ʿUmar II

huitième calife omeyyade, douzième calife sunnite (682-720)
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Omar II ou Abou Hafs Omar ibn Abd al-Aziz (arabe : أبو حفص عمر بن عبد العزيز, ʾAbū Ḥafṣ ʿUmar ibn ʿAbd Al-ʿAzīz), né vers 682 à Médine et mort en 720 à Alep, est le huitième calife omeyyade et donc le douzième calife sunnite. Il succède à son cousin Sulaymān en 717. Omar II est parfois considéré par les sunnites comme le cinquième calife bien guidé de l'islam[1] pour sa sagesse, sa justesse et sa grande piété.

ʿUmar II
Fonctions
Calife omeyyade
-
Gouverneur de Médine
-
Hisham ibn Isma'il al-Makhzumi (en)
'Uthman ibn Hayyan al-Murri (en)
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Tombeau d'Omar II (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
عمر بن عبد العزيزVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Famille
Père
Mère
Leila Bint Asim (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Umm al-Banin bint Abd al-Aziz (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Fatima bint Abd al-Malik (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Abdul-Malik ibn Umar ibn Abdul-Aziz (d)
Abd Allah ibn Umar ibn Abd al-Aziz (en)
Abd al-Aziz ibn Umar ibn Abd al-Aziz (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Maître
Salih ibn Kaysan (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Son règne est marqué par une entreprise de consolidation du califat, tant sur le plan politique que religieux. Ces efforts comprennent la première collecte officielle des hadiths ainsi qu'une promotion vigoureuse de la Sunna. Sur le plan économique, il cherche à stabiliser l'État en mettant en œuvre une réforme fiscale qui établit l'égalité des musulmans non arabes (mawālī) en les exemptant de la jizya, tout en protégeant les terres publiques contre leur privatisation au profit de la dynastie. Ces politiques visent à concilier les besoins financiers de l'État avec les principes de justice islamique.

Confronté aux lourdes pertes humaines et à la pression financière considérable causées par le siège de Constantinople, ʿUmar réoriente la politique défensive de l'État. Il ordonne le retrait des forces musulmanes des fronts septentrionaux les plus exposés, notamment de Constantinople et de Cilicie, afin de concentrer la défense autour du cœur syrien du califat. Malgré une réduction générale des grandes campagnes offensives, son gouvernement poursuit des opérations militaires locales et supervise notamment la fortification de Narbonne en Septimanie.

De nombreux musulmans le considèrent comme le cinquième calife « bien guidé » et nombre de ses contemporains voient en lui le Mahdi, en raison de sa réputation de piété, de générosité, d'ascétisme et de son profond sens de la justice[2],[3]. Cette qualification repose sur une tradition historiographique limitant le califat bien guidé à trente années, calcul qui inclut le bref califat de Hassan ibn Ali en 661 comme partie du règne de son père[4]. Célébré pour son opposition singulière à ce qui est perçu comme la tyrannie des autres souverains omeyyades, il occupe une place particulière dans l'histoire islamique : aussi bien les premiers critiques de la dynastie que les Abbassides postérieurs épargnent sa mémoire et sa descendance des profanations systématiques infligées aux autres membres de la dynastie omeyyade[5].

Jeunesse

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ʿUmar naît probablement à Médine vers 680[6],[7]. Son père, Abd al-Aziz ibn Marwan, appartient à la famille régnante de la dynastie omeyyade, tandis que sa mère, Layla bint Asim, est issue du clan des Banu Adi, appartenant aux Quraych, et est une petite-fille du deuxième calife rachidoune ʿUmar (Modèle:Reign)[8]. Comme son arrière-grand-père, il porte la kunya Abū Ḥafṣ[9]. Sa filiation avec le deuxième calife est ensuite fortement mise en avant par les historiens afin de distinguer son caractère et son règne de ceux des autres califes omeyyades[6].

Au moment de sa naissance, une autre branche des Omeyyades, les Sufyanides, règne depuis Damas. Après la mort rapide du calife Yazid Ier (Modèle:Reign) puis de son fils et successeur Mu'awiya II, en 683 et 684, l'autorité omeyyade s'effondre dans l'ensemble du califat. Les Omeyyades du Hedjaz, y compris ceux de Médine, sont expulsés par les partisans du calife rival Abd Allah ibn az-Zubayr, établi à La Mecque. Les exilés omeyyades se réfugient en Syrie, où des tribus arabes restées fidèles soutiennent la dynastie. Le grand-père de ʿUmar, Marwan Ier (Modèle:Reign), est reconnu comme calife par ces tribus et, avec leur soutien, rétablit l'autorité omeyyade en Syrie[10].

