Puits sacré nuragique

Un puits sacré nuragique, appelé aussi « temple de l'eau » ou « temple-puits », désigne une structure architecturale et cultuelle datée de l'âge du bronze apparue en Sardaigne durant la période nuragique.

La source sacrée de Su Tempiesu d'Orune est souvent considérée comme un modèle architectural des « temples de l'eau ».

Historique

modifier

Selon Solin, qui vécut au IIIe siècle, les populations antiques de Sardaigne soignaient de nombreuses maladies des os auprès des sources d’eau chaude et pratiquaient des rites ordaliques où les présumés coupables étaient contraints de s’immerger dans l’eau qui, selon les anciennes croyances, avait le pouvoir de rendre aveugles les seuls coupables et d’accroître la vue des innocents. Il n’existe cependant aucune certitude permettant de rattacher à la période nuragique l’origine et la pratique des rites qu’il décrit. En 1840, Alberto La Marmora, dans son ouvrage intitulé Itinéraire[1], émet l'hypothèse de l’existence d’un culte de l’eau à l’époque nuragique, après avoir trouvé des pierres de forme conique avec des signes d'épissage pour soutenir des idoles en bronze dans le puits d'Abini di Teti, qu'il interprète comme « un ancien temple des premiers colons sardes »[2]. Le site d’Abini devint rapidement célèbre non pour ses vestiges très ruinés, mais pour la richesse de ses dépôts votifs en bronze[3]. Plusieurs autres puits et bassins furent découverts et fouillés au début du XXe siècle par Antonio Taramelli, qui reconnut dès 1909[4] la répétition de certains traits dans plusieurs édifices à travers l’île : la combinaison d’un vestibule pavé, d’un escalier couvert et d’une chambre d’eau couverte fut rapidement considérée comme une structure type, et l’est encore aujourd’hui, même si certains puits et bassins monumentaux s’écartent de ce schéma à divers égards[3].

Puits sacré situé de Santa Cristina à Paulilatino.
Le tambour du puits de Santa Vittoria di Serri réalisé en appareil isodome.
Grand escalier menant au puits situé à Santa Cristina.
Tholos du puits sacré de Funtana Coberta, réalisé en maçonnerie polygonale.
Puits sacré de Pirois aménagé avec une structure surélevée.
Hypothèse de reconstruction du puits sacré de Funtana Coberta de Ballao.
Hypothèse reconstructive du puits sacré de Funtana Coberta de Ballao.
Le puits sacré de Sa Testa.

Architecture

modifier

La structure architecturale de ces puits est considérée comme l'une des plus élaborées de Sardaigne offrant un exemple spectaculaire de la maîtrise du peuple nuragique, mieux connu depuis le XXIe siècle grâce aux archéologues[5]. Les « temples de l'eau » sont des édifices construits là où il était possible de capter une source, à une profondeur plus ou moins importante, qui était recueillie dans une chambre circulaire. Dans les régions sèches comme le Campidano, la chambre est creusée profondément pour atteindre la nappe phréatique, d’où le nom de « temple à puits »[6].

Les « temples de l'eau » peuvent être classés en deux types : des puits sacrés, bordés de pierre et creusés à différentes profondeurs qui permettent de collecter l'eau souterraine et des sources sacrées, bassins ou chambres en pierre de surface destinées à recueillir l'eau de source, comportant des structures architecturales très élaborées qui les rendent semblables à des temples.

Puits et sources sacrés

modifier

Les puits ont tendance à avoir une structure plus élaborée et plus majestueuse que les sources, bien que dans certains cas, il soit difficile de les distinguer. Les sources sont généralement aménagées avec des structures semi-elliptiques, avec un atrium dans la partie avant et souvent une petite chambre en arrière, desservis par des canaux en pierre. Dans les puits, l'atrium est parfois absent, ou l'escalier réduit à quelques marches, voire remplacé par un plan incliné allant de l'atrium à la chambre voûtée.

Les « temples de l'eau » diffèrent des autres puits par leur architecture composée de trois parties : un atrium au rez-de-chaussée, un escalier en maçonnerie donnant accès à une chambre souterraine et à un puits couvert par une fausse voûte en tholos[6].

