Tom Reucher

militant français pour les droits des personnes trans

Tom Reucher, né dans les années 1960, est un psychologue clinicien et militant pour les droits des personnes trans depuis les années 1990. Son activité militante est marquée par la revendication de la dépsychiatrisation des transitions, et la vulgarisation des interventions médicales qui les permettent.

Tom Reucher
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Association du syndrome de Benjamin (-)
Sans Contrefaçon (d)
Groupe activiste trans
Centre du Christ libérateur (d)
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Il est le cofondateur de l'Association du syndrome de Benjamin, du Groupe activiste trans, ainsi que, avec Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineira, de l'ExisTransInter.

Biographie

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À la fin des années 1980, Tom Reucher rejoint le Centre du Christ Libérateur (CCL) du Pasteur Doucé[1],[2], qui organise un groupe de parole trans qui lui permet d'accepter sa propre transidentité[3].

Il commence à travailler en tant qu'informaticien[2]. Il est diplômé en psychologie clinique en 2002 par l'université de Paris-VIII[2].

Militantisme

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Il est cofondateur, en 1994, de l’Association du syndrome de Benjamin (ASB)[4],[5]. Le nom de Harry Benjamin, sexologue pionnier dans la prise en charge médicale des personnes trans, est choisi pour « dissocier la transitude de son association avec la sexualité », selon Tom Reucher[5]. En 1997, l'ASB se mobilise pour demander un cadre médico-légal pour les transitions des personnes trans en France dans le but de lutter contre les inégalités de traitement[6],[5],[7]. Ainsi naît la première manifestation Existrans, qui continue d'être organisée par l'ASB, sous l'égide de Tom Reucher, jusqu'en 2002[5]. Il quitte l'ASB en 2004[2],[4].

Le collectif Existrans naît en 2002[5] à l'initiative de Tom Reucher, Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineria[3],[4], ce qui permet à la manifestation de devenir indépendante de l'ASB[5]. La popularité de l'événement explose entre 1997 (une soixantaine de manifestants) et 2005 (un millier de participants)[3]. L'Existrans devient l'ExistransInter en 2020 pour signifier l'intégration des problématiques intersexes aux revendications du collectif[5].

Tom Reucher est cofondateur de VigiTrans, un collectif qui existe de 2002 à 2004[2],[4]. Le collectif naît pour porter une pétition alertant sur l'absence de personnes lesbiennes, bisexuelles et trans au sein d'un projet subventionné pour la constitution d'un Centre d'Archives et de Documentation Homosexuelles de Paris (CADHP) dirigé par Jean le Bitoux[8]. Le projet est abandonné, mais en 2016 il resurgit pour devenir le Centre d'archives LGBTQI+ de Paris.

Il est cofondateur de Bistouri oui-oui, la première émission de radio trans diffusée de 2003 à 2006[4].

Il est membre du Groupe activiste Trans (GAT), un collectif militant qui existe de 2003 à 2006[2],[4].

Il est membre de Sans contrefaçon[2],[4], une association d'aide à la formation et à l'insertion professionnelle des personnes trans fondée par Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas.

Apports à la lutte pour les droits des personnes trans

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Tom Reucher se bat tout au long de son activité militante pour la dépsychiatrisation (c'est-à-dire, l'extraction de la sphère psychiatrique) de l'expérience trans, qui, pour lui, ne doit plus être considérée comme une maladie. Selon lui, la souffrance des personnes trans et intersexes est « un problème social, pas un problème médical »[9]. Il explique, à propos du traitement psychiatrique de la transidentité :

L’idée, c’était peut être de trouver un remède mais depuis plus d’un siècle, aucun traitement n’a été trouvé et, par ailleurs, tous les essais thérapeutiques sur le plan psychique, que ce soit avec des produits neurochimiques, les électrochocs, la chirurgie du cerveau ou des thérapies, aversive ou pas, rien n’a fonctionné. Par contre, les traitements hormonaux et chirurgicaux fonctionnent très bien. A t-on déjà vu un traitement hormonal ou chirurgical soigner une maladie mentale ?[4]

Pour parvenir à la dépsychiatrisation et à l'autonomie des personnes trans dans leur propre parcours médical, il fait un travail de vulgarisation scientifique sous la forme du site internet transidentité.com[10].

