Séminaire de Larressore
Le séminaire de Larressore est un ancien établissement d'enseignement religieux situé à Larressore, dans le département français des Pyrénées-Atlantiques, en région Nouvelle-Aquitaine.
| Type | |
|---|---|
| Destination initiale |
Petit séminaire |
| Destination actuelle |
Logements et chapelle patrimoniale |
| Style | |
| Construction |
1733-1865 |
| Propriétaire |
Commune |
| Patrimonialité |
| Pays |
France |
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| Département | |
| Commune |
| Coordonnées |
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Fondé en 1733 par l'abbé Jean Daguerre, il constitue aux XVIIIe et XIXe siècles un centre culturel et religieux important du Pays basque nord. Il forme de nombreux élèves destinés à la vie religieuse, mais aussi des personnalités civiles, littéraires et culturelles du Pays basque.
Après sa fermeture comme établissement d'enseignement, le site connaît plusieurs usages : hôpital militaire, sanatorium, puis service médico-psychologique. Réhabilité au début du XXIe siècle, il est aujourd'hui en grande partie reconverti en logements. Sa chapelle et les bâtiments de l'ancien séminaire sont protégés au titre des monuments historiques depuis 2005.
Historique
modifierFondation et premiers développements
modifierL'établissement est fondé par l'abbé Jean Daguerre le . Une assemblée des propriétaires de la paroisse décide alors la construction d'un petit séminaire avec une chapelle, aux frais de la communauté. Le projet vise à donner une formation religieuse et intellectuelle à des jeunes gens du pays, dans une région où l'accès à l'enseignement reste limité[1],[2].
Les premiers bâtiments sont occupés dès 1733, mais l'ensemble reste insuffisant. L'abbé Daguerre obtient ensuite des soutiens financiers, notamment auprès du duc d'Orléans, ce qui permet d'achever les travaux et d'ouvrir plus largement l'établissement[3].
En 1739, des élèves venus du Pays basque nord et du Pays basque sud y étudient la philosophie et la théologie. Le collège se développe rapidement et exerce une influence sur le clergé et les paroisses du diocèse de Bayonne, ainsi que sur les diocèses voisins de Dax et d'Oloron[3]. Certains étudiants poursuivent ensuite leur formation dans des universités françaises ou ibériques, notamment à Toulouse, Bordeaux, Paris, Saragosse, Salamanque ou Coimbra[3].
D'abord destiné aux études littéraires, le petit séminaire accueille aussi un enseignement de théologie dès 1739. L'abbé Jean-Marie Cazauran présente cette évolution comme un élément important du développement de l'établissement au sein de la province ecclésiastique d'Auch[4].
Les bâtiments sont agrandis et embellis au cours des XVIIIe et XIXe siècles. La notice de la base Mérimée indique qu'ils sont édifiés jusqu'en 1865 et s'organisent autour de deux cours[5].
Révolution française et reprise au XIXe siècle
modifierPendant la Révolution française, le séminaire est touché par les mesures prises contre les prêtres refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé. En octobre 1792, les prêtres doivent quitter l'établissement. Le bâtiment est ensuite racheté par la commune de Larressore[2],[3].
Le séminaire rouvre en 1820. La reprise est progressive, car les bâtiments ont souffert de la période révolutionnaire et les moyens matériels restent limités. L'arrivée de l'abbé Claverie comme supérieur marque une étape importante dans la réorganisation pédagogique et religieuse du petit séminaire[6].
Dans les années 1820, Larressore réunit plusieurs jeunes ecclésiastiques appelés à jouer un rôle important dans le diocèse de Bayonne. Louis-Édouard Cestac y enseigne notamment les mathématiques, la musique, la philosophie et la religion, tout en exerçant les fonctions d'économe de la communauté[6]. Michel Garicoïts, futur fondateur des Prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram, y séjourne également dans cette période[6]. En 1821, il est chargé d'enseigner au petit séminaire, tout en poursuivant ses études de théologie en dehors de ses cours[7].
Cette période donne au séminaire une place notable dans la formation du clergé local. L'enseignement ne se limite pas à la préparation religieuse : il comprend aussi des matières générales, des exercices littéraires, une formation musicale et une discipline de vie communautaire[6]. Le séminaire retrouve ainsi une partie de son rayonnement au XIXe siècle[3].
Après le vote de la loi de séparation des Églises et de l'État, le petit séminaire est évacué le et devient propriété de l'État[2].
