The Uncensored Library

projet prenant la forme d'un monde et un serveur du jeu vidéo Minecraft

The Uncensored Library ou Bibliothèque libre est un projet prenant la forme d'un monde et un serveur du jeu vidéo Minecraft créé par l'ONG de journalistes Reporters sans frontières, et réalisé par BlockWorks, DDB Berlin[1] et MediaMonks[2]. Ce projet a pour but de contourner la censure de pays n'ayant pas la liberté de la presse. Cette bibliothèque contient un bon nombre d'articles de presse qui ont été bannis dans leurs pays d'origine comme le Mexique, la Russie, l'Arabie saoudite, l'Égypte ou encore le Vietnam. Une aile entière est dédiée à chacun de ces pays, chacun ayant plusieurs articles de presse censurés et rédigés dans leurs langues originelles mais également traduits en anglais. Ces articles pourraient être traduits dans d'autres langues dans le futur. La bibliothèque est disponible depuis le , la journée mondiale de lutte contre la cybercensure (en). Les deux seuls moyens d'accès à cette bibliothèque se font à travers le jeu vidéo Minecraft, soit en téléchargeant une carte du monde via le site officiel, soit en se connectant à leur serveur Minecraft[2],[3],[4].

The Uncensored Library
Description de l'image The Uncensored Library vector logo.svg.
Informations
Créateur Reporters sans frontières
Développé par BlockWorks, DDB Berlin, MediaMonks
Première version
Type Serveur Minecraft
Site web www.uncensoredlibrary.com

Conception

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Création

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Les bibliothèques "virtuelles" existent depuis une vingtaine d'années : on en trouvait déjà, par exemple, dans le jeu Second Life et les technologies de réalité virtuelle sont en plein essor dans le monde de la bibliothéconomie[5]. La réalité virtuelle, les jeux vidéo et le métavers permettent à l'utilisateur d'interagir avec un environnement simulé. Ces bibliothèques virtuelles peuvent être personnelles ou communautaires. Elles peuvent aussi n'avoir qu'une visée esthétique ou ludique. Peu ont un véritable rôle de bibliothèque[5].

Pour les chercheuses Cavalcanti et Siebra, la Uncensored Library peut être vue comme une véritable bibliothèque car elle promeut une expérience d'immersion pour le joueur usager dans un environnement interactif simulé où il peut consulter des documents et les lire, les seules limitations étant celles du jeu lui-même[6].

L'Organisation non gouvernementale Reporters sans frontières a voulu, avec ce projet, porter l'attention des jeunes sur la censure de la presse. En partenariat avec l'antenne allemande de DDB Worldwide, Reporters sans frontières a choisi Minecraft car c'est le jeu vidéo le plus joué au monde avec 145 millions de joueurs actifs[7]. Pour "construire" la bibliothèque, avec l'aide du studio de design Blockworks et les productions MediaMonks, RSF et DDB Berlin ont dû réunir les forces de 24 personnes provenant de 16 pays différents, sous la houlette de l'architecte James Delaney. Après 7 mois de conception et 3 mois de fabrication nécessitant pas moins de 12,5 millions de blocs[7], la bibliothèque de style architectural néo-classique, faite pour rappeler les plus grandes bibliothèques, comme celle du Congrès américain, a ouvert ses portes le  : il s'agit d'une des plus grandes créations du jeu[7].

Pour faire entrer les documents dans la Uncensored Library, les créateurs ont programmé un plugin qui a permis de transformer des documents Word en livres du jeu Minecraft en seulement quelques secondes[8].

Fonctionnement

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Le principe est simple : grâce à l'ajout de pupitres de lecture en 1.14[9], le joueur peut lire librement des articles d'une vingtaine de journalistes[8] qui ont été censurés dans les pays d'origine, où il n'y a pas de liberté de la presse. Le joueur a donc accès à plus de 800 articles traduits en anglais mais également dans leurs langues d'origine[2], dispersés dans toute la bibliothèque. Les articles en arabe néanmoins sont disponibles en format audio seulement car le format unicode de Minecraft ne permet pas l'affichage des caractères arabes[7]. Par l'entremise du système musical du jeu, les créateurs ont réussi à "hacker" le jeu en créant des "livres audios", et ce seulement une semaine avant le lancement[8]. Par ailleurs, la couverture médiatique de la bibliothèque donnant lieu a plus de 850 articles de presse pour une audience cumulée de 2,7 milliards de personnes a eu pour effet d'augmenter les dons à RSF de 62%[8].

