Traite orientale
La traite orientale », comprenant la « traite arabe » ou « traite arabo-musulmane », est le commerce d'esclaves ayant approvisionné les espaces du Proche-Orient ancien durant l'Antiquité, puis dans le monde arabo-musulman du VIIe au XXe siècle, avec un maximum aux XVIIIe et XIXe siècles. Il s'agit du pendant symétrique de la « traite occidentale » qui désigne le commerce triangulaire de la côte occidentale de l'Afrique qui a approvisionné les espaces du Nouveau monde, et qui englobe la « traite atlantique ». Les esclaves de la traite orientale provenaient principalement d'Afrique subsaharienne, d'Afrique du Nord-Ouest, d'Europe méditerranéenne, des pays slaves, du Caucase et du sous-continent indien, et étaient importés au Moyen-Orient, au Proche-Orient, en Afrique du Nord, dans la corne de l'Afrique et dans les îles de l'océan Indien : leurs statuts et conditions sont indiqués dans l'article Esclavage dans le monde musulman.

Justifications religieuses et raciales
modifierLe Coran ne contient pas de verset justifiant explicitement l'asservissement des populations noires par une hiérarchie raciale, par contre, la tradition du savoir dans l'islam a élaboré des théories qui ont contribué à légitimer la pratique[1][réf. incomplète].
La théorie climatique d'Ibn Khaldoun
modifierL'historien et sociologue Ibn Khaldoun (1332-1406), auteur de la Muqaddima, est une figure intellectuelle majeure de l'histoire islamique. Dans son livre, il développe une théorie climatique qui établit une hiérarchie entre les populations en fonction de leur environnement géographique. Pour les populations d'Afrique subsaharienne, qu'il désigne sous le terme de Soudan (Bilād al-Sūdān, « pays des Noirs »), il écrit : "Les nations nègres sont en règle générale dociles à l'esclavage, parce qu'ils ont des attributs tout à fait voisins de ceux d'animaux stupides[2]." Il écrit également que les "seuls peuples à accepter l'esclavage sont les Nègres, en raison d'un degré inférieur d'humanité, leur place étant plus proche du stade de l'animal[3][réf. incomplète]." La chaleur excessive des régions tropicales produirait sur leurs habitants une « complexion » et un caractère proches de ceux des animaux, les rendant naturellement enclins à la servitude. L'historien rejette en revanche la thèse de la Malédiction de Cham comme explication de la couleur de peau, qu'il attribue uniquement à des facteurs climatiques[4].
La pensée d'Ibn Khaldoun dans l'historiographie
modifierDans Race and Color in Islam (1971), l'orientaliste Bernard Lewis montre qu'Ibn Khaldoun s'inscrit dans une tradition savante marquée par des préjugés de couleur. Selon lui, la théorie des climats présente l'Africain comme ignorant et dépourvu d'intelligence. Ibn Khaldoun voit les Noirs comme proches de l'animal, ce qui rend leur servitude dans l'empire musulman naturelle et justifiée à ses yeux[5]. L'historien souligne toutefois que cette hiérarchie raciale, si elle justifie l'esclavage des Noirs, n'empêche pas certains esclaves blancs d'accéder aux plus hauts degrés de l'administration et de l'armée, tandis que les Noirs restent cantonnés aux niveaux inférieurs de l'échelle sociale[6]. Si le Coran ne racialise pas l'esclavage, la tradition savante a en revanche produit des justifications qui ont permis de pérenniser la pratique. Cette hiérarchie raciale, construite sur des siècles par les plus grands savants de l'islam et codifiée dans le droit islamique, précède de plusieurs siècles les hiérarchies raciales européennes[1],[2].
L'historien François Renault, dans un compte rendu publié dans la Revue française d'histoire d'outre-mer (1986), écrit : "Ibn Khaldun, qui les dénomme plutôt Sudan, les décrit comme vivant une existence proche de la bête, et en attribuant ces conditions au climat, il semblait [...]"[7].
Les juristes et la tradition savante
modifierBien avant Ibn Khaldoun, d'autres savants avaient déjà contribué à installer ces représentations dans la tradition savante. Dès le IXe siècle,Ibn Qutayba décrivait les Africains noirs comme "laids et difformes", expliquant que la chaleur de leur pays comprimait leur corps dans le ventre de leur mère et rendait leurs cheveux crépus, signe pour lui d'infériorité[8].
La malédiction de Cham, ce récit biblique (Bible hébraïque) où Noé maudit son fils Cham et ses descendants pour en faire les esclaves de ses frères, a été reprise par des commentateurs musulmans comme Tabari au IXe siècle, qui s'était nourri des travaux de savants convertis issus de la tradition juive[9]. Une fois entrée dans le patrimoine islamique, cette histoire a servi à justifier l'asservissement des Noirs d'Afrique, présentés comme descendants de Cham et donc voués par Dieu à la servitude[10].
Dans les siècles qui suivent, juristes et théologiens intègrent ces conceptions dans le fiqh (jurisprudence islamique). Ce droit islamique fixe précisément qui peut être réduit en esclavage et dans quelles conditions. Ces textes ne sont pas des justifications venues après coup : ils sont le cadre juridique premier de la pratique, élaboré et appliqué par les institutions islamiques elles-mêmes[11].
Taux de mortalité structurels
modifierLes conditions de la déportation dans le cadre des traites orientales étaient marquées par une mortalité massive, tant lors des traversées que lors des opérations de castration pratiquées sur les esclaves masculins[12].
Traversée du Sahara
modifierLa traversée du Sahara durait plusieurs semaines et soumettait les captifs à des conditions très rudes : des chaleurs intenses le jour, des nuits glaciales, et une soif, une faim et une fatigue constantes. Selon l'historien Ralph Austen, le taux de mortalité sur ces routes se situerait entre 10 et 20 % au minimum[13]. D'autres estimations, comme celle citée par Le Monde en 1991, font état de pertes bien plus lourdes : pour qu'une caravane de 300 déportés arrive à destination, il aurait fallu en faire partir 1 500[14]. Entre 900 000 et 1,8 million de personnes seraient mortes dans le désert, sur les 9 millions de déportés par la traite transsaharienne. L'historien François Renault, dans une note publiée en 1993 par la Revue française d'histoire d'outre-mer, rappelle que ces estimations s'appuient sur des travaux quantitatifs sérieux, notamment ceux de Ralph Austen. Ses recherches sur les XVIe-XIXe siècles sont aujourd'hui une référence[15].
Castration et mortalité
modifierLes jeunes hommes noirs qui étaient destinés aux harems et aux fonctions de garde étaient castrés : une autre cause majeure de mortalité. Les sources historiques indiquent un taux de mortalité compris entre 66 et 80 % pour ces opérations, soit deux jeunes hommes sur trois. Elles étaient pratiquées dans des conditions sanitaires très précaires, sans anesthésie ni soins post-opératoires adaptés. Les survivants, devenus eunuques, étaient ensuite vendus à des prix élevés sur les marchés[16]. Pratiquée pendant des siècles dans le monde musulman, la castration des Noirs a contribué à l'absence de populations masculines d'Afrique subsaharienne dans les sociétés arabes. Elle explique en grande partie pourquoi, contrairement à la traite atlantique, les traites orientales n'ont pas produit de communautés noires visibles autour de la Méditerranée[17].
Conséquences démographiques
modifierLa mortalité liée à la traversée et à la castration a eu des conséquences démographiques durables. L'absence de descendance masculine, associée au caractère héréditaire de l'esclavage, a empêché l'émergence de communautés noires libres en Méditerranée, contrairement à ce qui s'est produit dans les Amériques. L'historien Ralph Austen estime à 1,6 million le nombre d'esclaves introduits dans les régions méditerranéennes, un chiffre qui ne reflète pas les millions de morts sur les routes[18].