En 685, Marwan évince le gouverneur d'Ibn al-Zubayr en Égypte et confie la province au père de ʿUmar[11]. ʿUmar passe une partie de son enfance en Égypte, notamment à Hulwan, qui devient le siège du gouvernement de son père entre 686 et la mort de celui-ci en 705[7]. Il reçoit néanmoins son éducation à Médine[7], reprise par les Omeyyades en 692 sous l'autorité de son oncle paternel, le calife Abd al-Malik[12]. Ayant passé une grande partie de sa jeunesse dans la ville, ʿUmar développe des liens avec les hommes pieux et les transmetteurs de hadiths de Médine[7]. Après la mort de son père, Abd al-Malik rappelle ʿUmar à Damas[7].

Gouverneur du Hedjaz

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Peu après son avènement, le fils et successeur d'Abd al-Malik, Al-Walid Ier, nomme ʿUmar gouverneur de Médine, fonction qu'il exerce de 706 à 712[7],[13]. Selon Julius Wellhausen, al-Walid entend ainsi utiliser ʿUmar pour réconcilier les habitants de Médine avec le régime omeyyade et « effacer le mauvais souvenir » des gouverneurs précédents, en particulier Hisham ibn Isma'il al-Makhzumi, dont le gouvernement avait été particulièrement dur pour les Médinois[6]. ʿUmar entre en fonction en février ou mars 706 et sa juridiction est ensuite étendue à La Mecque et à Taïf[7].

Les informations concernant son gouvernement sont peu nombreuses, mais la plupart des récits traditionnels indiquent qu'il est un « gouverneur juste », selon l'historien Paul Cobb[7]. Il dirige fréquemment le pèlerinage annuel du Hajj à La Mecque et se montre favorable aux juristes musulmans de Médine, en particulier Sa'id ibn al-Musayyab[7]. ʿUmar tolère les critiques publiques formulées par nombre de ces savants contre la conduite du gouvernement omeyyade[6]. D'autres récits le présentent néanmoins comme matérialiste au début de sa carrière[7].

Sur ordre d'al-Walid, ʿUmar entreprend à partir de 707 la reconstruction et l'agrandissement de la Mosquée du Prophète à Médine[7]. Sous son gouvernement généralement conciliant, le Hedjaz devient un refuge pour les exilés politiques et religieux irakiens fuyant les persécutions d'Al-Hajjaj ben Yusef, puissant vice-roi d'al-Walid sur la moitié orientale du califat[7]. Selon Cobb, cette situation entraîne finalement sa chute, al-Hajjaj faisant pression sur le calife pour obtenir sa révocation en mai ou juin 712[7]. Sous l'influence d'al-Hajjaj, al-Walid rappelle ʿUmar et divise le Hedjaz en provinces distinctes, confiant Médine à Uthman ibn Hayyan al-Murri et La Mecque à Khalid ibn Abdallah ibn Khalid ibn Asid[14].

Courtisan d'al-Walid et de Sulayman

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Malgré sa révocation, ʿUmar conserve les faveurs d'al-Walid, dont il est le beau-frère par l'intermédiaire de la première épouse du calife, Umm al-Banin bint Abd al-Aziz[15]. Il demeure à la cour d'al-Walid à Damas jusqu'à la mort du calife en 715[7] et, selon l'historien du IXe siècle Al-Yaqubi, prononce la prière funéraire pour celui-ci[16].

Le frère et successeur d'al-Walid, Sulayman, tient ʿUmar en haute estime[15]. Aux côtés de Raja ibn Haywa, influente personnalité religieuse de la cour omeyyade, ʿUmar devient l'un des principaux conseillers de Sulayman[7]. Il accompagne celui-ci lors du pèlerinage à La Mecque en 716 puis à son retour à Jérusalem[7]. Il se tient également auprès du calife dans le camp de rassemblement musulman de Dabiq, dans le nord de la Syrie, depuis lequel Sulayman dirige l'immense effort militaire destiné à conquérir la capitale byzantine, Constantinople, en 717[7].