L’atrium ou vestibule à généralement une forme rectangulaire ou trapézoïdale, avec des banquettes latérales servant de plan d’appui pour des récipients destinés à la collecte de l’eau et pour des objets votifs ou liturgiques. Les murs qui délimitent l’atrium conservent, dans l’épaisseur de l’élévation, de petites niches rectangulaires ou trapézoïdales utilisées comme points de décharge de la maçonnerie et pour déposer des offrandes votives. Le vestibule était dans de nombreux cas couvert d’un toit à double pente, réalisé en matériaux périssables ou en blocs équarris, avec un faîte plat et des acrotères ornés d’épées votives fixées dans des trous par des attaches en plomb. Dans le sol de l’atrium se trouve toujours une petite canalisation d’évacuation, tracée en diagonale ou en ligne droite, qui permet l’écoulement de l’eau lorsque, en période de crue, elle dépasse le niveau de la première marche de l’escalier et s’écoule vers les bassins extérieurs accessibles aux pèlerins[6]. L'escalier est couvert par des architraves disposées en gradins, correspondant au nombre de marches[6]. L'escalier est souvent un exemple du raffinement de l'architecture nuragique, comme au puits Santa Cristina.

Les chambres souterraines sont généralement circulaires et couvertes d’une coupole ogivale comparable à celle des nuraghes évolués, réalisée par la technique de la fausse voûte, en encorbellement généralement sans utilisation de mortier ou d'autres liants[6]. Elles comportent toutes un accès et sont habituellement dotées d’un seuil, souvent rainuré pour laisser s’écouler le trop‑plein vers un canal aménagé dans le sol[7]. Les exemples les plus représentatifs sont les temples de Su Tempiesu (Orune), de Sant’Anastasia (Sardara), Santa Vittoria (Serri), Santa Cristina (Paulilatino) et Sa Testa (Olbia), construits avec des blocs isodomes de grande qualité[8]. Dans les zones intérieures riches en sources, les chambres sont plus petites : elles servent surtout à puiser une eau pure, non à stocker de grands volumes. Les puits possèdent des rampes d’escaliers rectilignes ou trapézoïdales, évasées à l’entrée, avec un nombre variable de marches permettant d’atteindre et de puiser l’eau même lorsque, durant de longues périodes de sécheresse, les niveaux étaient très bas[6]. Dans le puits, l'eau est maintenue limpide grâce à une petite fosse de décantation pour les impuretés et elle est potable dans presque tous les cas[7].

Le puits creusé, équipé d'une chambre souterraine, pourrait avoir conféré un grand prestige aux sanctuaires. Sur les huit sanctuaires nuragiques connus, six disposent d'un puits sacré et les deux d'une source : la source du sanctuaire nuragique de Gremanu libère l'eau d'une citerne construite comme un puits et celle du complexe nuragique de Su Romanzesu est recouverte d'une tholos, avec marches d'accès. Ce pourrait être la profondeur elle-même qui donnait une valeur, car permettant d'atteindre le monde souterrain, faisant du culte de l'eau un possible culte de divinités souterraines, peut-être liées à la terre mère[9]. Toutefois, à Santa Vittoria, le puits n'atteint pas la nappe phréatique, il est alimenté par des trous dans la maçonnerie qui recueillent l'eau de pluie, et dans le puits d'Is Clamoris à Escalaplano, l'eau provient de la rivière voisine.

Les sources sacrées sont minoritaires parmi les« temples de l'eau », sans lien avec les conditions hydrogéologiques, ce qui pour les archéologues pose la question des raisons de ce choix. De nombreux puits sacrés sont liés à des sources, mais il existe également des sources d'eaux minérales et effervescentes et d'autres sources à gros débit et constant qui n'ont pas été aménagées en temples[10].

Matériaux et construction

modifier

Pour la construction, les bâtisseurs nuragiques privilégient l’usage de blocs équarris ou isodomes réalisés en roches volcaniques, car plus résistantes au ruissellement continu de l’eau et à l’imprégnation des murs. L’extraction et le transport des roches volcaniques représentent parfois un effort économique et logistique considérable lorsque les blocs de basalte et de trachyte employés pour la construction sont extraits de carrières situées à des dizaines de kilomètres. L’emploi de roches volcaniques transportées sur de longues distances est attesté dans plusieurs sanctuaires du territoire de Nuoro (puits d’Abini‑Teti, Su Tempiesu et Lorana‑Orune, Gremanu‑Fonni, Nurdole‑Orani, édifices de Sa Sedda ’e sos Carros‑Oliena, Su Notante‑Irgoli, Sa Untana e Deu‑Lula, Noddule)[6].