Traite orientale ancienne
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Antiquité
modifierDès l'Antiquité, l'esclavage est mentionné dans l'une des plus anciennes sociétés connues possédant une écriture : Sumer. L'esclave, dont les écrits sumériens nous apprennent qu'il peut l'être pour dettes et à titre temporaire (c'est alors une sorte de contrainte de remboursement par corps) peut être acheté, vendu, voire marqué au fer rouge en cas de faute. Il peut cependant aussi épouser une femme libre, posséder un commerce dont par exemple il aurait hérité et même racheter lui-même sa liberté[19]. À Babylone, le Code de Hammurabi limite par ailleurs quelques abus : ainsi, il interdit de séparer un esclave du reste de sa famille (conjoint et enfants)[20]. D'autres civilisations du Croissant fertile ont aussi pratiqué l'esclavage : les Hourrites ou les Hébreux par exemple[21].
En Égypte antique, les plus anciennes traces archéologiques d'esclavage datent du début de la XVIIIe dynastie (1550/1295 avant notre ère) : c'étaient des captifs de guerre non-rachetés par leurs souverains vaincus, que le pharaon offrait en récompense aux soldats et généraux vainqueurs ou à d'autres personnages importants[22]. Les premières ventes d'esclaves auraient émergé au cours de la XXVe dynastie (-800/-600)[23],[24]. Quelques sources mishellénistes postulent l'introduction de l'esclavage en Égypte par Alexandre le Grand et par la dynastie lagide[25]. Mais en fait, dans l'Égypte perse, avant la période hellénistique, diverses formes d'esclavage existaient déjà[26]. Des récits bien plus nombreux ont contribué au cours des siècles à propager dans l'imaginaire collectif le mythe d'une Égypte antique pratiquant largement l'esclavage le plus lourd[27] :

- le récit biblique de l’Exode ;
- l'iconographie, en particulier celle issue de l'orientalisme (XVIIIe – XIXe siècle), imposant dans l'esprit collectif européen une vision mêlant l'Orient, l'islam, l'esclavage et l'Égypte en un grand tout à la fois raffiné, exotique, décadent, cruel et corrompu ;
- le péplum[28] qui utilise abondamment le thème de la construction des monuments par des esclaves constamment maltraités, en une vision plus proche de l'Univers concentrationnaire moderne que des sociétés antiques[29], où un esclave était un bien relativement onéreux qu'il s'agissait de préserver et rentabiliser, sans compter que l'élévation des monuments sacrés ne leur était généralement pas confiée[30].
La piraterie en Méditerranée antique, en mer Noire et en mer Rouge généra une traite esclavagiste dès l'Antiquité[31]. Dans la corne de l'Afrique où se trouvent aujourd'hui l'Éthiopie et l'Érythrée, les Aksoumites possédaient et commercialisaient des esclaves. En 324, le roi Ezana est converti par Frumence d'Aksoum, esclave chrétien d’origine syrienne qui, dans une certaine mesure, participa à la conversion de l'empire éthiopien. Dans la tradition éthiopienne, il est appelé Abba Salama (le « Père de la paix ») . Au IIIe siècle, Aksoum est assez puissant pour prendre le contrôle de la région de la Tihama, en Arabie du Sud. En 640, Omar ibn al-Khattab envoya une expédition navale contre Adulis, mais il fut battu[32]. En 702, des pirates aksoumites ont réussi à envahir Hedjaz (ouest de la péninsule arabique) et occuper Jeddah et à chacune de ces phases historiques, les captifs devenaient des esclaves.
À partir du VIIe siècle, des expéditions arabes remontent régulièrement la vallée du Nil vers la Nubie alors encore chrétienne et animiste. Les vainqueurs exigent des esclaves comme tribut : en 642, dix ans seulement après la mort de Mahomet, selon un traité connu sous le nom de Baqt, le roi de Nubie Kalidurat doit livrer 360 esclaves par an aux Égyptiens. Selon le même processus, une série de raids égyptiens menacent l'Abyssinie également chrétienne. Celle-ci, de son côté, pratique aussi la vente des esclaves adeptes des religions traditionnelles africaines, qu'elle capture plus au Sud.
Moyen Âge
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Au Moyen Âge, les itinéraires de l'Antiquité continuent à être utilisés[33]. Cette traite orientale médiévale est principalement, mais non exclusivement arabo-musulmane, car les royaumes africains, islamisés ou non, sont les principaux pourvoyeurs des marchands d'esclaves orientaux, qui ne sont pas tous musulmans puisque des gréco-romains d'Orient, des Perses, des juifs mizrahim, des russes, des chinois et des indiens y participèrent ; ces sujets, dont les sources sont fragmentaires, restent débattus et souvent tabous car nulle communauté n'assume facilement avoir pratiqué le commerce des esclaves, alors qu'elles sont toutes très enclines à rappeler la traite dont elles furent victimes[34],[35].
La traite orientale se pratique notamment :
- depuis la mer Méditerranée orientale (« mer du Levant ») et la mer Noire, où les Abbassides, les Mamelouks et les Seldjoukides d'abord, les Ottomans ensuite, réduisaient en esclavage et vendaient des Slaves, des Grecs anatoliens, des chrétiens orientaux et levantins et des Caucasiens ;
- par les routes terrestres à travers les déserts du Maghreb et du Machrek. Sur ces itinéraires, le rôle principal est joué par les Touaregs, successeurs des Garamantes ;
- par les routes maritimes à l'est de l'Afrique (mer Rouge et océan Indien) à partir de Quelimane, Dar-es-Salam, Zanzibar, Mombassa, vers la Corne de l'Afrique, la péninsule Arabique et l'Asie du Sud : sur ces itinéraires, le rôle principal est joué par les Somalis[36], les Yémenites et les Omanais ;
- par la Méditerranée occidentale (« mer du Ponant »), où les pirates, en particulier ceux de la côte des Barbaresques, capturaient des esclaves européens, principalement dans les îles Baléares, en Corse, en Sardaigne, en Sicile et en Crète.
Le califat de Bagdad et l'Égypte ont les besoins les plus élevés en esclaves, et les ressources nécessaires pour en acquérir massivement. Les guerres quasi continuelles contre l'Empire byzantin, puis contre les États d'Europe de l'Est et d'Europe centrale procurent aux belligérants des captifs : les nobles ou commandants étaient détenus et libérables contre rançon, mais les simples soldats ou civils étaient vendus comme esclaves.
Les principaux « gisements d'esclaves » sont :
- les pays slaves (« Esclavons ») à partir du VIIe siècle : encore adeptes des dieux slaves, ils sont combattus par les Francs, et, en tant que « païens », ils alimentent la traite carolingienne, qui pourvoit en esclaves les pays musulmans : des Européens non chrétiens étaient vendus par les chrétiens[37]. Les commerçants génois et vénitiens assurent leur acheminement vers l'Espagne musulmane et le Moyen-Orient. Cette source se tarit vers le IXe siècle, avec la christianisation et l'apparition d'États slaves organisés et capables de se défendre. L'« Esclavonie » (dont la Slavonie actuelle rappelle le nom) était nommée en arabe le « pays des esclaves » (bilād aṣ-ṣaqāliba بلاد الصقالبة)[38]. Les Slaves sont acheminés depuis l'Europe centrale ou orientale vers Venise, Gênes ou Marseille d'où ils sont ensuite transportés vers les pays musulmans[39]. Ils sont parfois castrés : ainsi des eunuques sont signalés à Verdun, destinés à être exportés vers les ports de l'Adriatique[40].