Califat

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Accession

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Selon les sources musulmanes traditionnelles, lorsque Sulayman est à l'agonie à Dabiq, Raja le persuade de désigner ʿUmar comme successeur[7],[17],[18],[19]. Le fils de Sulayman, Ayyub, avait initialement été désigné, mais il meurt avant son père[20], tandis que ses autres fils sont soit trop jeunes, soit engagés dans les combats sur le front byzantin[18].

La désignation de ʿUmar va à l'encontre des volontés d'Abd al-Malik, qui souhaitait réserver le califat à ses descendants directs[7]. L'élévation d'un membre d'une branche cadette de la dynastie au détriment des nombreux descendants d'Abd al-Malik surprend les princes omeyyades[19]. Selon Wellhausen, « personne n'y avait songé, et ʿUmar moins que quiconque »[19].

Raja dirige l'opération en convoquant les princes omeyyades dans la mosquée de Dabiq et en exigeant qu'ils reconnaissent le testament de Sulayman, dont il garde le contenu secret[19]. Ce n'est qu'après leur acceptation qu'il révèle que ʿUmar a été désigné par le calife[19]. Hisham ibn Abd al-Malik exprime son opposition mais cède après avoir été menacé de violence[19]. Un conflit au sein de la dynastie est évité grâce à la désignation d'un fils d'Abd al-Malik, Yazid II, comme successeur de ʿUmar[18].

Selon l'historien Reinhard Eisener, le rôle de Raja dans cette affaire a probablement été « exagéré ». Il juge « plus raisonnable » d'expliquer la succession de ʿUmar par les « schémas traditionnels, comme l'ancienneté et des droits bien établis » découlant de la désignation initiale par le calife Marwan Ier du père de ʿUmar, Abd al-Aziz, comme successeur d'Abd al-Malik[21]. Cette succession n'avait pas pu se réaliser car Abd al-Aziz était mort avant Abd al-Malik[22]. ʿUmar accède au califat sans opposition importante le 22 septembre 717[7].

Administration des provinces

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Peu après son avènement, ʿUmar réorganise l'administration des provinces[7]. Il nomme des hommes compétents qu'il est en mesure de contrôler, ce qui traduit son intention de « surveiller étroitement l'administration provinciale »[17]. Wellhausen observe que le calife ne laisse pas ses gouverneurs agir librement en échange du simple versement des revenus provinciaux ; il supervise activement leur administration et cherche « moins à accroître la puissance qu'à établir le droit »[23].

Il démantèle le vaste gouvernement couvrant l'Irak et la partie orientale du califat qui avait été constitué sous le vice-roi d'Abd al-Malik, al-Hajjaj ibn Yusuf[17]. Le gouverneur désigné par Sulayman à la tête de cette vaste province, Yazid ibn al-Muhallab, est destitué puis emprisonné par ʿUmar pour ne pas avoir transféré au trésor califal le butin provenant de sa conquête antérieure du Tabarestan, sur la côte méridionale de la mer Caspienne[17],[24].

À sa place, ʿUmar nomme Abd al-Hamid ibn Abd al-Rahman ibn Zayd ibn al-Khattab, membre de la famille du calife ʿUmar Ier, à Koufa, Adi ibn Artah al-Fazari à Bassorah, al-Jarrah ibn Abdallah al-Hakami au Khorassan et Amr ibn Muslim al-Bahili, frère du conquérant Qutayba ibn Muslim, dans le Sind. Il confie également la Jazira à Umar ibn Hubayra al-Fazari. Bien que plusieurs de ces hommes aient été formés par al-Hajjaj ou liés à la faction des Qays, ʿUmar les choisit en raison de leur fiabilité et de leur intégrité plutôt que pour leur opposition au gouvernement de Sulayman[24].

Il nomme Al-Samh ibn Malik al-Khawlani en Al-Andalus et Ismail ibn Ubayd Allah ibn Abi al-Muhajir en Ifriqiya. Il choisit ces gouverneurs en raison de leur neutralité supposée dans la rivalité tribale entre Qays et Yaman et de leur sens de la justice envers les populations opprimées[25].

Réformes économiques

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Dirham en argent de ʿUmar ibn Abd al-Aziz.

