Tela Tchaï
Martha Noémi Winterstein née Famin[1] dite Tela Tchaï[2] née le à Roubaix[3],[4] et morte le à Saint-Tropez[5], est une actrice, artiste-peintre, modèle et danseuse française d'origine tsigane.
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Martha Winterstein |
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Biographie
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Tela Tchaï est née à Roubaix, fille d'une ouvrière belge et d'un tzigane.
Orpheline à huit ans, en , avec son frère, elle est contrainte de suivre la troupe d'un cirque ambulant,[6] où elle acquiert son surnom de Tela Tchaï, qui signifie « notre fille », et elle s'y produit, à travers l'Europe, comme danseuse et comme acrobate. Elle affirme avoir été vendue trois fois durant son enfance[7].
En , elle s'enfuit du cirque[8], trouve refuge chez des paysans savoyards puis chez des comédiens ambulants, avant d'arriver à Paris dans le dénuement, s'y produisant comme danseuse à Bobino[6].
À Paris, son destin prend un nouveau tournant. Vers , elle devient modèle pour plusieurs peintres dont André Derain et Moïse Kisling[7],[6]. André Derain apprend même à lire à Tela Tchaï[6].
En , on la retrouve danseuse orientale à l'Exposition coloniale internationale, aux îles de Reuilly et de Bercy rebaptisées pour l'occasion îles de Bagdad dans le lac Daumesnil. C'est là que le réalisateur Georg Wilhelm Pabst la repère et l'engage aussitôt comme actrice dans le film L'Atlantide dans le rôle de Tanit Serga[7] :
« Et puis j’ai dansé à l’Exposition Coloniale ! Là, des peintres m’ont remarquée. J’ai posé pour eux, Derain, Kisling, ont fait mon portrait. Ils ont été très bons pour moi. Par leur intermédiaire, j’ai connu M. Pabst. [...] Maintenant, le cinéma m’attire beaucoup. C’est joli de se voir sur un écran.... »
Tela Tchaï entame ainsi une carrière de comédienne et danseuse au cinéma et tourne une dizaine de films de à , dont trois films de Jacques de Baroncelli : Gitanes (), Roi de Camargue () et Les Mystères de Paris (). Dans le film musical Bolero () de Max Reichmann, elle incarne une gitane qui danse sur le Bolero de Maurice Ravel[9] :
« Une gitane que Satan habite. Fille folle de son corps admirable et plus encore vicieuse des ivresses de la danse dont elle est possédée. […] Bolero inoubliable où Tela Tchaï, une artiste de toute splendeur, danse et meurt comme Maurice Ravel le veut. »
Le , elle a coprésidé une séance du Ciné Club de la Femme présentée par sa cofondatrice Lucie Derain et consacrée à des films de Pabst, dont L'Atlantide, 33, avenue des Champs-Élysées[10].
Après la Deuxième Guerre mondiale, André Derain l'encourage à poursuivre ses débuts comme artiste peintre et plusieurs expositions de ses œuvres sont organisées à Paris[11].
Elle n'en oublie pas pour autant ses origines tziganes et se rend régulièrement au pèlerinage de Saintes-Maries-de-la-Mer[7] :
« J’ai grandi dans la roulotte, parcourant l’Europe en tous sens, rentrant toujours aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour le pèlerinage des tziganes... [...] Souvent, encore, j’ai la nostalgie de la grande route. J’ai un costume de tzigane chez moi. Quelquefois, le dimanche, je le mets et je vais à Vincennes. Il y a, au bord du bois, un endroit où les bohémiens s’arrêtent. Je vais avec eux. Je passe la journée là. Je dis que ma roulotte est campée un peu plus loin... Ce sont les meilleures journées que je passe... Je mange avec eux ; je retrouve mon enfance… »
Après avoir vécu à Paris, elle s'installe en Provence, à Grimaud dans le Var, et meurt dans l'oubli à Saint-Tropez. Elle repose au cimetière de Grimaud.