L'approvisionnement en esclaves européens chrétiens débute avec la conquête musulmane de la péninsule Ibérique et les raids dans l'actuelle France[41], prend un grand essor lors de la conquête de l'Anatolie, puis de la Grèce et des Balkans par le sultanat ottoman, au sein duquel les chrétiens, en tant que « nation » soumise, devaient subir le kharadj (double-capitation), pouvant tomber en esclavage pour dettes, et la pédomazoma (παιδομάζωμα ou دوشيرمه : « récolte des enfants »[42], lesquels devenaient soit janissaires s'ils étaient aptes, soit esclaves). Pour les chrétiens le seul moyen d'échapper à ces contraintes était la conversion à l'islam… que beaucoup choisirent, devenant ainsi Turcs, parfois par villages ou villes entières[43]. Lors des croisades également, les armées musulmanes, défendant leurs terres au Proche-Orient contre les croisés, faisaient des captifs, souvent réduits en esclavage, s'ils n'étaient pas assez riches pour être rançonnés. Des esclaves blancs, ou mamelouks (arabe : mamlūk[44]: « possédé »), formés de Circassiens du Caucase ou d'autochtones d'Asie centrale, sont vendus par les peuples turcs sur les grands marchés que sont Samarcande, Boukhara, Herat, Meched et les ports ottomans ou tatars de la mer Noire. L'Asie centrale est alors nommée par les Arabes le « pays des Turcs » (arabe : bilād al-atrāk[45]). Le calife de Bagdad possède 11 000 esclaves dans son palais au IXe siècle[46].
- Les esclaves noirs (désigné par le terme Zanj ou Zendj[47]) sont collectés parmi les non-musulmans avec l'aide des populations africaines islamisées (comme les Arabo-Swahilis) en drainant vers le monde arabo-musulman le commerce d'esclaves qui existait déjà entre les royaumes africains lors de leurs guerres. Le mot « Soudan » désignant initialement toute l'Afrique sub-saharienne signifie d'ailleurs « pays des noirs » (bilād as-sūdūn[48]).
- Une autre source, moins abondante mais plus constante d'esclaves, chrétiens cette fois, est l'attaque des navires chrétiens en Méditerranée et les razzias dans les pays européens par les corsaires barbaresques et les Turcs, qui durent jusqu'au début du XIXe siècle. Ces esclaves sont principalement espagnols, catalans, occitans, provençaux, italiens, croates, serbes, albanais ou grecs (des îles entières sont parfois vidées de leurs habitants ; dans les plus grandes, comme la Corse ou la Crète, les côtes se dépeuplent au profit de la montagne où les insulaires se réfugient).
En Afrique du Nord, Égypte, Anatolie et proche Orient, les armateurs et marchands pisans, génois et vénitiens ainsi que les tribus guerrières du Caucase vendaient aux Arabes et aux Turcs des prisonniers capturés dans les pays slaves, encore adeptes des divinités slaves. Ces Slaves, souvent blonds, n'étaient pas convertis de force ou exécutés en cas de refus, mais vendus comme esclaves (saqalibas) dans les pays du sud où ils étaient très prisés[49]. À partir du XIIIe siècle, après l'installation de comptoirs génois et vénitiens autour de la mer Noire, les peuples chrétiens orientaux du Caucase et du Pont deviennent aussi une source d'esclaves, en même temps que les Russes, les Circassiens ou les Karaïtes[50]. Les esclaves originaires du pourtour de la mer Noire sont ceux auxquels les musulmans attribuent les plus grandes qualités : loyauté, courage, endurance. Ils sont donc importés en grand nombre et certains arrivent parfois à des positions de pouvoir importantes ou finissent par fonder des dynasties d'anciens esclaves, comme celle des « Mamelouks »[51]. La proportion d'hommes et de femmes esclaves reste difficile à estimer, mais les femmes venues du Nord étaient très appréciées dans les harems, de même que leur descendance, à l'exemple de la fameuse Roxelane[52].
Durant l'Égypte ottomane, les Jalban ont notamment été utilisés en tant que mercenaires par leurs maîtres mamelouks (milice formée d'esclaves affranchis) dans diverses guerres et combattirent, entre autres, aux côtés de pirates (korsans) et de mercenaires syriens, maures, arabes et bédouins.


Gravure anonyme du Journal de David Livingstone, 15 juillet 1871.
D'après l'historien israélien orientaliste Gabriel Baer, dans l'Égypte du XIXe siècle, alors que les femmes circassiennes étaient principalement gardées dans les harems des riches turcs, les concubines des Égyptiens de la « classe moyenne » étaient généralement des Abyssiniennes, tandis que les esclaves noirs, hommes et femmes, étaient utilisés pour le service domestique par presque toutes les couches de la société égyptienne. Outre le service domestique, les esclaves noirs étaient utilisés comme soldats par les souverains égyptiens et, contrairement à l'hypothèse la plus répandue, comme ouvriers agricoles dans les fermes de la famille Muḥammad Alī et ailleurs en Haute-Égypte, et pendant les périodes de prospérité et de pénurie de main-d'œuvre également en Basse-Égypte. Vraisemblablement, il y avait au moins 30 000 esclaves en Égypte à différentes époques du XIXe siècle, et probablement beaucoup plus[53].
La grande majorité des esclaves étaient des Nubiens. Ces derniers n'avaient généralement pas de vêtements et étaient à peine vêtus lorsqu'ils étaient exposés à la vente. Les Abyssins atteignaient le prix le plus élevé et leur valeur monétaire dépendait de leurs attraits personnels[54].
L'Égypte eut un attrait pour les eunuques noirs au Xe siècle. Certes, ils ont pu largement satisfaire ce caprice en commerçant avec les territoires au sud du pays. Un traité de 651 ap. J.-C. obligeait les Nubiens à livrer 360 esclaves par an à l'Égypte. Il y avait des conventions islamiques avec d'autres peuples conquis en Afrique du Nord. Beaucoup de ceux qui sont partis vers le nord du Soudan subsaharien prenaient avec eux des esclaves noirs, qu'ils avaient l'habitude de vendre lorsqu'ils arrivaient à leur destination[55].
Abolitions tardives et pression extérieure
modifierContrairement à ce qui s'est passé dans le monde chrétien, avec des mouvements comme les Quakers ou les évangéliques britanniques autour de Wilberforce, l'abolition de l'esclavage dans les pays musulmans a été imposée de l'extérieur, sous pression coloniale ou diplomatique et les dates d'abolition sont souvent très tardives[56].
Tableau des abolitions
modifier| Pays | Date d'abolition | Remarque |
|---|---|---|
| Tunisie | 1846 | Premier État musulman à abolir l'esclavage[57] |
| Iran | 1928 | Abolition sous la dynastie Pahlavi |
| Arabie saoudite | 6 novembre 1962 | Décret d'émancipation promulgué par le roi Saoud[58],[59] |
| Yémen du Nord | 1962 | Abolition la même année que l'Arabie saoudite |
| Oman | 1970 | Abolition sous le sultan Qabus |
| Mauritanie | 1981 (abolition) / 2007 (criminalisation) | L'abolition de 1981 n'a jamais été appliquée ; la loi de 2007 criminalise l'esclavage[60] |
Le cas de l'Arabie saoudite
modifierLe décret d'émancipation du 6 novembre 1962, signé par le roi Saoud, prévoyait une compensation financière pour les propriétaires qui affranchissaient leurs esclaves, afin d'encourager la population à le faire[58]. Le gouvernement saoudien annonça avoir versé l'équivalent de 4,76 millions de dollars pour l'affranchissement d'environ 2 500 esclaves. L'Anti-Slavery Society estimait à l'époque qu'il y avait 350 000 esclaves en Arabie saoudite, tandis que d'autres observateurs avançaient le chiffre de 100 000. Malgré l'abolition officielle, le New York Times rapportait en 1967 que l'esclavage persistait en Arabie saoudite, et qu'il restait très vivant à Oman, dans les États de la Trêve, au Yémen et dans certaines parties de la Fédération d'Arabie du Sud[59].
Le marché aux esclaves de La Mecque, dans la ville la plus sacrée de l'islam, n'a fermé qu'en 1967[61].