La réforme la plus importante de ʿUmar consiste à établir l'égalité entre Arabes et mawālī, c'est-à-dire musulmans non arabes. Cette mesure concerne principalement les soldats non arabes de l'armée musulmane, qui jusque-là ne bénéficient pas des mêmes parts de butin, de terres et de soldes que les soldats arabes. La politique s'étend cependant à l'ensemble de la société musulmane[26].

Sous les précédents souverains omeyyades, les musulmans arabes bénéficient d'avantages fiscaux par rapport aux musulmans non arabes. Les convertis non arabes à l'islam continuent notamment de payer la jizya, impôt personnel dont ils étaient redevables avant leur conversion. ʿUmar met en place un nouveau système exemptant de la jizya tous les musulmans, quelle que soit leur origine. Il ajoute toutefois certaines garanties afin d'éviter que des conversions massives à l'islam ne provoquent l'effondrement des finances du gouvernement omeyyade[27].

Dans le nouveau régime fiscal, les mawālī convertis ne paient plus la jizya ni aucun autre impôt propre aux dhimmis, mais leurs terres deviennent, lors de leur conversion, la propriété de leur village et restent donc assujetties au taux intégral du kharāj, l'impôt foncier. Cette mesure compense la perte de recettes provoquée par la diminution du nombre de contribuables soumis à la jizya[28].

Il promulgue un édit fiscal déclarant :

« Quiconque embrasse l'islam, qu'il soit chrétien, juif ou zoroastrien, parmi ceux qui sont actuellement soumis aux impôts, et rejoint la communauté des musulmans dans leur demeure en abandonnant celle où il vivait auparavant, doit jouir des mêmes droits et être soumis aux mêmes obligations qu'eux ; ceux-ci sont tenus de l'accueillir parmi eux et de le traiter comme l'un des leurs[29]. »

Par ailleurs, les débuts du gouvernement islamique sont marqués par une appropriation systématique des richesses publiques par les élites. Le calife Mu'awiya Ier confisque ainsi des biens publics et des terres de la couronne conquises en Irak, en Syrie et au Yémen, notamment d'anciens domaines royaux sassanides, pour les transformer en propriétés privées et en concessions foncières destinées à sa famille et à son entourage[30]. ʿUmar II se distingue au contraire par sa volonté de freiner cette appropriation dynastique et d'empêcher les élites de privatiser les terres publiques de la couronne. Il promulgue à cette fin un rescrit protégeant les terres de l'État, les sawāfī, contre leur aliénation en domaines privés[30].

ʿUmar étend ce retour en arrière fiscal aux administrations provinciales et s'attaque aux formes de taxation non autorisées et abusives qui se sont développées au cours de la période précédente. Des administrateurs tels qu'Abd Allah ibn Darraj avaient notamment maximisé les recettes de Koufa en percevant les cadeaux traditionnels liés aux fêtes de Norouz et de Mehregan. ʿUmar II interdit formellement ces prélèvements saisonniers dans une directive adressée à son gouverneur de Koufa, Abd al-Hamid ibn Abd al-Rahman, les assimilant aux péages, aux taxes de frappe monétaire, aux droits sur le mariage et aux taxes postales parmi les formes d'extorsion excessive qu'il convient de supprimer[31].

Politique intérieure

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ʿUmar modifie également les règles juridiques relatives à l'indemnisation en cas de mort injustifiée, la diyya ou prix du sang. Sous le premier calife omeyyade, Mu'awiya Ier (Modèle:Reign), la moitié de la diyya due aux familles non musulmanes, les dhimmis, était versée au trésor de l'État, le bayt al-māl. ʿUmar met fin à cette pratique afin de limiter les empiètements de l'État, mais il ne rétablit pas pour autant l'indemnisation complète des familles : le montant demeure réduit de moitié, ce qui reflète à la fois les contraintes financières du régime et son refus d'accorder une pleine égalité juridique aux non-musulmans. Cette décision crée un précédent dont les juristes postérieurs se servent pour fixer durablement l'indemnisation d'un non-musulman à la moitié de celle d'un musulman[32].

Peut-être afin de prévenir les réactions hostiles suscitées par ses mesures d'égalisation, ʿUmar intensifie le processus d'islamisation qui s'était progressivement renforcé sous ses prédécesseurs marwanides. Celui-ci comprend des mesures destinées à distinguer musulmans et non-musulmans ainsi que l'instauration d'un iconoclasme islamique[33]. Selon Khalid Yahya Blankinship, il met également fin à la malédiction rituelle dirigée contre le calife Ali (Modèle:Reign), cousin et gendre de Mahomet, dans les sermons de la prière du vendredi[33].

