Le Tchamba, aussi orthographié Tsamba, Tsaba, Tsemba ou Tseba, est un culte de possession lié au vaudou, pratiqué par des populations mina et éwé, surtout dans le sud du Togo et dans le sud du Bénin. Il est associé à la mémoire de l'esclavage, aux esprits d'esclaves morts et aux relations entre descendants d'esclaves et descendants de propriétaires d'esclaves.

Danseuses lors d'une cérémonie vaudou à Lomé.
Sanctuaire vaudou à Abomey, au Bénin.

Dans ce culte, les esprits appelés Tchamba sont compris comme ceux d'hommes et de femmes réduits en esclavage, souvent venus de régions situées plus au nord. Le nom renvoie au peuple Tchamba et à la préfecture de Tchamba, dans la région Centrale du Togo, mais les esprits honorés ne sont pas tous d'origine tchamba. Les sources ethnographiques montrent que ces esprits peuvent aussi être associés aux Kabyés, aux Mossi, aux Haoussas, aux Tem ou à d'autres groupes du nord.

La figure de Mama Tchamba, ou « Mère Tchamba », occupe une place importante dans ce système rituel. Elle représente souvent une ancêtre esclave ou une mère d'esprits d'esclaves. Le culte sert à apaiser ces esprits, à reconnaître une dette envers eux et à rendre visible une part longtemps refoulée de l'histoire sociale des familles mina et éwé.

Contexte religieux

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Le Tchamba appartient à l'univers religieux du vaudou ou vodu, terme qui désigne des divinités, des forces ou des esprits dans plusieurs langues gbe. Dans les sociétés mina et éwé, les esprits peuvent être liés à une famille, à un clan, à un métier, à un lieu naturel ou à une origine étrangère[1].

La possession est comprise comme l'entrée d'un esprit dans le corps d'une personne. Elle peut se manifester par la transe, l'extase, des maladies, des troubles du comportement ou des malheurs répétés. Le but du rituel n'est pas toujours de chasser l'esprit. Il s'agit souvent de l'identifier, de comprendre ce qu'il réclame, puis de l'honorer afin de rétablir une relation acceptable avec lui[2].

Les cultes de possession sont souvent étudiés dans le cadre des rapports de pouvoir. Dans certaines sociétés, ils donnent à des groupes marginalisés un espace d'expression et de reconnaissance. Dans d'autres cas, ils peuvent aussi servir des groupes dominants qui cherchent à renforcer leur autorité[3]. Les études comparatives rapprochent ces phénomènes d'autres cultes africains, comme le Zar en Égypte et au Soudan, le Stambali en Tunisie, le Bori au Nigeria, le Pepo sur la côte orientale de l'Afrique ou le Vimbuza en Afrique australe.

Le Tchamba est proche d'autres cultes de possession de la région, comme le Gorovodu, le culte de Mami Wata, le Yewevodu ou les cultes liés à Sakpata. Ces cultes sont souvent syncrétiques : ils intègrent des éléments venus de plusieurs régions, religions et traditions rituelles[4]. Le Gorovodu et le Tchamba sont aussi interprétés comme des réponses locales aux effets du colonialisme, de la traite négrière et des transformations politiques[5].

Rapport à l'esclavage

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Le culte Tchamba s'inscrit dans l'histoire de l'esclavage en Afrique de l'Ouest. Dans le sud du Togo et dans les régions voisines, des esclaves ont été acquis par la guerre, les razzias, la dette ou le commerce. Certains étaient revendus dans les circuits de la traite négrière occidentale, tandis que d'autres restaient dans les familles comme domestiques, travailleurs agricoles, épouses, porteurs ou dépendants[1].

La traite transatlantique commence au début du XVIe siècle et prend fin légalement au XIXe siècle. Elle s'appuie en partie sur des formes plus anciennes ou régionales de traite, comme la traite orientale, le commerce transsaharien et les circuits de l'océan Indien. Dans plusieurs régions, les raids contre des groupes voisins fournissent des prisonniers de guerre réduits en esclavage. Selon Tobias Wendl, la guerre, l'achat d'armes et la capture d'esclaves forment un cercle de violence qui contribue à l'instabilité des sociétés ouest-africaines[6].

