Tåtî l' pèriquî

pièce de théatre en Wallon

Tåtî l' pèriquî (Orthographié Tâtî l'pèrriquî dans le titre original, Tåtî l' pèriquî en système Feller et Tåtî l' perikî en wallon unifié) est une pièce de théâtre appartenant au genre de la comédie en trois actes écrite en 1884 par Édouard Remouchamps (1836-1900) et publiée en 1885.

Tåtî l' pèriquî
Auteur Édouard Remouchamps
Pays Drapeau de la Belgique Belgique
Genre Pièce de théâtre
Version originale
Langue wallon
Version française
Date de parution 1885

Après ses pièces Li savtî (teyåte) (wa) (1859) et Lès amoûrs d'à Djèråd (1878), Édouard Remouchamps signe son premier véritable succès qui aura un grand retentissement en Wallonie et dont le texte fera l'objet de nombreuses rééditions.

Synopsis

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Tåtî est un coiffeur liégeois de condition modeste et illettré qui est las de sa condition et qui est pris de rêves de grandeur. Il rêve de s'élever socialement et d'épouser Marèye, une jeune femme qui doit hériter des 100 000 francs de sa tante.

Son destin bascule le jour où son ami Matrognård lui révèle par erreur, en lisant le journal, qu'il est l'heureux gagnant du gros lot de 100 000 francs.

Après une phase d'euphorie intense, Tåtî commence à vouloir adopter, non sans de multiples maladresses, les manières des plus nantis. Il envisage de vendre son atelier, embauche des serviteurs, intrigue pour pouvoir être conseiller communal, tente d'apprendre le français comme il peut et se comporte de manière désinvolte avec nombre de ses anciens amis.

D'abord réticent à épouser Marèye qui a changé d'avis une fois qu'elle a appris qu'il a gagné le gros lot car il pense trouver mieux, celle-ci le fait changer d'avis en insinuant que sa tante est sur le point de rendre l'âme.

Vers la fin de la pièce le couperet tombe : il n'a jamais eu le gros lot. S'ensuit alors un retour douloureux et humiliant à sa condition de départ.

Personnages principaux

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  • Tåtî (diminutif de Wåtî, nom wallon de Gauthier) : personnage principal. Coiffeur de condition modeste prétentieux, ambitieux et quelque peu niais qui est pris de la folie des grandeurs une fois qu'il croit avoir empoché le gros lot.
  • Tonton (diminutif de Djèniton, nom wallon de Jeanneton) : sœur de Tåtî. Femme simple d'esprit, mais plus terre-à-terre que son frère. Elle tente plusieurs fois sans succès de le raisonner dans ses extravagances.
  • Matrognård : ami de Tåtî. Ivrogne quelque peu suffisant, c'est lui qui lui annonce par erreur qu'il est le gagnant du gros lot.
  • Marèye : jeune femme héritière d'une tante richissime, elle repousse les avances de Tåtî avant de se raviser une fois qu'elle apprend qu'il a gagné le gros lot.
Édouard Remouchamps (1836-1900), auteur de la pièce

Influence de la pièce

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La comédie fut jouée non seulement dans toutes les provinces de Wallonie et à Bruxelles au Théâtre royal flamand de Bruxelles, mais aussi à Anvers. Sa représentation dans la cité portuaire provoqua une importante controverse, entre autres dans la presse flamande. Elle relatait que, lors de sa tournée à Namur, la langue de la pièce avait été adaptée pour l'occasion. Pour la Vlaamsche illustratie, cela était la preuve que le wallon n'était pas plus homogène que les dialectes du nord du pays[1]. Tåtî fut jouée jusqu'à Paris où elle rencontra un certain succès.

Cette pièce eut un tel retentissement que le protagoniste principal fut à de maintes reprises repris dans la publicité à Liège.

Dans son édition de 1936 des quatre comédies d'Henri Simon Li bleû-bîhe (teyåte) (wa) (1886), Sètche, i bètche ! (teyåte) (wa) (1889), Li neûre poye (teyåte) (wa) (1893) et Janète (teyåte) (wa) (1913), le dialectologue Jean Haust écrit que la vocation d'écrivain wallon d'Henri Simon fut suscitée par le visionnage de cette pièce, laquelle est mentionnée dans deux poèmes de son recueil de poèmes Li pan dè bon Diu (wa).

Dans sa préface[2] de l'édition de 1934, ce même Jean Haust écrit au sujet de la pièce :

« Tåtî réveilla la muse théatrale qui sommeillait. Les ovations enthousiastes qui saluaient chaque représentation ravivèrent chez le peuple l'amour de son vieux langage. Elles rendirent confiance à nos écrivains de terroir et donnèrent le signal d'une renaissance littéraire, non seulement dans la province de Liège, mais encore dans presque toute la Wallonie. On peut même affirmer que c'est de Tåtî que date le réveil du sentiment wallon. »

Le dialectologue Maurice Piron dans son Anthologie de la littérature wallonne écrit au sujet de Tåtî :

« Le succès de cette dernière pièce, créée à Liège le 11 octobre 1885, fut prodigieux. C'était le Molière du Bourgeois gentilhomme dont le wallon retrouvait la veine à travers la peinture d'un type de tous les temps : le richard imaginaire. Au comique de caractère se joignait l'observation savoureuse d'un milieu populaire liégeois restitué dans un style frappé au coin du meilleur génie de la langue du terroir.