Dans le nord de la Sardaigne, prédominent les puits construits en blocs de tuf et de grès, comme à Serra Niedda‑Sorso dans la Nurra, à Predio Canopolo et à Irru‑Nulvi dans l’Anglona, mais aussi en blocs de granite à Su Trambuccone et Sa Testa‑Olbia en Gallura, à Sos Nurattolos‑Alà dei Sardi et à Romanzesu‑Bitti dans le Monte Acuto et la Haute Baronie. Dans le sud de la Sardaigne, prédomine l’usage de schistes, tufs et grès, comme à Cuccuru Nuraxi‑Settimo San Pietro, dans les trois puits de Matzanni‑Vallermosa, à Funtana Coperta‑Ballao, à Is Piros‑Villaputzu et dans les trois sources de Monte Nuxi‑Esterzili. Un seul exemple en Sardaigne atteste l’usage du travertin : le puits sacré d’Is Cramoris‑Escalaplano[6].

Les blocs de pierre utilisés peuvent être à peine dégrossis (Funtana Coberta à Ballao, Is Pirois à Villaputzu) ou parfaitement équarris (Santa Vittoria di Serri, Santa Cristina di Paulilatino et Sant'Anastasia di Sardara). La taille isodomique ne semble pas résulter d'une évolution de la construction comme l'avait supposé Giovanni Lilliu[11] mais plus d'une recherche esthétique[12]. Les pierres sont rarement liées au mortier. Les blocs sont taillés en forme de « T » ou en forme de coin, la face rectiligne étant dirigée vers l'intérieur du puits. Cette technique garantit l'aspect isodomique de la maçonnerie du puits mais aussi une bonne étanchéité. L’adhérence parfaite des blocs est obtenue grâce à l’emploi de solides chevilles de plomb fondu, coulées dans des encoches spécialement taillées dans les parties internes des blocs, et dissimulées par des joints alternés[6].

A propos du puits sacré de Predio Canopoli à Perfugas, Antonio Taramelli estimait en 1924 que « l'ensemble de la construction [...] surprend par sa maîtrise incomparable du travail : la précision et l'harmonie des lignes, la précision de la coupe des blocs individuels, la perfection du les connexions entre les pierres, la régularité des différentes assises et la saillie de chacune d'elles suggèrent une capacité technique inégalée [...] rien de mieux que cela ne peut être vu dans n'importe quel bâtiment, ancien ou moderne »[13].

Interprétations

modifier

Bien que l’eau soit un élément courant dans de nombreux rituels à travers le monde, les « temples de l’eau » sardes constituent un phénomène unique, ni précédemment attesté sur l’île, ni véritablement comparable à quoi que ce soit d’analogue dans la Méditerranée contemporaine[14].

Aujourd’hui, la plupart des chercheurs considèrent les temples de l’eau sardes comme des expressions indigènes, nuragiques, d’un culte local.

Au début du Bronze final (vers ), on observe dans tout le territoire sarde l’apparition d’une architecture aux traits monumentaux, destinée à la captation et à la collecte des eaux de source, phénomène inconnu dans les phases précédentes de l’âge du Bronze. De nombreux chercheurs estiment que ce phénomène trouve son origine dans des changements climatiques qui provoquèrent en Europe et dans les pays méditerranéens une grave sécheresse, rendant essentielle la recherche et la conservation des eaux de source, même dans des situations géomorphologiques extrêmes. La recherche de l’eau poussa les constructeurs nuragiques à trouver les solutions architecturales les plus audacieuses, surtout dans les zones internes de l’île, ou à modifier par des architectures singulières les structures rudimentaires de sources déjà exploitées dans divers contextes d’habitat du Bronze moyen évolué, période durant laquelle les communautés nuragiques pratiquaient exclusivement des rites dédiés au culte des ancêtres dans les tombes de géants[4].

Le culte de l'eau

modifier

Les pratiques cultuelles liées à l’eau sont attestées dans plusieurs sites nuragiques par des dépôts votifs (épingles, lamelles de poignards, bronzes nuragiques) insérés dans les parois ou déposés autour des bassins, témoignant de la transformation progressive de simples points d’eau en véritables sanctuaires actifs jusqu’à l’époque historique[15],[16].

La naissance même du culte de l’eau peut avoir pour origine la volonté commune de conjurer une nouvelle réduction des réserves hydriques et que pour exorciser le problème, l’élément même devint objet de culte, dédié aux divinités hydrologiques souterraines liées à la force génératrice de l’eau, vitale dans les rythmes biologiques de la nature[4].

