Tansoba Naaba
Tansoba (en mooré : tãsoaba, au pluriel tãsob-n-dãmba), également désigné sous les formes Tansoba Naaba, Mouss-Tansoba ou Rim-Tansoba, est un titre coutumier des Mossi du Burkina Faso.
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Il désigne un chef militaire chargé de la défense d’un royaume ou d’une chefferie.
Dans le royaume mossi de Ouagadougou, le grand Tansoba est l’un des principaux dignitaires du Mogho Naaba et le commandant de l’armée traditionnelle.
Étymologie
modifierLe mot tãsoaba est formé du radical tãp-, provenant de tãpo, qui signifie « arc », et de soaba, qui désigne le propriétaire d’une chose. Le titre signifie ainsi « propriétaire de l’arc » ou « homme de l’arc »[1]. L’arc, arme associée à cette fonction, symbolise la vocation guerrière, la protection du territoire et le maintien de l’ordre au sein du royaume[1].
Origines
modifierLes traditions relatives à l’origine du Tansoba présentent plusieurs récits. Selon une tradition rapportée par Yamba Tiendrebéogo, le Tansoba appartient au groupe des chefs ninissi qui contrôlaient la région de Ouagadougou avant l’établissement de la chefferie mossi[1].
Une autre tradition orale rattache l’institution à Oubri, fondateur du royaume de Ouagadougou. Celui-ci aurait intégré à son armée des guerriers établis à Tãsobentẽnga. L’un d’eux, réputé pour son habileté à manier l’arc et les flèches, aurait reçu le nom de Tãp-soaba, devenu progressivement tãsoaba[2].
Descriptions
modifierFonctions
modifierLe Tansoba dirige les guerriers et organise la défense du territoire contre les attaques extérieures. Il assure également la protection du souverain, de la cour et des institutions du royaume. En période de guerre, il commande les troupes, notamment les archers, et coordonne les opérations militaires[1].
Dans l’organisation du royaume de Ouagadougou, le grand Tansoba appartient aux kug-zĩidba, les dignitaires de la cour du Mogho Naaba. Il est décrit comme le maître de la guerre et comme l’un des premiers ministres du souverain[1]. Il fait également partie des dignitaires participant traditionnellement à la désignation d’un nouveau Mogho Naaba[3].
Le terme tãsoaba peut désigner de manière générale différents chefs de guerre des royaumes et chefferies mossi. Le titre de Mouss-Tansoba ou de Rim-Tansoba est plus particulièrement associé au grand dignitaire établi à Tãsobentẽnga, dans la commune de Saaba, à l’est de Ouagadougou[2].
Tãsobentẽnga
modifierTãsobentẽnga est considéré comme le siège traditionnel du grand Tansoba du royaume de Ouagadougou. Sa situation à environ 25 km à l’est de la capitale aurait permis à ses guerriers de constituer une troupe d’avant-garde chargée de protéger l’accès oriental du royaume[4].
Le Mouss-Tansoba détient son autorité du Mogho Naaba, qui procède à son intronisation. Il est également chef coutumier de Tãsobentẽnga, grand maître des archers et gardien des objets et rites associés à la guerre[2]. Selon la tradition, il ne se rend à Ouagadougou que dans certaines circonstances, notamment à la demande du souverain ou à l’occasion de cérémonies particulières[4].
Attributs et représentations
modifierL’arc, les flèches, la lance et le sabre figurent parmi les principaux attributs du Tansoba. Le grand Tansoba porte notamment un bonnet rouge, présenté comme un symbole de puissance, de vitalité et de détermination[2].
Les devises guerrières, appelées zab-yõore en mooré, occupent une place importante dans la représentation de la fonction. Elles rappellent au titulaire ses devoirs et mettent en valeur le courage, la loyauté, la probité, le respect de la parole donnée et le sacrifice au service du royaume[1]. Les études ethnolinguistiques consacrées à ces devises présentent le Tansoba comme une figure à la fois admirée et redoutée, associée à la bravoure et à la protection de la communauté[2].
Titulaires
modifierLa fonction de Tansoba subsiste dans l’organisation coutumière mossi. En 2001, un Mouss-Tansoba est intronisé par le Mogho Naaba après une vacance du trône commencée en 1982. Il accomplit en 2005 une visite cérémonielle à la cour royale de Ouagadougou afin de rendre hommage au souverain[4].
