Traité de Rouen (991)

Le traité de Rouen est un accord conclu entre Æthelred le Malavisé, roi des Anglais, et Richard Ier de Normandie. Le traité nous est parvenu sous la forme d'une lettre, écrite au nom du pape Jean XV[1]. L'accord entre les deux souverains est conclu le et est considéré comme l'un des premiers traités d'arbitrage de l'histoire européenne[1].

Image manuscrite de Richard Ier, duc de Normandie.
Portrait d'Æthelred II, roi d'Angleterre.

Le traité

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La lettre du pape Jean XV est traduite en anglais par Dorothy Whitelock. Il nous apprend que, ayant été « informé par beaucoup de l’inimitié entre Æthelred, roi des Anglais, et Richard le marquis [duc de Normandie] », le pape Jean XV avait décidé d’envoyer son légat, l’évêque Léon de Trevi, pour régler ce conflit[2].

L'évêque de Trevi arrive en Angleterre et présente la lettre du pape à Æthelred le jour de Noël 990. Après avoir discuté de la question avec « tous les hommes loyaux de son royaume », Æthelred accepte de faire la paix avec Richard et promet que cette paix traverserait toutes les générations futures de la domination anglaise[2].

Après avoir pris sa décision, Æthelred envoie Æthelsige (en), évêque de Salisbury, Leofstan et Æthelnoth avec le légat du pape en Normandie. Après avoir entendu l'avertissement du pape et la déclaration de paix d'Æthelred, Richard accepte également de faire la paix avec le roi anglais et que cette paix reste en place pour chaque génération qui viendrait après lui[2].

Les termes de cet accord de paix sont les suivants[2] :

« Si l'un de leurs sujets, ou eux-mêmes, commettaient un tort envers l'autre, ce tort devrait être expié par une juste compensation ; et la paix devrait demeurer à jamais inébranlable, et confirmée par le serment des deux parties [...] Richard ne recevra aucun homme du roi, ni de ses ennemis, ni le roi aucun des siens, sans leur sceau. »

Contexte

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Bien que la lettre indique que le pape est intervenu dans cette affaire en raison des hostilités entre le roi d'Angleterre et le duc de Normandie, les causes de ces troubles ne sont pas clairement précisées. Cela a conduit les historiens à avancer diverses hypothèses quant à la nature du différend entre ces deux souverains.

L'hypothèse la plus répandue est que Richard autorisait les Vikings à utiliser ses ports. Après une génération de paix, l'Angleterre recommence à subir des attaques vikings à partir des années 980[3]. Cette nouvelle phase de raids commence quelques mois après l'accession d'Æthelred au trône, alors qu'il a environ onze ans[3]. L’historien Eric John (en) estime que la fin de la lettre papale, qui stipule qu’aucun des deux hommes ne doit recevoir les ennemis de l’autre, interdit clairement l’utilisation des ports normands comme base par les vikings[4]. Il est possible que les Normands aient été favorables aux Vikings, car ils sont eux-mêmes d'origine scandinave et beaucoup à la cour étaient probablement encore bilingues[5]. Dans ce cas, il est probable que le pape décide d’intervenir afin de rappeler à Richard qu’il est inacceptable d’aider des païens constituants une menace pour ses coreligionnaires chrétiens[4].

L'historienne Jenny Benham conteste cette théorie, car une grande partie des preuves relatives à l'accès des Vikings aux ports normands ont été écrites après cette lettre du pape Jean XV[1]. Dans ce cas, il est plus probable que le traité interdise à l’une ou l’autre des parties d’héberger des ennemis intérieurs, tels que des exilés[1]. Il existe des preuves attestant que des personnes sont exilées sous le règne d'Æthelred II ; un exemple est celui de l'ealdorman de Mercie, Ælfric Cild, qui a été exilé en 985[1],[6]. Le fait qu'Æthelred soit devenu roi à la suite du meurtre de son frère donne également des raisons de croire qu'il pouvait avoir des ennemis politiques au sein de son propre pays[1]. Il est intéressant de noter que la Chronique anglo-saxonne ne mentionne aucune force viking en Normandie avant l'an 1000, déclarant que « cet été-là, la flotte ennemie [la flotte viking] s'était rendue au royaume de Richard [II] », remettant en question l'hypothèse selon laquelle Richard Ier aurait autorisé la présence de vikings sur ses terres[7].

Conséquences

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Le traité de paix entre les deux souverains fut l'un des actes diplomatiques les plus réussis d'Æthelred[8]. Ce succès es( cependant de courte durée, car après la mort de Richard Ier en 996 et l'accession au trône de son fils Richard II, les relations entre les deux parties semblent à nouveau tendues[5]. La Chronique anglo-saxonne rapporte que les Normands ont reçu les Vikings après leur raid de l'an 1000 ; commettant ainsi une violation du traité de Rouen. Guillaume de Jumièges écrit dans les années 1050 à propos d'une attaque anglaise contre le Cotentin en Normandie : cette attaque s'est probablement produite entre 1000 et 1002, et semble avoir été une réponse au fait que Richard II ait hébergé les pillards. En raison de ce conflit, des négociations sont à nouveau engagées entre le roi d'Angleterre et le nouveau duc de Normandie, et elles aboutissent au mariage de la sœur du duc, Emma, avec Æthelred en 1002[9].

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Treaty of Rouen (991) » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 4 5 6 Benham, « The earliest arbitration treaty? A reassessment of the Anglo-Norman treaty of 991 », Historical Research, vol. 93, no 260,‎ , p. 189–204 (DOI 10.1093/hisres/htaa001, lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 Dorothy Whitelock, English Historical Documents c. 500 - 1042, New York, 2nd, (ISBN 0-203-43950-3), pp. 959-960 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : le nom « :1 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents.
  3. 1 2 John, « War and Society in the Tenth Century: The Maldon Campaign », Transactions of the Royal Historical Society, vol. 27,‎ , p. 173–195 (ISSN 0080-4401, DOI 10.2307/3679193, JSTOR 3679193, S2CID 154459893, lire en ligne Inscription nécessaire)
  4. 1 2 John, « War and Society in the Tenth Century: The Maldon Campaign », Transactions of the Royal Historical Society, vol. 27,‎ , p. 189 (ISSN 0080-4401, DOI 10.2307/3679193, JSTOR 3679193, S2CID 154459893, lire en ligne Inscription nécessaire)
  5. 1 2 Levi Roach, Æthelred the Unready, Londres, Yale University Press, (ISBN 9780300225204), p. 187 Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : le nom « :4 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents.
  6. ↑ Levi Roach, Æthelred the Unready, Londres, Yale University Press, (ISBN 9780300225204), p. 117
  7. ↑ Michael Swanton, The Anglo-Saxon Chronicle, Londres, 2nd, , 133 p. (ISBN 978-1-8421-2003-3)
  8. ↑ John, « War and Society in the Tenth Century: The Maldon Campaign », Transactions of the Royal Historical Society, vol. 27,‎ , p. 190 (ISSN 0080-4401, DOI 10.2307/3679193, JSTOR 3679193, S2CID 154459893, lire en ligne Inscription nécessaire)
  9. ↑ Levi Roach, Æthelred the Unready, Londres, Yale University Press, (ISBN 9780300225204), pp. 187-188