Tempêtes dans le massif forestier de Fontainebleau
Les tempêtes dans le massif forestier de Fontainebleau sont les principales tempêtes ayant affectés dans ce massif, en France, comprenant essentiellement les trois forêts domaniales de Fontainebleau, des Trois-Pignons, et de la Commanderie. Attestés depuis plusieurs siècles, ces tempêtes constituent, avec les incendies, des risques majeurs pour la préservation des espaces.

Dispositifs de prévention
modifierConséquences des tempêtes
modifierConséquences écologiques
modifierDans les forêts naturelles, les tempêtes et la chute de vieux arbres provoquent des chablis qui ouvrent des trouées dans le couvert forestier. Ces ouvertures favorisent des « essences pionnières » comme le bouleau, le saule et l'aulne, ainsi que certains papillons diurnes et les orchidées. Ce fonctionnement s'applique au massif forestier de Fontainebleau, dont la richesse biologique repose notamment sur le maintien du bois mort et des arbres creux : les coléoptères forestiers, associés aux champignons, y représentent près de la moitié des espèces recensées et une partie d'entre eux dépend directement de ces habitats[1]. Lors de tempêtes dans le massif, et c'est notamment le cas en , le pin sylvestre est davantage touché que le chêne, en raison de sa plus forte prise au vent et de son enracinement moins profond[2]. Dans la forêt de Fontainebleau, les tempêtes de 1999 ont aussi des effets indirects sur le volet faunistique : l'accès rendu difficile à certains bois favorise la reproduction des sangliers, comme dans d'autres espaces forestiers de Seine-et-Marne. Au début des années 2000, leur progression contribue au renforcement des battues de régulation organisées dans le massif[3].
Conséquences économiques
modifierLes tempêtes de entraînent notamment une perte économique liée à la dégradation de l’usage récréatif de la forêt[4]. En , les effets des tempêtes de 1999 restent visibles. Les sentiers et les routes sont dégagés à environ 90 %, tandis que certaines parcelles demeurent fermées au public en raison de risques liés aux arbres fragilisés ou instables, avec une levée prévue des restrictions. Les secteurs les plus fréquentés, notamment les zones d'escalade, les voies d'accès et les aires de pique-nique, font l'objet d'opérations prioritaires de sécurisation, avec l'abattage des arbres dangereux jusqu'à 30 m de part et d'autre des routes et sentiers[5]. Plusieurs enquêtes, notamment réalisées à l’ auprès de personnes âgées de 18 ans et plus, fondées sur la méthode d’évaluation contingente, mesurant le consentement des usagers à payer pour la remise en état du massif, a estimé cette perte à environ 200 à 240 francs (30,50 à 36,60 euros) par personne et par an, soit 13 à 18 francs (2 à 2,75 euros) par visite[4],[6],[7]. En 2003, les effets économiques des tempêtes restent perceptibles sur le marché du bois, certains stocks constitués après 1999 continuant d'alimenter l'offre. La vente du regroupe 133 000 m3 de bois provenant des forêts d'Île-de-France, dont 122 000 m3 issus des forêts domaniales. L'offre comprend 75 % de feuillus, principalement du chêne, et 25 % de résineux, surtout du pin sylvestre, dont le marché est alors jugé favorable[8].
Conséquences patrimoniales
modifierLes tempêtes de 1999 suscitent également des réactions liées à l'attachement affectif au patrimoine forestier. L'humoriste Yves Lecoq, qui a vécu dans sa jeunesse à proximité de la forêt de Fontainebleau, propriétaire de terrains forestiers en France, témoigne dans Le Figaro la présente comme son paysage préféré, témoigne de la dimension patrimoniale et personnelle de la perte d'arbres anciens, au-delà de leur seule valeur économique[9]. Dans les mois suivant les tempêtes de 1999, l'Office national des forêts (ONF) organise à Fontainebleau des sorties destinées à faire redécouvrir au public le massif, sa gestion et les activités de la filière bois. Cette mobilisation s'inscrit dans la première Semaine du bois, qui comprend également une exposition de seize sculptures monumentales en bois consacrées aux droits de l'homme, réparties dans quatre forêts de la région parisienne[10].
Dispositifs de sécurisation
modifierÀ Villiers-sous-Grez, en bordure de la forêt de Fontainebleau, les conséquences des tempêtes successives enregistrées depuis 1999 restent visibles plus d'une décennie plus tard. Sur la colline du rocher Saint-Étienne, classée espace naturel sensible et traversée par un sentier de grande randonnée reliant Bourron-Marlotte à la Dame-Jouanne de Larchant, plusieurs centaines d'arbres sont tombés et une centaine d'arbres déracinés ou endommagés doivent être évacués. L'intervention vise à sécuriser ce site très fréquenté, à réduire le risque d'incendie et à mettre en valeur le secteur de la grotte du Curé. Les contraintes du terrain conduisent à recourir au débardage à cheval. Le seul chemin d'accès à la colline ne mesurant que 1,20 m de large, les tracteurs ne peuvent atteindre le site. Quatre chevaux de trait sont ainsi employés afin d'extraire les bois tout en limitant les dégradations du milieu. Engagée en 2010, l'opération représente un coût de 35 000 € et bénéficie du soutien du parc naturel régional du Gâtinais français. Le bois issu du chantier est ensuite destiné aux habitants de la commune[11].
