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"Daddy" est un terme d’argot anglophone employé, selon les contextes, pour désigner un homme généralement perçu comme plus âgé et entretenant une relation affective ou sexuelle avec un partenaire plus jeune[1] [2] [3] [4]. Le terme peut également être utilisé comme appellation affectueuse ou sexuelle, sans nécessairement faire référence à une différence d’âge importante.
L’usage du terme "daddy" dans un sens autre que celui de "père" est attesté depuis plusieurs siècles. Au XXe siècle, le terme était déjà assez répandu. On le retrouve notamment dans la blues music et également dans le dialecte afro-américain, où il peut désigner un amant, un compagnon ou un homme plus âgé[5] entretenant une relation avec une personne plus jeune.
Histoire
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Selon le Historical Dictionary of American Slang, [6] l’un des premiers usages connus du terme "daddy" dans un sens non parental remonte à 1681[7][8]. Il aurait alors été utilisé dans le milieu de la prostitution pour désigner notamment un proxénète ou un client masculin plus âgé.
Au début du XXe siècle, et particulièrement durant les années 1920, le terme est utilisé dans le blues et dans le dialecte afro-américain. Il est alors employé pour désigner un compagnon ou un amant, souvent avec l’idée d’un homme plus âgé ou disposant d’une certaine aisance financière, dans un sens pouvant se rapprocher de l’expression sugar daddy.
En 1920, le terme apparaît ainsi dans la chanson d'amour I Wonder Where My Sweet, Sweet Daddy's Gone[9], interprétée par Aileen Stanley.
Un emploi similaire apparait en 1922 dans How Can I Be Your 'Sweet Mama' When You're 'Daddy' to Someone Else?[10], interprétée par Lavinia Turner. La même année, Trixie Smith en fait référence dans sa chanson My Man Rocks Me[11], notamment dans les paroles: "I said now, Daddy, ain't we got fun".
L’enregistrement de My Heart Belongs to Daddy par Ella Fitzgerald en 1954 témoigne de la présence du terme "daddy" dans la culture populaire anglophone au milieu du XXe siècle.
Ces différents emplois témoignent de l’utilisation ancienne de "daddy" comme terme affectif ou amoureux dans la culture populaire anglophone, avant son adoption dans d’autres contextes sociaux et sexuels au cours du XXe siècle.
Dans la culture gay
modifierDans certaines sous-cultures gays, le terme "daddy" peut désigner un homme généralement plus âgé, associé à une image de maturité, d’autorité ou d’expérience. Certaines relations décrites à travers des rôles de type "père/fils" ou "homme/garçon" peuvent également intégrer des rapports de domination et soumission, notamment dans le contexte du BDSM. Ces pratiques ne sont toutefois pas nécessairement associées à l’ensemble des usages du terme.
En 2013[12], le magazine New York a rapproché l'émergence du sens contemporain de "daddy" dans la culture gay de la sous-culture communauté cuir, qui s'est développée aux États-Unis à partir des années 1940.
Culture cuir et "Leather Daddy"
modifierAu cours des années 1970, la figure du Leather Daddy[13], associant masculinité, esthétique cuir et, dans certains contextes, pratiques sadomasochistes, acquiert une visibilité accrue au sein de la culture gay.

Cet archétype apparaît notamment en 1982 dans un numéro spécial de Drummer[14] intitulé "Drummer's Daddies". Fondé en 1975 et destiné principalement à un lectorat masculin gay, le magazine contribue alors à la diffusion de cette figure, également présente dans diverses productions culturelles de l’époque.
Dans ce contexte, la figure du daddy, associée à une masculinité affirmée, virile et souvent construite autour de l’image d’un homme mûr, expérimenté et physiquement robuste, trouve un écho dans la pornographie gay de la fin des années 1970. Elle est notamment représentée dans la trilogie Working Man Trilogy[15], diffusée entre 1976 et 1979, ainsi que dans les œuvres consacrées au BDSM de l’écrivain américain Larry Townsend[16]. Réalisée par Tim Kincaid sous le pseudonyme de Joe Gage et produite par Sam Gage, la Working Man Trilogy met en scène des personnages masculins issus de la classe ouvrière, dont l’apparence et les comportements valorisent une masculinité particulièrement virile et robuste. La série participe ainsi à la mise en scène d’un idéal masculin fondé sur la force physique, la maturité et l’univers ouvrier, caractéristiques que l’on retrouve également dans certaines représentations contemporaines du "daddy" et du "Leather Daddy."