Le commerce des esclaves varie beaucoup selon les régions de la côte ouest-africaine. Le territoire de l'actuel Togo exporte moins d'esclaves par l'Atlantique que les régions correspondant aujourd'hui au Ghana et au Nigeria[7]. À Ouidah, dans l'actuel Bénin, plus d'un million d'esclaves sont embarqués entre les années 1670 et les années 1860, soit environ dix pour cent de la traite transatlantique. Le commerce y atteint un sommet entre 1700 et 1713, avec environ 15 000 départs d'esclaves par an[8].

Les Éwés vivent surtout dans le sud du Togo. Les Mina, parfois rattachés aux Éwés et parfois distingués comme locuteurs du gen ou du gbe, sont présents sur le littoral. Dans les sources européennes des XVIIIe et Modèle:XIXe siècles, le mot « Mina » désigne souvent de manière large des habitants de la Côte de l'Or. Aného, fondée dans les années 1650 par des migrants venus d'Elmina, devient un centre important de la culture mina[9].

À la fin du XVIIe siècle, la société mina comprend des Fanti, des Ga, des Adja, des Oatchi, des Peda, d'autres groupes de la région, ainsi que des descendants de commerçants portugais et brésiliens. Au XVIIIe siècle, Aného se développe avec le commerce de l'ivoire et devient un centre politique et religieux. Au XIXe siècle, la demande européenne fait de l'huile de palme le principal produit d'exportation du Togo[10].

Les Mina exercent une forme d'autorité sur plusieurs villages du sud-est du Togo. Leur territoire est situé entre des pouvoirs plus importants, comme les Ashantis à l'ouest et le royaume du Dahomey à l'est. Les esclaves proviennent du commerce, des raids ou de la guerre. Les Mina appellent certaines régions proches du Mono adonko, c'est-à-dire le pays des « esclaves ». Les marchands de la côte échangent des captifs contre du sel, des fusils, des munitions, des tissus ou de l'argent. Les esclaves appartiennent à plusieurs groupes, surtout les Kabyés et les Tchamba, mais aussi les Ntcham, les Taberma et les Tem.

Les esclaves destinés aux travaux domestiques sont souvent amenés de régions plus éloignées du nord. Leur éloignement réduit les risques de fuite et augmente la distance sociale entre eux et les maîtres. Le linguiste Diedrich Westermann rapporte, dans Die Glidyi-Ewe in Togo, des informations de Bonifatius Foli sur la vie des esclaves chez les Mina. Le témoignage compare la possession d'un esclave à un compte bancaire, car ses enfants travaillent aussi pour le maître dans la maison et dans les champs[11].

Les esclaves peuvent vivre dans la concession du maître ou dans des espaces situés à l'extérieur du village. Ils travaillent plusieurs jours par semaine pour leur propriétaire, puis peuvent travailler pour eux-mêmes le reste du temps. Certains servent de porteurs, de domestiques ou de soldats. Un esclave peut parfois acheter sa liberté. Une fois affranchi, il est intégré au clan de son ancien propriétaire et devient un membre libre du clan, appelé ablodeto. Les sources distinguent les personnes libres, les esclaves, appelés adonko ou adoko, et les dépendants, parmi lesquels se trouvent des réfugiés ou des personnes en servitude pour dettes[12].

Les termes employés pour désigner les esclaves rappellent leur statut. Les expressions ame peple ou amefefle signifient « personne achetée », ame kluvi « personne enchaînée » et ame gato « personne de fer »[13]. Les images indirectes nekekevi, « enfant du jour », et ngdogbevi, « enfant de la chaleur de midi », soulignent aussi le caractère non ordinaire de l'origine servile, car les enfants sont conçus la nuit et non achetés le jour[14]. Après plusieurs générations de mariages entre descendants d'esclaves et descendants de propriétaires, les lignées sont aujourd'hui fortement mélangées. Le rappel des origines serviles reste souvent lié à la honte[15].