ʿUmar joue un rôle important dans la promotion de la Sunna de Mahomet et de celle de ses successeurs. On lui attribue l'ordre de procéder à la première collecte officielle des hadiths, paroles et actes attribués au prophète de l'islam, par crainte qu'une partie de cette tradition ne disparaisse. Cette promotion de la Sunna et son attachement à l'autorité religieuse traditionnelle suscitent une forte opposition des Qadarites, avec lesquels ʿUmar connaît de profonds désaccords théologiques[2].

Politique militaire

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Le second siège arabe de Constantinople, représenté dans la traduction bulgare du XIVe siècle de la Chronique de Constantin Manassès.

Devant le coût immense des campagnes en cours, ʿUmar réoriente ses priorités militaires dès son accession au pouvoir. Il ordonne à l'armée musulmane commandée par son cousin Maslama ibn Abd al-Malik de lever le siège infructueux de Constantinople et de se replier vers les régions d'Antioche et de Malatya, plus proches de la frontière syrienne[7]. Il organise une expédition durant l'été 718 afin de faciliter ce retrait[34].

ʿUmar maintient néanmoins les raids estivaux annuels contre la frontière byzantine[7], conformément à l'obligation du jihad[15]. Il demeure dans le nord de la Syrie et réside fréquemment dans son domaine de Khunasira, où il fait construire un quartier général fortifié[7],[35].

En 717, ʿUmar envoie une armée commandée par Ibn Hatim ibn al-Nu'man al-Bahili en Adharbayjan afin de disperser un groupe de Turcs ayant mené des raids destructeurs contre la province[7]. En 718, il déploie des troupes irakiennes et syriennes pour réprimer la révolte kharidjite de Shawdhab al-Yashkuri en Irak, bien que certaines sources indiquent que le conflit se règle finalement par la voie diplomatique[7]. Une telle issue serait cohérente avec l'ordre donné par ʿUmar au gouverneur d'Irak d'appeler les dissidents à suivre « le Livre de Dieu et la sunna de Son Prophète » plutôt que de recourir aux méthodes coercitives habituelles de l'État[36].

Les sources présentent souvent ʿUmar comme pacifiste, et Cobb attribue sa lassitude à l'égard de la guerre à ses inquiétudes concernant l'épuisement du trésor califal[7]. Wellhausen estime que ʿUmar est « peu disposé aux guerres de conquête, sachant fort bien qu'elles étaient menées non pour Dieu, mais pour le butin »[15]. Blankinship juge néanmoins cette explication « insuffisante »[37].

Selon lui, ce sont surtout les pertes considérables subies par les Arabes lors du siège infructueux de Constantinople, notamment la destruction de leur flotte, qui conduisent ʿUmar à considérer les positions musulmanes en Al-Andalus, séparées du reste du califat par la mer, et en Cilicie comme particulièrement vulnérables à une attaque byzantine. Il envisage donc de retirer les forces musulmanes de ces deux régions. La même logique le conduit à considérer un retrait des troupes de Transoxiane afin de renforcer les défenses de la Syrie[38]. Shaban relie quant à lui la volonté de ʿUmar de limiter les offensives au mécontentement des éléments yamanites de l'armée, qu'il considère comme politiquement dominants sous son règne, face aux déploiements militaires excessifs[37].

Bien qu'il mette fin à toute nouvelle expansion vers l'est, l'enracinement de l'islam dans plusieurs villes de Transoxiane empêche ʿUmar d'en retirer les troupes arabes[39],[24]. Sous son règne, les forces musulmanes d'Al-Andalus conquièrent et fortifient la ville méditerranéenne de Narbonne, dans l'actuelle France[40].

Alors qu'il revient de Damas vers Alep, ou peut-être vers son domaine de Khunasira, ʿUmar tombe malade[41]. Il meurt entre le 5 et le 10 février 720[41], à l'âge de 39 ans[42], dans le village de Dayr Sim'an, également appelé Dayr al-Naqira, près de Maarat al-Numan[41]. ʿUmar avait acheté sur place une parcelle avec ses propres fonds et est enterré dans le village, où les ruines de son tombeau, construit à une date inconnue, demeurent visibles[41]. Yazid II (Modèle:Reign) lui succède[43].