L'emploi du terme "daddy" s'est par la suite étendu au-delà des communautés cuir et BDSM. Selon Braidon Schaufert[17], sa diffusion dans la culture populaire contemporaine a notamment été favorisée par la sortie, en 2017, du jeu vidéo de type visual novel "Dream Daddy: A Dad Dating Simulator". Le jeu, centré sur des personnages de pères queer pouvant nouer des relations amoureuses entre eux, a rencontré une importante visibilité en ligne et a contribué à populariser cette représentation auprès d'un public plus large.
Daddy et communauté bear
modifierLa figure du daddy entretient également des liens avec certaines identités de la communauté bear, sans que les termes daddy et bear soient synonymes. La culture bear se développe comme une sous-culture masculine gay valorisant notamment la pilosité, des corpulences plus importantes, une apparence considérée comme naturelle ainsi que certaines représentations de la masculinité et de la maturité. Une étude qualitative d’Eric Manley , Heidi Levitt et Chad Mosher publiée dans le Journal of Homosexuality décrit notamment l’importance accordée par les participants bears à la maturité, à l’acceptation corporelle et à une esthétique masculine.

Les recherches sur les identités subculturelles gays montrent cependant que ces catégories ne sont pas nécessairement exclusives les unes des autres. Dans une étude publiée dans Current Psychology, Jake D. Franklin, Anthony Lyons et Adam Bourne interrogent des hommes gays, bisexuels et queer s’identifiant à une ou plusieurs sous-cultures. Plusieurs participants se définissent simultanément par différentes catégories[18]; certains associent notamment les identités "bear" et "daddy". Les auteurs montrent ainsi que les appellations subculturelles peuvent se chevaucher et évoluer au cours de la vie.
La littérature consacrée à la culture bear permet également d’identifier certaines proximités avec la figure du "daddy". Francisco Surace et Heidi Levitt décrivent les cultures bear[19] et leather comme deux sous-cultures masculines gays ayant développé des conceptions particulières de la masculinité. Alors que la culture leather valorise notamment l’esthétique du cuir et peut mettre en scène des rôles de domination et de soumission, la culture bear s’est davantage construite autour d’une esthétique corporelle dite naturelle, de la camaraderie, de l’acceptation du vieillissement et de pratiques de soin ou d’attention envers les autres membres de la communauté.
Certaines relations au sein de la culture bear sont également décrites au moyen de rôles tels que "daddy-bear" ou "bear-cub". Ces appellations peuvent exprimer une différence d’âge[20], d’expérience ou de position relationnelle, mais elles ne déterminent pas nécessairement un rôle sexuel fixe. Les travaux consacrés à la communauté bear insistent au contraire sur la possibilité de négocier et de modifier les rôles au sein des relations. Cette dimension rapproche certaines représentations du "daddy-bear" des notions de mentorat, de protection et de soin également observées dans les recherches consacrées plus généralement aux "daddies".

Genre
modifierEn 2000, Andrew Schopp[21] affirmait que l'archétype du père,
"Remet en question les idéologies dominantes de la masculinité en s'appropriant les icônes de la masculinité et de l'autorité masculine (par exemple, les sportifs, le cuir, les motos, les uniformes) et en les transportant dans le domaine de l'expérience sexuelle homosexuelle masculine."
En 2018, Braidon Schaufert affirmait que:
"En créant le terme "Daddy", les communautés queer ont dissocié la performance de genre spécifique de la paternité de l’acte réel d’élever des enfants." [17]
En 2022, la revue Transgender Studies Quarterly a affirmé qu'une dynamique père/fils existait entre les personnes transgenres.