Esprits Tchamba

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Offrandes à la divinité Lègba par des adeptes du culte Hêbiosso.

Les esprits Tchamba sont considérés comme des esprits d'esclaves. Ils peuvent être masculins ou féminins, mais les sources insistent sur la place importante des femmes esclaves. Beaucoup d'entre elles ont été intégrées aux maisons de leurs maîtres comme épouses, mères ou travailleuses domestiques[16].

Dans la cosmogonie éwé, le monde invisible est placé sous l'autorité du dieu suprême Mawu. Il comprend de nombreuses divinités et forces, dont Legba et les Trowo, divinités ou esprits de la terre. Les Mina distinguent des esprits personnels, appelés dzodzome-vodu, et des esprits de clan, appelés kota-vodu. Ils distinguent aussi des esprits du ciel, de l'eau, de la savane, des métiers, des animaux et des morts sans sépulture correcte[17].

Les esclaves morts n'étaient pas toujours enterrés avec les rites accordés aux membres libres du clan. Dans les récits religieux, ces morts négligés peuvent revenir comme esprits vengeurs. Les croyances d'Afrique subsaharienne attribuent souvent la maladie ou le malheur aux esprits de morts oubliés, de morts violentes ou de morts décédés loin des leurs[18]. Le Tchamba donne donc une place rituelle à ces morts. Il transforme des personnes jadis marginalisées en esprits reconnus, honorés dans des sanctuaires, des autels domestiques ou des cérémonies publiques[17].

L'expression Mama Tchamba signifie « Mère Tchamba » ou « Grand-mère Tchamba ». Elle renvoie à une figure maternelle, mais aussi à une mémoire de l'esclavage domestique. Les adeptes peuvent s'adresser à elle pour reconnaître la souffrance d'une ancêtre esclave, obtenir la guérison ou apaiser une dette familiale[8].

Un devin ou un prêtre peut déterminer quel type d'esprit possède une personne. L'esprit peut être présenté comme kabyè, haoussa, mossi, tchamba, tem ou issu d'une autre origine. Une fois identifié, il reçoit des offrandes adaptées à ce que les fidèles considèrent comme ses goûts, sa langue, ses vêtements et sa région d'origine[16].

Pratiques rituelles

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Autels et objets

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Lorsqu'une possession Tchamba est reconnue, la personne concernée ou sa famille peut installer un autel. Cet autel sert à accueillir l'esprit, à lui donner une place et à négocier avec lui. Il peut se trouver dans une maison, dans un sanctuaire de village ou dans un espace sacré partagé avec d'autres vodu[19].

L'un des objets caractéristiques du culte est le tchambagan, composé de Tchamba et de gan, qui signifie « métal ». Il s'agit de chaînes, de colliers ou d'éléments métalliques qui rappellent la condition servile. Tobias Wendl les décrit comme des fils de fer peints en rouge et jaune[19]. Ces objets ne sont pas toujours de véritables chaînes d'esclaves. Ils fonctionnent surtout comme symboles matériels de l'esclavage et de la dette envers les morts.

Selon Dana Rush, les chaînes ou colliers peuvent être composés de fils de trois couleurs. Le fil noir, appelé boublou, représente un esprit étranger, agressif et lié au fer, au tonnerre et au feu. Le fil blanc ou argenté, appelé anohi, renvoie à un esprit haoussa plus calme, lié à l'arc-en-ciel. Le fil rouge, en cuivre ou en bronze, renvoie à yendi, associé à la ville de Yendi au nord du Ghana et à des pouvoirs de guérison[20]. Ces correspondances rappellent aussi des divinités du vaudou méridional : le dieu du tonnerre Heviosso, le serpent arc-en-ciel Ayida Wedo et Sakpata, divinité liée à la variole et à la terre.