Pendant la guerre civile syrienne, sa tombe et son sanctuaire sont visés à deux reprises par des milices, l'une des attaques entraînant une destruction presque totale du sanctuaire. Celui-ci est restauré en 2025 par la fondation Kalem dans le cadre d'un accord officiel avec le ministère syrien des Awqaf[44].

Appréciation et postérité

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Selon l'historien britannique Hugh Kennedy, les sources musulmanes traditionnelles s'accordent unanimement pour présenter ʿUmar comme un homme pieux ayant gouverné en véritable musulman, en opposition singulière aux autres califes omeyyades, généralement décrits comme des « usurpateurs impies, tyrans et débauchés »[17]. De même, Gerald Hawting affirme que la tradition reconnaît ʿUmar comme un véritable calife, tandis que les autres Omeyyades sont considérés comme des rois[27].

Selon Hawting, cette représentation repose en partie sur des faits historiques ainsi que sur le caractère et les actes de ʿUmar. Il estime que celui-ci « était véritablement, comme toutes les preuves l'indiquent, un homme d'honneur et de dignité, ainsi qu'un souverain digne du plus grand respect »[18]. Le statut de figure pieuse de ʿUmar explique qu'il soit le représentant musulman dans la célèbre, quoique probablement apocryphe, correspondance entre Léon III et Omar II[45].

Cette position singulière est même reconnue par les adversaires les plus farouches de la dynastie. Le rebelle kharidjite Abu Hamza al-Mukhtar s'abstient notamment de le condamner et les Abbassides, malgré l'exhumation et la profanation systématiques des corps des anciens califes omeyyades, épargnent explicitement ʿUmar II et sa descendance[5].

En raison de cette image et de la brièveté de son règne, il est difficile d'évaluer précisément les réalisations de son califat et ses motivations[27]. Kennedy qualifie ainsi ʿUmar de « personnage le plus énigmatique parmi les souverains marwanides »[17]. Selon lui, « c'était un homme pieux qui tenta de résoudre les problèmes de son temps de manière à concilier les besoins de sa dynastie et de l'État avec les exigences de l'islam »[27]. Dans l'analyse de H. A. R. Gibb, ʿUmar agit afin d'empêcher l'effondrement du califat en « maintenant l'unité des Arabes, en supprimant les griefs des mawālī et en conciliant la vie politique avec les exigences de la religion »[46].

Reconnaissance comme Mahdi

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Avant et pendant son accession au pouvoir, ʿUmar est largement considéré dans les milieux religieux conservateurs, notamment à Médine, comme le Mahdi, c'est-à-dire le restaurateur bien guidé de la justice[47],[3]. Cette perception est étroitement liée à sa descendance maternelle du calife ʿUmar, dont la lignée est censée, selon les savants médinois, avoir été annoncée comme devant produire un souverain juste[3]. Des traditionalistes tels que Sa'id ibn al-Musayyab auraient identifié ʿUmar à cette figure bien avant son accession au califat[47],[3].

Cette réputation possède également une fonction politico-théologique, puisqu'elle permet de s'opposer aux prétentions concurrentes venues de Koufa, selon lesquelles le dirigeant attendu devait nécessairement appartenir aux descendants d'Ali, les Alides[3]. Des figures telles que Muhammad al-Baqir, imam du chiisme imamite, sont ainsi présentées comme ayant reconnu pendant le califat de ʿUmar que la figure attendue appartenait aux Banu Abd Shams en la personne de ʿUmar II[3].

Tous ses contemporains ne partagent cependant pas cette opinion. À La Mecque, le traditionniste Tawus ibn Kaysan affirme que, si ʿUmar est bien guidé, il ne correspond pas à la définition ultime du Mahdi, car l'époque véritable de cette figure doit être marquée par une récompense et un châtiment absolus[3].

Famille et descendance

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Après le rappel de ʿUmar à Damas à la suite de la mort de son père, Abd al-Malik organise son mariage avec sa fille Fatima[7]. ʿUmar a également deux autres épouses : sa cousine maternelle Umm Shu'ayb, ou Umm Uthman, fille de Shu'ayb ou de Sa'id ibn Zabban des Banu Kalb, et Lamis bint Ali des Banu al-Harith[48].