Liste chronologique
modifierÉtudes
modifierL'étude de documents historiques fait apparaître neuf tempêtes sévères en environ 320 ans, soit un intervalle moyen d'une quarantaine d'années. Ces perturbations épisodiques participent à la dynamique naturelle des forêts non exploitées : elles accélèrent le renouvellement des peuplements, créent des ouvertures dans le couvert forestier et contribuent au maintien de leur diversité[12].
Les observations menées pendant plus de trente ans dans les réserves intégrales de la Tillaie et du Gros-Fouteau montrent que les dégâts importants causés par le vent apparaissent surtout lors de rafales dépassant environ 120 km/h à Fontainebleau. La correspondance avec les vitesses enregistrées à Melun-Villaroche reste toutefois imparfaite, plusieurs tempêtes violentes mesurées dans cette station n'ayant provoqué que peu de dommages dans le massif[13].
Références
modifier- ↑ Yves Miserey, « Les misères cachées des forêts françaises », Le Figaro, no 16441, , p. 11
- ↑ Florence Couret, Rosalyne Bottrel et Claude Vautrin, « Après les tempêtes. La forêt compte ses arbres morts. D'ores et déjà, 36 millions de mètres cubes sont à débiter, l'équivalent de plusieurs années d'exploitation ! Un désastre écologique, économique et touristique », La Croix, , p. 4
- ↑ Pascal Villebeuf, « Même les battues ne suffisent plus ! », Le Parisien, Seine-et-Marne Sud, , p. 1 (lire en ligne)
- 1 2 Scherrer 2002, p. 153.
- ↑ J. M., « La marque de la tempête toujours visible », Le Parisien, , p. 2 (lire en ligne)
- ↑ Scherrer 2002, p. 154.
- ↑ Marie-Pierre Ferey, « Marées noires/tempêtes : le casse-tête de l'évaluation des dommages écologiques (papier d'angle) », AFP - Infos économiques,
- ↑ « Ventes de bois 2003 : Une offre abondante et de qualité, des acheteurs exigeants », News Press,
- ↑ Yves Lecoq, « Adieu à mes arbres centenaires », Le Figaro, no 17242, , p. 16
- ↑ Caroline Salle, « Nous irons tous au bois », Le Figaro, no 17610, , p. 20-21
- ↑ Pascal Villebeuf, « Des chevaux pour dégager les arbres déracinés », Le Parisien, Villiers-sous-Grez, Seine-et-Marne, , p. 7S_E_4 (lire en ligne)
- ↑ Lemée et Pontailler 1997, p. 15.
- ↑ Lemée et Pontailler 1997, p. 13.
Bibliographie
modifier- [Corvol-Dessert 2006] Andrée Corvol-Dessert (prononcé lors de l'assemblée générale du de la Fédération nationale des sociétés des amis des forêts), « Les tempêtes, un événement sans précédent », La Voix de la forêt, Fontainebleau, Association des amis de la forêt de Fontainebleau, no 2 « Centaine de l'association, 1907-2007 », , p. 35-44.
- [Doignon 1968] Pierre Doignon, « Répertoire des tempêtes observées depuis 30 ans à Fontainebleau », Bulletin de l'Association des naturalistes de la vallée du Loing, Fontainebleau, Association des naturalistes de la vallée du Loing, no 44, , p. 99-102.
- [Doignon 1990] Pierre Doignon, « La forêt de Fontainebleau ravagée par la plus violente tempête du siècle », Bulletin de l'Association des naturalistes de la vallée du Loing, Fontainebleau, Association des naturalistes de la vallée du Loing, no 66, , p. 106-108.
- [Lemée et Pontailler 1997] Georges Lemée et Jean-Yves Pontailler, « Les tempêtes en forêt de Fontainebleau depuis le Moyen-Âge », Le Journal de botanique, Paris, Société botanique de France, vol. 3, no 1, , p. 9–16 (DOI 10.3406/jobot.1997.1668, lire en ligne
, consulté le ). - [Pontailler, Faille et Lemée 1997] (en) Jean-Yves Pontailler, André Faille et Georges Lemée, « Storms drive successional dynamics in natural forests: a case study in Fontainebleau forest (France) » [« Les tempêtes déterminent la dynamique de succession dans les forêts naturelles : étude de cas dans la forêt de Fontainebleau (France) »], Forest Ecology and Management, Amsterdam, Elsevier, vol. 98, no 1, , p. 1–15 (DOI 10.1016/S0378-1127(97)00073-X
, lire en ligne
, consulté le ). - [Salaün 2017] Rémi Salaün, L’Héritage touristique : trajectoire d’un lieu périurbain, la forêt de Fontainebleau, Paris, Thèse à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, , 375 p. (HAL tel-01997928f, lire en ligne
), p. 198. - [Scherrer 2002] Sylvie Scherrer, « Les pertes d’usage récréatif du patrimoine forestier après les tempêtes de 1999 : le cas de la forêt de Fontainebleau », Économie et Statistique, Malakoff, Institut national de la statistique et des études économiques, vol. 357, no 1, , p. 153–172 (DOI 10.3406/estat.2002.7672, lire en ligne
, consulté le ). - [Vallaeys 2000] Anne Vallaeys, Fontainebleau : la forêt des passions, Paris, Stock, , 326 p. (ISBN 978-2-234-05221-5).