"Peut être interprété comme un travail de genre; un travail affectif et intersubjectif qui produit le genre." [22][23]
Usages dans d’autres communautés LGBT
modifierLe terme "daddy" n’est pas limité aux relations entre hommes gays. Il est également employé dans certaines communautés lesbiennes, notamment pour désigner des personnes lesbienne butch ou présentant une expression de genre masculine.
Certaines recherches ont également étudié les dynamiques Daddy/boy dans des relations entre hommes transgenres, notamment dans le contexte des relations dites T4T[24] (trans for trans). Ces usages peuvent, selon les personnes et les contextes étudiés, intervenir dans des processus d’expression ou d’affirmation du genre.
Daddy comme identité subculturelle
modifierDans les communautés gays, bisexuelles et queer, "daddy" peut fonctionner non seulement comme une appellation affective ou sexuelle, mais également comme une identité subculturelle. À ce titre, le terme s’inscrit parmi différentes catégories utilisées au sein de ces communautés, telles que bear, twink, otter (Loutre en Francais) ou cub.
Une étude de Jake D. Franklin, Anthony Lyons et Adam Bourne publiée dans Current Psychology[25] a étudié la manière dont des hommes gays, bisexuels et queer adoptent et expriment ces identités subculturelles. Les chercheurs observent que leur appropriation repose notamment sur l’apprentissage du vocabulaire communautaire, l’identification à d’autres membres du groupe et l’attribution de certaines catégories par autrui. Ces identités peuvent également être acceptées, rejetées ou évoluer au cours de la vie.
Dans cette perspective, l’identité dite "daddy' ne correspond pas uniquement à un ensemble de caractéristiques physiques, mais peut constituer une manière de se définir et de se situer au sein de certaines communautés LGBT.
Désirabilité et relations entre générations
modifierLa figure du "daddy" est également associée aux relations affectives et sexuelles entre hommes adultes appartenant à des générations différentes. Dans son étude consacrée à ces relations, Tony Silva, chercheur à l’Université de Colombie Britanique , identifie plusieurs facteurs évoqués par les hommes plus jeunes pour expliquer leur attirance envers des partenaires plus âgés, notamment la maturité émotionnelle, la stabilité, l’expérience, la compatibilité ainsi que des formes de mentorat ou de soutien. L’attirance physique envers les signes du vieillissement [26] est également mentionnée.
Les résultats de cette recherche remettent en cause certaines représentations courantes de ces relations. Les motivations économiques n'apparaissent notamment pas comme l'explication principale de l'attirance envers les hommes plus âgés, ce qui distingue la figure du "daddy" de celle du "sugar daddy". Silva indique également que les participants plus jeunes ne relient généralement pas leur attirance à une relation problématique avec leur propre père.
Âge, vieillissement et identité
modifierBien que la figure du "daddy" soit généralement associée à un homme plus âgé, les recherches sociologiques ne permettent pas d’établir un âge précis à partir duquel cette identité serait adoptée. Dans une étude publiée en décembre 2023 consacrée aux hommes gays et bisexuels se définissant comme daddies[26], le sociologue Tony Silva observe que les participants ont commencé à être perçus ainsi à différents moments de leur vie adulte, souvent à partir de l’âge mûr.
Selon Silva, l’identité de "daddy" peut initialement être attribuée par d’autres personnes, notamment par des partenaires plus jeunes, avant d’être éventuellement intégrée à la manière dont un individu se définit lui-même. Les hommes interrogés décrivent ainsi "daddy" tantôt comme une identité[26], un rôle, une dynamique relationnelle ou une perception venant d’autrui.
L’âge ne constitue toutefois pas le seul élément associé à cette figure. Les caractéristiques fréquemment mentionnées comprennent également l’expérience, la stabilité, la maturité, certaines qualités de leadership ainsi que la capacité à conseiller ou accompagner un partenaire plus jeune.
Soin, mentorat et parenté queer
modifierCertains travaux en études queer analysent la figure du daddy[27] au-delà de sa dimension strictement sexuelle. Dans Sexual Futures, Queer Gestures, and Other Latina Longings (2014)[28], Juana María Rodríguez[29], Professeure d'études sur le genre et les femmes à l'Université de Californie à Berkeley, étudie notamment le "daddy play" comme une réappropriation de rôles et de représentations associés à la parenté, à l'autorité et au soin.