La chaise rituelle, parfois appelée tchambazikpe, est un autre objet important. Elle invite l'esprit à s'asseoir, mais elle rappelle aussi la chaise ou le siège que l'esclave pouvait porter pour son maître. Les cauris, les manilles, les noix de kola, les ustensiles à thé, les vêtements longs et les coiffes complètent souvent l'autel. Ces objets évoquent à la fois la traite, la valeur marchande attribuée aux personnes et l'origine étrangère des esprits. Au début de la période coloniale, le prix d'un esclave pouvait atteindre plusieurs centaines de milliers de cauris[21]. Le rituel ne cherche pas toujours à expulser les esprits. Il peut aussi les installer dans un lieu jugé confortable, où ils reçoivent ce qu'ils réclament[22].

Les cicatrices faciales représentées sur les murs ou peintes sur le visage des possédés renvoient à des marques corporelles associées à des groupes du nord, comme les Bariba, les Logba, les Dendi ou des groupes yoruboïdes[23]. Dans les rituels, elles servent à rendre visible l'altérité des esprits Tchamba. Les vêtements, les noix de kola et les références à l'islam rappellent aussi la manière dont les Mina et les Éwés du littoral imaginent les peuples septentrionaux liés à l'histoire de l'esclavage[24].

Tchamba et Mami Wata

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Certaines formes récentes du culte associent Tchamba à Mami Wata, esprit de l'eau lié à la beauté, à la richesse et à la prospérité. Cette association s'explique par le fait que la possession d'esclaves a longtemps été un signe de richesse pour certaines familles. Dans ce contexte, Tchamba peut aussi devenir un symbole de puissance sociale ou de prospérité[8].

À Godomey, au Bénin, Dana Rush décrit un sanctuaire où Tchamba est associé à une image imprimée représentant des divinités hindoues. Ces chromolithographies, souvent interprétées comme des images d'« esprits indiens », circulent dans les cultes vodu parce qu'elles sont colorées, disponibles et faciles à intégrer dans des récits locaux[25]. Dans l'exemple décrit, l'image renvoie à une scène de la Bhagavad-Gita avec Krishna et Arjuna. Les objets visibles sur l'image, comme la conque, le disque, le lotus, la massue et le cheval, sont réinterprétés dans le cadre du culte Tchamba comme des signes de prestige, d'étrangeté ou de référence au nord[26].

Divination et diagnostic

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Les cérémonies Tchamba associent chants, tambours, danses, divination, offrandes et possession. Le prêtre ou la prêtresse peut utiliser la divination Afa, proche de l'Ifa yoruba, pour identifier l'esprit en cause et préciser les rites à accomplir. Pour un adepte du culte, connaître l'origine de ses ancêtres et leur manière de vivre est une condition de santé et d'équilibre[27].

Dans le panthéon éwé, Afa appartient aux Trowo, divinités inférieures placées sous l'autorité de Mawu. Afa est une divinité de la divination, proche de l'Ifa des Yoruba et liée à Ile-Ife. Les devins Afa utilisent une chaîne spéciale, appelée agumaga, qu'ils jettent sur une natte afin d'interpréter les signes. La divination complète comprend 256 signes, appelés kpoliwo[28].

Cérémonie de danse

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Christian Vannier et Eric James Montgomery décrivent une cérémonie Tchamba observée en 2013 dans un sanctuaire situé près de Gbedala, village anlo-éwé proche de Lomé. Le village compte environ 1 600 habitants[29]. Le prêtre, appelé Tchamba-hounon, porte un pagne blanc, un tissu bleu et blanc autour de la tête et un collier de perles blanches. La cérémonie se déroule devant le sanctuaire, avec un tambour-sablier adodo, une cloche de fer atoke, des claquements de mains et un hochet en calebasse[30].