Le cas de la Mauritanie
modifierLa Mauritanie, dernier pays au monde à avoir criminalisé l'esclavage, a adopté une première loi d'abolition en 1981, mais le décret d'application n'a jamais été adopté[60]. La loi n° 2007-048 du 3 septembre 2007, promulguée le 13 décembre 2007, a enfin criminalisé l'esclavage en tant que crime. Le texte prévoit des peines d'emprisonnement de cinq à dix ans et des amendes de 500 000 à 1 million d'ouguiyas pour quiconque réduit autrui en esclavage[62]. La loi assimile également l'esclavage à un crime, ce qui était demandé depuis des années par les militants des droits de l'homme. Le président mauritanien de l'époque, Sidi Ould Cheikh Abdellahi, avait réclamé le renforcement du dispositif de lutte contre l'esclavage[60].
Absence de mouvement abolitionniste interne
modifierDans le monde chrétien, des mouvements abolitionnistes sont nés de l'intérieur et ont pesé sur l'Église et les États pour abolir l'esclavage. Rien de tel dans l'histoire islamique. Aucune grande figure savante n'a produit une argumentation théologique abolissant l'esclavage, et aucun mouvement de masse ne s'est mobilisé en ce sens. Des réformistes comme Mohamed Abdou ont proposé des lectures abolitionnistes, mais sans faire école. L'abolition est venue de l'extérieur, sous pression coloniale ou diplomatique[63].
Persistances contemporaines
modifierL'esclavage et les formes de servitude qui en dérivent ne sont pas des phénomènes purement historiques. Plusieurs pays du monde arabo-musulman connaissent encore des pratiques esclavagistes, sous des formes traditionnelles ou modernes.
Mauritanie : l'esclavage héréditaire
modifierEn Mauritanie, l'esclavage par descendance persiste malgré sa criminalisation en 2007. Les Harâtins (population noire) sont maintenus dans une servitude héréditaire par les Bidanes (Arabes et Berbères à peau claire)[64]. Le statut d'esclave se transmet de génération en génération, indépendamment de la volonté de l'esclave, et la justification reste religieuse. Selon le Global Slavery Index 2023, environ 149 000 personnes seraient en situation d'esclavage en Mauritanie, soit environ 3 % de la population[65]. L'activiste Biram Ould Abeid, fils d'esclave affranchi, arrivé deuxième à l'élection présidentielle mauritanienne de 2024, mène un combat de longue date pour l'abolition totale et a été emprisonné à plusieurs reprises pour son engagement[66].
Libye : les ventes aux enchères de 2017
modifierEn novembre 2017, la chaîne américaine CNN a diffusé un reportage filmant des ventes aux enchères d'êtres humains dans une maison près de Tripoli, en Liby. Les journalistes ont assisté à la vente d'une douzaine de migrants, vendus par des passeurs pour des sommes allant de 500 à 700 dinars libyens. Selon le reportage, ces « marchés aux esclaves » se dérouleraient une ou deux fois par mois[67]. CNN a identifié des ventes aux enchères dans neuf endroits en Libye. Le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al-Hussein, a vivement dénoncé ces pratiques, jugeant « inhumaine » la coopération de l'Union européenne avec la Libye[68]. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a confirmé l'existence de ces marchés[69].
Qatar : le système de la kafala et les morts de la Coupe du Monde
modifierAu Qatar, le système de la kafala lie juridiquement chaque travailleur migrant à son employeur, qui contrôle sa capacité à changer d'emploi ou à quitter le pays[70]. Sans l'accord de cet employeur, le travailleur ne peut ni changer d'emploi ni quitter le territoire. À leur arrivée, beaucoup se voient confisquer leurs passeports, ce qui les place dans une situation d'illégalité de fait et les rend totalement dépendants de leur employeur[71].
Entre 2010 et 2021, selon les données compilées par The Guardian à partir des statistiques gouvernementales de pays comme l'Inde, le Népal, le Bangladesh, le Sri Lanka et le Pakistan, environ 6 500 travailleurs migrants sont morts au Qatar[72]. La majorité des causes de décès ont été officiellement enregistrées comme « causes naturelles », ce qui est biologiquement peu plausible pour des hommes jeunes en bonne santé. Les autorités qataries ont refusé de conduire des autopsies[73]. La FIFA a lancé à l'issue du tournoi un fonds d'héritage de 50 millions de dollars, mais sans inclure d'indemnisation pour les familles des travailleurs décédés, ce qu'Amnesty International a jugé « honteux »[70].
Émirats arabes unis et autres États du Golfe
modifierLes Émirats arabes unis, le Koweït et d'autres États du Golfe ont également été critiqués pour leur système de kafala et les conditions de travail des migrants. Le Koweït a aboli l'esclavage en 1949, et le Qatar en 1952[74], mais des formes de servitude contemporaine persistent à travers le système de parrainage. L'Organisation internationale du travail (OIT) a mené des campagnes pour l'abolition du système de kafala dans la région[71].
Les esclaves noirs n'étaient pas un intérêt exclusif des musulmans. On les retrouvait aussi à Java, à La Réunion, ou encore dans l'Inde médiévale. Les Chinois eux-mêmes semblent en avoir recherché, sans doute via les marchands musulmans de Canton[75].
Le nombre exact de personnes impliquées dans le commerce transsaharien est incertain. En 1275, dix mille natifs de la région du Haut-Niger auraient été vendus en Égypte « après une campagne militaire »[76]. En 1275, dix mille natifs de la région du Haut-Niger auraient été vendus en Égypte à la suite d'une campagne militaire, probablement pour alimenter les rangs des Mamlouks, ces soldats esclaves qui avaient pris le pouvoir en 1250 et dominaient le Proche-Orient au XIVe siècle. L'épisode le plus célèbre reste celui de Mansa Moussa, le souverain de l'empire du Mali, qui aurait vendu au Caire, pour couvrir ses frais de voyage lors de son pèlerinage à La Mecque en 1324, plusieurs milliers de femmes esclaves[77]. Si les statistiques de l'époque sont souvent sujettes à caution, on estime qu'entre 5 000 et 20 000 esclaves pouvaient être transportés chaque année depuis la région du Niger vers le nord, non seulement vers l'Afrique du Nord, mais aussi vers la Sicile, la Sardaigne, Gênes, Venise et certaines parties de l'Espagne chrétienne[78].
Ce commerce transsaharien, entre l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique du Nord, a probablement commencé, sous une forme ou une autre, dès le début des années 1000, époque où le désert était traversé par des bœufs et des charrettes tirées par des chevaux. Ce commerce a été encouragé par les Carthaginois et les Romains. Après l'introduction du chameau, l'élément essentiel des communications en Afrique jusqu'à l'apparition des véhicules à moteur dans les années 1920, a encore plus prospéré[79].
À l'époque romaine, la principale route traversait le Fezzan jusqu'à Murzuk, dans l'actuelle Libye, reliant la Tripolitaine et l'Égypte aux villes du Niger central. D'autres itinéraires vers la Méditerranée existaient déjà dans l'Antiquité. Avec la chute de Rome, ce trafic diminua, puis reprit après la reconquête byzantine de l'Afrique du Nord en 533-535. Il est vraisemblable que quelques esclaves aient continué à être acheminés par ces voies, y compris pendant l'Antiquité[80].
En Méditerranée occidentale, les marchés d’esclaves d’Afrique du Nord sont approvisionnés principalement en esclaves européens à la suite des raids menés par les pirates barbaresques qui opéraient sur les villes côtières d’Italie, d’Espagne, du Portugal, de la France mais également parfois sur les côtes d'Angleterre, d'Irlande et des Pays-Bas, allant à l'occasion chercher des esclaves jusqu'en Islande.


