Complexe nuragique de Santa Cristina
Le complexe nuragique de Santa Cristina est un site archéologique de l'âge du bronze situé dans la commune de Paulilatino, dans la province d'Oristano, en Sardaigne, en Italie. Il comprend un petit nuraghe entouré des restes d'un village nuragique et un sanctuaire nuragique du type « temple de l'eau » bien conservé.
| Complexe nuragique de Santa Cristina | |
Vue aérienne du temple-puits. | |
| Localisation | |
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| Pays | |
| Région | |
| Province | Oristano |
| Commune | Paulilatino |
| Coordonnées | 40° 03′ 40″ nord, 8° 43′ 51″ est |
| Histoire | |
| Époque | Âge du bronze |
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Historique
modifierLa première mention relative au puits de Santa Cristina est peut‑être due à Alberto La Marmora qui, dans son Voyage en Sardaigne de 1819 à 1825, en parlant du nuraghe Funtana Padenti de Baccai (Lanusei), « construit avec des blocs non travaillés », écrit « qu’il n’en allait pas de même d’une sorte de petit puits voisin, en forme d’entonnoir, construit avec des pierres volcaniques bien travaillées au ciseau et assemblées avec beaucoup de soin… » qu'il compare à « un puits à peu près similaire près de l’église de Santa Cristina, non loin de Paulilatino ; il était alors en partie encombré et plein d’eau »[1].

En 1846, Vittorio Angius mentionne à l’entrée « Paulilatino » du dictionnaire de Casalis, « à deux grosses milles du village dans la direction du libeccio… se trouve l’église de S. Cristina. À proximité, on voit une construction singulière en forme d’entonnoir, au fond duquel on descend par un escalier conique formé de pierres bien travaillées, tout comme le mur qui entoure l’escalier et figure un entonnoir renversé. Aucun de ceux qui y sont descendus n’a jusqu’ici su expliquer à quoi servait une telle construction »[1]. En 1857, Giovanni Spano donne plus de détails sur le puits de Santa Cristina et présente le premier relevé graphique du monument (plan, section et élévation de l’escalier) réalisé par Vincenzo Crespi dans le Bullettino Archeologico Sardo. Il décrit ainsi la construction : « L’ouvrage est cyclopéen, construit avec de grands blocs de pierre volcanique noire extraits de la carrière voisine, et sans mortier, comme les nuraghes. On y entre par un souterrain dont la voûte est verticale, faite en gradins disposés les uns au‑dessus des autres en saillie, à la manière de créneaux. Une fois à l’intérieur, du fond à l’ouverture, il mesure plus de quatre mètres de haut. Il est de forme ronde, large à la base, où reposent les premiers rangs des gigantesques blocs ; au‑dessus est posé un second rang en saillie, puis un troisième de même type, et ainsi de suite jusqu’au dixième niveau ou ceinture, en diminuant progressivement, de sorte qu’il semble former un cône tronqué et l’ouverture d’un puits ordinaire ; de telle manière qu’un homme placé en bas ne pourrait en aucun cas sortir, car les blocs, disposés en gradins et verticalement, lui surplombent tous la tête ». Spano tente d’expliquer la possible fonction de l'édifice, qu'il estime aussi ancien que les nuraghes mais en raison de la présence d’une source voisine et de la maçonnerie sans mortier qui n’aurait pas retenu l’eau, il rejette toute fonction hydraulique et en déduit qu'il s'agissait d'une prison[1].
En 1860, La Marmora dans son ouvrage l’Itinéraire mentionne à nouveau le puits de Paulilatino : « Dans les environs de Paulilatino, outre les nombreux nuraghes, on trouve aussi des monuments très anciens, parmi lesquels je note celui que l’on appelle dans le pays Puttu de Santa Cristina, près de l’église du même nom. C’est réellement une sorte de puits souterrain conique, large au fond et étroit au sommet : il est formé de grosses pierres basaltiques bien taillées, et l’on y entre par un souterrain construit de la même manière, avec de grosses pierres bien travaillées et disposées en gradins ; l’intérieur du cône est construit avec la même technique, de sorte qu’il est impossible de monter de bas en haut, car les gradins empêchent de passer de l’un à l’autre ; c’est un type de construction qui rappelle les premières tentatives de voûtes ». La Marmora, pour y avoir trouvé « des pierres coniques qui, à leur sommet, avaient un logement pour soutenir des statuettes de bronze », fait un lien avec le sanctuaire nuragique d’Abini et en déduit qu'il s'agit « d'un temple ancien des premiers colons sardes »[1].
