Source sacrée de Su Tempiesu

source sacrée nuragique en Sardaigne

La source sacrée de Su Tempiesu est un site archéologique situé dans la commune d'Orune, dans la province de Nuoro, en Sardaigne. Il correspond à un « temple de l'eau » caractéristique de la période nuragique

Source sacrée de Su Tempiesu
Image illustrative de l’article Source sacrée de Su Tempiesu
Façade extérieure.
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Sardaigne
Province Nuoro
Commune Orune
Coordonnées 40° 24′ 39″ nord, 9° 24′ 46″ est
Histoire
Époque Âge du bronze
Géolocalisation sur la carte : Sardaigne
(Voir situation sur carte : Sardaigne)
Source sacrée de Su Tempiesu
Source sacrée de Su Tempiesu
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Source sacrée de Su Tempiesu
Source sacrée de Su Tempiesu

Historique

modifier

Le nom Su Tempiesu fait référence au fait qu’au début du XIXe siècle, un charbonnier originaire de Tempio travaillait sur le site. Le monument est découvert en 1953 par la famille Sanna, propriétaire du terrain, lors de travaux de terrassement destiné à aménager un petit potager à proximité de la source, qui à l’époque affleurait au niveau des dernières assises de la couverture du temple. Une première intervention de fouille est menée en 1953 par G. Davoli, alors jeune archéologue élève de Giovanni Lilliu[1]. Le site avait été enseveli par un glissement de terrain à l’âge du fer et les constructions furent conservées presque intactes[2]. Le site est à nouveau fouillé entre 1981 et 1986 par Maria Ausilia Fadda puis restauré en 1998[1].

Le site fait partie des 31 sites nuragiques sardes candidats à l'inscription au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Description

modifier

Su Tempiesu se situe dans les hautes terres du nord‑est de la Sardaigne, au‑dessus d’une vallée et non loin du nuraghe Santa Lulla. Il correspond à une source pérenne qui jaillit d’une fissure dans le flanc de la montagne, devant laquelle un édifice monumental fut construit pour l’abriter[2].

Temple de l'eau

modifier

L' architecture rectiligne du bâtiment diffère radicalement de celle de la plupart des ruines environnantes et de tout ce que l’on connaît des constructions nuragiques ordinaires, bien que certains traits évoquent des caractéristiques observées dans les tombes de géants[2].

Partie inférieure de la façade.

Le temple est entièrement construit en blocs de trachyte, parfaitement travaillés au marteau, équarris et taillés en biseau sur la face visible, à l’exception de ceux employés pour les assises du tympan[3], alors que le substrat rocheux local ne comporte que du granite et du schiste, et que le site d'extraction le plus proche est situé à environ 20 km. Certains blocs présentent des tenons ou excroissances, interprétés comme des aides au levage lors de leur mise en place, peut‑être conservés ensuite pour des raisons esthétiques ou symboliques[2]. Les blocs présentent de longues queues d’aronde, permettant leur mise en œuvre par emboîtement alterné, sans utilisation de mortier. Au moment de la découverte, tous les blocs des piliers, les pierres des banquettes latérales et le pavement du vestibule étaient scellés avec des tiges de plomb[3].

Le temple s’élevait autrefois à une hauteur maximale de 6,85 m au faîte du toit. Il était couvert par un toit à double pente, prenant appui sur la paroi rocheuse, et se terminant par une double gouttière sculptée dans la roche volcanique. L’intérieur de la couverture est constitué d’un remplissage de minces dalles en schiste superposées[3]. Un bloc retrouvé au sol, percé de 20 petits trous sculptés, a été interprété comme un acrotère : 15 de ces trous contenaient des scellements en plomb fondu, et 5 conservaient encore des fragments d’épées en bronze. On pense donc que le bloc supportait 20 épées de 50 à 70 cm de longueur, fixées pointes vers le haut, au faîte du toit à deux pentes. De chaque côté du temple, sous des corniches sculptées, on peut voir des espaces surélevés. L’arrière du temple est constitué par le flanc de la colline[2].

La façade s’ouvre sur un vestibule rectangulaire, légèrement évasé vers l’extérieur, dont le pavement en légère pente est formé de grandes dalles de trachyte parfaitement jointives. De part et d’autre du vestibule subsistent deux banquettes ; au‑dessus s’ouvrent deux petites niches rectangulaires, creusées dans l’épaisseur des pied-droits, qui s’élèvent à 2,76 m de hauteur en s’adaptant à la forme de la roche naturelle servant de base aux fondations[3].