Dans ces usages, les rôles de Daddy ne correspondent pas nécessairement à une représentation littérale d'une relation parentale. Ils peuvent servir à organiser symboliquement des relations de pouvoir, de protection, d'affection ou de soin entre adultes. Rodríguez replace ainsi ces pratiques dans un ensemble plus large de formes de parenté et d'intimité queer qui réinterprètent les catégories familiales traditionnelles.
Cette dimension se retrouve également dans les recherches de Tony Silva, dont les participants associent fréquemment la figure du daddy à l'expérience[26], au mentorat, au soutien et à la protection, parallèlement à ses dimensions sexuelles et masculines.
Applications de rencontre et espaces numériques
modifierLe développement des applications et services de rencontre[30] destinés aux hommes gays et bisexuels a favorisé l'utilisation de catégories subculturelles[31] dans les pratiques de présentation de soi. Des termes tels que daddy, bear ou twink peuvent ainsi être utilisés dans les profils afin d'indiquer une identité, une apparence ou certaines préférences relationnelles et sexuelles.
Une étude publiée en 2024 dans Sexuality & Culture[32], fondée sur 79 entretiens avec des hommes recherchant d'autres hommes en ligne, montre que les applications de rencontre participent à la formation de catégories et d'attentes liées notamment à l'âge, au type corporel et à l'expression de genre. Les auteurs relèvent également l'existence d'attentes associées aux rôles "daddy/boy", qui ne sont pas nécessairement acceptées par les personnes auxquelles elles sont attribuées.
Diffusion dans la culture populaire
modifierÀ partir des années 2010, l'emploi "daddy" dépasse progressivement les sous-cultures gays et BDSM pour apparaître plus largement dans la culture populaire et sur Internet. Le terme peut alors être employé de manière humoristique, admirative ou sexuelle pour qualifier une personnalité masculine perçue comme attirante, mature ou charismatique. Le Washington Post décrivait dès 2016 la diffusion du terme sous la forme d'un mème et les débats suscités par son appropriation en dehors des communautés dans lesquelles il était déjà employé.
En 2024, le journaliste et critique culturel Mark Harris consacre dans T: The New York Times Style Magazine un essai intitulé Who Gets to Be a Daddy?[33] à l'évolution de cet archétype dans la culture populaire contemporaine, notamment autour des représentations de la masculinité, du vieillissement et de l'attirance. Cet essai a par la suite figuré parmi les travaux de Harris nommés aux National Magazine Awards 2025[34].
Race, ethnicité et usages de «papi»
modifierLes significations associées au terme "daddy" peuvent varier en fonction des contextes culturels, linguistiques et ethniques. Dans son ouvrage Daddies of a Different Kind: Sex and Romance Between Older and Younger Adult Gay Men (2023), le sociologue Tony Silva consacre notamment une partie de son analyse aux rapports entre l’identité de daddy et la race, ainsi qu’à la distinction entre les appellations papi et daddy. Son étude souligne plus largement que la figure du daddy ne repose pas uniquement sur l’âge ou l’apparence physique, mais s’inscrit également dans des représentations sociales de la masculinité et des relations entre hommes.
Le terme espagnol "papi" est parfois employé dans les cultures anglophones, notamment aux États-Unis, comme une appellation affective ou sexuelle susceptible d’être rapprochée de "daddy". Les deux termes ne sont toutefois pas des équivalents dans tous les contextes. En espagnol et dans différentes communautés latino-américaines, papi peut être utilisé comme un terme d’affection entre membres d’une famille, partenaires, amis ou proches, sans nécessairement posséder de connotation sexuelle.
Une étude de Lawrence Stacey et TehQuin D. Forbes publiée dans The Journal of Sex Research en 2021 s’est intéressée à la fétichisation raciale sur les applications Grindr, Scruff et Jack’d, à partir de 858 profils et de 26 entretiens. Certains participants latino interrogés rapportent que l’usage sexualisé de papi par des personnes extérieures à leur culture peut être ressenti comme une réduction à des stéréotypes associés aux hommes latino. Les auteurs replacent ces pratiques dans un phénomène plus large de fétichisation raciale, susceptible de réduire un individu à des caractéristiques sexuelles supposées liées à son origine.
