Göktürk

empire turcique en Asie centrale de 552 à 657
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Les Göktürk (vieux turc : 𐰜𐰇𐰛:𐱅𐰇𐰼𐰰, translittération : Kök Türük, lit. : Turc céleste) ou Tou-kioue chinois : 突厥 ; pinyin : tūjué[1]) sont un khaganat, gouverné par la maison des Ashina. Ils ont régné sur la Mongolie et l'Asie centrale et ont contribué à l'expansion des peuples turciques vers la mer Caspienne[2].

Göktürk
(otk)
(zh) 突厥

552–657
682–745

Drapeau
Description de cette image, également commentée ci-après
Le khaganat Göktürk à son apogée territoriale entre l'an 572 et l'an 580 (superposé avec les frontières des États actuels indiquées en blanc), d'une étendue de 13 000 000 km2.
Informations générales
Statut Khaganat
Capitale Ordu-Baliq
Religion Tengrisme
Histoire et événements
552 Victoire de Bumin contre les Ruanruans
Années 580 Guerre civile göktürk, division en khaganat turc occidental et khaganat turc oriental
657 Défaite contre les Tang
682 Qutlugh se rebelle et recrée l'empire turc
744 Assassinat du dernier kağan
745 La région revient aux Ouïghours
Kağan
(1er) VIe siècle Bumin
(Der) 741-744 Özmish

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Au début du VIIIe siècle, les Göktürk ont créé une écriture dite « runique » parce qu'elle ressemble aux runes. On en connaît deux variantes, appelées alphabet de l'Orkhon et alphabet de l'Ienisseï. Ils sont les premiers nomades de l'Asie centrale à avoir laissé des inscriptions. Celles qui ont été rédigées par les Göktürk proviennent de la vallée de l'Orkhon, en Mongolie septentrionale. Le cœur de leur empire s'y trouvait. Des inscriptions de Sibérie méridionale sont attribuables à d'autres peuples turciques. Celles de la vallée de l'Ienisseï, de courtes inscriptions funéraires, ont dû être rédigées par les Kirghizes.

Les Göktürk reçurent des missionnaires bouddhistes, manichéens et nestoriens, mais suivirent majoritairement le tengrisme, basé sur la vénération de Tängri, le dieu primordial du Ciel et les 99 dieux célestes.

La langue des Göktürk est appelée göktürk ou vieux turc.

Histoire

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Origines

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Les Göktürk sont originaires des terres entre le sud des monts Altaï et l'est du bassin Dzungarien, ils sont connus pour être des vassaux des Ruanruan, un empire qui occupait l'essentiel du territoire de l'actuelle Mongolie. Ils travaillent pour leurs suzerains comme forgerons (en vieux turc « tarqan »).

Le mythe de l'origine de leur dynastie régnante, les Ashina, se présente ainsi. Ils étaient un rameau des Xiongnu. Un peuple voisin les extermina, à l'exception d'un jeune garçon. Les soldats ne voulurent pas le tuer, eu égard à son jeune âge, mais ils lui coupèrent les pieds et le jetèrent dans un marais. Là, une louve le nourrit de viande. Comme il s'unit plus tard à elle, elle devient enceinte. Le roi ennemi, ayant entendu dire qu'il vivait encore, envoya ses hommes pour le tuer. La louve parvint à se réfugier dans une montagne au nord de Tourfan. Dans celle-ci, il y avait une immense caverne tapissée d'une herbe touffue. La louve donna naissance à dix garçons, qui prirent femmes au-dehors. Leurs descendants se multiplièrent et après plusieurs générations, ils sortirent de la caverne pour s'établir au sud de l'Altaï.

Les souverains Göktürk sont issus du lignage Ashina, dont la présence est attestée pour la première fois en 439[3]. Le Livre des Sui rapporte que cette année-là, le , l'empereur Taiwudi des Wei du Nord, a renversé Juqu Mujian (en) des Liang du Nord dans l'est du Gansu, d'où 500 familles Ashina ont fui vers le nord-ouest jusqu'au Khaganat des Rouran dans les environs de Gaochang[4].