En 1900, Domenico Lovisato date la construction de l’époque carthaginoise et en 1904, A. Mayr, impressionné par les fortes analogies avec les tholoi mycéniennes, interprète le puits de Santa Cristina comme une tombe à coupole[2]. À partir de 1910, Antonio Taramelli, qui vient de fouiller le sanctuaire nuragique de Santa Vittoria, identifie clairement le site et écrit dans une note : « Le soi‑disant puits de S. Cristina, selon les observations récentes, doit être considéré comme un puits sacré, semblable à celui de S. Vittoria di Serri »[2]. En 1913, Duncan Mackenzie publie un nouveau relevé, plus précis, du puits sacré, ainsi que le plan du nuraghe et des cabanes voisines[2].
Les premières fouilles et restauration sur le site interviennent en 1953 et se poursuivent en 1967–1973 et de 1977 à 1983 sous la direction E. Atzeni. De nouvelles fouilles sont menées par P. Bernardini dans certains secteurs du village entre 1989 et 1990[2], et par Arnold Lebeuf entre 2005 et 2010.
En 2021, le site fait partie des 31 sites nuragiques sardes candidats à l'inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO[3].
Le site
modifierLe complexe archéologique tient son nom de sa proximité avec la petite église rurale homonyme dédiée à Santa Cristina datée du XIe siècle. Le site comprend un premier secteur constitué par le sanctuaire nuragique et une « cabane des réunions » et un second secteur, à une centaine de mètres au sud‑ouest du précédent, comportant un petit nuraghe mono-tour et les vestiges d'un village constitué de quelques cabanes allongées singulières à la chronologie incertaine. L’aire archéologique s’étend sur environ un hectare et est incluse dans un parc de quatorze hectares[4].
Le temple à puits
modifier« princier est le puits de Santa Cristina, qui représente l’apogée de l’architecture des temples des eaux. Il est si équilibré dans ses proportions, sophistiqué dans les parements intérieurs, nets et précis, étudié dans la composition géométrique de ses membres, si rationnel en un mot, qu’on a peine à croire, au premier regard, qu’il soit une œuvre proche de l’an 1000 av. J.-C. et qu’il ait été exprimé par l’art nuragique, avant que ne s’affirment dans l’île de prestigieuses civilisations historiques. »
Le puits sacré reprend le schéma planimétrique commun des temples à puits avec un atrium ou vestibule et un escalier descendant vers la chambre souterraine qui abrite la source, mais l'édifice actuellement visible n'a conservé que sa partie souterraine. Les structures aériennes se limitent désormais à un mur, en forme de « trou de serrure », qui entoure l’atrium rectangulaire et le tambour du puits, doté d’un banc adossé, probablement d’époque plus tardive. Il est probable que la façade d'origine devait comporter une double pente, analogue à celle encore visible à celle du temple-puits de Su Tempiesu à Orune. L’ensemble est délimité par une enceinte elliptique (26 × 20 m)[5].
Le couloir‑escalier, de forme trapézoïdale, mesure 3,47 m de largeur au niveau du sol et se réduit progressivement à 1,40 m de largeur au niveau du dernier degré, pour une longueur totale d’environ 6,50 m. Il est composé de 25 marches et couvert d’un plafond à gradins qui semble reproduire l'escalier en symétrie inversée. La chambre souterraine est de plan circulaire (2,54 m de diamètre) et s’élève à 6,90 m de hauteur. Elle est recouverte d'une voute à encorbellement. Au centre du pavement, la cuvette de décantation, de forme circulaire est profonde de 0,50 m. Toute la maçonnerie de l’escalier et de la chambre est de type isodome, réalisée avec des blocs basaltiques de taille moyenne (0,60 × 0,30 m d’épaisseur), soigneusement façonnés et présentant une face visible biseautée, disposés en assises horizontales, mais avec le bloc inférieur débordant d’un centimètre par rapport au bloc supérieur, de manière à obtenir un profil dentelé. Cet artifice se retrouve dans d’autres édifices analogues (Santa Vittoria di Serri, Predio Canopoli à Perfugas, Su Tempiesu) ainsi que dans certaines tombes de géants (Biristeddi à Dorgali). La notoriété du puits de Santa Cristina tient à la monumentalité due son couloir‑escalier, à la beauté de la chambre et à la technique isodome raffinée mise en œuvre par les constructeurs nuragiques. Les parois apparaissent lisses et polies, les angles et arêtes précis, les marches et l’ouverture nettement profilées[5].
- Temple à puits
- Couloir‑escalier (vue extérieure)
- Couloir‑escalier (vue intérieure).
- Voûte du couloir‑escalier.
- Effet de symétrie dans le couloir‑escalier.
- Occulus de la voûte (vue extérieure).
- Vue intérieure de la voûte.