Selon Lilliu, la religion nuragique était basée sur un culte de l'eau : l'eau de pluie, liée à l'agriculture, et l'eau des puits et des sources, où buvaient les troupeaux et les bergers qui constituaient la plus grande partie des populations nuragiques. Les cornes de taureau souvent représentées dans les puits sacrés symboliseraient un dieu mâle, en lien avec la déesse mère, dont le souvenir aurait survécu dans le folklore sarde contemporain sous la forme de sa mamm' et vuntana la mère de la fontaine ») qui vit dans les puits, ou sous la forme de la prêtresse sorcière Orgia ou Urxia, qui selon la légende protégeait le trésor conservé dans le temple à mégaron de Domu 'e Orgia d'Esterlizi. Selon Lilliu, les deux divinitésconstituaient un couple femme-taureau dans le panthéon nuragique[17]. D'autres auteurs supposent que les rites périodiquement célébrés dans les « temples de l'eau » étaient liés à la fertilité d'une Déesse Mère terrestre, en lien avec la Lune, considérée comme une Déesse Mère céleste. Pour l'historien des religions Raffaele Pettazzoni, l'architecture particulière des puits sacrés était dédiée à Sardus Pater, qu'il considérait comme le dieu suprême et le père de la lignée nuragique[18].

De nombreux puits et sources sacrés se trouvent intégrés dans le tissu des villages nuragiques : c’est le cas de Santa Vittoria‑Serri, Predio Canopolo‑Perfugas, Santa Cristina‑Paulilatino, Sant’Anastasia‑Sardara, Gremanu‑Fonni, Romanzesu‑Bitti, Nurdole‑Orani, Noddule‑Nuoro, Su Pradu et Santa Lulla‑Orune, Su Lamarzu‑Rebeccu/Bonorva, Funtana Coperta‑Ballao, Is Cramoris‑Escalaplano. Certains de ces villages conservent des structures étroitement liées à la présence du temple à puits, utilisées par les pèlerins lors des fêtes religieuses, comme cela se produit aujourd’hui dans les sanctuaires fréquentés par les novenanti[19]. Nombre d'entre eux sont également entourés d'une clôture ceinturant la zone sacrée. C'est le cas à Santa Cristina di Paulilatino, Santa Vittoria di Serri et Sa Testa di Olbia.

Théories archéoastronomiques

modifier

Certains auteurs ont émis l'hypothèse selon laquelle, les puits sacrés auraient pu être des observatoires lunaires et solaires. Ainsi, le puits sacré de Santa Cristina aurait été un observatoire astronomique car la lune s'y reflète tous les 18,16 ans sur l'eau au fond du puits, à travers l'oculus de la voûte, à l'occasion de sa déclinaison maximale dans son cycle mensuel[20]. Selon cette théorie, la conformation particulière du puits Santa Cristina, avec une rangée supérieure légèrement en retrait, permettrait une mesure, définie par les reflets de la lumière de la lune en fonction de la position de l'étoile[20] ; quant à l'escalier du puits de Santa Anastasia de Sardara, il aurait permis d'effectuer des observations du soleil par l'effet combiné du soleil à travers l'oculus. Cependant, l'auteur de cette théorie a lui-même admis la fragilité de sa théorie[21] dans la mesure où tous les escaliers d'accès ont des orientations différentes (celui de Santa Anastasia est le seul qui soit orienté plein sud[22]) . Plus généralement, les archéologues ont écarté toute thèse archéoastronomique, car les fausses coupoles et les vestibules des puits sacrés comportaient à l'origine des structures de couverture qui auraient empêchées le passage des rayons solaires ou lunaires[2],[23].

Datation

modifier

Les archéologues du XXe siècle ont longtemps considérés que la maçonnerie isodomique des « temples de l'eau » faisait référence à l'architecture grecque, étrusque, voire « punique, phénicienne ou cananéenne »[13]. À Santa Cristina di Paulilatino, le bâtiment donne l'impression de ne pas être d'origine locale, car il semble exécuté avec une technique qui lui est profondément étrangère[3]. En identifiant parfois des éléments décoratifs étrangers (une hache à deux têtes d'inspiration punique et un porte-torche d'inspiration chypriote à Santa Vittoria), ils ont tenté de confirmer une habitude académique de l'époque suggérant une origine égéenne ou en tout cas d'inspiration orientale. Ces chercheurs ont ainsi conclu que ce type de construction était animé par un « souffle grec »[24]. C'est également le cas pour le puits sacré de Predio Canopoli et d'autres puits qui mettent en valeur des compétences de construction extraordinaires et une recherche de la perfection symétrique inconnue dans la tradition nuragique[25]. Ces théories ont été rendues caduques par l'amélioration des méthodes de datation, dont les résultats ont permis de considérer les divers types de maçonnerie comme des expressions différentes d'une même période nuragique[25].