Hôpital militaire et établissement sanitaire
modifierPendant la Première Guerre mondiale, l'ancien séminaire devient l'hôpital auxiliaire no 216. En août 1914, face à l'afflux de blessés, l'autorité militaire accepte l'aide de propriétaires et de notables locaux. Pierre Estevez Abreu, soutenu par Alice Barthou, participe à l'installation de l'établissement. En quelques jours, les locaux sont nettoyés, repeints et dotés de 140 lits. Le , 102 blessés arrivent à Larressore[8].
Le , Edmond Rostand, installé à Cambo-les-Bains, et Louis Barthou visitent l'hôpital et constatent le manque de moyens médicaux. Par la suite, l’administration préfectorale envoie le docteur Alfred Jacquemin, qui aménage une salle de chirurgie. Alice Barthou y exerce comme infirmière-chef avant de quitter son poste après la mort de son fils en décembre 1914[8].
À partir de 1916, l'hôpital reçoit notamment des soldats tuberculeux ou atteints par les gaz de combat. Il est équipé d'un appareil de radiographie ; 826 soldats y sont radiographiés entre octobre 1917 et janvier 1919[8]. La commune indique que 254 soldats meurent à l'hôpital pendant la guerre et qu'un cimetière militaire est créé à Larressore[9].
Après la guerre, l'ancien séminaire devient un sanatorium départemental. Il est agrandi en 1935-1936[2]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les bâtiments sont occupés par l'armée allemande et peuvent accueillir ponctuellement près d'un millier de soldats[2]. Après 1945, le site retrouve une fonction sanitaire ; un nouveau bâtiment est construit dans les années 1950 et inauguré en 1957[2].
Au début des années 1970, l'ensemble est cédé au centre hospitalier de Bayonne et devient le service médico-psychologique de Larressore, ouvert le . Celui-ci ferme définitivement en 1995[2].
Sauvegarde et réhabilitation
modifierAprès la fermeture du service médico-psychologique en 1995, le site reste désaffecté et se dégrade. La commune de Larressore l'acquiert en janvier 2000 pour le franc symbolique. La question de son avenir suscite alors des débats entre la commune, les services de l'État, les associations de sauvegarde et les opérateurs immobiliers[2].
La protection au titre des monuments historiques en 2005 permet d'engager une importante opération de sauvegarde et de réhabilitation. Les travaux, conduits sous la direction de l'architecte du patrimoine Isabelle Joly, se déroulent entre 2005 et 2008[2]. Le chantier, mené sur environ 4 500 m2, représente un coût d'environ 7,2 millions d'euros hors taxes et aboutit notamment à la création de 51 logements dans les anciens bâtiments du séminaire[2].
La restauration vise à conserver les éléments caractéristiques du lieu : longues circulations, escaliers, menuiseries, ferronneries, structures anciennes et maçonneries en galets hourdées à la chaux. La chapelle, conservée par la commune, fait également l'objet d'une restauration achevée vers 2010[2],[10].
Localisation
modifierLe séminaire est situé dans le bourg de Larressore, en Labourd, à proximité de Cambo-les-Bains et d'Ustaritz. Il s'inscrit dans un ensemble bâti dominant le village et conserve des éléments liés à ses fonctions successives d'établissement religieux, d'hôpital, de sanatorium et de centre sanitaire[5].
Architecture et décor
modifierL'ancien séminaire est organisé autour de deux cours et présente un intérêt architectural lié à son ordonnance néo-classique, à ses terrasses, à ses escaliers et au pont réalisé par Joseph Hiriart[5].
La chapelle conserve un décor intérieur comprenant des sculptures de l'atelier Virebent, des vitraux de la maison Didron et des peintures du chœur dues à Louis Decrept et Degrand[5]. Elle conserve également plusieurs peintures espagnoles, dont L'Archange saint Michel terrassant le démon, installé à Larressore entre 1820 et 1829 et attribué à Vicente Berdusán par l'historien de l'art Frédéric Jiméno[11],[12].
D'autres tableaux protégés au titre des monuments historiques y sont conservés, notamment Sainte Anne assise portant la Vierge à l'Enfant Jésus sur ses genoux[13] et L'Immaculée Conception[14].
Protection patrimoniale
modifierLa chapelle est classée au titre des monuments historiques par arrêté du . L'ancien séminaire en totalité, à l'exclusion de la chapelle classée, ainsi que le pont réalisé par Joseph Hiriart, les terrasses et leurs escaliers, sont inscrits par arrêté du [5].