Les chants sont souvent exécutés en appel et réponse : un soliste chante une formule, puis un chœur répond. La danse peut conduire certains participants à la transe. Lorsque l'esprit prend possession d'une personne, celle-ci peut tourner sur elle-même, changer de posture, parler une langue associée au nord ou accomplir des gestes rituels attribués à l'esprit. Des assistantes rituelles, appelées senterua, entourent la personne possédée pour la guider et éviter qu'elle se blesse[31].

Dans certains cas, l'esprit possesseur est présenté comme musulman. La personne possédée peut alors effectuer des gestes rappelant les ablutions, prononcer des mots en haoussa ou en arabe, porter un couvre-chef ou recevoir de l'eau médicinale. Ces gestes ne signifient pas toujours que les esclaves historiques étaient musulmans. Ils montrent surtout que les fidèles associent le nord, l'étrangeté, la circulation commerciale et l'islam à certains esprits Tchamba[32].

La cérémonie comporte aussi des invocations à l'intérieur du sanctuaire. Les prêtres s'agenouillent devant l'autel, nomment les esprits, versent de l'alcool ou déposent des offrandes. Ils demandent la protection, la guérison et la paix pour les personnes présentes. Les danses peuvent continuer à l'extérieur pendant que les actes plus spécialisés ont lieu devant l'autel[32].

Fonction sociale

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Le Tchamba a une fonction religieuse, mais aussi sociale et mémorielle. Il oblige les familles à reconnaître l'existence d'ancêtres esclaves ou de propriétaires d'esclaves. Il rend visible une histoire difficile à dire publiquement, car l'esclavage domestique reste associé à la honte, à la violence et à la domination[8].

Les cultes de possession peuvent remplir plusieurs fonctions en même temps : guérison, gestion des conflits, expression des tensions sociales et construction d'une identité. Ioan Myrddin Lewis distingue des formes de possession périphériques, souvent associées à des groupes dominés, et des formes plus centrales, liées à l'autorité de groupes dominants[33]. Emma Cohen souligne aussi que les formes de possession doivent être comparées avec prudence, car elles ne remplissent pas partout les mêmes fonctions sociales ou psychologiques[34].

Le culte met en relation deux groupes symboliques : les « gens achetés » et les « gens de la maison ». Les esprits d'esclaves, autrefois relégués aux marges des villages et des lignages, reviennent dans les maisons et les sanctuaires. Ils réclament de la nourriture, des chants, des objets et une reconnaissance. Cette présence rappelle que l'esclavage ne disparaît pas complètement de la mémoire familiale[35].

Le Tchamba permet aussi de penser les relations entre le sud et le nord du Togo. Les esprits venus du nord peuvent être craints, mais aussi admirés. Lorsqu'un possédé danse avec des vêtements, des paroles ou des gestes associés aux peuples septentrionaux, le rituel transforme une relation historique de violence en une relation religieuse de dette, de respect et de négociation. Judy Rosenthal voit dans cette dynamique une manière de mettre en scène des tensions ethniques et politiques entre le sud éwé et le nord kabyè, surtout dans le contexte de l'histoire politique togolaise contemporaine[36].

Interprétations anthropologiques

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Les études anthropologiques présentent le Tchamba comme un culte de mémoire, de possession et de réparation symbolique. Tobias Wendl l'analyse comme une forme de conscience rituelle de l'esclavage chez les Mina du Togo[1]. Dana Rush insiste sur la manière dont les autels, les images et les objets du culte matérialisent le souvenir de l'esclavage[8].

Christian Vannier et Eric James Montgomery décrivent le Tchamba comme un ordre religieux consacré aux esprits des esclaves achetés, vendus ou gardés dans les communautés du sud du Togo. Leur étude montre que le culte ne se limite pas à une mémoire abstraite : il s'exprime dans des gestes, des chants, des corps possédés, des langues, des vêtements et des objets rituels[16].

Le Tchamba peut donc être compris comme un dispositif religieux qui fait revenir les morts de l'esclavage au centre de la vie sociale. Il ne supprime pas la violence du passé, mais il crée un cadre où celle-ci peut être nommée, ritualisée et partiellement apaisée.

