshall 1992, p. 249.
  23. ↑ Holt 1995, p. 11.
  24. ↑ Holt 1995, p. 15.
  25. ↑ Holt 1995, p. 42.
  26. ↑ Marshall 1992, p. 83.
  27. ↑ Marshall 1992, p. 57.