En juillet 2024, le treizième Rim-Tansoba de Tãsobentẽnga est officiellement consacré au palais du Mogho Naaba, avant son installation à Sabtenga comme chef de canton, grand maître des archers et ministre coutumier de la Guerre[5].
Succession des Rim-Tansoba de Tãsobentẽnga
modifierAvant 2024, douze chefs s'étaient succédé à la tête de Tãsobentẽnga[6].
Une étude de Moumouni Zoungrana et Sida-Léon Dakissaga consacrée au Tãsoaba de Tãsobentẽnga indique que « depuis l'existence du canton, douze chefs se sont succédé à Tãsobentẽnga »[7]. Cette numérotation, confirmée en 2014, qualifie Guiguemdé de « 12e Tansoaba »[8]. L'intronisation, le 9 juillet 2024, de Rim-Tansoba, est présenté comme le « 13e Rim-Tansoba »[6].
La reconstitution actuellement vérifiable est :
| Rang | Nom de règne ou appellation | Nom civil ou traditionnel | Période | Éléments biographiques et statut de l'identification | Sources |
|---|---|---|---|---|---|
| — | Yer-bãnga Koum dèegma |
Somkeita ou Somkieta | Époque de Naaba Oubri | Ancêtre traditionnel de la lignée de Tãsobentẽnga. Selon la tradition rapportée en 2005, Somkeita et son frère cadet Sommèta, originaires de Naleudogo, dans l'actuel Ghana, s'allient à Naaba Oubri et participent à la formation du royaume de Ouagadougou. Somkeita prend le nom de guerre « Koum dèegma » puis s'établit à Tansobtenga, tandis que son frère reste auprès du souverain et est présenté comme l'ancêtre du Goungha Naaba. Une étude universitaire désigne l'aîné sous l'appellation « Yer-bãnga », « porteur du fer ». Il demeure difficile de lui attribuer explicitement le rang de premier Rim-Tansoba. | [9],[7],[10] |
| 1er à 10e | Noms non encore identifiés individuellement | [7],[note 1] | |||
| Rang indéterminé parmi les dix premiers | Tapsoba | - | Attesté sous Naaba Sanem (1871-1889), puis dans les récits concernant l'époque de Naaba Wobgho (1889-1897) | Yamba Tiendrebeogo rapporte qu'un Tapsoba commandait l'armée envoyée par Naaba Sanem contre Boussouma. Après l'échec de cette opération, le Tapsoba regagne son village de résidence, Tansobintenga. La fonction de grand Tansoba est attestée lors des conflits de la fin du XIXe siècle, sans le nom personnel du titulaire. | [11],[12] |
| 11e[note 2] | Mouss Tansoba Liguidi | - | 1934-1982 | Intronisé en 1934. Il règne pendant 48 ans et meurt en 1982. Il est le père et le prédécesseur immédiat de Guiguemdé. Après sa mort, le trône reste vacant jusqu'au 1er mai 2001. | [9] |
| 12e | Mouss Tansoba Guiguemdé Dim-Tansoaba Guiguemdé variante : Guigmdé |
- | – | Fils de Liguidi. Intronisé le 1er mai 2001, il est présenté en 2014 comme le « 12e Tansoaba » et le « 12e chef » de Tansobentenga. Chef de canton de Sabtenga, grand maître des archers et ministre de la Guerre du Mogho Naaba, il meurt le 31 octobre 2022 à Tansobintenga, à l'âge annoncé de 105 ans. | [9],[8],[13] |
| 13e | Rim-Tansoba Belempinka variante attestée : Belempèka |
Blaise Talato Yerbanga | – | Fils aîné de Guiguemdé. À l'état civil, il porte le nom de Blaise Talato Yerbanga. Il est intronisé le 9 juillet 2024 à Yaoghin, dans le quartier de Zagtouli, par le Mogho Naaba Baongho et est présenté comme le 13e Rim-Tansoba. Il s'appelle provisoirement « Tansoba Naaba Tanga »; il devait encore présenter officiellement ses Zab Yõy, ses noms de guerre et de règne, au Mogho Naaba. Il meurt à Tansobintenga le 20 octobre 2024. | [6],[14],[15],[note 3] |