Selon le Livre de Zhou et l'Histoire des dynasties du Nord, les Ashina était une maison aristocratique vassale de l'empire Xiongnu[2], plus précisément, « qui s'installèrent le long de la frontière nord de la Chine », selon Edwin G. Pulleyblank[5].

Premier empire et dislocation

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En 552, Bumin bat le dernier khagan des Ruanruan, que les Chinois appellent A-na-kuei. Il s'installe en Mongolie centrale mais meurt un an après. Son fils Mugan (553-572, appelé Muhan par les Chinois) lui succède en confiant l'aile occidentale de l'empire à Istämi († 576), un frère de Bumin. Ce dernier s'allie avec les Sassanides perses pour combattre les Huns blancs : il donne sa fille en mariage à l'empereur perse Khosro Ier Anushirvan. Après avoir éliminé les Huns Blancs, vers 563, les deux alliés se partagent ce qui deviendra ensuite le Turkestan russe, notamment le territoire des Sogdiens, mais ils ne tardent pas à se brouiller. Pour prendre les Perses en tenaille, Istämi envoie en 567 un Sogdien en ambassade à Constantinople. L'année suivante, le Byzantin Zémarque (Zemarchus) arrive chez Istämi. Malgré les guerres qu'ils mènent ensemble, jusqu'en 630, les Turcs et les Byzantins ne peuvent venir à bout des Perses.

L'autorité de Taspar (572-581), le frère cadet et successeur de Mugan, qui règne en Mongolie avec le titre de khagan, est reconnue par les Turcs occidentaux. Ce souverain se convertit au bouddhisme, comme son frère Nivar (581-587, également appelé Ishbara d'après Paul Pelliot). Le yabghu Tardu, fils d'Istämi, rompt avec Nivar et prend le titre de khagan. Il est encouragé par les Chinois, qui désirent briser l'empire turc. Il y a désormais deux États, celui des Turcs orientaux en Mongolie, dirigé par Nivar, et celui des Turcs occidentaux dans les Tian Shan et au Kazakhstan oriental, dirigé par Tardu. Un fils de Mugan, connu sous le nom d'Apa khagan et que les textes chinois appellent Daluobian, se met à convoiter le trône. Ses intérêts rejoignent ceux de Tardu, qui désire aussi abattre Nivar afin de refaire l'unité de l'empire. Pour empêcher cela, les Chinois apportent leur soutien à Nivar. Apa khagan se retourne alors contre Tardu et parvient à prendre sa place. En 585, Tardu demande l'asile aux Chinois.

Après Nivar viennent deux empereurs appelés Chuluohu (587-588) et Yongyulü (588-599) par les Chinois. Le premier capture Apa khagan, mais les Turcs occidentaux restent séparés de leurs frères orientaux. Ils élisent en 587 un khagan que les Chinois appelent Nili et dont on ne sait presque rien. Tardu réapparait en 594, lors d'un conflit avec Yongyulü. Il reprend le contrôle des Turcs occidentaux. En 598, il envoie à Constantinople une lettre où il se déclare khagan suprême, « grand roi des sept races et maître des sept climats ». Il s'attaque aux Chinois, mais il est vaincu en 603, à la suite d'une révolte, et doit se réfugier dans l'actuelle province chinoise du Qinghai, au nord-est du Tibet. On n'entend plus jamais parler de lui.

À la fin de la dynastie Sui et au début de la dynastie Tang, les Turcs orientaux attaquent à leur tour la Chine, en profitant des difficultés intérieures que connaissait ce pays. L'empereur Illig Qaghan (620-630, appelé Xieli par les Chinois), arrive jusqu'à la capitale Chang'an le avec 100 000 hommes. L'audacieux empereur Taizong des Tang, malgré le peu de moyens dont il dispose, parvient à lui faire rebrousser chemin. Par la suite, Taizong soutient les révoltes de certains aristocrates contre Illig Qaghan, puis en 630, il envoie ses troupes en Mongolie et capture le khagan. Dès lors, les Turcs orientaux sont soumis à l'empire Tang.