Les textes de Tom Reucher sont considérés, aux côtés des écrits de Karine Espineira, comme des « jalons »[1] pour la légitimation des discours trans[11],[12]. Il est aussi cité avec Sarita Vincent Guillot comme un porte-parole des revendications trans et intersexes du début des années 2010[13].

« Quand les trans deviennent experts »

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En 2005, Tom Reucher publie un article en qualité de psychologue clinicien, sur le rôle des personnes trans dans leur propre parcours de transition : « Quand les trans deviennent experts : le devenir trans de l'expertise »[14]. Ce texte, basé sur l'interaction entre pouvoir et savoir théorisée par Michel Foucault[4], est reconnu comme central dans la lutte pour la dépsychiatrisation des transitions[11].

En interview, Tom Reucher explique le sens qu'il donne au terme « expertise » dans cet article :

Un expert, c’est aussi et surtout quelqu’un qui s’est donné les moyens d’acquérir des connaissances et qui, du fait de son parcours, acquiert une expérience de vécu, ce qui lui donne la capacité d’une double expertise : le vécu et la connaissance[4].

Il s'agit donc d'ajouter à l'expérience subjective et intime de vivre en tant que personne trans, une compréhension objective et technique des interventions médicales et administratives qui permettent de vivre mieux[4],[14]. Tom Reucher compare l'expertise trans à la participation du sujet dans son parcours de soin dans le cas des maladies rares[4]. Dans ce cas, les médecins conçoivent qu'en l'absence de données et protocoles précis, faute d'échantillon suffisant, les malades eux-mêmes développent une expertise.

Les personnes trans sont comprises par Tom Reucher comme « expertes », ou potentiellement « expertes »[4]. Le rôle des associations, selon lui, est donc de former, et encourager les personnes trans à s'auto-former sur les sujets d'endocrinologie, différenciation sexuelle, réassignation sexuelle, théorie du genre et procédures administratives (changement d'état civil)[4],[12]. Son site internet est un effort de vulgarisation pour y parvenir.

La théorisation des personnes trans « expertes » répond, au début des années 2000, à l'idée que « les difficultés d’accès aux droits fondamentaux ne résultent pas d’une division structurelle entre personnes cisgenres et trans, mais d’un manque d’éducation. Ce phénomène pourrait donc être corrigé par la production d’un discours visant à effacer les différences »[5]. Pour Tom Reucher, la principale source de violence envers les personnes trans provient directement du rapport aux médecins[12].

« Dépsychiatriser sans démédicaliser »

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Selon Arnaud Alessandrin qui cite Louis Bourgeois, médecin bordelais spécialiste des questions trans : « le « transsexualisme » français s’hybride de réponses anglo-saxonnes (la « dysphorie de genre ») et de traditions locales (forte psychiatrisation) »[15]. Cette forte prise en charge par la psychiatrie est intensément décriée par les militants trans qui souffrent de la pathologisation de leur expérience[15],[7],[9].

Au début des années 2010, les acteurs médico-légaux relatifs à la transidentité (Ministère de la Santé, SOFECT, militants trans, psychiatres qui préparent la publication du DSM-5) questionnent les liens entre transidentité, parcours médical trans et psychiatrisation du fait trans dans la Classification Internationale des Maladies (CIM)[15],[12]. Un débat public est lancé sur la catégorisation des actes médicaux permettant la transition, et leur prise en charge par la sécurité sociale. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fait un état des lieux des solutions envisageables[15].

En 2011, Tom Reucher publie un article intitulé « Dépsychiatriser sans démédicaliser, une solution pragmatique »[16] pour proposer à l'OMS une autre voie : utiliser les « Z codes » déjà présents dans la CIM[15]. Son approche est présentée comme un compromis entre le monde médical et militant[15]. Tom Reucher dit proposer « une solution pragmatique permettant l'accès aux traitements hormonaux et chirurgicaux pour les trans qui le souhaitent et qui n'ont pas les moyens de les financer »[15]. Cette réponse s'approche d'ailleurs d'une des proposition de l'OMS, qui réside dans l'ajout de la transidentité dans les catégories de la contraception, l'avortement ou la grossesse c'est-à-dire comme une réponse médicale à une situation non-pathologique[15],[7],[9]. Le texte de Tom Reucher est étudié par l'OMS mais sa solution n'est pas retenue en raison de la complexité de sa mise en pratique[15].