Le vestibule est couvert par deux arcs monolithiques en plein cintre constitués de blocs soigneusement taillés. Un petit escalier trapézoïdal, comportant quatre marches resserrées par des agrafes de plomb, permet d’accéder à la source. La tholos mesure 0,90 m de diamètre à la base (0,26 m au sommet). Elle est constituée de 11 assises parfaitement ajustées et atteint une hauteur maximale de 1,82 m. Le fond du puits est pavé de dalles parfaitement jointives, avec une légère pente vers l’entrée, où se trouve, décentrée à gauche, une fossette de décantation circulaire destinée à maintenir l’eau toujours limpide. L’eau débordant du puits s’écoule par une rigole puis dans un caniveau traversant le pavement du vestibule en diagonale de gauche à droite[3] jusqu’à un mur curviligne très irrégulier, situé devant le temple, construit, dans ses assises inférieures, avec des blocs de trachyte semblables à ceux du temple, tandis que la partie supérieure est formée d’assises en schiste local. Deux petites niches sont aménagées dans le mur, et dans sa partie la plus haute subsistent deux dalles saillantes disposées comme des corbeaux[4].

Sous l’enceinte, les fouilles les plus récentes ont mis au jour un petit puits de collecte des eaux du puits principal, reproduisant sa forme et sa technique constructive, mais à une échelle réduite. Ce puits secondaire, haut de 0,90 m et large de 0,65 m, reçoit le trop‑plein par un déversoir en stéatite, dans une petite chambre semblable à celle du temple principal[4].

Autres aménagements

modifier

L’exploration de la zone autour du temple a permis de mettre au jour, sur le côté gauche du temple, un espace délimité par un mur composé de deux assises de gros blocs à peine équarris reposant sur la roche naturelle, tandis que son élévation est constituée de dalles de schiste disposées en encorbellement vers la pente de la couverture du temple. Sur le côté droit du temple, les fouilles ont révélé un second espace, aménagé dans une anfractuosité naturelle, de profondeur variable en raison de l’irrégularité de la roche, délimité, sur une longueur de 14 mètres, par un mur de blocs granitiques et schisteux très irréguliers[5].

Dans l’aire extérieure au temple, à un niveau nettement inférieur et à une grande distance, on peut voir des murs de soutènement et d’autres vestiges de canalisations conduisant les eaux du temple vers la vallée en contrebas[5].

Résultats des fouilles

modifier

En 1953, les fouilleurs dégagent le temple principal et une partie des espaces situés devant. Ils découvrent un pot en céramique fragmentaire décoré d’un bouton à l’intérieur de la chambre d’eau, des épingles en bronze (spilloni) à tête perlée coincées entre les blocs des murs, et, sur le sol du vestibule, des tessons de céramique, des stylets en bronze, un poignard, ainsi qu’un bloc présentant des trous sculptés sur une face[2].

Dans les années 1980, Fadda découvre le bassin secondaire ainsi que les pièces latérales du temple principal où elle recueille des poignards en bronze, une épingle et une épée votive. Le vestibule livre des épées, des poignards, des épingles et des boutons en bronze et dans des tranchées extérieures, les fouilleurs mettent au jour des bracelets et des fibules. Dans le bassin secondaire, ils trouvent de nombreux poignards et épingles, des éléments de collier, des anneaux, des bracelets et des bronzetti représentant des figures humaines[2].

Compte tenu des nombreux objets votifs en bronze retrouvés dans les deux espaces annexes, on estime qu'ils devaient servir de dépôts pour les ex‑voto, qui étaient périodiquement retirés du petit puits[5].

Les bronzes ont été datés du début de l’âge du fer, soit entre 960/900 et [2].

Selon Fadda, le site a connu trois phases de construction : l'aire sacrée est construite vers ., le temple proprement dit autour de , et quelques rénovations et ajouts de murs sont réalisés ultérieurement avant qu’un glissement de terrain ne recouvre l’édifice vers [2].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 Fadda 1988, p. 19-20.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Webster 2014.
  3. 1 2 3 4 5 Fadda 1988, p. 20-25.
  4. 1 2 Fadda 1988, p. 28.
  5. 1 2 3 Fadda 1988, p. 29-30.

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

modifier
  • (it) Maria Ausilia Fadda, La fonte sacra di Su Tempiesu, Carlo Delfino Editore, coll. « Guide e Itinerari », , 45 p. (ISBN 9788820610579)
  • (en) Maud Webster, Water-temples of Sardinia : Identification, inventory and interpretation (Master's Degree Thesis), Uppsala Universitet, , 117 p., p. 18-19

Articles connexes

modifier