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Sources susceptibles de compléter les rangs 1 à 10 : La principale lacune concerne les noms des titulaires antérieurs à Liguidi. Plusieurs travaux spécialisés apparaissent susceptibles de conserver cette tradition dynastique, mais leur texte intégral n'est pas librement accessible en ligne : Titinga Frédéric Pacéré, Les Tansoba, guerriers traditionnels au Burkina Faso, Paris, L'Harmattan, 2009, 219 p. (ISBN 9782296106789). L'ouvrage traite spécifiquement des Tansoba, mais les extraits accessibles montrent également des Tansoba appartenant à d'autres localités, tels ceux de Gargin ou de Tuili : leurs noms ne doivent donc pas être introduits dans la succession de Tãsobentẽnga sans source établissant explicitement ce lien. Sida-Léon Dakissaga, L'image du Tãsoaba à travers les Zab-yʋya, mémoire de master, Université Joseph-Ki-Zerbo, 2018, 117 p.[1]. Ce travail est particulièrement pertinent car il porte directement sur les devises ou noms de guerre du Tãsoaba. Moumouni Zoungrana et Sida-Léon Dakissaga, « Devises et représentations sociales du Tãsoaba de Tãsobentẽnga », qui confirme le nombre de douze titulaires antérieurs à 2024 mais ne fournit pas, dans les passages publiquement indexés, leur liste nominative complète[2]. Ainsi, les trois derniers titulaires de la série peuvent être reconstitués avec un niveau de certitude élevé : Liguidi → Guiguemdé (12e) → Belempinka/Blaise Talato Yerbanga (13e). Le fondateur traditionnel Somkeita/Yer-bãnga/Koum dèegma est également identifiable, mais son rang ordinal dans la série des douze chefs n'est pas explicitement donné par les sources disponibles. Les noms permettant de compléter sans extrapolation les rangs 1 à 10 restent à rechercher dans les travaux spécialisés ou dans une source publiée de la chefferie de Tãsobentẽnga.
- ↑ Le rang de Liguidi résulte de la succession documentée : il est le prédécesseur immédiat et le père de Guiguemdé, lequel est explicitement identifié comme le 12e Tansoaba. La source de 2005 ne qualifie cependant pas elle-même Liguidi de « 11e Tansoba ».
- ↑ La mort de Belempinka ne permet pas de conclure que la fonction est demeurée vacante. Des avis publiés en février et mars 2026 mentionnent de nouveau « le Tansoaba de Tansobtenga », sans toutefois donner son nom. En l'état des sources retrouvées, le nom d'un éventuel 14e Rim-Tansoba ne peut donc pas être établi.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Barthélemy Kaboré, « Les devises du Tãsoaba, une source d’inspiration pour la lutte contre l’extrémisme violent », Liens Nouvelle Série, vol. 1, no 30, , p. 31-46 (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Moumouni Zoungrana et Sida-Léon Dakissaga, « Devises et représentations sociales du Tãsoaba de Tãsobentẽnga » [PDF], sur revues.acaref.net (consulté le ), p. 361-375.
- ↑ (en) Daniel Miles McFarland et Lawrence A. Rupley, Historical Dictionary of Burkina Faso, Lanham, Scarecrow Press, (ISBN 0-8108-3405-7, lire en ligne), p. 134.
- 1 2 3 Étienne Nassa, « Chefferie coutumière : Mouss Tansoba fait allégeance au Mogho Naba », sur LeFaso.net, (consulté le ).
- ↑ « Ouagadougou : le 13e Rim-Tansoba accède au trône à Sabtenga », sur Infos Culture du Faso, (consulté le ).