Après la défaite de Tardu, les Turcs occidentaux sont restés quelque temps désunis. Ils ont ensuite retrouvé un seigneur en la personne de Shigui, puis de son frère, le yabghu Tong (618-630, ce sont leurs noms chinois). Ce dernier est un puissant souverain, qui étend son pouvoir jusque sur une partie de l'Afghanistan et de l'Inde du Nord. Le pèlerin chinois et moine bouddhiste, Xuanzang le rencontre dans les Tian Shan, lors de sa pérégrination vers l'Ouest. Quelques mois plus tard, des vassaux, les Qarluq, se révoltent, et Tong est tué. Les Turcs occidentaux perdent de nouveau leur unité. Dans les années 640, les Chinois les évincent des riches oasis du bassin du Tarim, sur la route de la soie, qui se trouvent juste au sud de leur territoire. En 651, les Turcs occidentaux se rangent sous l'autorité d'un qan que les Chinois appellent Helu. Après avoir obtenu l'appui des Ouïgours, les Chinois se mettent en campagne contre lui et le battent en 657. Pratiquement toute l'Asie centrale tombe aux mains des Chinois.

Deuxième empire

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L'Asie vers 700.

Le rétablissement de l'empire turc est l'œuvre d'un dignitaire (chor) qui s'appelle Qutlugh, le Fortuné. Il commence comme un simple aventurier. Au début, selon l'inscription de Köl Tegin (cf. ci-dessous), il n'a que vingt sept hommes. Il profite du soutien non pas de l'aristocratie turque, mais du peuple, au sein duquel brûle un fort sentiment nationaliste anti-chinois. Un très habile seigneur (beg) se joint cependant à lui. Il s'appelle Tonyuquq (ou Toñuquq). C'est un Turc né en Chine et qui a reçu une éducation chinoise, mais il déteste les Chinois.

À partir de 682, Qutlugh chor se met à lancer des attaques dévastatrices contre la Chine. Celle-ci est alors gouvernée par un empereur faible, Gaozong, et son influence recule dans toute l'Asie centrale. Entre 687 et 691, Qutlugh, qui s'est proclamé empereur avec le titre d'Ilterish Khagan, soumet les Ouïgours et les Neuf Oghouzes, d'autres confédérations d'unité militaro administratives turques, et s'installe aux sources de l'Orkhon, qui est traditionnellement le cœur des empires des steppes. En Chine, en 683, à la mort de Gaozong, le pouvoir tombe entre les mains de son énergique concubine, Wu Zetian. Si elle parvient à reprendre le bassin du Tarim aux Tibétains vers 692, elle est impuissante face aux Göktürk. Elle est confrontée au frère cadet d'Ilterish Khagan, qui porte le titre de Qapaghan Khagan, le khagan Conquérant (691-716).

Cet empereur fait semblant de défendre la dynastie Tang contre les volontés d'usurpation de Wu Zetian, mais il n'en continue pas moins ses attaques. À chaque fois, les armées chinoises subissent d'écrasantes défaites et les Turcs ramenent chez eux un butin fabuleux. En 699, il parvient à soumettre les Turcs occidentaux. Il remporte des victoires contre d'autres peuples turcs et tue même le roi des Kirghizes, qui vivent sur le cours supérieur de l'Ienisseï en Sibérie méridionale. Le vent commence à tourner en 711, quand Tonyuquq se heurte aux Arabes lors d'un raid en Sogdiane. Il ne revient près de l'Altaï que trois ans plus tard et essaye de prêter main-forte à des troupes qui assiégent la ville de Beshbalïq, mais c'est un échec. Les vassaux des Turcs Bleus, dont les puissants Oghuz, commencent alors à se révolter. Qapaghan khagan est tué lors d'une campagne contre la tribu des Bayirqu le , près de la rivière Tuul qui arrose Oulan-Bator.