L'Empire ottoman qui domine la Méditerranée orientale, le pourtour de la mer Noire et le nord de l'Afrique à partir du XVIe siècle, pratique largement le commerce d'esclaves, qu'il achète à ses vassaux musulmans (comme le Khanat de Crimée, les Circassiens ou les émirats africains du Soudan) pour les revendre avec bénéfice aux Perses ou les employer comme goujats (porteurs de bagages et artisans) dans l’armée, la marine, les timars (fermes agricoles) et les harems. D'autres étaient domestiques. Un statut apparenté à l'esclavage, du moins pendant la jeunesse, est créé à partir du XVe siècle pour les unités d'élite des janissaires constituées avec des enfants de familles chrétiennes capturés comme esclaves, convertis à l'islam, éduqués en turcs ottomans et ensuite émancipés. Ces esclaves étaient encasernés très jeunes, entraînés et récompensés en proportion de leur obéissance et de leurs performances. Les marchands d'esclaves ottomans vendent des esclaves d'Europe orientale aux émirs arabes ou africains, et des esclaves noirs aux princes et aristocrates européens[81]. L’analyse des statistiques douanières ottomanes des XVIe et XVIIe siècles montre qu’entre 1450 et 1700, l’importation totale d’esclaves originaires du pourtour de la mer Noire par Constantinople (géorgiens, arméniens, pontiques, slaves, roumains) s’élèverait à environ 2,5 millions[82].
La traite barbaresque est attestée au XIIIe siècle sur les côtes du Maghreb, notamment à Bougie, et Robert C. Davis estime que, depuis le début du XVIe au milieu du XVIIIe siècle, les marchands d’esclaves de Tunis, Alger et Tripoli ont acheté et vendu de 1 million à 1 250 000 esclaves non-musulmans (chrétien européens blancs ou bien africains adeptes des religions traditionnelles africaines : ces chiffres ne prennent pas en compte les esclaves du Maroc)[83]. Parmi eux, environ 700 captifs américains ont été esclaves dans cette région entre 1785 et 1815[84].
Les conquêtes arabes de l'Afrique du Nord au VIIe siècle, bien que d'abord destructrices, ont finalement contribué à la restauration et à l'expansion du commerce transsaharien.
Léon l'Africain, qui a voyagé dans cette région, parle de vingt villes entre le Maroc et Tripoli qui jouissaient d'un « grand trafic vers le pays des Noirs ». Les plus importantes d'entre elles, Fès, Sijilmasa et Ghadamès, étaient situées à l'intérieur des terres, dont les marchands ne commerçaient jamais directement directement avec les Catalans, Italiens et Majorquins chrétiens établis sur la côte. Les commerçants chrétiens étaient autorisés à s'installer à Marrakech mais nulle part ailleurs. En conséquence, les monarchies européennes médiévales connaissaient peu les détails de ce commerce florissant entre le Maghreb et le peuple de Guinée. La principale route arabe à travers le Sahara vers le Maroc était celle de Tombouctou à Sijilmasa. Les marchands musulmans étaient les plus importants, quelques juifs, berbères, et noirs jouaient également un rôle[55].
David Earle, auteur de The Corsairs of Malta et de Barbary and The Pirate Wars, pense que Robert C. Davis a peut-être commis une erreur en extrapolant la période de 1580 à 1680, parce que c'était la période d'esclavage la plus intense : « Ses chiffres semblent un peu douteux et je pense qu'il peut exagérer »[85]. Earle a également mis en garde que le tableau était brouillé par le fait que les corsaires ont également saisi des européens d'Europe de l'Est et des noirs d'Afrique de l'Ouest : « Je ne risquerais pas de deviner le total ». En outre, ces estimations exagérées reposaient sur les années de pointe pour calculer des moyennes pour des siècles entiers ou des millénaires. Par conséquent, il y a eu de grandes fluctuations d'une année à l'autre, en particulier aux XVIIIe siècle et XIXe siècle, compte tenu des importations d'esclaves, et aussi du fait que, avant les années 1840, il n'y avait pas de registres cohérents. L'expert du Moyen-Orient, John Wright, prévient que les estimations modernes sont basées sur des rétro-calculs de l'observation humaine[86]. De telles observations, à travers les observateurs de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle comptent environ 35 000 esclaves chrétiens européens détenus pendant cette période sur la côte barbaresques, à travers Tripoli, Tunis, mais surtout à Alger. La plupart étaient des marins emmenés avec leurs bateaux, mais d’autres étaient des pêcheurs et des villageois côtiers. Beaucoup de ces prisonniers étaient des personnes vivant sur des côtes et îles proches de l’Afrique du nord-ouest, en particulier en Espagne et en Italie[87].
Les corsaires barbaresques les plus connus sont des Européens convertis à l’islam, tels que Barberousse, et son frère aîné Arudj, Turgut Reis (aussi connu sous le nom de Dragut), Uluç Ali Paşa, Ali Bitchin, Salomo de Veenboer, etc.[87]. En 1816, après le bombardement d’Alger, Omar Agha, dey d'Alger, signe un traité qui prévoit la libération de tous les esclaves européens et l’abolition de fait de la traite. Les captifs des guerres maritimes entre la régence d'Alger et les pays d’Europe sont dès lors désignés comme « prisonniers de guerre ». Ces derniers furent libérés par les troupes françaises lors de la reddition d’Alger en 1830[88]. En Tunisie, la traite est abolie le 23 janvier 1846 par Ahmed Ier Bey
On estime qu’entre 1500 et 1650, le nombre d’esclaves transitant par la traite orientale dépasse largement celui des victimes de la traite occidentale (atlantique)[89],[90]. Travaillant dans les carrières, les mines ou comme rameurs dans les flottes musulmanes (essentiellement barbaresque et ottomane), la condition des esclaves de la traite orientale n’était pas meilleure que celle de leurs homologues de la traite occidentale, mais ils pouvaient favoriser et hâter leur affranchissement en se convertissant à l’islam, conformément aux prescriptions coraniques[91], contrairement aux esclaves d'Amérique, même christianisés[89].
- Les États africains entre 500 av. J.-C. et 1500 après J.-C.
- Les principales routes du commerce des esclaves en Afrique au cours de l’époque médiévale.
- Les routes commerciales du désert du Sahara entre 1000 et 1500.
Dans la traite orientale, les esclaves noirs sont dénommés zanj[92], mot qui vient du persan زنگبار, zanji-bar signifiant depuis l'antiquité « côte des noirs » (c'est aussi l'origine du nom Zanzibar). Les adeptes des religions traditionnelles africaines, pour la plupart bantous, étaient capturés dans l'arrière-pays par les royaumes africains vainqueurs de leurs rivaux, qui en faisaient une source de revenus en tant qu'esclaves à vendre aux marchands somalis, afars, arabes et plus tard portugais de la côte orientale de l'Afrique. Des noirs nilotiques issus des régions frontalières de l'Éthiopie étaient également vendus par celle-ci[93]. Des inscriptions javanaises et des textes arabes montrent qu'aux IXe et Xe siècles Java entretenait des échanges commerciaux avec la côte est de l'Afrique[94]. Une inscription datée de l'an 860, trouvée dans l'est de Java (actuelle Indonésie), mentionne, dans une liste de serviteurs, des jenggi ; une inscription javanaise plus tardive parle d'esclaves noirs offerts par un roi javanais à la cour impériale de Chine. Des négriers chinois achetaient aussi des esclaves noirs (Hei-hsiao-ssu) directement à des marchands arabes, somalis ou afars qui les capturaient dans les régions du Nord-Est du Kenya actuel[95].
La Chine ancienne et l'Inde classique utilisaient déjà la main-d'œuvre servile pour construire des digues et des fortifications[96] : la Grande Muraille n'échappe pas à la règle. Les esclaves servaient également dans les cultes et pour les services domestiques<[97]. L'esclavage existait aussi dans le Siam et l'Empire khmer[98] ; en Corée, il n'est aboli qu'à la fin du XIXe siècle[98]. La route maritime de l'Afrique orientale à la Malaisie, bien connue des navigateurs égyptiens, perses, érythréens, yéménites, omanais et indiens, est restée un itinéraire de la traite orientale vers, entre autres, les royaumes du Chenla et de Sriwijaya, où les esclaves pouvaient être transbordés sur des jonques chinoises[99].