- 1 2 3 Parfait Fabrice Sawadogo, « Ouagadougou : Le 13e Rim-Tansoba accède au trône à Sabtenga », sur Infos Culture du Faso, (consulté le )
- 1 2 3 Moumouni Zoungrana et Sida-Léon Dakissaga, « Devises et représentations sociales du Tãsoaba de Tãsobentẽnga », Revue DELLA/Afrique, vol. 5, no spécial, , p. 361-376 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Ministère de la Défense du Moogho : Dim-Tansoaba Guiguemdé prend… », sur NetAfrique, (consulté le )
- 1 2 3 Étienne Nassa, « Chefferie coutumière : Mouss Tansoba fait allégeance au Mogho Naba », sur leFaso.net, (consulté le )
- ↑ « Culture : L'histoire des « Tansobendamba » racontée », sur Minute.bf (consulté le )
- ↑ Yamba Tiendrebeogo dit Naba Abgha, « Histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou », Journal de la Société des Africanistes, t. 33, no 1, , p. 7-46 (DOI 10.3406/jafr.1963.1365, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Septembre 1896 – septembre 2016, il y a 120 ans la bataille et la prise de Ouagadougou (2/2) », sur leFaso.net, (consulté le )
- ↑ « Communiqué nécrologique : Décès de son Excellence le Rim-Tansoba (Mouss Tansoba) », sur NetAfrique, (consulté le )
- ↑ Wend-n-bogdé Harold Alex Kaboré, « Panghin : le Mouss Tansoba reçoit son nom de guerre vendredi prochain », sur L'Observateur Paalga, (consulté le )
- ↑ « Communiqué nécrologique : Décès de son Excellence le Rim-Tansoba BELEMPINKA (Mouss Tansoba), chef de canton de Sabtenga, grand maître des archers et ministre de guerre du Mogho Naba », sur Burkina24, (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifierOuvrages
modifier- Titinga Frédéric Pacéré, Les Tansoba, guerriers traditionnels au Burkina Faso, Paris, L’Harmattan, , 219 p. (ISBN 978-2-296-10678-9)
- Antoine Augustin Dim Delobsom (préf. Robert Randau), L'Empire du Mogho-Naba : Coutumes des Mossi de la Haute-Volta, Paris, Domat-Montchrestien, coll. « Études de sociologie et d'ethnologie juridiques » (no 11), , 303 p. (présentation en ligne)
- Yamba Tiendrébéogo (rédaction et annotations de Robert Pageard), Histoire et coutumes royales des Mossi de Ouagadougou, Ouagadougou, Chez le Larhallé Naba, , 208 p. (présentation en ligne)
- (en) Elliott P. Skinner, The Mossi of the Upper Volta : The Political Development of a Sudanese People, Stanford, Stanford University Press, , 236 p.
- Michel Izard, Introduction à l'histoire des royaumes mossi, Paris et Ouagadougou, CNRS et Centre voltaïque de la recherche scientifique, coll. « Recherches voltaïques » (no 12-13), , 434 p. (présentation en ligne)
- Michel Izard, Gens du pouvoir, gens de la terre : Les institutions politiques de l'ancien royaume du Yatenga (Bassin de la Volta Blanche), Cambridge et Paris, Cambridge University Press et Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 594 p. (ISBN 978-2-7351-0120-7)
- Michel Izard, Moogo : L'émergence d'un espace étatique ouest-africain au XVIe siècle : étude d'anthropologie historique, Paris, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », , 394 p. (ISBN 978-2-84586-449-8)
- Benoît Beucher, Manger le pouvoir au Burkina Faso : La noblesse mossi à l'épreuve de l'Histoire, Paris, Karthala, , 360 p. (ISBN 978-2-8111-1693-4, présentation en ligne)
Articles
modifier- Yamba Tiendrébéogo (rédaction de Robert Pageard), « Histoire traditionnelle des Mossi de Ouagadougou », Journal de la Société des africanistes, vol. 33, no 1, , p. 7-46 (DOI 10.3406/jafr.1963.1365, lire en ligne, consulté le )
- Anne-Marie Duperray, « Les Yarse du royaume de Ouagadougou : l'écrit et l'oral », Cahiers d'études africaines, vol. 25, no 98, , p. 179-212 (DOI 10.3406/cea.1985.1747, lire en ligne, consulté le )
- Robert Pageard, « Une enquête historique en pays mossi », Journal de la Société des africanistes, vol. 35, no 1, , p. 11-66 (DOI 10.3406/jafr.1965.1390, lire en ligne, consulté le )
- Yoporeka Somet, « Le Morho-Naba et sa Cour : un commentaire du texte de Dim Delobsom à la lumière de l'égyptologie », ANKH, nos 21-22, 2012-2013, p. 80-125 (lire en ligne [PDF], consulté le )