Seuls deux puits sacrés (Cucuru Nuraxi de Settimo San Pietro et Cuccuru est Arrius de Cabras) ont été datés, avec une grande précision, de l'âge du bronze tardif, sur la base d'une stratigraphie claire qui selon les scientifiques ne peut être associée à des établissements préexistants. Des datations similaires, mais considérées comme beaucoup plus incertaines, ont été proposées pour les édifices de Mont'e Nuxi d'Esterzili, Sa Breca de Tertenia et la Funtana Coberta de Ballao à maçonnerie polygonale. Pour les puits maçonnés isodomiques de Santa Cristina di Serri, Nurdole d'Orani et Abini de Teti, une datation correspondant à l'âge du bronze final a été proposée, mais concernant la majorité des autres puits et sources sacrés, les chercheurs pensent plutôt à période située entre l'âge du bronze final et le début de l'âge du fer[26].

Au début du Premier Âge du Fer, les anciens temples de l’eau continuent d’être utilisés et parfois reconstruits, avec des techniques architecturales plus raffinées : arcs monolithiques, corniches décorées, concis isodomes. Des sanctuaires comme Santa Vittoria, Sant’Anastasia ou Su Tempiesu illustrent cette continuité[8] .

Le culte de l'eau se perpétue aux époques paléochrétienne et byzantine, durant lesquelles des églises sont édifiées à proximité ou au-dessus de sources et de puits sacrés[15].

Inventaire

modifier

Les « temples de l'eau » sont présents sur tout le territoire de la Sardaigne. En 1956, Giovanni Lilliu publie un inventaire de toutes les sources et de tous les puits sacrés connus grâce aux fouilles menées au début du XXe siècle[4]. Il recense alors 31 monuments qu’il qualifie de « temples‑puits »[3]. En 1999, Ercole Contu mentionne 40 pozzi sacri et 36 fonti sacre, sans toutefois ni les nommer ni les situer[3]. En 2005, G. M. Meloni publie une liste de 136 monuments nommés « temples‑puits » et « fontaines sacrées », mais il y inclut également des bâtiments très différents (comme des cuves, citernes et rotondes), dont plusieurs d’époque punique ou romaine[3]. En 2006, Lilliu arrondit son chiffre précédent à un total approximatif de 50[3]. En 2014, Anna Depalmas dénombrait 51 puits et 24 sources[27] et Maria Ausilia Fadda 60 pozzi sacri et 50 fonti sacre, chiffres qui ne correspondent pas au nombre réel originel, bien plus élevé[4]. La principale raison de ces variations tient à l’absence d'une définition explicite de critères exhaustifs et discriminant permettant d’établir méthodiquement un inventaire des « temples de l’eau »[3].