Selon l'analyse moderne d'Andrew Marsham, ʿUmar est le père de quatorze enfants au total, répartis à parts égales entre ses épouses et ses concubines[48]. Les sources classiques divergent cependant sur la liste complète de ses enfants. La liste de ses fils est principalement conservée par Al-Yaqubi[49], tandis qu'Ibn Sa'd fournit une autre liste comportant des noms différents[50]. Al-Tabari mentionne en outre un fils appelé Abd al-Malik, mort avant son père[51].

Plusieurs de ses descendants occupent des fonctions politiques ou militaires importantes dans les décennies qui suivent son règne. Son fils Abd al-Aziz est gouverneur de Médine en 744 sous le calife Yazid III[52]. Un autre fils, Abd Allah, né de son épouse kalbite[53], gouverne brièvement l'Irak pour les Omeyyades avant de rejoindre les kharidjites et de s'allier au chef kharidjite Al-Dahhak ibn Qays al-Shaybani.

Abd Allah exerce alors le gouvernement de Wasit, de l'est de l'Irak et de la Perse occidentale pour le compte d'al-Dahhak, tandis que celui-ci dirige l'ouest de l'Irak depuis Koufa. Abd Allah meurt finalement en captivité sous le calife Marwan II à Harran[54],[55]. La lignée de ʿUmar souffre également des purges abbassides : son petit-fils établi en Égypte, Isa ibn al-Walid, est exécuté en 750 par les Abbassides avec plusieurs de ses parents en Palestine[56].

Notes et références

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  1. Mohamed Bakhouch, « Le calife ‘Umar b. ‘Abd al-‘Azīz et les poètes », Bulletin d'Études Orientales, Damas, Institut français du Proche-Orient, vol. LVIII, (ISBN 9782351591437, résumé, lire en ligne [html]).
  2. 1 2 Bowering, Crone et Mirza 2013, p. 580.
  3. 1 2 3 4 5 6 7 Blichfeldt 1985, p. 1231.
  4. Marsham 2020, p. 46.
  5. 1 2 Crone et Hinds 1986, p. 74.
  6. 1 2 3 4 Wellhausen 1927, p. 267.
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 Cobb 2000, p. 821.
  8. Cobb 2000, p. 818, 821–822.
  9. Landau-Tasseron 1998, p. 332, note: cf. Ibn Sa'd 2013, p. 203.
  10. Kennedy 2004, p. 90–91.
  11. Kennedy 2004, p. 92–93.
  12. Kennedy 2004, p. 98.
  13. Hinds 1990, p. 131, 201.
  14. Hinds 1990, p. 202.
  15. 1 2 3 4 Wellhausen 1927, p. 268.
  16. Biesterfeldt et Gunther 2018, p. 1001.
  17. 1 2 3 4 5 6 Kennedy 2004, p. 106.
  18. 1 2 3 4 Hawting 2000, p. 72.
  19. 1 2 3 4 5 6 Wellhausen 1927, p. 265.
  20. Wellhausen 1927, p. 264.
  21. Eisener 1997, p. 822.
  22. Hawting 2000, p. 59.
  23. Wellhausen 1927, p. 270.
  24. 1 2 3 Wellhausen 1927, p. 269.
  25. Wellhausen 1927, p. 269–270.
  26. Blankinship 1994, p. 31.
  27. 1 2 3 4 Hawting 2000, p. 77.
  28. Kennedy 2004.
  29. Gibb 1955, p. 3.
  30. 1 2 Haldon 2016, p. 170, note 43.
  31. Scurlock et Beal 2020, p. 36.
  32. Emon 2012, p. 241.
  33. 1 2 Blankinship 1994, p. 32.
  34. Blankinship 1994, p. 34.
  35. Powers 1989, p. 75, note 263.
  36. Crone et Hinds 1986, p. 62.
  37. 1 2 Blankinship 1994, p. 33.
  38. Blankinship 1994, p. 33–34.
  39. Wellhausen 1927, p. 268–269.
  40. Wellhausen 1927, p. 269, note 1.
  41. 1 2 3 4 Cobb 2000, p. 822.
  42. Wellhausen 1927, p. 311.
  43. Kennedy 2004, p. 107.
  44. Kılınç 2025.
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Voir aussi

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