The Little Review
The Little Review est une revue littéraire américaine fondée par Margaret Anderson, qui publia des œuvres littéraires et d'art de 1914 à 1929, avec la collaboration de Jane Heap à partir de 1916.
| The Little Review | |
Couverture du premier numéro | |
| Pays | États-Unis |
|---|---|
| Langue | Anglais |
| Périodicité | mensuelle |
| Date de fondation | mars 1914 |
| Date du dernier numéro | mai 1929 |
| Ville d’édition | Chicago (1914-1916), San Francisco (1916), New York (1916-1929) |
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Histoire du périodique
modifierMargaret Anderson, qui avait débuté à The Dial et Mother Earth, décide de lancer un périodique littéraire et artistique à la fin de l'année 1913. Le premier numéro de The Little Review, sous-titrée Literature, Drama, Music, Art, installé dans les locaux du Fine Arts Building, sort des presses en mars 1914 au prix de 25 cents[1], à une époque appelée la Chicago Literary Renaissance (la « renaissance littéraire de Chicago »), nommant sa revue en hommage au Chicago Little Theatre (en), un espace qui est alors le fer de lance du nouveau théâtre et acteur majeur du mouvement naissant du « Little Theatre Movement ». Dans le premier éditorial de The Little Review Anderson appelle à la création d'une nouvelle forme de critique d'art, soulignant que « la critique, en tant qu'art, n'a pas prospéré dans ce pays. Nous vivons trop vite pour avoir le temps d'apprécier ; et la critique, après tout, n'a qu'un seul synonyme : l'appréciation ». Cette philosophie va façonner la revue, publiée à un rythme mensuel, tout au long de ses quinze années d'existence. De 1915 à 1917, Harriet Dean s'est chargée de collecter des fonds. Durant ses premières années, The Little Review publie des œuvres littéraires variées, des essais et de la poésie. La revue défend des thèmes comme le féminisme et même, pendant une courte période, l'anarchisme. Emma Goldman joue un rôle clé durant cette première période : elle y contribue régulièrement et Anderson rédige des éditoriaux prônant l'anarchisme et l'art, au point de créer en mai 1914 un scandale. En 1916, Jane Heap devient corédactrice-en-chef du magazine et ce, jusqu'en 1929[2].
En 1916, The Little Review est publiée, pendant une brève période, à San Francisco : après Chicago, Margaret Anderson et Jane Heap décidèrent d'éditer leur revue depuis un ranch situé à Muir Woods, dans le sud-ouest du comté de Marin, en Californie, dans la baie de San Francisco.
Fin 1916, Ezra Pound propose à Anderson de l'aider au sein du magazine, expliquant : « The Little Review correspond peut-être davantage, par son esprit, à ce que je souhaite accomplir ». Pound devient en 1917 le correspondant étranger, le responsable éditorial de toute la production littéraires et artistiques en dehors des États-Unis.
La même année, The Little Review s'installe à Greenwich Village, à New York.
La revue est condamnée pour obscénité puis interdite aux États-Unis en février 1921, après un procès, pour avoir publié en avril 1920 un extrait des rêveries érotiques de Leopold Bloom, tirées du roman Ulysse de James Joyce[3].
En 1923, la rédaction s'exile à Paris, rejoignant une partie de la génération perdue.
L'ultime numéro sort en mai 1929 à New York. Il y eut en tout 78 numéros.
Évolution de la revue
modifierThe Little Review. Literature Drama Music Art (mars 1914 - septembre 1917)
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Fidèle à son quadruple objectif de publier sur la littérature, le théâtre, la musique, et l'art, The Little Review a débuté comme une revue essentiellement de critique, mais a également publié de la poésie et des fictions originales. Durant ses premières années, la revue ouvre ses pages à des articles défendant l'anarchie ainsi que la poésie expérimentale d'Ezra Pound, qui défend l'imagisme. Parmi les sujets abordés dans le premier numéro (mars 1914) figurent des critiques littéraires féministes, un essai sur Nietzsche et des textes de Floyd Dell, Rupert Brooke et Alice Meynell. Les articles sélectionnés par Margaret Anderson pour ce premier numéro sont d'ordre programmatique, ils déterminent la ligne éditoriale qu'elle a cultivé tout au long de sa publication.