Entre 869 et 883, dans la région de Bassorah (actuel Irak), la révolte des Zanj fut le premier grand soulèvement d'esclaves noirs contre le pouvoir des Abbassides, que le vizir Al-Muwaffaq eut beaucoup de mal à réprimer[100]. Le sultanat d'Adal, autre puissance esclavagiste, entra en conflit pour le contrôle des routes de traite avec sa principale concurrente, l'Éthiopie[101]. L'imam d'Adal, Ahmed Gragne, s'allie à l'Empire ottoman tandis que le négus d'Éthiopie appelle les chrétiens d'Occident à l'aide. Les Portugais voulant contrôler la route des Indes orientales attaquent les comptoirs somaliens : en 1517, ils incendient le comptoir de Zeilah. Vers 1542-1543, Christophe de Gama mène une expédition en Abyssinie pour repousser l'armée d'Adal, il sera capturé après la bataille de Wofla et décapité[92].
Dans les territoires contrôlés par des populations d'éleveurs de bétail, comme les tutsis, les somalis ou les masaï, les esclaves bantous servaient exclusivement pour travailler aux champs[102] sous le contrôle des femmes de leurs maîtres, mais tout en vivant séparés d'eux et dans des statuts inférieurs à ceux du bétail ou des chevaux du point de vue coutumier ; le marronnage, fréquent, motivait des expéditions de chasse aux fuyards où ceux-ci étaient tués[102].


Contrairement à celui pratiqué par les somalis, l'esclavage en Éthiopie était essentiellement domestique. Les esclaves servaient ainsi dans les maisons de leurs maîtres ou de leurs maîtresses, et étaient rarement employés à des fins productives. Les esclaves étaient ainsi considérés comme des membres "de deuxième classe" de la famille de leurs propriétaires[103].
En Afrique subsaharienne, les esclaves étaient l'apanage des rois (qui pouvaient les mettre à la disposition de leurs sujets, les prêter, les échanger, les vendre). Comme ailleurs dans le monde, il s'agissait souvent de captifs pris comme butin des guerres entre royaumes africains, livrés comme tribut par les peuples vaincus, ou razziés par les royaumes les plus puissants chez les voisins plus faibles. Avec le développement des empires nécessitant une main d'œuvre abondante et pas chère (Égypte, Assyrie, Babylone, Perse, royaumes hellénistiques, Carthage, Rome), des filières de commerce d'esclaves se mettent en place, numides, puniques, garamantes ou nubiennes. Ce trafic ne disparut ni avec l'arrivée du christianisme en Afrique orientale (Égypte, Nubie, Abyssinie, etc.)[104] ni avec celle de l'islam, religions qui ne proscrivent pas la traite des « infidèles » mais seulement celle de leurs propres croyants. Bien au contraire, avec la mise en place, dans l'Antiquité tardive, des dynasties musulmanes d'Afrique du Nord, de la frange sahélienne (empires ghanéen ou songhaïen) et du Moyen-Orient, la traite s'intensifie[105]. En Afrique subsaharienne, l'empire du Mali tente d'interdire l'esclavage au XIIIe siècle, mais les profits générés sont tels que la mesure ne sera pas appliquée : Tombouctou deviendra l'une des plaques tournantes de la traite des esclaves en Afrique.
Traite orientale moderne
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De 25 000 à 50 000 esclaves bantous ont été vendus sur le marché d'esclaves de Zanzibar à la destination de la Somalie dans les années 1800-1890. Ils étaient issus essentiellement des groupes ethniques Yao, Makua, Chewas (Nyanjas), Zigua, Ngidono et Zaramo. Dans les années 1840, des esclaves fugitifs de la vallée du Shebelle commencent à s'installer dans la vallée du Jubba, encore peu peuplée[106]. En 1891, un officier britannique estime leur nombre entre 30 et 40 000 personnes, mais en 1932, un administrateur italien n'en compte que 23 500[106].
Au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, l'Afrique orientale (la partie orientale du République démocratique du Congo inclus) était le domaine réservé des émirats dits « arabo-swahilis », terme qui désigne aujourd'hui les États musulmans, pour certains initialement vassaux des Yémenites ou des Omanais, comme Zanzibar (dont le nom signifie « côte des Noirs »), à la population métissée d'Arabes, d'Indiens musulmans et de Bantous convertis, avec une aristocratie souvent d'origine arabe, comme Rumaliza, sultan d'Ujiji (en actuelle Tanzanie, sur la rive orientale du lac Tanganyika). Dès 1840, des commerçants venus de Zanzibar avaient atteint les territoires sis entre le lac Tanganyika et la Lualaba (actuels Kivus et Maniema).
Les cités de Nyangwe, Kasongo, Riba Riba ou Kabambare se structurèrent dès avant les années 1870. Ces émirats vivaient du commerce de l'encens, des épices, de l'ivoire, des perles, et de la traite orientale, qui était l'une de leurs principales sources de prospérité et dont les victimes étaient les populations encore animistes de la région, démunies face aux armes à feu des « Arabo-Swahilis ».
Au XIXe siècle, les explorateurs et colonisateurs européens reconnaissent et, dans les dernières décennies du siècle, s'emparent progressivement des « champs de chasse » africains de la traite orientale, à la suite des expéditions et campagnes de Samuel White Baker, Richard Francis Burton, Verney Lovett Cameron, Camille Coquilhat, Francis Dhanis, Alexandre Delcommune, Jules Dixmude, James Grant, Edmond Hanssens, Oskar Lenz, David Livingstone, Jean-Baptiste Marchand, Henri Moll, Eduard Schnitzler, John Speke, William Stairs, Henry Stanley, Émile Storms et Hermann von Wissmann) : dès lors, une rivalité les oppose aux « Arabo-Swahilis », et la lutte contre la traite orientale va servir de justification morale aux guerres menées contre ces derniers (voir Société anti-esclavagiste belge).
Au terme de ces conflits dont les guerres Mahdiste et de Rabah sont des exemples, les « Arabo-Swahilis » perdent leur suprématie mais ce sont toutes les populations africaines, à l'exception des seuls Éthiopiens[107], qui vont se trouver soumises aux colonisateurs européens, lesquels abolissent officiellement la traite orientale (à laquelle certains d'entre eux se livrent pourtant[réf. nécessaire]) mais pour la remplacer par d'autres formes de servitude, comme au Congo belge (officiellement « État indépendant du Congo » à ses débuts, mais en fait propriété personnelle du roi Léopold II de Belgique). Même officiellement aboli, l'esclavage perdure : un rapport de l'ambassadeur de France en Arabie saoudite signale en 1955 des trafiquants de ce pays qui envoyaient en Afrique subsaharienne des émissaires-rabatteurs se faisant passer auprès des populations locales soit pour des pourvoyeurs d'emplois en péninsule arabique, soit pour des missionnaires mandés par de riches musulmans, au nom de la charité, pour offrir le voyage à la Mecque à des croyants africains nécessiteux. Il s'agissait d'un traquenard : les candidats à l'emploi et les pèlerins étaient capturés par les marchands d'esclaves[108].

Aux Indes orientales aussi, il existait une traite endémique à laquelle les colonialistes européens firent la guerre, pour lui substituer leur propre domination à la fin du XIXe siècle. Un centre majeur de la traite orientale dans cette région était la mer de Sulu avec les sultanats de Sulu, de Maguindanao, de Lanao, et les nids de pirates d'Iranun, de Balanguingui et des Moros). Les économies de cette région reposaient fortement sur la traite : on estime que, de 1770 à 1870, environ 200 000 à 300 000 esclaves, essentiellement des malais animistes, hindouistes ou bouddhistes des actuelles Malaisie , Indonésie et Philippines, dont beaucoup de Tagalogs, Visayans, Bugis, Mandarais, Ibans et Macassars, furent razziés par les pirates musulmans pour être vendus à Singapour, à Java, en Indochine ou en Chine. Ils étaient capturés lors de raids côtiers dans les îles occidentales au-delà du détroit de Malacca, à Bali, dans les îles orientales au-delà du détroit de Macassar et aux Philippines[109].