Le pouvoir aurait dû revenir au fils aîné d'Ilterish, connu depuis 698 par le titre de shad des Tardush, puis au frère cadet de celui-ci, Köl Tegin (ou Kül Tegin). Tous les deux sont alors des généraux renommés. Mais suivant la volonté de Qapaghan, ses suivants aident le fils de leur ancien maître, Bögü, à monter sur le trône. Köl Tegin l'assassine, avec le soutien de nombreux aristocrates, et massacre toute la famille de Qapaghan n'épargnant que Tonyuquq. Il place ensuite son frère aîné sur le trône. Celui-ci est appelé Bilgä Khagan « le khagan sage » (716-734). Il faut reconstituer l'empire, qui a volé en éclat. C'est chose faite en 718. Bilgä Khagan envisage ensuite d'attaquer l'empire Tang, qui a aidé les vassaux rebelles. Le problème est que l'empire Tang, alors gouvernée par l'empereur Xuanzong, à retrouvé de la puissance. Pour cette raison, Tonyuquq conseille à Bilgä Khagan de proposer plutôt un accord de paix aux Hans. Méfiants, ceux-ci refusent toute négociation et préparent une grande offensive. Les Turcs la déjouent en écrasant l'un de leurs alliés, les Basmil, au nord de Tourfan, puis en attaquant la province chinoise du Gansu. En 721, Xuanzong accepte la proposition de paix.

À la mort de Köl Tegin en 731, son frère fait graver sur une stèle un éloge funèbre qui est resté célèbre. L'empereur périt à son tour trois ans plus tard, empoisonné par l'un de ses serviteurs. Deux de ses fils lui succédèrent, Izhan khagan (734-739) et Tängri khagan (740-741). À la mort de ce dernier, assassiné par son oncle Qutlugh yabghu, l'empire commence à se désintégrer. Qutlugh, qui usurpe le pouvoir sous le nom d'Özmish khagan, se heurte immédiatement à la révolte des Basmil, des Ouïgours et des Qarluq, et il est tué en 744 par les premiers. La famille impériale des Göktürk s'étant réfugiée en 743 dans l'empire Tang, leur territoire revient aux Ouïgours.

Civilisation Göktürk

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Société

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Comme tous les empires « des steppes », celui des Göktürk avait une vocation universelle. Son noyau est constitué par douze maisons aristocratiques dirigées par un empereur, issu de la lignée impériale des Ashina. Les Ouigours sont constitués en dix maisons aristocratiques dirigées par la dynastie royale des Yaghlakar ; ils vivent au nord de la Mongolie, originellement le long de la rivière Selenge, tandis que les Göktürk occupent la partie centrale de ce territoire. Ils sont devenus sujets des Göktürk durant le premier empire. À l'ouest des Göktürk, au Kazakhstan, se trouvent les Toghuz-Oghuz, c'est-à-dire les « Neuf oghouzes ». Ils forment une population plus nombreuse que les Göktürk eux-mêmes, mais qui est moins unie. Deux autres confédérations turques, celles des Qarluq et des Basmil, ont également joué un rôle dans l'empire turc[2].

Les commandants supérieurs s'appelle des irkin. Les royaumes subordonnée sont dirigés par des elteber. À la tête du pouvoir impérial, se trouve le khagan et ses proches parents, les shad. Le khagan est entouré de conseillers, qui portent des titres tels que tarkhan, tudun ou chor. Ils se partagent des fonctions militaires, administratives ou diplomatiques. Il y a aussi des fonctionnaires de rang inférieur, parmi lesquels les textes chinois distinguent 28 classes. Toutes ces charges se transmettent de manière héréditaire[2].

La société turque est divisée en deux classes : une aristocratie héréditaire, constituée par les beg, et le peuple roturier (igil qara bodun). Tout homme devenait un guerrier, er, après une initiation consistant en un exploit accompli lors d'une bataille ou d'une chasse. Il recevait alors son er aty, c'est-à-dire son nom d'homme ou de héros. Son idéal était de mourir au combat. Sa situation variait cependant beaucoup selon qu'il appartenait à l'aristocratie ou au peuple.