Les documents disponibles dans la Uncensored Library sont préalablement sélectionnés par RSF avec la permission des auteur.ices. Même s'ils sont présentés, graphiquement, dans le jeu, sous forme de petits livres, il s'agit néanmoins d'articles puisque Minecraft a une limite de 50 pages par livre[7].

Il n'existe pas de système de catalogage ou d'indexation dans cette bibliothèque, seulement un livre, à l'entrée, présentant le but et l'organisation interne du bâtiment. C'est au joueur, au visiteur, d'explorer de lui-même la bibliothèque en sélectionnant le pays qu'il souhaite visiter ou la salle de RSF, ce qui permet de le téléporter dans l'aile souhaitée[7].

La question de la protection du serveur et donc de la bibliothèque elle-même peut soulever des questions. Le jeu Minecraft n'est pas censuré à travers le monde, et le téléchargement de la map se fait grâce à la technologie de la blockchain. De plus, chaque téléchargement de la map peut être hébergé dans le jeu du joueur lui-même, ce qui permet plus de sécurité mais aussi une multiplication rapide de la bibliothèque[8].

La bibliothèque

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Le monde de la bibliothèque libre est divisé en plusieurs parties : un jardin décoratif entourant la bibliothèque, une salle centrale, et des salles annexes.

Dôme / Salle centrale

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La salle du dôme est le centre-même de cette bibliothèque. On peut y trouver des centaines d'articles venant d'une centaine de pays, y compris des pays où il n'y a pas de liberté de la presse (ou alors qu'elle soit restreinte) comme la Chine par exemple. Chaque pays a, dans cette salle, au moins un article que l'on peut trouver devant le drapeau du pays respectif. Mais le principal intérêt de cette salle est l'article relatant le classement mondial de la liberté de la presse situé au centre de la salle et qui est illustré par un gigantesque planisphère du monde situé au-dessous d'un sol en verre.

Les salles annexes

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Les douze salles annexes sont consacrées aux pays où la censure est particulièrement forte[10]. Chacune des salles est décorée, au centre, d’une statue qui met en avant une caractéristique de la censure du pays en question et, dans chaque salle, une ou un journaliste du pays en question est mis en avant.

Salle Reporters sans frontières
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La salle dédiée à Reporters sans frontières (RSF) permet au joueur de comprendre le projet de l’ONG ainsi que son objectif avec la création de la Bibliothèque. Elle donne également accès à des informations détaillées sur l'organisation et au plan du bâtiment[10].

La décoration de la pièce met en évidence l'objectif recherché par l’ONG avec la création du bâtiment. Le centre de la pièce est occupé par des pixels jaunes qui flottent dans les airs et qui créent le mot « truth » en anamorphose.

Arabie Saoudite
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L’Arabie Saoudite occupe, en 2026, la 176e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF)[11]. Sa place dans le classement est dûe à l’interdiction de tout média indépendant. En dépit de son discours de réforme, Mohammed ben Salmane a intensifié la répression depuis qu’il a été nommé prince héritier en juin 2017 et depuis début 2017 le nombre de journalistes et de citoyens-journalistes en détention a triplé[12]. La cage placée au centre de la salle évoque cette forte répression de la presse.

Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant le cas du journaliste saoudien Jamal Khashoggi qui a fui l’Arabie Saoudite en septembre 2017 et s’est auto-exilé. Il travaillait comme chroniqueur au Washington Post aux États-Unis et critiquait de manière virulente certaines politiques menées par Mohammed ben Salmane. Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi a été tué et démembré à l’intérieur du consulat saoudien d’ Istanbul, en Turquie[12].