Certaines communautés vivaient principalement de la piraterie et de la traite, au point que le mot « pirate » en malais, lanun, vient de l'exonyme du peuple Iranun.
Les pirates et les sultans malais esclavagistes se heurtèrent à partir du XVIIe siècle à la concurrence espagnole, portugaise et hollandaise ainsi qu'à celle des Philippins christianisés : il s'ensuivit de nombreux conflits où les jésuites et les missionnaires protestants dénoncèrent l'esclavage musulman mais promurent à sa place de nouvelles formes d'exploitation dans les plantations ; les tours de guet et les forts de cette époque sont encore visibles aujourd'hui. Durant ces guerres, des postes de commandement furent établis à Manille, Cavite, Cebu, Iloilo, Zamboanga et Iligan. Des navires de défense furent construits par les communautés locales, en particulier dans les îles Visayas (des « barangayanes » de guerre plus rapides que ceux des pirates moros). Au fur et à mesure que la résistance contre les pirates augmentait, les navires de guerre Lanong de l'Iranun furent finalement remplacés par les navires de guerre garay plus petits et plus rapides du Balanguingui au début du XIXe siècle. Les raids des pirates moros ont finalement été arrêtés par plusieurs expéditions navales de la marine espagnole entre 1848 et 1891, y compris par des bombardements de représailles et la capture de populations moros, dont certaines furent elles aussi emmenées aux travaux forcés. À cette époque, les Espagnols avaient déjà des canonnières à vapeur qui pouvaient facilement dépasser et détruire les navires pirates[110],[111],[112].
Depuis que le parlement mauritanien a officiellement aboli l'esclavage en 1981, celui-ci n'a plus nulle part d'existence légale, mais perdure pourtant, non seulement en Mauritanie (où le décret d'application de l'abolition de 1981 n'a jamais été publié en raison de l'incompatibilité entre l'abolition et les textes de la religion officielle — voir l'article Esclavage en Mauritanie[113]) mais aussi dans l'ensemble de l'aire historique de la traite orientale[114] : voir l'article Esclavage contemporain.
Groupes ethniques descendants de la traite orientale
modifierParmi les groupes ethniques et communautés descendants d'esclaves affranchis issus de la traite orientale, il y a, entre autres : les Akhdam au Yémen, les Afro-Saoudiens, les Afro-Palestiniens, les Afro-Syriens, les Afro-Jordaniens, les Afro-Irakiens, les Siya d'Iran ou Afro-Iraniens, les Siddis d'Inde et du Pakistan, les Jalban (Jalbane) d'Égypte, les Zenci ou Afro-Turcs de Turquie, les Haratin (Haratine) ou Chouachin (Chouachine) du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mauritanie, Azaouad et Azaouagh).
Dans la culture
modifierLa traite orientale est beaucoup moins présente dans la culture que l'occidentale : moins d'études, moins d'ouvrages littéraires, moins de films, moins de polémiques. Ce fait est dû d'une part au manque de statistiques fiables : il n'existe aucun recensement systématique en Afrique au Moyen Âge, alors que les archives sont beaucoup plus fournies en ce qui concerne la traite atlantique (XVIe au XVIIIe siècle), et d'autre part à la susceptibilité de certains États musulmans pour les représentants desquels le fait d'évoquer le passé négrier de leurs pays revient à vouloir banaliser ou minimiser la traite transatlantique[115],[116] :
- l'ouvrage d'Hergé Coke en stock (1958), où des trafiquants razzient des pèlerins noirs cherchant à se rendre à La Mecque, a pu s'inspirer d'un auteur contemporain de la jeunesse de l'auteur : le reporter Albert Londres qui décrit en 1925 dans son ouvrage Pêcheurs de perles une vente d'esclaves noirs (pratique alors officiellement interdite) dont il a été témoin en Arabie ;
- le roman Le Dernier Survivant de la caravane d'Étienne Goyémidé (1985) place au centre de l'intrigue les razzias et la traite qui se poursuit du sud au nord de l'Afrique au XIXe siècle ;
- L'esclave islandaise de l'écrivaine islandaise Steinunn Johannesdottir (2017) est un roman historique ayant pour point de départ les enlèvements turcs en Islande en 1627 :
- au cinéma, l'apparition de la traite orientale semble rester anecdotique et se confiner, dans le cinéma français des années 1960 par exemple, à la série des Angélique, de Christian-Jaque, où la belle Angélique (Michèle Mercier) se retrouve plus d'une fois capturée par les pirates barbaresques et vendue par eux sur des marchés aux esclaves, dont celui d'Alger.
Problème des sources
modifierUn important obstacle à l'histoire de la traite orientale est le manque de sources. Les documents disponibles sont étrangers aux cultures africaines, provenant des lettrés qui s'expriment en arabe et nous proposent un regard partial et souvent condescendant sur le phénomène. Si depuis quelques années, la recherche historique sur l'Afrique progresse (l'historien croise les apports de l'archéologie, de la numismatique, de l'anthropologie, de la linguistique et de la démographie pour pallier les carences de la documentation écrite), des auteurs comme Tidiane N'Diaye et Ibrahima Thioub œuvrant à cette fin, il n'en reste pas moins que les sources restent rares :
- tradition orale africaine ;
- Chronique de Kilwa (Afrique orientale), XVIe siècle ;
- numismatique : analyse des trésors et de la diffusion des monnaies ;
- archéologie : architecture des comptoirs et des villes de la traite ;
- iconographie : miniatures arabes et persanes des grandes bibliothèques, gravures des ouvrages européens de l'époque moderne et contemporaine, et photographies, à partir du XIXe siècle ;
- sources médiévales musulmanes : les premiers lettrés du monde arabe ne sont jamais allés en Afrique subsaharienne avant le XIVe siècle : ils reprennent donc les légendes et les préjugés sur les Africains.
- Al-Mas'ûdî (mort en 957), Muruj adh-dhahab ou Les Prairies d'or, qui est le manuel de référence des géographes et des historiens du monde musulman. Il a beaucoup voyagé à travers le monde arabe ainsi qu'en Extrême-Orient.
- Ya'qubi (IXe siècle), Livre des pays.
- Al Idrissi (mort vers 1165), Description de l'Afrique et de l'Espagne.
- Ibn Khaldoun (mort en 1406), historien et philosophe d'Afrique du Nord. Certains le considèrent comme l'historien des sociétés arabe, berbère et perse. Il est l'auteur des Prolégomènes à une histoire universelle[117] et d'une Histoire des Berbères. Ses commentaires sur les peuples subsahariens comme sur les Arabes y sont sévères.
- Ahmad al-Maqrîzî (mort en 1442), historien égyptien, on lui doit notamment une description des marchés du Caire.
- Léon l'Africain (mort en 1548), auteur d'une précieuse description de l'Afrique.
- Rifa'a al-Tahtawi (mort en 1873), qui traduisit des ouvrages médiévaux de géographie et d'histoire. Son œuvre porte surtout sur l'Égypte.
Notes et références
modifier- 1 2 Bernard Lewis, Race and Color in Islam, Harper and Row, New York-Londres, 1971.
- 1 2 Lucette Valensi, « Bernard Lewis, Race and color in Islam », Annales, vol. 28, no 3, , p. 657–658 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Débats - Actualités, vidéos et infos en direct », sur Le Monde.fr (consulté le )
- ↑ Ibn Khaldoun, al-Muqaddima, cité dans le projet RELRACE (Université du Mans) [réf. incomplète] – l'historien rejette la malédiction de Cham et attribue la couleur de peau à la théorie des climats. Voir également l'analyse de Farid Bouchiba, « Ibn Khaldun, les Noirs et la malédiction de Cham (II) » , et Lucette Valensi, compte rendu de Bernard Lewis, Race and Color in Islam, in Annales, 1973 .