L'économie gokturks repose sur le pastoralisme mobile, la chasse, le commerce et la guerre. Les razzias, effectuées en principe à partir de la pleine Lune, sont un moyen d'acquérir du bétail, surtout des chevaux, qui constitue la principale richesse. Les beg s'approvisionnent également en objets précieux et en esclaves. Si l'on était pauvre, c'était parce que l'on ne s'était pas assez bien battu. Les gens du peuple dépourvus de bétail sont placés dans des quartiers d'hiver ou des établissements sédentaires (balïq), où ils pratiquent un peu d'agriculture. Ils cultivent surtout du millet, qui est entreposé dans des fortins (qurgan). S'ils veulent rester paysans, ils doivent compter sur l'aide des riches. Les er dépourvus de moyens sont toujours dépendant des beg, en tant que gardes du corps ou que serviteurs.

On dispose de quelques représentations de soldats turcs, visibles par exemple au musée d'histoire d'Oulan-Bator. Les hommes partagent leurs chevelures en de nombreuses tresses qui descendent sur leur dos. Cette coiffure existe encore chez les Ouïgours, mais plutôt chez les femmes. Ils portent des bottes, des pantalons et des vestes longues semblables à celles des autres peuples, y compris sédentaires, de l'Asie centrale de cette époque. Une épée est accrochée à leur ceinture.

Pour les contrats, les Göktürk font des entailles sur des plaquettes de bois. Ils payent les impôts en donnant des animaux domestiques. On les comptait en entaillant un bâton, puis on y mettait un cachet de cire avec un fer de lance.

Mœurs et coutumes

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On connaît les coutumes des Göktürk essentiellement grâce à des textes chinois rassemblés dans des annales dynastiques. Les annales des Wei du Nord ont l'intérêt d'avoir été rédigées vers 550, avant même la fondation de l'empire turc. Nombre de ces textes ont été traduits en 1864 par Stanislas Julien Documents historiques sur les Tou-kioue (Turcs) extraits du Pien-i-tien », Journal Asiatique).

Les mariages s'effectuent sans complication : si un homme tombe amoureux d'une jeune fille, il envoie quelqu'un auprès de ses parents pour demander sa main et, généralement, sa demande est acceptée. Une femme noble ne peut pas se lier avec un homme de condition inférieure.

La justice est rendue de la manière suivante. Les gens qui se sont rendus coupables d'homicide, de viol d'une femme mariée ou de révolte sont condamnés à mort. En revanche, celui qui a violé une jeune fille est puni de la façon suivante : il doit payer une forte amende et épouser immédiatement sa victime. Un individu qui a causé une simple blessure, par exemple dans une bagarre, paye une amende proportionnée au dommage occasionné. Les coupables de vol doivent payer dix fois la valeur des animaux ou des objets volés.

Les hommes aiment jouer aux osselets, occupation qui existe toujours chez les peuples des steppes de l'Asie centrale. Les femmes préférent jouer à la balle. Les Turcs boivent du qumis (lait de jument fermenté), et quand ils sont suffisamment ivres, ils se lancent dans des chants alternés : quelqu'un improvise une chanson et une autre personne doit lui répondre de la même manière[réf. nécessaire].

La tente du khan (le roi, avant la formation de l'empire turc) s'ouvre à l'est par respect pour le soleil levant[réf. nécessaire]. Cette orientation diffère de celle des tentes mongoles, qui s'ouvrent toutes au sud. L'intronisation comprend les rites suivants. De grands officiers mettent le roi nouvellement nommé sur une litière de feutre et lui font faire neuf tours devant ses sujets, qui le saluent chaque fois. Ils le placent ensuite sur un cheval et lui serrent le cou avec une bande de soie, mais sans aller jusqu'à l'étrangler. Ils lui demandent alors combien d'années il restera roi. Le khan prononce quelques paroles incompréhensibles, que l'on interprète pour connaître la longueur de son règne. Une coutume très similaire est aussi attestée chez les Khazars[6] pour nommer leur khâqân.