Notes et références

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  1. 1 2 3 (en) Tobias Wendl, « Slavery, Spirit Possession & Ritual Consciousness. The Tchamba Cult among the Mina of Togo », dans Heike Behrend, Ute Luig, Spirit Possession. Modernity & Power in Africa, Oxford, James Currey, , p. 111-123.
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  3. (en) Heike Behrend et Ute Luig, « Introduction », dans Spirit Possession. Modernity & Power in Africa, Oxford, James Currey, , xv.
  4. (en) Eric James Montgomery, « Syncretism in Vodu and Orisha. An Anthropological Analysis », Journal of Religion and Society, vol. 18, , p. 1-23 (lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) Judy Rosenthal, « Trance against the State », dans Carol J. Greenhouse, Elizabeth Mertz et Kay B. Warren, Ethnography in Unstable Places. Everyday Lives in Contexts of Dramatic Political Change, Durham et Londres, Duke University Press, , p. 318.
  6. Wendl 1999, p. 112.
  7. (en) Nathan Nunn, « The Long-Term Effects of Africa’s Slave Trades », The Quarterly Journal of Economics, vol. 123, no 1, , p. 139-176.
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  9. (en) Robin Law, « Ethnicities of Enslaved Africans in the Diaspora: On the Meanings of “Mina” (Again) », History in Africa, vol. 32, , p. 247-267 (lire en ligne, consulté le ).
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  14. Wendl 1999, p. 112-114.
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  18. (de) Beatrix Heintze, Besessenheits-Phänomene im mittleren Bantu-Gebiet, Wiesbaden, Franz Steiner, , p. 134-168.
  19. 1 2 Wendl 1999, p. 116.
  20. Rush 2011, p. 6-7.
  21. « {{{1}}} »
    Tobias Wendl, 1999, p. 116.
  22. Wendl 1999, p. 116-117.
  23. Rush 2011, p. 10.
  24. Rush 2011, p. 9-10.
  25. (en) Dana Rush, « Eternal Potential Chromolithographs in Vodunland », African Arts, vol. 32, no 4, , p. 60-75, 94-96.
  26. Rush 2011, p. 16-19.
  27. Vannier et Montgomery 2016, p. 108.
  28. (en) Ama Mazama, « Ewe », dans Molefi Kete Asante et Ama Mazama, Encyclopedia of African Religion, Los Angeles, Sage, (lire en ligne), p. 250.
  29. (en) Christian N. Vannier et Eric J. Montgomery, « The Materia Medica of Vodu Practitioners in Southern Togo », The Applied Anthropologist, vol. 35, no 1, , p. 31-38 (lire en ligne, consulté le ).
  30. (en) « Atoke », sur music.africamuseum.be (consulté le ).
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  32. 1 2 Vannier et Montgomery 2016, p. 109-116.
  33. (en) Ioan Myrddin Lewis, Ecstatic Religion: An Anthropological Study of Spirit Possession and Shamanism, Harmondsworth, Penguin Books, coll. « Pelican Anthropology Library », .
  34. (en) Emma Cohen, « What is Spirit Possession? Defining, Comparing, and Explaining Two Possession Forms », Ethnos, vol. 73, no 1, , p. 1-25 (lire en ligne, consulté le ).
  35. Wendl 1999, p. 120.
  36. Rosenthal 1995, p. 584 ; Heintze 1970, p. 200.

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • (en) Emma Cohen, « What is Spirit Possession? Defining, Comparing, and Explaining Two Possession Forms », Ethnos, vol. 73, no 1, , p. 1-25 (lire en ligne, consulté le ).
  • (de) Leo de Haan, « Die Kolonialentwicklung des deutschen Schutzgebietes Togo in räumlicher Perspektive », Erdkunde, vol. 37, no 2, , p. 127-137 (lire en ligne, consulté le ).
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Liens externes

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