On a tout dit de Tåtî, de sa valeur qui contribua à la renaissance du théâtre dialectal [...] qui donna son premier souffle au mouvement wallon tout entier »

[3]

Langue et style

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Dans une chronique[4] dans le journal La Meuse, Alfred Duchesne écrit que

« l'art de REMOUCHAMPS, et particulièrement l'habileté et la saveur de son expression, a sauvé son œuvre du danger d'un sujet assez banal et a masqué certaines invraisemblances et quelques rares gaucheries dans le développement dramatique de l'action. En cela, Tåtî s'apparente à de nombreux chefs-d'œuvre, notamment à tout le théâtre de Molière. »

Ch. Delchevalrie, cité par Oscar Pecqueur[5] relève :

« la fine observation, la philosophique malice, le bonheur d'expression, la pittersque variété, la plénitude scénique, toutes les qualités qui font de ces trois actes une œuvre accomplie, délicieusement originale et qui peut défier le temps. »

Alfred Duchesne, quant à lui, souligne que

« Son mérite principal réside dans son caractère nettement indigène. Tout en gardant cette humanité générale sans laquelle une œuvre d'art est incomplète, cette comédie est bien de chez nous. Ce n'est pas, comme trop de pièces wallonnes, un vaudeville français écrit dans un wallon approximatif ; c'est une œuvre bien liégeoise ; le ton, les personnages, l'esprit, tout a cet accent indéfinissable qui attendrit et réjouit ceux qui sont nés et ont vécu à l'ombre de ce perron [...]. »

[4] Jean Haust, pour sa part, commente le choix des prénoms des personnages en écrivant que :

« Ce sont des noms de famille ou des sobriquets, de consonnances plaisantes et bien wallonnes, que notre auteur a su choisir, [...] avec une réelle entente de la « vis comica ». »

[2]

Aux côtés de références éparses Li pan dè bon Diu (wa), Tåtî est pratiquement la seule œuvre littéraire postérieure au XVIIIème siècle à être citée dans le Dictionnaire liégeois de Jean Haust.

Message de l'œuvre

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L'auteur déclare lui-même dans les derniers vers de la pièce n'avoir écrit cette pièce que pour faire rire son public.

« L’auteûr, tot fant cisse comèdèye,

Èl tièsse n’aveût qu’ine îdèye :

Ç’a stu di v’ fé rîre on p’tit côp, »

« L'auteur, en composant cette comédie

N'avait qu'une idée en tête,

Celle de vous faire rire un bon coup. »

Toutefois, il répète lui-même à quatre reprises dans le bouquet final de la pièce qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué :

« Èt d’ pus′ qu’on n’ deût jamåy compter
So ‘n-oû qui n’èst nin co pouné.
 »

« Enfin, on ne doit jamais compter
Sur un œuf qui n'est pas encore pondu. »

L'interprétation traditionnelle[source secondaire souhaitée] de la morale de Tåtî est que l'auteur sous-entendrait qu'il serait vain et présomptueux de vouloir rêver à se hisser au-dessus de sa condition et qu'il faudrait l'accepter.

Elle cite particulièrement le vers 1125 du dernier acte de la pièce où Tåtî dit à sa sœur Tonton après s'être remis de sa désillusion :

« Savez-v’ bin qwè, Tonton ?… Aléz’ ripinde l’èssègne ! »

« Eh bien, Tonton, il n'y a plus qu'à remettre l'enseigne en place ! »

Mentions dans la littérature wallonne

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Plusieurs auteurs de langue wallonne mentionnent la pièce de Tåtî l' pèriquî dans leurs œuvres

  • Henri Simon lui consacre deux poèmes dans le recueil de poèmes Li Pan dè bon Diu (wa) publié en 1924 : Al santé d'a Tåtî et Tot rim'nant d' Tåtî.
  • Dans sa pièce de théâtre de Joseph Mignolet Milionêre publiée en 1934, la femme de l'heureux gangnant du loto lui demande de revérifier son numéro de peur de faire la même erreur que Tåtî

Éditions

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Fort de son succès, l'œuvre a été rééditée à de nombreuses reprises depuis sa créations :

  • 1886 : Tâtî l'pèrriquî édité par l'imprimerie Vaillant Carmane (98 p.).
  • 1888 : Tâtî l'pèrriquî édité par l'imprimerie Vaillant Carmane (100 p.).
  • 1910 : Tâtî l'pèrriquî (p. 119-224).
  • 1911 : Tâtî l'pèriquî édité par la Société de langue et de littérature wallonnes (108 p.).
  • 1934 : Tåtî l' pèriquî Édition de annotée, commentée et réécrite en système Feller par le dialectologue Jean Haust dans la collection “Nos dialectes” de la maison d'édition Vaillant Carmane (157 p.).

Notes et références

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  1. ↑ C. Quairiaux, L'image du Flamand en Wallonie, Labor, Bruxelles, 2006, passim.
  2. 1 2 (wa) Edouard Remouchamps (préf. Jean Haust, postface Jean Haust), Tåtî l' pèriquî : Comédie-vaudeville en trois actes (1885. Dialecte de Liège) avec le portrait de l'auteur, la musique des chants et six illustrations du Musée de la Vie Wallonne (Edition commentée), Liège, Imprimerie H. Vaillant, Caramane, coll. « Nos dialectes », , 157 p. (BNF 31194868)
  3. ↑ Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, Mardaga, (lire en ligne), p. 214
  4. 1 2 Alfred Duchesne, « Tåtî l' pèriquî », La Meuse,‎
  5. ↑ Oscar Pecqueur, Edouard Remouchamps, sa Vie et ses Œuvres, vol. t.48, Liège, Bulletin de la Société de Littérature Wallonne,

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Analyse sommaire en langue française de « Li Bleu bixhe », pièce wallonne en 1 acte de Monsieur Henri Simon et de « Tati l' perriqui », comédie en 3 actes de Monsieur Remouchamps, 1888.
  • PETITJEAN Eugène, Si nos djåzîs on pô d' Tåtî, 1958.

Liens externes

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