Notes et références

modifier
  1. Alberto Ferrero della Marmora, Itinéraire de l'ile de Sardaigne, Turin, 1860 (trad. it. di Giovanni Spano, Itinerario dell'isola di Sardegna del conte Ferrero Alberto della Marmora, 1868) ora Itinerario dell'isola di Sardegna, Nuoro, Ilisso, 1997, 3 vv., (ISBN 88-85098-59-2)
  2. 1 2 Alberto Moravetti, Il Santuario nuragico di Santa Cristina - Sardegna archeologica, Guide e Itinerari, Carlo Delfino editore, 2003 (ISBN 88-7138-294-3)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 Webster 2014, p. 6-7.
  4. 1 2 3 4 5 Fadda 2014, p. 79-81.
  5. Documentaire diffusé à la télévision le samedi 19 octobre 2024 sur Arte
  6. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Fadda 2014, p. 82-84.
  7. 1 2 Webster 2014, p. 22-23.
  8. 1 2 (it) Giovanni Ugas, « La Sardegna nuragica. Aspetti generalli », dans Alberto Moravetti, Elisabetta Alba, Lavinia Foddai, La Sardegna nuragica : Istoria e materiali, Carlo Delfino editore, , 494 p. (ISBN 9788871387505), p. 29-32
  9. Webster 2014, p. 39.
  10. Webster 2014, p. 38.
  11. Giovanni Lilliu, La civiltà dei Sardi dal Paleolitico all’Età dei Nuraghi, Nuoro, 2004
  12. Lo Schiavo Fulvia (2003) Uomini e dei: ripostigli ed offerte nella Sardegna nuragica, «Rendiconti della Pontificia Accademia Romana di Archeologia», LXXV
  13. 1 2 Antonio Taramelli, Perfugas. Tempietto à pozzo di carattere preromano scoperto nell'abitato, Notizie degli Scavi di Antichità 1924, citato da Webster (op. cit.)
  14. Webster 2014, p. 5.
  15. 1 2 Alessandro Usai, Il culto dell’acqua nella Sardegna nuragica, in C. D. Fonseca. E. Fontanella (a cura di), Anima dell'acqua, Roma, 2008, pp. 120-131
  16. Salis 2017.
  17. Giovanni Lilliu, Religione della Sardegna nuragica, Atti del convegno di studi religiosi sardi, Cagliari, maggio 1962. Ripubblicato (2008) in "Sardegna e Mediterraneo negli scritti di Giovanni Lilliu" à cura di Alberto Moravetti, Carlo Delfino editore, Volume 4 (ISBN 978-88-7138-502-0) p. 1359
  18. Raffaele Pettazzoni (1912) 'La religione primitiva in Sardegna, Società Editrice Pontremolese, Cagliari Biblioteca Nazionale
  19. Fadda 2014, p. 84-87.
  20. 1 2 Arnold Lebeuf, Il pozzo di Santa Cristina. Un osservatorio lunare, Cracovia, Edizione Tlilan Tlapalan
  21. (en) Borut Juvanec, « Sacred well Sant’Anastasia, Sardinia (Pozzo Sacro Sant’Anastasia, Sardegna) », Revue d'archéologie, Firenze University Press, vol. 22, , p. 82,63 (DOI 10.13128/RA-17954, lire en ligne)
  22. Lyubomir Tsonev, Dimiter Kolev, The Sardinian type underground well temple at Garlo, Bulgaria: an architectural and astronomical survey, Journal of Astronomical History and Heritage, Vol. 17(2), 222 - 237 (2014)
  23. Ercole Contu, Pozzi sacri: ipotesi ricostruttive, Sacer bollettino dell'associazione storica sassarese, Vol.6 (6), pp. 125-148, Sassari, 1999
  24. Giovanni Lilliu, La Civiltà dei Sardi dal neolitico all'età dei nuraghi, Torino, 1963, p. 2828 citato da Webster (op.cit)
  25. 1 2 Webster 2014, p. 34.
  26. Webster 2014, p. 49.
  27. Anna Depalmas, Il paesaggio del sacro nella Sardegna nuragica: Architetture celebrative e spazi cerimoniali nei luoghi di culto e nei santuari in " Preistoria e protostoria in Etruria - Atti dell’undicesimo incontro di studi" 14-16 Settembre 2012 -a cura di Nuccia Negroni Catacchio - Paesaggi cerimoniali Ricerche e scavi volume II - Centro Studi di Preistoria e Archeologia, Milano, 2014 (ISBN 9788894035520)
  28. Sito del Museo archeologico di Nuoro: pagina sul complesso nuragico di Gremanu-Madau .

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

modifier
  • (it) Maria Ausilia Fadda, « L'architettura dedicata al culto dell'acqua », dans Alberto Moravetti, Elisabetta Alba, Lavinia Foddai, La Sardegna nuragica : Storia e materiali, Carlo Delfino Editore, , 494 p. (ISBN 9788871387505, lire en ligne), p. 79-92
  • (it) Giovanni Lilliu, Sardegna nuragica, Nuoro, Il Maestrale, , 131 p. (lire en ligne)
  • (it) Gianfranca Salis, « Pozzi sacri, fonti e rotonde », dans Alberto Moravetti,Paolo Meli,Lavinia Foddai,Elisabetta Alba, La Sardegna nuragica : Storia e monumenti, Sassari, Carlo Delfino Editore, , 450 p. (ISBN 9788871389950, lire en ligne), p. 253-276
  • (en) Maud Webster, Water-temples of Sardinia : Identification, inventory and interpretation (Master's Degree Thesis), Uppsala Universitet, , 117 p. (lire en ligne)

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier