Stomatite
Une stomatite est une inflammation de la muqueuse buccale et/ou des lèvres, avec ou sans ulcération. Elle peut être causée par une infection, une allergie (à un médicament éventuellement), une radiothérapie ou une carence nutritionnelle ou d'autres causes. Quand l'inflammation touche à la fois les gencives et la bouche, on parle aussi de gingivostomatite (terme aussi parfois employé comme synonyme de gingivostomatite herpétique). Certaines stomatites (liées à la pousse des dents ou à certaines formes d'épidermolyses bulleuses congénitales) ne se rencontrent que chez le nourrisson et l'enfant chez qui la stomatite est parfois très douloureuse (les stomatites vésiculobulleuses étant les pires de ce point de vue)[1].
| Médicament | Sucralfate et Peroxyde de carbamide |
|---|---|
| Spécialité | Stomatologie et dermatologie |
| CIM-10 | K12 |
|---|---|
| CIM-9 | 528.0 |
| DiseasesDB | 27158 |
| MedlinePlus | 001052 |
| MeSH | D013280 |
Le terme est dérivé du grec στόμα (stoma), « bouche », et -ῖτις (-itis), « inflammation ».
Typologie
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Il en existe de nombreux types, classés selon la cause de l'inflammation :
- les stomatites mycosiques[2] :
- les stomatites candidosiques aigües : elles sont causées par un champignon. Exemple : le muguet buccal, fréquent chez le nourrisson. Un érythème induit une langue dépapillée et vernissée, les muqueuses jugales et vélo-palatines sont sèches. Par la suite, apparaît un enduit blanchâtre, adhérent à la muqueuse, confluant en des pseudo-membranes se détachant au raclage. Les étiologies sont pour l'essentiel les états d'immuno-suppression ainsi que la prise prolongée de corticoïdes en inhalation ou d'antibiotiques,
- les stomatites candidosiques chroniques :
- la perlèche, avec un érythème sec, érosif, au niveau des commissures labiales,
- la glossite losangique médiane, avec un dépapillement du dos de la langue en avant du V lingual,
- le granulome monoliasique bourgeon pseudo-tumoral sur la joue ou la langue ;
- les stomatites à Herpes viridae :
- les stomatites à HSV :
- une gingivo-stomatite aigüe peut signer une primo-infection à HSV-1. Une éruption vésiculeuse évolue vers des érosions confluentes, l'atteinte cutanée peut s'accompagner d'une fièvre, de douleurs gingivales voire pharyngées. Les récurrences prennent la forme classique du « bouton de fièvre labial », mais parfois les localisations sont narinaires, jugales, ou intra-buccales ;
- les stomatites à EBV réalisent la leucoplasie chevelue de la langue et sont essentiellement rencontrées en cas d'immuno-suppression, en particulier en cas de VIH,
- les stomatites à CMV réalisent un tableau d'ulcération à multiples, douloureuses, à l'emporte-pièce, et sont essentiellement rencontrées en cas d'immuno-suppression, en particulier en cas de VIH,
- les stomatites à VZV : une éruption vésiculeuse évolue vers des érosions confluentes. Dans le cas d'un zona, une stomatite est possible, essentiellement chez le patient immuno-compromis, avec une atteinte correspondant à une atteinte du nerf V (V2 et V3),
- les stomatites à HHV-8. HHV-8 est. Palais et gencive supérieure sont envahis par un érythème rouge violacée, indolore, qui évolue vers des lésions nodulaires, tumorales ;
- les stomatites à HSV :
- les stomatites à coxsackie, liées à coxsackie A16, avec une atteinte vésiculeuse buccale, de la pulpe des doigts, des orteils, des faces latérales des paumes des mains et des plantes des pieds ;
- les stomatites à HPV, rares, réalisent de multiples papillomes de la muqueuse buccale ;
- les stomatites médicamenteuses, par exemple induites par le méthotrexate, le Candésartan [3] ou l'Ibrutinib[4] ; Ces stomatites peuvent être sévères et alors justifier l'arrêt du traitement avec recherche d'un médicament alternatif ;
- les stomatites prothétiques(SP), qui sont des inflammation chronique de la muqueuse buccale située sous une prothèse amovible, généralement liée à une irritation mécanique, une hygiène insuffisante ou une candidose cutanéomuqueuse chronique. Ces prothèses, bien qu'améliorant la santé et la qualité de vie des personnes édentées, sont un support à biofilm qui favorise, chez 15 à 70 % des patients, l'apparition d'une stomatite prothétique , affection infectieuse et plurifactorielle impliquant Candida albicans qui forme des mycofilms chroniques et difficiles à traiter, en interactions avec la salive, la muqueuse buccale et la surface de la prothèse (où bactéries et organismes eucaryotes forment un film microbien encore peu étudiée)[5].
Les infections à Candida se montrent plus rares chez les patients qui se brossent le palais en plus du brossage des dents[6].
- les stomatites radiques (complication d'une radiothérapie), induites par la prise en charge thérapeutique d'un cancer des voies aéro-digestives supérieures par exemple[7].
Chez le nourrisson et l'enfant
modifierCertaines stomatites ne se rencontrent que chez le nourrisson et le jeune enfant ; ce sont généralement des conséquences d'accidents d'évolution dentaire (hors accidents liés à la dent de sagesse) ou de certaines formes d'épidermolyse bulleuse congénitale. Sinon, comme l'enfant et le nourrisson ont un système immunitaire encore immature et qu'ils portent leurs doigts et beaucoup de choses à la bouche, les stomatites infectieuses sont fréquentes (d'origines virales [herpès, coxsackies, varicelle, mononucléose infectieuse], candidosiques [ Muguet buccal ] ou bactériennes [ gingivite ], généralement de pronostic favorable).
D'autres causes majeures sont la stomatite aphteuse récurrente, l'érythème polymorphe et diverses maladies bulleuses, la maladie de Behçet, les hémopathies comme les leucémies, les désordres immunitaires (agranulocytose, neutropénie cyclique, infection par le Virus de l'immunodéficience humaine (VIH), certains traumatismes, le Lichen plan buccal et les stomatites allergique.
Ces causes sont à traiter comme chez l'adulte, mais en tenant compte des contre-indications ou des difficultés d'observance que l'on peut rencontrer chez le nourrisson et l'enfant[8].
Les stomatites pédiatriques sont le plus souvent bénignes, de diagnostic clinique simple et d’évolution favorable (en une dizaine de jours), mais la douleur parfois intenses peut avoir des répercussions fonctionnelles notables pour l'enfant et la famille. Ainsi, aux urgences de l'hôpital Trousseau, en 4 ans (2008-2012), sur 1 060 enfants les causes virale prédominaient (gingivostomatites herpétiques pour 44 % des cas et stomatites à coxsackie pour 35 % des cas), touchant des enfants jeunes (âge moyen de 3 ans). Les motifs de consultation étaient la fièvre (61 %), puis les difficultés alimentaires (51 %) et la douleur (30 %). Cinq pour cent des cas ont justifié une hospitalisation (pour hydratation intraveineuse, surtout dans les formes herpétiques)[1]. Certaines stomatites ne se rencontrent que chez le nourrisson et l'enfant ; ce sont alors généralement des conséquences d'accidents d'évolution dentaire (hors accidents liés à la dent de sagesse) ou de certaines formes d'épidermolyse bulleuse congénitale. Sinon, comme l'enfant et le nourrisson ont un système immunitaire encore immature et qu'ils portent leurs doigts et beaucoup de choses à la bouche, les stomatites infectieuses sont fréquentes (d'origines virales (herpès, Coxsackies, varicelle, mononucléose infectieuse), candidosiques (muguet) ou bactériennes (gingivite), généralement de pronostic favorable.
Ces causes sont à traiter comme chez l'adulte, mais en tenant aussi compte des contre-indications pouvant concerner les enfants, ainsi que des difficultés d'observance propres à ces âges[8]. Le traitement est essentiellement symptomatique, visant à maintenir une alimentation et une hydratation suffisantes, avec recours aux antalgiques (de palier 2 ou 3 selon l’évaluation de la douleur)[9]. À l’hôpital Trousseau, sur 4 ans de suivi des cas pédiatriques, un antalgique a été prescrit dans 87 % des cas (paracétamol dans 73 % des cas, et codéine (50 %), et plus rarement des AINS (1 %) voire de la morphine (1 %), alors que les études pédiatriques sur les stratégies thérapeutiques optimales manquaient[1].
Traitement
modifierLe traitement des stomatites associe[2] :
- un traitement symptomatique : bains de bouche antiseptiques, solutions tampons d'eau bicarbonatée, avec antalgiques par voie générale une alimentation provisoirement mixée et froide ;
- un traitement de la douleur (à adapter à l'enfant selon son âge)[1] ;
- un traitement des facteurs favorisants : alimentation équilibrée et bonne hygiène buccale, suppression de l'alcool et/ou du tabac… ;
- un traitement de la cause, par exemple avec un anti-infectieux spécifique (ex : une stomatite candidosique sera traitée par un anti-fongique local en bains de bouche (nystatine, Amphotéricine B chez le patient immuno-compétent, ou par le fluconazole per os chez le patient immuno-compromis. Si la stomatite était induite par la malnutrition ou des troubles de malabsorption, un éventuel déficit en fer, en vitamines B2 (riboflavine) : 490 , B3 (niacine), B6 (pyridoxine), B9 (acide folique) et B12 (cobalamine) est recherché et le cas échéant traité (le fer est essentiel à la régulation génétique de la réplication et de la réparation cellulaires, dont l'altération entraîne une régénération épithéliale inefficace au niveau buccal et labial)[10].
Chez les reptiles et espèces non-mammaliennes
modifierLa stomatite — souvent appelée « mouth rot » chez les animaux en captivité — est largement observée, contrairement aux populations sauvages (où sa fréquence est cependant mal connue).