Aujourd’hui encore, l’eau de la source filtre à travers les interstices des assises inférieures de la chambre et elle est particulièrement abondante en hiver et au printemps, au point de remplir la chambre jusqu’au niveau des marches inférieures de l’escalier[5].
La cabane des réunions
modifierL'édifice est une grande cabane circulaire, d’environ 10 m de diamètre et conservée sur 1,70 m de hauteur. À l’intérieur, le sol est recouvert de galets et un banc court sur toute la circonférence de la pièce (largeur 0,50 m, hauteur 0,30 m). Les dimensions et la présence du banc adossé conduisent à en proposer une fonction publique du type « cabane des réunions » où l’on débattait des questions de la communauté vivant autour du temple, comme cela est documenté dans d’autres villages nuragiques (Su Nuraxi–Barumini, Palmavera–Alghero, Santa Vittoria–Serri, Santa Anastasia–Sardara), où ont été retrouvés des objets de prestige et des éléments cultuels. Un espace plus petit, de plan curviligne, est adossé à la « cabane des réunions » et jouxte un enclos probablement destiné à abriter les animaux voués peut‑être à des sacrifices en lien avec le temple[6].
Des travaux incontrôlés de d’épierrage survenus surtout dans les années 1930 ont fortement endommagé la zone et les cabanes situées autour du puits sacré sont aujourd’hui réduites à quelques assises de pierres de plan curviligne et à des espaces quadrangulaires disposés en rangée, fermés en hauteur par une toiture en matériaux végétaux à un seul versant. Ces constructions rappellent des structures analogues visibles à Villanovaforru ou dans l’îlot A de Serrucci–Gonnesa, et évoquent les pièces du « Recinto delle feste » du sanctuaire de Santa Vittoria di Serri. Leur disposition « en rangée », comme à Serri, suggère qu'il s'agissait de structures destinées à des activités commerciales liées au temple mais l’absence de données de fouille ne permet pas d'en définir pleinement ni la chronologie ni la fonction[6].
Nuraghe
modifierLe nuraghe de Santa Cristina est probablement antérieur à l’aménagement du temple à puits. C'est un modeste nuraghe mono-tour de plan circulaire (13 m de diamètre), comportant un escalier, une niche de type guérite et une chambre à trois niches disposées en croix. La tour, conservée sur une hauteur maximale de 6 m, a été édifiée avec des pierres à peine équarries et arrangées avec peu de soin. La chambre, circulaire (3,50 m de diamètre), a conservé encore intacte sa voûte en ogive[7].

Village
modifierAutour du nuraghe subsistent des traces d'un habitat, et en particulier trois cabanes rectangulaires aux angles arrondis qui n’appartiennent pas à l’époque nuragique, mais lui sont postérieures et certaines peut‑être même d’époque récente : des cabanes de ce type sont en effet présentes dans le territoire même de Paulilatino, à proximité ou au contact de tours nuragiques (Mura Olia, Galla, Androne), et surtout dans le Marghine et la Planargia où elles sont utilisées comme abris pour les animaux[8].
La cabane A, située au nord‑ouest du nuraghe, conserve encore intacte sa couverture en dalles (long. 13,8 m, larg. 1,30 à 1,90 m, haut. 1,90 à 2,10 m). Elle présente une entrée principale sur le petit côté oriental, de forme trapézoïdale et surmontée d’un linteau à section trapézoïdale. Une ouverture secondaire s’ouvre au ras du sol sur la paroi latérale droite, à environ 8 mètres de l’entrée, tandis que, sur la même paroi mais à 1,50 m de hauteur et à 2,70 m de la précédente, se voit une prise de lumière rectangulaire. L’épaisseur des murs varie entre 0,80 et 1,35 m. La cabane B, située à environ 5 mètres au nord‑ouest de la précédente, est complètement effondrée et ses vestiges sont lacunaires (long. 6,80 m ; larg. 1,70/1,05 m ; haut. cons. 1,00 m ; ép. mur 1,10 m). La cabane C est dépourvue de couverture et mesure 15,40 m de long pour une largeur de 3,00/2,50 m. La fouille de cette cabane a livré du matériel d’époque romaine[8].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Moravetti 2003, p. 5-9.
- 1 2 3 4 Moravetti 2003, p. 12-19.
- ↑ Les sites candidats selon l'Unesco, lire en ligne
- ↑ Moravetti 2003, p. 5.
- 1 2 3 Moravetti 2003, p. 21-22.
- 1 2 Moravetti 2003, p. 30-31.
- ↑ Moravetti 2003, p. 33-34.
- 1 2 Moravetti 2003, p. 34-35.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (it) Alberto Moravetti, Il santuario nuragico di Santa Cristina, Sassari, Carlo Delfino Editore, , 49 p. (ISBN 88-7138-294-3)