Le numéro de mai 1914 témoigne des sympathies anarchistes d'Anderson. Ce numéro suscite de vifs débats et une controverse autour du magazine, car c'est là qu'Anderson publie son essai intitulé Le défi d'Emma Goldman, dans lequel elle loue l'anarchiste de renom pour son soutien à l'abolition de la propriété privée et de la religion. La publication de ce numéro provoqua un tel tollé que plusieurs des bailleurs de fonds du magazine retirèrent leur soutien financier, plongeant ce dernier dans une situation financière critique.
L'un des rares numéros publiés durant la période californienne du magazine, le numéro de septembre 1916, comporte plusieurs pages blanches (pages 1 à 13)[1]. Anderson justifie cette décision en affirmant que les contributeurs ne soumettaient pas suffisamment de bons articles ; aussi, comme elle le note en première page, « ce numéro de septembre est présenté comme une petite annonce ». Dans les pages suivantes, Anderson publie deux articles sur l'affaire de la bombe de San Francisco, dans laquelle Thomas Mooney et Warren Billings furent accusés et condamnés (avant d'être graciés) pour avoir fait exploser une bombe lors du défilé du 22 juillet, organisé en l'honneur de l'entrée en guerre des États-Unis, ainsi qu'une critique du livre de Frank Harris, Oscar Wilde: His Life and Confessions. Ce numéro aux pages blanches exaspéra certains abonnés, tandis qu'il en amusa d'autres. En particulier, certains lecteurs n'apprécièrent guère les caricatures illustrant les activités quotidiennes de la rédactrice en chef (ci-contre). Les dessins humoristiques représentent la rédactrice en chef à cheval, jouant du piano et assistant à des conférences d'Emma Goldman, entre autres activités.
The Little Review. A Magazine of The Arts (octobre 1917 - décembre 1922)
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Anderson et Heap décide de transformer la charge graphique de la revue et de lui donner une devise assez provocatrice : Making No Compromise With The Public Taste (« Ne faire aucun compromis avec le goût du public »)[1].
La revue commence à publier en feuilleton Ulysse de James Joyce à partir de mars 1918, et ce, jusqu'en septembre 1920[4], date à laquelle les services postaux américains saisissent des exemplaires et refusent de les distribuer, jugeant le contenu obscène. En conséquence, le magazine, Anderson et Heap, sont poursuivis en justice pour avoir publié des pages d'Ulysse relevant de la « pornographie » : John Quinn, avocat et mécène reconnu de l'art moderne, les représente lors du procès, mais sa plaidoirie n'y suffit pas, et les éditrices sont finalement condamnés en avril 1921. Elles durent chacun payer une amende de cinquante dollars. Après le procès, Anderson envisage brièvement d'arrêter la publication du magazine[3].
Bien que le procès pour obscénité ait porté officiellement sur Ulysse, l'historienne Irene Gammel soutient que The Little Review fut attaquée pour son ton subversif général et, en particulier, pour la publication des écrits à caractère sexuellement explicite de la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven. Jane Heap défendait la poésie dadaïste de la baronne, la publiant parallèlement à la parution en feuilleton d'Ulysse de 1918 à 1920 et faisant de Freytag-Loringhoven la poétesse la plus fréquemment publiée dans la revue. Heap et la baronne partageaient un programme féministe contestataire. Gammel écrit : « Si Heap était le chef d'orchestre de la lutte d'avant-garde menée par The Little Review contre les conventions puritaines et l'esthétique sexuelle traditionnelle, la baronne allait en devenir la machine de guerre »[5].
Après l'été 1921, le rythme de parution devient trimestrielle, la devise Making No Compromise With The Public Taste, disparaît de la couverture, remplacée par Quaterley Journal of Arts and Letters[1].
En été 1922, sort un numéro avec et sur Francis Picabia ; la revue indique ensuite deux adresses européennes en guise de bureaux étrangers : à Londres, The Egoist Press, et à Paris, Shakespeare and Company. Après décembre suivant, le rythme de parution devient irrégulier.