- ↑ Lucette Valensi, « Bernard Lewis, Race and color in Islam », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 28, no 3, , p. 657-658 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Lucette Valensi, compte rendu de Bernard Lewis, Race and Color in Islam, in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1973, vol. 28, n° 3, pp. 657-658 : « Mais si les esclaves blancs peuvent accéder aux plus hauts degrés de l'administration et de l'armée, les Noirs restent aux niveaux inférieurs de l'échelle sociale. »
- ↑ François Renault, « L'esclavage en Afrique musulmane. À propos d'une publication récente », Revue française d'histoire d'outre-mer, vol. 73, no 271, , p. 211-224 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Kitāb al-ma‘ārif », sur Projet RELRACE (Université du Mans) (consulté le )
- ↑ « Tarikh », sur Projet RELRACE (Université du Mans) (consulté le )
- ↑ « La représentation des Noirs dans les contes arabes », sur Projet RELRACE (Université du Mans) (consulté le )
- ↑ Voir notamment Marta García Novo, « Droit islamique et esclavage dans les Réponses d’Aḥmad Bābā », in Droit et esclavages, 2022 ; Seydi Diamil Niane, « Le Maroc noir : une histoire de l’esclavage, de la race et de l’islam », Afrique en mouvement, 2020 ; Bernard Lewis, Race and Slavery in the Middle East, Oxford University Press, 1990.
- ↑ Pour la mortalité lors de la traversée du Sahara, voir François Renault, « La traite transsaharienne des esclaves », Revue française d'histoire d'outre-mer, 1993, qui évalue la mortalité entre 20 et 25 % ; d'autres estimations vont jusqu'à 50 % (« La traite transsaharienne : 13 siècles d’oubli », NOFI.media, 2025 ). Sur la castration, l'article « Castration » de Wikipédia, citant Tidiane N'Diaye, indique un taux de mortalité de 75 à 80 % pour les adultes et de 30 à 40 % pour les enfants . Voir également les propos de l'historien M'Hamed Oualdi sur BBC News Afrique .
- ↑ « La traite dans l'histoire de l'Afrique », sur Cairn.info (consulté le )
- ↑ « Le prix de la traite des Noirs », sur Le Monde, (consulté le )
- ↑ François Renault, « La traite transsaharienne des esclaves », Revue française d'histoire d'outre-mer, vol. 80, no 300, , p. 467-477 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Esclavage des Noirs : l'histoire, moins bien connue, de la traite orientale », sur BBC, (consulté le )
- ↑ « La traite oubliée des négriers musulmans », sur L'Histoire (consulté le )
- ↑ François Renault, « La traite transsaharienne des esclaves », Revue française d'histoire d'outre-mer, 1993, vol. 80, n° 300, pp. 467-477 ; Ralph A. Austen, « The Mediterranean Islamic Slave Trade out of Africa: A Tentative Census », Slavery and Abolition, vol. 13, n° 1, 1992, pp. 214-248 . Voir également « La traite oubliée des négriers musulmans », L'Histoire .
- ↑ Samuel Noah Kramer (trad. de l'anglais), L'histoire commence à Sumer, Paris, Flammarion, , 316 p. (ISBN 978-2-08-122386-8)
- ↑ Delacampagne 2002, p. 30-31.
- ↑ Delacampagne 2002, p. 37.
- ↑ Le panégyrique du général Ahmès fils d'Abana découvert dans sa tombe à El Kab détaille les récompenses qu'il reçut des souverains pour lesquels il a combattu au début de la XVIIIe dynastie, parmi lesquelles des esclaves ; cf. K. Sethe, ch. I, (de) Die Lebensgeschichte des Admirals I'hms (Amosis). Aus seinem Felsgrab bei Elkab., p. 2-6. Pour une traduction en français on consultera l'article consacré à cette tombe sur le site Osirisnet
- ↑ Dynastie d'origine uniquement nubienne (ou koushite) du Royaume de Napata
- ↑ Cette dynastie est la première de la Basse époque, période de forte instabilité qui se caractérise par des prises de pouvoir successives de souverains étrangers (nubiens, libyens, perses), entrecoupée de courtes périodes d'indépendance et marquée par l'invasion assyrienne
- ↑ Édouard Will, Le monde grec et l'Orient : Le monde hellénistique, t. 2, PUF, coll. « Peuples et Civilisations », 1993 4e édition (ISBN 2130387144)
- ↑ Eugene Cruz-Uribe, (en) « Slavery in Egypt during the Saite and Persian periods » in: Revue Internationale de Droit dans l'Antiquité no 29, 1982, p. 47-71.
- ↑ Collection Microsoft Encarta, 2004, in L'Esclavage dans le monde antique : « Les Égyptiens utilisaient des foules d'esclaves pour construire leurs palais et monuments royaux », 1999-2003, Microsoft Corporation.
- ↑ Dans le film La Terre des pharaons de 1955, Khéops (IVe dynastie égyptienne est obsédé par son sort dans l’au-delà : pour se faire bâtir un tombeau inviolable et éternel, il s’adresse à un architecte appartenant à un peuple réduit en esclavage en Égypte : les Hébreux. Khéops, pour convaincre l'architecte, lui propose en échange la liberté pour tout son peuple. Plus tard, dans le but de mobiliser suffisamment de main-d’œuvre, Khéops exige un tribut en hommes des différents territoires dont il est le souverain ou le suzerain
- ↑ Dans le film Les Dix Commandements, on peut voir les Juifs dignes et héroïques construisant les pyramides sous force coups de fouet de cerbères frustes et inutilement violents, comme l'étaient les SS gardant les camps d'extermination nazis douze ans auparavant
- ↑ Voir les données archéologiques sur l'Exode et Moïse : aucune source égyptienne ne fait état d'un grand nombre d'esclaves, ni de calamités infligées par Dieu aux Égyptiens, ni même de la mort d'un prince de sang royal dans la poursuite d'hypothétiques esclaves en fuite.
- ↑ Valérian Dominique, Chapitre 3. La mer source de profits. La piraterie (lire en ligne)
- ↑ Spencer Trimingham, Islam en Éthiopie, p. 46 (en).
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Voir aussi
modifierBibliographie
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- Joseph Kessel (1898-1979) est grand reporter et romancier français, qui navigua avec les négriers de la mer Rouge
- Albert Londres mentionne dans son livre-reportage Pêcheurs de perles le commerce clandestin d'esclaves en 1925 en Arabie
- Henry Morton Stanley (1841-1904), À travers le continent mystérieux, 1878
- Tidiane N'Diaye Le Génocide voilé, Paris, Gallimard, coll. « Continents noirs », 2007, 253 p. (ISBN 978-2-07-011958-5), repris en édition de poche chez Folio en 2017
Études universitaires
modifier- Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, Essai d'histoire globale, Paris, Gallimard, , 468 p. (ISBN 2-07-073499-4)
- Jacques Heers, Les Négriers en terres d’islam, Paris, Perrin, 2003, (ISBN 978-2-262-02764-3)
- Malek Chebel, L'esclavage en terre d'Islam, 2010
- Christian Delacampagne, Histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, , 319 p. (ISBN 2-253-90593-3)
- (en) Hugh Thomas, The Slave Trade: The Story of the Atlantic Slave Trade: 1440-1870, Simon and Schuster, (ISBN 978-1-4767-3745-4, lire en ligne)
- Fabienne P. Guillén (dir.) et Salah Trabelsi (dir.), Les esclavages en Méditerranée : Espaces et dynamiques économiques, Casa de Velázquez, , 246 p. (ISBN 978-84-9096-139-1, lire en ligne)