Postérité
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En , le musée de La Piscine de Roubaix a acquis, grâce à l'association des amis du musée, un des tableaux de Tela Tchaï, Bouquet de fleurs, suscitant un regain d'intérêt pour l'artiste à l'échelle locale[12],[13].
Le , le conseil municipal de Roubaix, ville natale de Tela Tchaï, a décidé l'attribution d'un nom de rue à l'artiste entre la place de la Gare et la rue du Grand-Chemin[14].
Filmographie
modifier- 1932 : L'Atlantide de Georg Wilhelm Pabst : Tanit Zerga
- 1932 : Gitanes / Les Deux routes de Jacques de Baroncelli : Tela-Tchaï
- 1933 : Bolero de Max Reichmann : la gitane, qui danse sur la musique du Boléro de Maurice Ravel[15],[16],[17],[18],[9],[19],[20],[21],[22],[23],[24]
- 1934 : Roi de Camargue de Jacques de Baroncelli : Zinzara[25]
- 1937 : La Symphonie des brigands / Peppino de Friedrich Fehér : la servante
- 1937 : Les Secrets de la mer Rouge de Richard Pottier : Sultana
- 1939 : Tourelle 3, film inachevé[26] de Christian-Jaque : Mayena[27]
- 1943 : Les Mystères de Paris de Jacques de Baroncelli : La Punaise
- 1945 : Farandole d'André Zwobada : la diseuse de bonne aventure.
Bibliographie
modifierOuvrages
modifier- Gérard Gartner, Les sept plasticiens précurseurs tsiganes : Otto Mueller - Serge Poliakoff - Helios Gómez - Tela Tchaï - Django Reinhardt - Constantin Nepo - Yana Rondolotto, Éditions Marinoël-Gérard Gartner, , 135 p. (ISBN 978-2-9539056-0-1, BNF 42425466)
- Michel Kellermann, André Derain. Catalogue raisonné de l’œuvre peint : 1915-1934, vol. 2, Paris, Galerie Schmidt, (ISBN 978-2-9539056-0-1, BNF 35812429), p. 223
Articles
modifier- (de) Klaus-Michael Bogdal, « „Eine Zigeunerin ist keine Konkurrenz für Dich!“ Der vergessene französische Filmstar Tela Tchaï / Martha Winterstein. Eine Spurensuche », Ästhetik(en) der Roma, Munich, AVM.edition, , p. 185-208 (ISBN 978-3-95477-115-8)
- (de) Klaus-Michael Bogdal, « Ein Grab in Grimaud. Biographische Spurensuche nach Martha Noémi Winterstein gennant Tela Tchai (1909-1993) », Biographische Miniaturen, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, , p. 31-36 (ISBN 978-3-96023-461-6)
- Manuel Cornejo, « Maurice Ravel et le Septième Art », Cahiers Maurice Ravel, no 15, , p. 104-114 (ISBN 978-2-8404-9664-9)
- Germain Hirselj, « Tela Tchaï, la vamp des grands chemins », Gens & Pierres de Roubaix, , p. 14-23 (ISSN 1778-8684)
- Bruno Renoul, « Le singulier destin de Tela Tchaï, la Tsigane de Roubaix devenue modèle, actrice et peintre », La Voix du Nord, (lire en ligne, consulté le )
- Bruno Renoul, « Téla Tchaï, la tsigane devenue actrice, va donner son nom à une rue de Roubaix », La Voix du Nord, (lire en ligne, consulté le )
Interviews de Tela Tchaï
modifier- R.R., « Studios et plein air. Tela Tchaï, danseuse tzigane », Pour vous, no 165, , p. 14 (lire en ligne, consulté le )
- Marcelle Auclair, « La romanesque histoire de Tela Tchaï, fille tzigane », Pour Vous, no 334, , p. 7 (lire en ligne, consulté le )
Notes et références
modifier- ↑ Gérard Gartner : https://www.idemec.cnrs.fr/spip.php?article867
- ↑ Autres graphies de son nom : Tela Tschaï ou Tela-Tchaï
- ↑ Acte de naissance n° 1622 (vue 9/347) avec mention marginale de la reconnaissance. Archives départementales du Nord en ligne, état-civil de Roubaix, registre des naissances de 1909.