Ses causes diffèrent partiellement de celles observées chez l'humain : si des facteurs communs comme les carences nutritionnelles ou l'immunodépression peuvent favoriser l'inflammation, les mécanismes propres à Homo sapiens ne sont pas impliqués, les déclencheurs les plus courants étant l'ingestion de substrat, les blessures infligées par des proies ou d'autres traumatismes buccaux, qui permettent à des bactéries normalement inoffensives de devenir pathogènes dans des états d'immunosuppression[11]. La réponse immunitaire des reptiles présente des similitudes avec celle des mammifères — vasodilatation, œdème — mais repose sur les hétérophiles, équivalents reptiliens des neutrophiles, quand des enzymes et/ou des toxines bactériennes provoquent une nécrose locale, les reptiles ne disposant pas des enzymes nécessaires pour dégrader ces tissus morts, ce qui conduit à la formation d'un pus épais et sec appelé exsudat caséeux. Si l'infection n'est pas traitée, l'organisme tente de l'isoler en formant un abcès composé de couches de macrophages, d'hétérophiles et de tissu conjonctif[12] ; en cas d'échec, l'atteinte peut s'étendre à l'os mandibulaire, les bactéries peuvent gagner la circulation sanguine ou l'exsudat caséeux peut être aspiré, entraînant une pneumonie bactérienne potentiellement mortelle[13].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 De Suremain, N., ARMENGAUD, J., Arnaud, C., Tournier, C., Gatterre, P., Hamila, F., … et CARBAJAL, R. (2014). « La douleur engendrée par les stomatites chez l’enfant», Réalités pédiatriques, 183, p. 16-18 [lire en ligne].
- 1 2 Faculté de médecine de Strasbourg, Stomatites et kératoses. Pathologies non tumorales de la muqueuse buccale, (lire en ligne).
- ↑ Chen, C., Chevrot, D., Contamin, C., Romanet, T., Allenet, B., et Mallaret, M. (2004). Stomatite et agueusie induites par candésartan. Nephrologie, 25(3), 97-9.
- ↑ E. Vigarios, M. Beylot-Barry, M.-H. Jegou et L. Oberic, « Stomatite sévère induite par l'ibrutinib : première caractérisation », Annales de Dermatologie et de Vénéréologie, vol. 145, no 12, , S154–S155 (DOI 10.1016/j.annder.2018.09.199, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Mycofilm et stomatite prothétique - Clinic n° 10 du 01/10/2021 », sur editionscdp.fr (consulté le ).
- ↑ Katia Savignac, Stomatite prothétique, candidose orale et leur évolution dans le temps (mémoire), Montréal, Université de Montréal, , 100 p. (OCLC 969910523, DOI 10.71781/3182, hdl 1866/5752, S2CID 68764091).
- ↑ (en) Alterio D, Jereczek-Fossa BA, Fiore MR, Piperno G, Ansarin M, Orecchia R. « Cancer treatment-induced oral mucositis » Anticancer Res. 2007 Mar-Apr;27(2):1105-25. .
- 1 2 B Michel, B Pulvermacker, C Bertolus et G Couly, « Stomatites du nourrisson et de l'enfant », Journal de Pédiatrie et de Puériculture, vol. 16, no 5, , p. 267–280 (DOI 10.1016/S0987-7983(03)00012-4, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Afssaps (juin 2009). Prise en charge médicamenteuse de la douleur aiguë et chronique chez l’enfant. Recommandations de bonne pratique.
- ↑ (en) Yamada T, Alpers DH, et al. (2009). Textbook of gastroenterology (5th ed.). Chichester, West Sussex: Blackwell Pub. ISBN:978-1-4051-6911-0.
- ↑ (en) Nathana Beatriz Martins, Lucas Arthur Ricardo, André Luiz Quagliatto et Rafael Rocha de Souza, « Green Anaconda (Eunectes murinus) with Bacterial Clinical Stomatitis », Acta Scientiae Veterinariae, vol. 47, (ISSN 1679-9216, DOI 10.22456/1679-9216.94033).
- ↑ Divers, Stephan; Comolli, Jessica (juillet 2025). "Bacterial Diseases of Reptiles". MSD Manual Veterinary Manual. consulté le 1er décembre 2025
- ↑ (en) Stephen J Mehler et R.Avery Bennett, « Oral, dental, and beak disorders of reptiles », Veterinary Clinics of North America: Exotic Animal Practice, vol. 6, no 3, , p. 477–503 (DOI 10.1016/S1094-9194(03)00032-X).
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Janelle V, Poliquin L & Lamarre A (2013) Le virus de la stomatite vésiculaire dans la lutte contre le cancer. médecine/sciences, 29(2), 175-182 |url=https://www.medecinesciences.org/articles/medsci/abs/2013/02/medsci2013292p175/medsci2013292p175.html.
- S. Fourmond, B. Gutierrez, M.P. Gourin et S. Delaumenie, « Intérêt de l'Aprémilast dans les stomatites aphteuses récurrentes idiopathiques : étude de deux cas cliniques », La Revue de medecine interne, vol. 43, no 5, , p. 312–315 (DOI 10.1016/j.revmed.2022.01.007, lire en ligne, consulté le ).