Biélorussie
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La Biélorussie occupe, en 2026, la 165e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF)[11]. En Biélorussie, la télévision et une grande partie de la presse écrite sont strictement contrôlés par le régime. Seuls quelques médias en ligne indépendants continuent de travailler en exil. Le président Lukashenko, qui gouverne le pays sous la dictature depuis 1994, a essayé depuis le début des protestations de masse en août 2000, de supprimer les rapports critiques sur la situation journalistique dans le pays. Les autorités ont criminalisé l’accès aux informations indépendantes en déclarant les médias, les journalistes et même les publications sur les réseaux sociaux de « matériel extrémiste ». En Biélorussie, des centaines de journalistes ont été détenus temporairement et quelques-uns ont été condamnés à de sévères peines de prison où la torture et le travail forcé sont communs. En octobre 2020, tous les correspondants étrangers ont perdu leur accréditation et une douzaine de sites d’informations ont été bloqués[13]. Au centre de la salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de représenter un serveur qui brûle pour montrer le contrôle de la presse en ligne par le régime.

Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant dans cette salle, Natalia Radzina qui est l’éditrice en chef d’un site d’information reconnu qui fournit une information indépendante sur la politique et les droits humains en Biélorussie. Les intimidations et les menaces contre les journalistes ont augmenté après l’élection controversée du 26 janvier 2025 du président Lukashenko : les journalistes, dont Natalia Radzina, ayant couvert les protestations de masse qui ont suivi ces élections ont été arrêtés. Après avoir passé de nombreuses semaines en détention, elle a été capable de partir via la Russie en exil en Pologne où elle continue son travail. Le site dont elle était l'éditrice en chef est bloqué en Biélorussie depuis le 24 janvier 2018 après avoir été attaqué régulièrement. En 2022, il a été qualifié de « groupe extrémiste » par le régime[13].

Brésil
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Dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF), le Brésil occupe, en 2026, la 52e position sur 180 pays[11]. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a restauré une relation normale entre les médias et le gouvernement après la fin du mandat de Jair Bolsonaro qui a été marqué par une hostilité constante envers les médias. Cependant, la violence structurelle contre les journalistes, l’importante concentration de la propriété des médias et les effets de la désinformation sont encore un challenge important pour la liberté de la presse. Pendant la dernière décennie, au moins trente journalistes ont été tués au Brésil qui a été le deuxième pays de la région le plus meurtrier durant cette période. Les plus vulnérables demeurent les bloggeurs, les animateurs radio et les journalistes indépendants qui couvrent la corruption, le crime organisé et la politique locale. Les journalistes d’investigation sont les sujets de procès abusifs. L’ancien président Jair Bolsonaro et son entourage ont insulté et humilié de nombreux journalistes et des médias en ligne, instaurant ainsi un climat de haine envers le journalisme. Le Brésil demeure très polarisé et les attaques sur la presse, fréquentes sur les réseaux sociaux, ont ouvert la voie à des attaques physiques répétées contre les journalistes, et ce, depuis l’élection de 2022 et les manifestations du 8 janvier 2023 au Brésil[13]. Le maillet du juge, au-dessus d’un livre ouvert, placé au centre de la salle symbolise les efforts croissants pour réprimer la liberté de la presse au moyen de procès arbitraires durant le régime de Bolsonaro.

Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant dans cette salle le média en ligne indépendant Grupo Gente Nova (GGN) lancé en 2013 par Luis Massif, un journaliste d’investigation brésilien. Comme beaucoup d’autres médias en ligne au Brésil, Grupo Gente Nova (GGN) a été l’objet de nombreux procès arbitraires de la part de la rhétorique anti-médiatique de Jair Bolsonaro[13].

Égypte
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L’Égypte occupe, en 2026, la 169e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse[11]. Cette position est dûe à la présence sur le sol égyptien d’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes. La plupart des médias sont directement ou indirectement contrôlés, plus de 500 sites web sont bloqués, et de nombreuses personnes sont arrêtées à cause de leur activité sur les réseaux sociaux[12]. Cet usage abusif de la justice pour réprimer l’information a été représenté par une balance au milieu de la salle.

Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant le cas du portail d’information Mada Masr qui publie depuis 2013 des articles sur la corruption et les questions de sécurité souvent critiques envers le gouvernement égyptien. C’est le dernier site d'information professionnel et indépendant qui constitue une des plus importantes sources du journalisme en Égypte[12].

États-Unis
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Les États-Unis occupent, en 2026, la 64e position dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF)[11].