Une décision est enfin prise en 2019 par l'OMS : à partir de 2022, la transidentité n'est plus considérée comme un « trouble mental »[9]. Tom Reucher est interviewé par Libération pour « décrypter »[9] cette décision et expliciter le contexte, les enjeux et les conséquences de la dépsychiatrisation.

Publications

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  • « Quand les "psy" sont effrayés par les transsexuels... », 18e symposium de la Harry Benjamin International Gender Dysphoria Association, du 10 au 13 septembre 2003
  • « Quand les trans deviennent experts : le devenir trans de l'expertise », Multitudes, n°20, 2005
  • « Dépsychiatriser sans démédicaliser, une solution pragmatique », L'information psychiatrique, vol. 87, n°4, 2011

Liens externes

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Notes et références

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  1. 1 2 « Le mouvement social trans : mobilisations et visibilités », dans Arnaud Alessandrin et Karine Espineira, Sociologie de la transphobie, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, (ISBN 978-2-85892-501-8 et 978-2-85892-452-3, lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 Zagria, « Tom Reucher (196?–) psychologist, activist », sur A Gender Variance Who's Who
  3. 1 2 3 Maxime Foerster, Elle ou lui ? : Une histoire des transsexuels en France, La Musardine, (ISBN 978-2842714000)
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 Karine Solene Espineira, « Interview Tom Reucher, psychologue clinicien trans », Observatoire Des Transidentités,‎ (lire en ligne)
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 Kay Ponthieux Stern, « ExisTransInter : la marche des trans pour les trans ? Conceptualiser les luttes trans en France au-delà du prisme identitaire », Les Cahiers du CEDREF, no 28,‎ (DOI 10.4000/15eww, lire en ligne)
  6. ↑ Tal Madesta, « LGB jamais sans le T : l'histoire des luttes trans en France », Têtu,‎ (lire en ligne)
  7. 1 2 3 Loan Nguyen, « Les trans font encore mauvais genre », Lyon Capitale,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ Dominique Place, K. G., Magali Albou et al., « Analyse du Projet Centre d'Archives et de Documentation Homosexuelles de Paris APCADHP », sur Archives Homo
  9. 1 2 3 4 5 Florian Bardou, « Il faut rappeler que la transidentité n’est pas une pathologie », Libération,‎ (lire en ligne)
  10. ↑ « Transidentité. Le site de Tom Reucher »
  11. 1 2 Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas, « Études Trans : Interroger les conditions de production et de diffusion des savoirs », Genre, sexualité & société, no 22,‎ (DOI 10.4000/gss.5916, lire en ligne)
  12. 1 2 3 4 Mickael Chacha Enriquez, Le mouvement trans au Québec. Dynamique d’une militance émergente, Les Cahiers de l'IREF, coll. « Tremplin » (no 5) (lire en ligne)
  13. ↑ Patrice Desmons, « Assignation et revendication : une question sexuelle ? », Journal des anthropologues, no Hors-série,‎ (DOI 10.4000/jda.5788)
  14. 1 2 Tom Reucher, « Quand les trans deviennent experts : le devenir trans de l'expertise », Multitudes, vol. 1, no 20,‎ , p. 159-164 (lire en ligne)
  15. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Arnaud Alessandrin, « Du « transsexualisme» à la « dysphorie de genre » : ce que le DSM fait des variances de genre », Socio-logos, vol. 9,‎ (DOI 10.4000/socio-logos.2837, lire en ligne)
  16. ↑ « Dépsychiatriser sans démédicaliser, une solution pragmatique », L'information psychiatrique, vol. 87, no 4,‎ , p. 295-299 (lire en ligne)