On ne sait pas si elle a subsisté à l'époque impériale. Sur la stèle de Köl Tegin, il est écrit : « Tängri ayant saisi par le sommet de la tête mon père le khagan Ilterish et ma mère la qatun El Bilgä, il les éleva en haut ». Le turcologue Jean-Paul Roux y voit le témoignage d'une cérémonie de sacre qui consiste à placer le souverain sur un tapis de feutre et à l'élever vers le ciel. On reconnaît la première partie de la cérémonie décrite ci-dessus où le roi est mis sur une litière de feutre.

Quand un homme meurt, ses parents tuent chacun un mouton ou un cheval et le placent devant la tente du défunt. Ils font ensuite sept fois le tour de cette tente, montés sur un cheval, et en poussant des cris de douleur. Chaque fois qu'ils passent devant la porte, ils se tailladent le visage avec un couteau. Les enterrements ne sont effectués qu'à deux périodes de l'année : à l'automne, quand les feuilles tombent, et au printemps, quand les bourgeons s'ouvrent et que les plantes sont en fleurs. On creuse alors une fosse et l'on y met le mort. Près de la tombe, on dispose des statuettes de pierres en nombre proportionné au nombre d'ennemis que le défunt a tués. Les parents offrent des sacrifices, courent à cheval et se tailladent le visage comme la première fois. L'archéologie a montré que les guerriers sont enterrés en armes, avec leurs chevaux sellés. Les veuves se remarient pour rester dans la famille de leur époux. Les fils épousent les femmes de leur père, sauf bien sûr leur propre mère ; les frères cadets prenent les femmes de leurs aînés (c'est le lévirat).

Empereurs (khağan)

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Les dates de règnes sont données principalement d'après D. Sinor et S. G. Klyashtorny, « The Türk Empire », History of Civilizations of Central Asia, Vol. III, The Crossroads of Civilizations: A.D. 250 to 750, Paris, UNESCO Publishing, 1996. Le livre de René Grousset, L'empire des steppes, Payot, 1965, est également utilisé. Les noms des souverains sont d'abord donnés sous leur forme chinoise (en pinyin), puis sous leur forme turque quand elle est connue.

Premier empire Göktürk :

Turcs orientaux :

Nom turcNom chinoisRègneRemarque
Mugan (𐰢𐰆𐰴𐰣𐰴𐰍𐰣)木杆可汗, mùgān kèhán553 – 572Fils de Bumin.
Taspar (en)Tuobo572 – 581Fils de Bumin et frère de Mugan.
Amrak (en)581 – 582Fils de Taspar.
Ishbara (en)581 – 587Fils d'Issik et petit-fils de Bumin.
Bagha (en)Chuluohu587 – 588Fils d'Issik et frère d'Ishbara.
Tulan (en)Nom de règne : 都兰可汗 / 都蘭可汗, dōulán kěhàn
Nom personnel : 阿史那雍虞闾 / 阿史那雍虞閭, āshǐnà yōngyúlǘ
588 – 599Fils d'Ishbara.
Yami (en)Tuli603 – 609Fils d'Ishbara et frère de Tulan.
Shibi (en)始毕可汗 / 始畢可汗, shǐbì kěhàn611 – 619Fils de Yami.
Chuluo (en)处罗 / 處羅, chùluo kěhàn619 – 621Fils de Yami et frère de Shibi.
Illig (en)Nom de règne : 頡利可汗, xiélì kěhàn
Nom personnel : 阿史那咄苾, āshǐnà duōbì
620 – 630Fils de Yami et frère de Shibi et Chuluo.