The Little Review (1923-1929)
modifierLe numéro du printemps 1923, intitulé « Exiles Number », est significatif au regard de l'histoire littéraire américaine, car il propose des œuvres modernistes d'expatriés américains installés à Paris, ainsi que des figures de l'avant-garde parisienne, parmi lesquelles Ernest Hemingway, Gertrude Stein, George Antheil, E. E. Cummings, Fernand Léger, Robert McAlmon, Joan Miró, Dorothy Shakespear et H.D. (Hilda Doolittle). La contribution la plus importante réside sans doute dans la publication de six vignettes extraites du premier roman contemporain d'Hemingway. Outre l'œuvre de ce dernier, ce numéro se distingue par la présence d'artistes français tels que Fernand Léger et Jean Cocteau, ainsi que par la conception graphique de la couverture, reflet des goûts de la rédactrice en chef, Jane Heap[3].
Certaines livraisons de l'année 1924 sont coéditées avec la librairie Shakespeare & Company de Sylvia Beach (Paris). Le numéro de l'été 1925 comporte une couverture signée Marcel Duchamp[6].
En été 1926, est publié un numéro consacré aux jeunes auteurs américains et aux auteurs surréalistes français : on y croise des textes de Jacques Baron, Hart Crane, René Crevel, Michel Leiris, Georges Limbour, Georges Ribemont-Dessaignes, William Carlos Williams... Puis, la publication est suspendue durant deux ans[7].
Vendu un dollar, le numéro de mai 1929 de The Little Review (sous-titré Final Number) est donc le dernier : publié à New York, il présente une couverture typographiée proposant les Confessions and Letters de plus de cinquante personnalités venues du mondre des lettres et des arts, dont Joyce, Wyndham Lewis et Pound. Toutes ces contributions font suite à un questionnaire concocté par Heap, un document qui, dans sa formulation, dérangea un certain nombre de correspondants, par ses côtés mondains ou insignifiants. Emma Goldman, par exemple, justifia sa réponse, arrivée très tardivement à la rédaction, en signalant que les questions l'avaient fortement ennuyée. Anderson et Heap convinrent que ce questionnaire était en définitive une erreur : dans son éditorial, Anderson tout en laissant entendre qu'elle met fin à la revue, écrit qu'au regard des réponses à ce questionnaire, « même l'artiste ne sait plus de quoi il parle »[3].
The Little Review Gallery
modifierThe Little Review Gallery ouvre en janvier 1924 à New York, au 24 East 11th Street, elle est dirigée par Jane Heap, et fonctionne en lien avec la revue. Elle expose des plasticiens liés aux mouvements constructiviste et dadaïste, et des œuvres qui s'inspirent de machine et de l'optique. En décembre 1925, succès aidant, elle déménage au 66 Fifth Avenue. Elle expose Hans Arp, André Masson, László Moholy-Nagy, Man Ray, Kurt Schwitters... Elle ferme ses portes à la fin de l'année 1927, après avoir déménagé au 24 West Fortieth Street[8].
Direction
modifier- Margaret Anderson (1914-1916)
- Margaret Anderson et Jane Heap (1916-1929)
Principaux collaborateurs
modifierRéférences
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « The Little Review » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 (en) « Little Review », notice bibliographique et sommaires (mars 1914 - hiver 1922), sur Modernist Journals Project.
- ↑ (en) The New York Times, 23 juin 1964.
- 1 2 3 4 (en) Stamatina Dimakopoulou, Politics and Paradigms for Art in America : Reframing Radicalism in The Little Review (1914-1929), in: Revues modernistes, revues engagées (1900-1939), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, p. p. 269-285 — sur Edition Books.
- ↑ (en) « Ulysses. Publications 1918-1922. Details of the serial publication », sur James Joyce Digital Archive.
- ↑ Irene Gammel, Baroness Elsa: gender, dada and everyday modernity: a cultural biography, MIT Press, (ISBN 978-0-262-57215-6, lire en ligne).
- ↑ (en) « The Little Review (vol. 11, no. 1) Spring 1925 », notice du Philadelphia Museum of Art.
- ↑ (en) « Little Review Records, 1914-1964 », notice des archives numérisées de la bibliothèque du Wisconsin.
- ↑ (en) Linda Lappin, « Jane Heap and Her Circle », in: Prairie Schooner 78 (4), 2004, p. 5–25 — extraits en ligne.
- ↑ Jean Crotti, « Tabu », The Little Review, vol. VIII, n°2, printemps 1922, pages 44-45.