La Bibliothèque Libre a été créée en réponse aux pays où le journalisme indépendant est systématiquement bloqué, censuré ou criminalisé. L’addition des États-Unis dans la Bibliothèque Libre ne suggère pas une équivalence entre ce pays et d’autres où la censure est institutionnalisée comme la Russie ou la Chine. Au contraire, cela permet de mettre en lumière des tactiques plus implicites qui affaiblissent les régimes démocratiques en employant le contrôle, l’intimidation ou le démantèlement des médias par la restriction des accès, la fragilisation des normes, les pressions politiques et financières et la normalisation de l’hostilité envers la presse. Ces dynamiques méritent de l’attention précisément parce qu’elles sont subtiles et qu’elles sont plus difficiles à catégoriser que la censure ouverte. Parfois, elles sont aussi un challenge à illustrer car il est difficile de mettre en lumière dans les publications l’autocensure ou la manipulation par la possession de médias. C’est pour cette raison que Reporters sans frontières (RSF) a construit cette salle : aucun pays n’est immunisé contre la menace envers la liberté de la presse ou le recul de la démocratie. Pour l’ONG, défendre l’accès à une information sûre requiert une vigilance envers tous les systèmes politiques de la part des citoyens qui valoriseront toujours une société libre et ouverte[13]. Reporters sans frontières (RSF) a décidé de placer au centre de la salle la Statue de la Liberté qui pleure, un symbole fort pour illustrer la fragilité de la démocratie.

Érythrée
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L’Érythrée occupe, en 2026, la dernière place du Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF)[11]. Sa dernière position dans le classement est dû au fait que c’est un pays connu pour détenir des journalistes plus longtemps que dans tous les autres pays du monde. Au moins quatorze journalistes sont détenus dans les prisons du régime sans accès à leur famille ou à des avocats. Depuis septembre 2001, tous les médias indépendants ont été bannis. Radio Arena est la seule station de radio indépendante du pays, mais elle a dû fuir en exil à Paris et son signal est toujours brouillé en Érythrée. L’année dernière L’Express alertait sur la possible disparition de la radio faute de financement [14] et aujourd’hui le site de Radio Arena est introuvable sur Internet[13]. Le livre en cage au centre de la salle de la Bibliothèque Libre symbolise l'emprisonnement de la presse indépendante en Érythrée.

Le journaliste suisse-érythréen, Dawit Isaak, naît le 27 octobre 1964 à Asmara. Jeune, il commence à écrire des pièces et des nouvelles. En 1985, il part en Suisse et obtient la nationalité suisse en 1992. Quand l'Érythrée devient indépendante en 1993, Dawit Isaak retourne à Asmara où il se marie et fonde une famille. Il écrit des pièces et monte une troupe de théâtre pour les enfants. Il est recruté pour écrire pour Setit, le premier journal indépendant érythréen et il en devient le copropriétaire. En 2001, il fait un reportage sur les exigences du mouvement démocratique et sur leurs critiques contre le président Isaias Afwerki. Dawit Isaak est arrêté avec dix autres journalistes le 23 septembre 2001 et il est depuis détenu en secret. Après une brève libération de deux jours en 2005, aucune source indépendante n’a confirmé qu’il était encore en vie à ce jour[13].

L’Iran occupe la 177e place sur 180 pays en 2026 dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF)[11]. Sa position s’explique par le fait que ce soit un des pays les plus répressifs dans le monde envers les journalistes, et ce, depuis la révolution iranienne en 1979. Depuis, des centaines de journalistes ont été persécutés, emprisonnés ou même exécutés et l’État contrôle systématiquement les médias et a recours à des techniques informatiques sophistiquées pour censurer et surveiller la presse. Internet a également été coupé de manière répétée pendant de longues périodes, spécifiquement pendant et après les violentes répressions des protestations de décembre 2025. La persécution s’étend aussi aux médias étrangers, aux journalistes en exil et à ceux qui séjournent temporairement en Iran. Quand en septembre 2022, de massives protestations explosent après la mort violente d’une jeune femme Kurde, Jina Mahsa Amini, des mains de la police des mœurs, les autorités se retournent très brutalement contre les journalistes. L’antenne de télévision de Londres, Iran International, basée en Iran, a été particulièrement touchée par ces répressions. Après avoir reçu de sévères menaces pour des articles critiques envers le régime, l’antenne est obligée de fermer temporairement ses bureaux et de se relocaliser à Washington. Cependant, Iran International a joué un rôle important dans la couverture des protestations et la station est connue en dehors du pays pour sa position critique envers le gouvernement[13]. Un portrait de Jina Mahsa Amini a été exposé dans la salle de l’Iran de la Bibliothèque Libre, comme symbole des mouvements de protestations contre la répression en vigueur dans le pays.

Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a mis en avant une des voix les plus connues dans le journalisme iranien, celle de Elaheh Mohammadi. Elle a été la seule à couvrir les funérailles de Jina Mahsa Amini, pour cela elle a été emprisonnée par le régime et par la suite libérée sous caution. En janvier 2026, elle écrit un article sur la répression des protestations pour son journal Ham-Mihan, le journal est alors immédiatement suspendu par les autorités[13].

Mexique
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Le Mexique occupe, en 2026, la 122e position dans le Classement mondial de la liberté de la presse[11]. Bien qu'en paix, le Mexique est en effet l’un des pays les plus meurtriers pour les journalistes et il se place même devant la Syrie. Il existe une forte collusion entre les autorités et le crime organisé, ce qui fait peser une lourde menace sur les journalistes et handicape le système judiciaire. Les journalistes qui enquêtent sur des affaires politiques sensibles ou le crime organisé reçoivent des avertissements, subissent des menaces et sont souvent abattus de sang froid, certains sont enlevés et ne réapparaissent jamais[12]. Pour rendre hommage à ces hommes et ces femmes, la salle du Mexique de la Bibliothèque Libre abrite 12 édifices en hommage à 12 journalistes indépendants mexicains tués notamment par le crime organisé ou des cartels.

Dans cette salle, c’est le journaliste Javier Valdez qui est mis en avant par Reporters sans frontières (RSF). Il était journaliste, écrivain de nombreux ouvrages sur le trafic de drogue et fondateur de Riodoce, un hebdomadaire consacré au crime et à la corruption dans l’État du Sinaloa, l’un des plus violents du pays. Il a été tué par balles le 23 mai 2017 à 50 ans[12].

La Russie occupe la 172e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF)[11]. Cette position est dûe aux restrictions opérées par le gouvernement russe envers les journalistes critiques après les grandes manifestations de 2011-2012. L’État a mis sur pied une infrastructure servant une surveillance systématique de masse et tente d’empêcher les communications anonymes ou cryptées, la loi sur la souveraineté d'Internet, permet de rendre le gouvernement capable de couper l’internet russe du réseau mondial. Chaque année, des douzaines de personnes sont détenues pour leur activité en ligne[12]. Ce réseau tentaculaire mis en place par le gouvernement russe pour surveiller Internet est représenté par une gigantesque pieuvre au milieu de la salle.

Dans cette salle, c'est la rédactrice en chef de l’un des nombreux sites russes bloqués, Yulia Bereszovskaia, qui a été mise en avant. Elle a collaboré avec la Bibliothèque Libre pour republier des articles de Grani.ru, qui était une source d’information pour les activités de protestation, les procès politiques et l’activisme de la société civile avant d’être fermée le 13 mars 2014 par le gouvernement russe[12].

Vietnam
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Le Vietnam est 174e sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF)[11]. Les médias vietnamiens s’alignent sur le parti communiste ce qui fait que les seules sources d’information indépendante sont les blogueurs et les citoyens-journalistes. En décembre 2017, l’armée a dévoilé l’existence d’un département de cyberguerre de 10 000 militaires, dont la mission est de défendre le parti et de cibler les blogueurs dissidents[12]. Pour représenter la difficulté d’accès à une information indépendante, un labyrinthe appelé ''labyrinthe de la vérité'' a été construit au centre de la salle.

L’avocat des droits de l’homme, activiste de la démocratie et blogueur, Nguyen Van Dai, est mis en avant par Reporters sans frontières (RSF) dans cette salle. En 2006, il fonde le Comité pour les droits de l’homme au Vietnam pour lutter pour l’émancipation de la société civile par des moyens légaux. Il est condamné à 15 ans de prison et à 5 ans de résidence surveillée en avril 2018. Une fois relâché, il s’est exilé en Allemagne et son blog reste encore bloqué au Vietnam[12].

Salle Covid-19
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Cette salle de la Bibliothèque Libre, située sous l'escalier séparant le couloir de l’entrée de la salle centrale, accueille les articles de journalistes de 10 pays différents (Brésil, Chine, Égypte, Hongrie, Iran, Birmanie, Corée du Nord, Russie, Thaïlande et Turkménistan) sur l’impact de la pandémie du COVID-19. L'objectif est de documenter l'impact de cette pandémie dans chaque pays qui a été touché[15].