Turcs occidentaux (divisés à partir de 630 en deux groupes issue de cinq lignée aristocratiques, les Nushibi et les Dulu) :

  • Shidiemi (Istämi yabghu, connu sous le nom de Silziboulos par les Byzantins) 553-575 (date de fin de règne d'après Grousset, en tout cas avant 576)
  • Datou (Tardu yabghu) 575-603 (autoproclamé khagan entre 582 et 584)
  • Daluobian (Apa khagan) 585-587
  • Nili 587-604?
  • Chuluo (opposant à Shigui installé en Chine en 611)
  • Shigui avant 611-618 (d'après Grousset)
  • Tong yabghu 619-630 (assassiné)
  • Dulu 638-651 (qan des Dulu, a essayé de réunir les deux groupes de tribus)
  • Helu 651-657 (qan des Dulu, a imposé son autorité aux Nushibi)
  • Ashina Mishe 657-662 (imposé par les Chinois aux Dulu)
  • Ashina Buzhen 659-665 (imposé par les Chinois aux Nushibi)

Les noms turcs des souverains du second empire sont tous connus :

  • Ilterish khagan (ou El Terish, Guduolu en chinois, d'après le turc Qutlugh) 682-691
  • Qapaghan khagan (ou Qapghan, Mochuo en chinois, aussi appelé Bäk Tchor dans les anciens livres en français) 691-716
  • Bögü khagan 716
  • Bilgä khagan (Mojilian en chinois) 716-734 (assassiné, a gouverné avec son frère Köl Tegin 716-731)
  • Izhan khagan (Yiran en chinois) 734-739
  • Tängri khagan 740-741
  • Özmish khagan 741-744 (usurpateur)

Notes et références

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  1. Tujue écrit T’ou-kiue dans Grousset 1989, Le haut Moyen Age : T’ou-kiue, Ouigour et K’i-tan., p. 119-189
  2. 1 2 3 4 Simon Berger, « Nomadic State in the Sedentary World: The Military Mode of Government of Conquered Lands in the Mongol Empire, Chronica, 21, 2023 », Chronica, (lire en ligne, consulté le )
  3. (zh) « Wei Shou, Livre des Wei »
  4. (en) Christian, David. A history of Russia, Central Asia and Mongolia, Vol. 1: Inner Eurasia from prehistory to the Mongol Empire., p. 249
  5. Peter B. Golden, « The Ethnogonic Tales of the Türks », The Medieval History Journal, vol. 21, no 2, , p. 291–327 (ISSN 0971-9458 et 0973-0753, DOI 10.1177/0971945818775373, lire en ligne, consulté le )
  6. J. Piatigorsky, J. Sapir, L'Empire Khazar VIIe – XIe siècle, l'énigme d'un peuple cavalier, Éditions autrement - collection Mémoire n°114, Paris, 2005

Annexes

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Articles connexes

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Liens externes

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Bibliographie

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  • René Grousset, L'empire des steppes. Attila, Gengis-khan, Tamerlan, Paris, Payot, coll. « Regard De L'histoire », (1re éd. 1938), 620 p. (ISBN 2-228-88130-9, présentation en ligne, lire en ligne)
  • (en) D. Sinor et S. G. Klyashtorny, History of civilizations of Central Asia, vol. 3. The crossroads of civilizations : A.D. 250 to 750, UNESCO Publishing, , 569 p. (ISBN 978-92-3-103211-0, lire en ligne), chap. 14 The Türk Empire »), p. 317-337 (.pdf)
  • Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs, Fayard, , 389 p. (ISBN 978-2-213-60672-9)
  • Stanislas Julien, Documents historiques sur les Tou-kioue (Turcs), (lire en ligne)
  • Jean-Baptiste Grosier, Michel Ange André Le Roux Deshauterayes, Histoire générale de la Chine : ou Annales de cet empire (13 volumes), vol. 5, P. D. Pierres, (lire en ligne)
  • Jean-Baptiste Grosier et Michel Ange André Le Roux Deshauterayes, Histoire générale de la Chine : ou Annales de cet empire (13 volumes), vol. 6, P. D. Pierres, (lire en ligne)