Personnalités liées au séminaire
modifierDe nombreuses personnalités y font leurs études ou y enseignent, parmi lesquelles Louis-Édouard Cestac, Michel Garicoïts, Jean-Pierre Duvoisin, Martin Duhalde, Jean-Baptiste Elizanburu et Jean Hiriart-Urruty[3],[6].
Plusieurs anciens élèves sont membres de l'Académie de la langue basque, notamment Jean-Blaise Adema, Jean Élissalde, Jules Moulier, Martin Landerretche et Jean Saint-Pierre[3],[15].
Notes et références
modifier- ↑ César Duvoisin, Vie de M. Daguerre, fondateur du séminaire de Larressore, Bayonne, Vve Lamaignère, , 520 p. (lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Isabelle Joly, « La restauration du séminaire de Larressore, 2005-2008 », Bulletin du Musée basque, no 176, 2e semestre 2010, p. 23-42 (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 Nicole Bergara et Jakes Mestelan, « L'ancien Petit Séminaire ou Collège de Larressore », Euskonews, no 122, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean-Marie Cazauran, Séminaires de la province d'Auch, Auch, Moulès, , 117 p. (lire en ligne), p. 34-36.
- 1 2 3 4 5 « Ancien séminaire », notice no PA64000055, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- 1 2 3 4 5 Pierre-Édouard Puyol, Vie du serviteur de Marie, L.-E. Cestac, fondateur de Notre-Dame-du-Refuge, diocèse de Bayonne, Paris, Vve Poussielgue-Rusand, (lire en ligne), p. 34-67.
- ↑ « Saint Michel Garicoïts », sur Diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron (consulté le ).
- 1 2 3 Olivier Ribeton, « La Grande Guerre, Bayonne… », Bulletin du Musée basque, no 183, 2e semestre 2014, p. 10-30 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Larressore et les guerres », sur Commune de Larressore (consulté le ).
- ↑ « Chapelle du Séminaire », sur Tourisme 64 (consulté le ).
- ↑ « Tableau : Archange saint Michel terrassant le démon », notice no PM64000728, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.
- ↑ Frédéric Jiméno, « Un tableau de Vicente Berdusán (1632-1697) : Le Saint Michel terrassant le démon du petit séminaire de Larressore », Bulletin du Musée basque, no 186, 1er semestre 2016, p. 59-68 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Tableau : Sainte Anne assise portant la Vierge à l'Enfant Jésus sur ses genoux », notice no PM64000727, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.
- ↑ « Tableau : Immaculée Conception (L') », notice no PM64000729, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.
- ↑ « Larresoroko seminarioa », Gure Herria, .
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Joxe Azurmendi, Pentsamenduaren historia Euskal Herrian, Andoain, Jakin, , Larresoroko Seminarioa.
- Jean-Marie Cazauran, Séminaires de la province d'Auch, Auch, Moulès, , 117 p. (lire en ligne).
- Jean Desobeau, Le séminaire de Larressore de 1733 à nos jours : un trésor d'art et d'histoire en Pays basque, Balma, Éditions du Piémont pyrénéen, (ISBN 2-9520579-0-7).
- César Duvoisin, Vie de M. Daguerre, fondateur du séminaire de Larressore, Bayonne, Vve Lamaignère, , 520 p. (lire en ligne).
- Manex Goyhenetche, Les Basques et leur histoire. Mythes et réalités, Elkar, .
- « Larresoroko seminarioa », Gure Herria, .
- Pierre Haristoy, Recherches historiques sur le Pays Basque, Bayonne, Lasserre, .
- Frédéric Jiméno, « Un tableau de Vicente Berdusán (1632-1697) : Le Saint Michel terrassant le démon du petit séminaire de Larressore », Bulletin du Musée basque, no 186, 1er semestre 2016, p. 59-68 (lire en ligne).
- Isabelle Joly, « La restauration du séminaire de Larressore, 2005-2008 », Bulletin du Musée basque, no 176, 2e semestre 2010, p. 23-42 (lire en ligne).
- Pierre-Édouard Puyol, Vie du serviteur de Marie, L.-E. Cestac, fondateur de Notre-Dame-du-Refuge, diocèse de Bayonne, Paris, Vve Poussielgue-Rusand, (lire en ligne).
- Olivier Ribeton, « La Grande Guerre, Bayonne… », Bulletin du Musée basque, no 183, 2e semestre 2014, p. 10-30 (lire en ligne).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à l'architecture :
- « Patrimoine », sur Commune de Larressore (consulté le )