Ainsi, si "papi "et "daddy" peuvent se rencontrer dans des contextes affectifs ou sexuels similaires, leur assimilation systématique peut masquer les significations culturelles propres au terme "papi "et les enjeux de racialisation qui peuvent accompagner certains de ses usages.
Dynamiques relationnelles et différences d’âge
modifierLes relations entre daddies et partenaires adultes plus jeunes sont parfois représentées comme reposant nécessairement sur une forte asymétrie de pouvoir. Les recherches sociologiques consacrées à ces relations présentent cependant une réalité plus diversifiée. Dans Daddies of a Different Kind[26], Tony Silva étudie les expériences d’hommes gays et bisexuels adultes engagés dans différentes formes de relations entre partenaires présentant un écart d’âge important.
Selon Silva, peu des participants interrogés décrivent leurs relations amoureuses avec un partenaire adulte sensiblement plus âgé ou plus jeune comme caractérisées par un déséquilibre de pouvoir particulièrement important. Sur de nombreux aspects, ces couples fonctionnent de manière comparable aux couples dont les membres sont d’âges proches. Certaines différences peuvent néanmoins apparaître en raison de parcours de vie distincts, notamment en matière de carrière, de revenus, d’intérêts ou de projets personnels.
L’écart d’âge peut également soulever des interrogations spécifiques concernant l’avenir de la relation. Parmi les difficultés évoquées par les participants figurent les différences d’espérance de vie, la possibilité qu’un partenaire plus jeune devienne ultérieurement aidant du partenaire plus âgé, les différences de maturité ou encore les inquiétudes de certains hommes plus jeunes concernant leur autonomie personnelle. Ces éléments expliquent que tous les hommes attirés sexuellement par des partenaires d’une autre génération ne recherchent pas nécessairement une relation amoureuse durable avec eux.
Les relations intergénérationnelles étudiées ne sont d’ailleurs pas exclusivement conjugales. Elles peuvent prendre la forme de relations sexuelles, amicales, affectives ou de relations combinant plusieurs de ces dimensions. Silva souligne également l’importance du mentorat dans certaines relations entre hommes adultes de générations différentes. Dans son étude, 34 des 39 hommes plus âgés interrogés associent notamment le rôle de "daddy" à des pratiques de soutien ou de mentorat.
Ce mentorat peut concerner des questions propres aux expériences gays et bisexuelles, telles que la manière de faire face à l’homophobie, de révéler son orientation sexuelle, d’accéder aux communautés LGBT ou de comprendre les expériences vécues par les générations précédentes. Il peut également porter sur des domaines plus généraux de la vie, tels que les relations affectives ou la vie professionnelle. Silva interprète ainsi certaines relations entre daddies et hommes adultes plus jeunes comme des espaces de transmission intergénérationnelle de connaissances et d’expériences.
Généralisation du terme hors des sous-cultures gays
modifierBien que le sens contemporain de "daddy" soit fortement associé à certaines sous-cultures gays, le terme et ses dérivés se sont également diffusés dans la culture populaire anglophone au-delà de ces milieux. Cette évolution concerne aussi bien l’emploi de daddy pour désigner un homme mature jugé attirant que l’expression Who’s your daddy?, qui a acquis différents sens liés à l’autorité, à la domination ou à la supériorité.
En 2005, le journaliste Paul Farhi retrace dans The Washington Post l’évolution de l’expression Who’s your daddy[27]?. Il observe qu’après des usages historiques sexuels ou liés aux rapports entre amants, l’expression s’est progressivement diffusée dans la musique, le sport, la télévision et la langue familière américaine. Dans certains contextes, son sens sexuel s’efface alors au profit d’une affirmation humoristique d’autorité ou de supériorité.
Cette diffusion s’accélère avec Internet et la culture médiatique des années 2010. Le terme "daddy" peut notamment qualifier une célébrité ou un personnage masculin perçu comme séduisant en raison d’une combinaison de maturité, de confiance en soi, de statut ou d’apparence physique. Cette évolution contribue à détacher partiellement le terme d’une différence d’âge effective entre partenaires et à en faire également une catégorie esthétique ou humoristique de la culture populaire.