- ↑ Acte de reconnaissance n° 1567 (vue 45/364). Archives départementales du Nord en ligne, état-civil de Roubaix, registre des naissances de 1912.
- ↑ Jean-Pascal Constantin, Les Gens du Cinéma : http://www.lesgensducinema.com/biographie/TchaiTela.htm
- 1 2 3 4 Marcelle Auclair, « La romanesque histoire de Tela Tchaï, fille tzigane », Pour Vous, no 334, , p. 7 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 R.R., « Studios et plein air. Tela Tchaï, danseuse tzigane », Pour vous, no 165, , p. 14 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ C.J., « Le cinéma. Une vedette polyglotte », Le Monde illustré, , p. 1057 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Le Glaneur, « Glanes », Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Dans les cinémas », L’Écho de Paris, , p. 7 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ D'après un témoignage oral de Tela Tchaï dans l'émission de radio L’art et la vie du conservée aux archives de l'INA, n°PH807019318.
- ↑ Germain Hirselj, « Tela Tchaï, la vamp des grands chemins », Gens & Pierres de Roubaix, , p. 14-23 (ISSN 1778-8684)
- ↑ Bruno Renoul, « Le singulier destin de Tela Tchaï, la Tsigane de Roubaix devenue modèle, actrice et peintre », La Voix du Nord, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Bruno Renoul, « Téla Tchaï, la tsigane devenue actrice, va donner son nom à une rue de Roubaix », La Voix du Nord, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Georges Van Parys, « Poème symphonique à l’écran », Notre Temps, vol. 7, no 46, , p. 3 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « De l’écran à la scène. Le cinéma », La République, , p. 7 (lire en ligne)
- ↑ « Notre couverture. Tela Tchaï », Midinette, no 431, , p. 3 (lire en ligne)
- ↑ Pierre-Henry Proust, « Le cinéma et ses tendances. La danse inspiratrice de films », Comœdia, , p. 4 (lire en ligne)
- ↑ « Souvenirs sur Maurice Ravel et le cinéma », Le Jour, , p. 6 (lire en ligne)
- ↑ « La vie du cinéma d’un mercredi à l’autre. Le cinéma ne devrait pas oublier Ravel », Pour vous, no 478, , p. 10 (lire en ligne)
- ↑ Georges Van Parys, Les jours comme ils viennent, Paris, Plon, (BNF 33207479, lire en ligne), p. 172-173
- ↑ Manuel Cornejo, « Maurice Ravel et le Septième Art », Cahiers Maurice Ravel, no 15, , p. 107-108 (ISBN 978-2-8404-9664-9)
- ↑ Maurice Ravel, L'intégrale : Correspondance (1895-1937), écrits et entretiens : édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Le Passeur Éditeur, (ISBN 978-2-36890-577-7 et 2-36890-577-4, BNF 45607052), p. 1670
- ↑ Maurice Ravel (préf. Mathias Auclair), Correspondance, écrits et entretiens : édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Paris, Gallimard, coll. « Tel », (ISBN 9782073111111, BNF 47682301), p. 2748-2749
- ↑ Les spectacles algérois. Au Trianon-Cinéma : "Roi de Camargue". L'Écho de la presse musulmane, 27 décembre 1935, p. 8, lire en ligne sur Gallica.
- ↑ pour cause de déclaration de guerre. Jean Chevrier, Andrex et Bernard Blier faisaient également partie de la distribution.
- ↑ Tela-Tchaï sera l'héroine de Tourelle Trois. Le Figaro, 13 août 1939, p. 4, lire en ligne sur Gallica.