Chanson

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La chanson Truth Hegemony qui apparait dans la vidéo promotionnelle officielle a été écrite par Lucas Mayer et a été interprétée par The Client Said No[16].

Réception

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Peu après sa sortie, le projet a énormément été relaté par de nombreuses plateformes médiatiques internationales comme la BBC[17], CNN[18] ou France Info[19].

Le serveur a rapidement été viral et a accueilli plus de 25 millions de joueurs du monde entier (plus de 165 pays)[8] et particulièrement des pays pratiquant la censure et étant référencés dans la bibliothèque. Un an après son lancement, la Uncensored Library avait été téléchargée plus de 300 000 fois[8].

La fonction de clavardage du jeu montre qu'il y a énormément de discussions sur le serveur et donc sur le sujet de la censure[7]. La bibliothèque continue d'avoir une visite moyenne de 50 joueurs par semaine et une vingtaine d'universités ont utilisé le projet au sein de leurs cours[7].

Des influenceurs et vidéastes spécialisés dans le jeu vidéo et ayant une grosse audience, comme CaptainSparklez en ont parlé sur leurs médias, ce qui a renforcé la viralité du projet[8]. Plus de 450 vidéos ont été créées sur la plateforme YouTube[8].

Le Design Museum, à Londres, a fait de la bibliothèque un élément de sa collection permanente[8].

En 2023, Reporters sans frontières a gagné un Peabody Award pour la création de la Uncensored Library[20].

Références

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  1. (en) Joanna Nelius, « This Minecraft Library Provides a Platform for Censored Journalists », Gizmodo, .
  2. 1 2 3 (en) Amy Woodyatt, « Minecraft hosts uncensored library full of banned texts », CNN, .
  3. (en) Davonf, Coldewey, « Reporters Without Borders uses Minecraft to sneak censored works across borders », TechCrunch, .
  4. (en) Cian Maher, « This Minecraft library is making journalism accessible all over the world », The Verge, .
  5. 1 2 (en) Jonathan M. Hollister, « Virtual Libraries in the New Metaverse: An Exploratory Study on Community Libraries in Meta Horizon Worlds », International Journal of Knowledge Content Development & Technology, vol. 14, no 4, , p. 113-133 (lire en ligne)
  6. (en) Marcycleis Maria Cavalcanti, Sandra Siebra, Leilah Santiago Bufrem et Hélio Márcio Pajeú, « Uncensored Library Project: a strategy to circumvent censorship in countries predatory of press freedom », RDBCI Revista Digital de Biblioteconomia e Ciência da Informação, (lire en ligne)
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 Lisa Peet, « Reporters Without Borders’ Uncensored Library Uses Minecraft To Provide Access to Censored Work », sur Library Journal (consulté le )
  8. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en-US) The Lovie Awards, « The MediaMonks Take Us Inside The Uncensored Library », sur The Webby Awards, (consulté le )
  9. « Version Java 1.14 », sur Le Minecraft Wiki (consulté le ).
  10. 1 2 Uncensored Library : quand Minecraft devient le bastion de la liberté de la presse Reporters sans frontières Suisse
  11. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Classement Reporters sans frontières
  12. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 RSF inaugure La Bibliothèque libre - un centre numérique de la liberté de la presse au sein d’un jeu vidéo Reporters sans frontières
  13. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Minecraft The Uncensored library
  14. Rare média libre écouté en Erythrée, Radio Erena risque de s'éteindre L’Express
  15. Reporters Without Borders’ Uncensored Library Uses Minecraft To Provide Access to Censored Work Library journal
  16. "Reporters Without Borders Germany". May 8, 2020. Retrieved May 8, 2020.
  17. (en) Tom Gerken, « Minecraft 'loophole' library of banned journalism », BBC, .
  18. (en) Amy Woodyatt, « Minecraft hosts uncensored library full of banned journalism », CNN, .
  19. franceinfo, « Reporters sans frontières crée une librairie d'articles censurés accessibles via le jeu vidéo "Minecraft" », sur francetvinfo.fr, (consulté le ).
  20. (en) « RSF win its first Peabody Award | RSF », sur rsf.org, (consulté le )