Le sociologue Tony Silva observe en 2019, dans un article publié dans Socius: Sociological Research for a Dynamic World,[35] que le terme daddy occupe désormais une place importante dans le discours populaire consacré aux hommes d’âge mûr et aux relations présentant des différences d’âge. Il souligne parallèlement que le terme possède des significations différentes selon les contextes et ne désigne pas nécessairement une relation fondée sur un échange financier.
Cette généralisation a également produit plusieurs termes voisins dans la culture populaire et sur Internet, parmi lesquels DILF[36], zaddy[37], "papi "et "sugar daddy". Ces appellations peuvent partager certaines associations avec la désirabilité masculine, la maturité, le pouvoir ou le statut social, mais elles ne recouvrent pas nécessairement les mêmes significations.
Termes apparentés et distinctions
modifierSugar daddy
modifierLe terme sugar daddy désigne généralement un homme fournissant de l’argent, des cadeaux ou d’autres avantages matériels à un partenaire dans le cadre d’une relation. Malgré leur proximité lexicale, daddy et sugar daddy ne sont donc pas synonymes. Dans son étude des hommes gays et bisexuels se définissant comme daddies, Tony Silva observe que la stabilité financière peut être considérée comme l’une des caractéristiques associées à la maturité, mais que peu de participants décrivent des arrangements correspondant au modèle du sugar daddy.
DILF
modifierL’acronyme anglais DILF [36](Dad I’d Like to Fuck) désigne généralement un père ou, par extension, un homme d’âge mûr présentant certaines caractéristiques associées à la paternité, considéré comme sexuellement attirant. Contrairement à "daddy", son emploi relève principalement d’une qualification portée sur une personne et n’implique pas nécessairement l’adoption d’une identité ou d’un rôle relationnel. La presse anglophone et plusieurs travaux sociologiques rapprochent néanmoins les deux notions dans l’étude de la sexualisation contemporaine des hommes d’âge mûr.
Zaddy
modifierLe terme zaddy[37], popularisé dans la culture Internet anglophone au cours des années 2010, désigne généralement un homme considéré comme particulièrement attirant, élégant ou charismatique. Son utilisation ne suppose pas nécessairement que l’homme concerné soit sensiblement plus âgé. Il se distingue ainsi de l’archétype traditionnel du daddy, pour lequel la maturité ou les caractéristiques associées à l’âge occupent généralement une place plus importante.
Papi
modifierDans certains usages anglophones, papi peut être employé comme une appellation sexuelle ou affective proche de daddy. Cette assimilation doit toutefois être nuancée en raison des significations propres au mot dans les cultures hispanophones. Des travaux consacrés à la racialisation sur les applications de rencontre montrent notamment que certains hommes latino perçoivent l’emploi sexualisé de papi par des non-Latinos comme l’expression d’un stéréotype ethnique ou sexuel.
Daddy-bear et Daddy/boy
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Dans certaines sous-cultures gays, daddy peut être associé à d’autres catégories communautaires. L’expression daddy-bear associe ainsi certains attributs de la figure du daddy à l’identité bear, tandis que Daddy/boy décrit une dynamique relationnelle entre adultes qui peut reposer sur l’âge, l’expérience, le mentorat, le soin, l’autorité ou, selon les contextes, des pratiques de domination et de soumission. Ces appellations décrivent des rôles ou des identités susceptibles de varier selon les individus et ne correspondent pas à des catégories aux frontières strictement définies.
Termes apparentés et distinctions
modifierLe terme "daddy" doit être distingué de sugar daddy, qui désigne généralement une personne fournissant un soutien matériel ou financier à un partenaire dans le cadre d’une relation pouvant être qualifiée de sugar dating.
Selon les contextes, d’autres termes employés dans les cultures LGBT peuvent être associés à la figure du "daddy", notamment Sugar Baby, Leather Daddy ou Daddy/boy.
Pour aller plus loin
modifierLien externe
modifier- Définition du mot "Daddy" dans Wiktionnaire
Références
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