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Paula Padani, née Perla Pazanowskij le 13 janvier 1913 à Hambourg, est une danseuse, chorégraphe et professeure de danse d’origine polonaise qui a vécu en Allemagne (de 1913 à 1936), en Palestine mandataire (entre 1936 et 1947) puis en France, à Paris, jusqu’à sa mort en 2001[1]. Elle est l’épouse de Michael Gottlieb, dit Aram (1908-1998).
Biographie
modifierEnfance
modifierLes parents de Paula, Peretz Pazanowskij et Chana Rosensztejn, sont tous deux nés en Pologne. Le couple et ses deux premiers enfants, Janna (1904-1996) et Fanny (1909-1974) quitte Lodz en Pologne et s’installe à Hambourg, probablement dans l’espoir de partir en Amérique. Paula, prénommée par ses parents Perla, est la 5e fille de Peretz et Chana, après Léa (née et morte en 1911), Klara (1912-1964) et avant leurs deux fils Max (1914-1987) et Robert (1915-2002). Tous les enfants du couple nés à Hambourg sont de nationalité polonaise, car la nationalité allemande repose alors sur le droit du sang. Peretz travaille comme ouvrier et la famille est de condition modeste. Le loisir du père de famille est de jouer de la clarinette, et il transmet son goût pour la musique à ses enfants. Mais la fratrie est orpheline très tôt : Chana, la mère, décède de la tuberculose en 1921 (Paula a alors 8 ans) et Peretz, le père, en 1925, renversé par une carriole à cheval. Entre 1921 et 1925, les enfants sont déjà élevés avec l’aide de la communauté juive de Hambourg et Paula fréquente l’orphelinat Paulinenstift, Laufgraben 37 (Rotherbaum, Hamburg)[2]. Cet orphelinat avait été fondé en 1856 par Isaac Joseph Jaffé, un commerçant et philanthrope allemand de confession juive, qui lui avait donné le nom de sa femme, Pauline. Les petites et les jeunes filles juives qui y sont recueillies y reçoivent une éducation humaniste qui encourage à l’autonomie[3]. Paula prépare son baccalauréat au lycée voisin, le Helen Lange Gymnasium, dans l’arrondissement de Eimsbüttel. Elle pratique la danse et fréquente la filiale hambourgeoise du réseau d’écoles de danse privées fondé par Mary Wigman (1886-1973).
Formation
modifierA 19 ans, en 1932, Paula quitte Hambourg pour rejoindre l’école de Dresde où enseigne Mary Wigman elle-même. Elle y suit un enseignement pionnier, donné par des artistes pratiquant la danse expressionniste. « À côté de la danse et de la musique, on enseignait l'histoire de la danse, de l'art et de la musique, l'anatomie, la psychologie et la pédagogie. J'ai eu de la chance, car Mary Wigman s'est beaucoup intéressée à moi et m'a souvent donné des leçons particulières » a raconté Paula à l’historienne Laure Guilbert[4]. Participant aux mouvements artistiques d’avant-garde, la danse telle que la conçoit Mary Wigman doit être une expérience sensorielle et existentielle, en rupture avec l’académisme du ballet, et où la forme naît de la nécessité intérieure. A côté d’une solide formation en danse classique, les élèves sont encouragées à laisser libre court à leur créativité et à l’improvisation[5]. Mary Wigman est soucieuse de l’émancipation des femmes[6]. Contemporaine et rivale de Grete Palucca (1902-1993), elle a vécu cinq ans en Suisse (de 1913 à 1919) auprès du chorégraphe et théoricien Rudolf von Laban (1879-1958) et participé à l'expérience artistique de Monte Verita. Elle créée des solos où les mouvements sont tour à tour très rythmés, faisant penser à des danses primitives, et très lents, proches du recueillement. Portée par un idéalisme nationaliste et motivée aussi par des difficultés financières qui lui font rechercher le soutien financier des institutions publiques, Mary Wigman choisit dès 1933 de licencier ses collègues juifs et de ne conserver que très peu d’élèves juives dans son école. Elle s’engage aux côtés du régime nazi dans ses débuts politiques, notamment en participant à des chorégraphies pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Berlin en 1936[7]. Paula réussit ses examens de fin d’études de danseuse et d’enseignante à l’école Mary Wigman, grâce aux quotas d’élèves juives concédés par le Ministère de la Propagande nazie, étant considérée comme polonaise. Néanmoins, le diplôme officiel lui est refusé en raison de sa judéité. Paula n’obtient une attestation de diplôme signée par Mary Wigman qu’en 1968, lorsqu’elle effectue des démarches pour obtenir des réparations de guerre auprès des autorités de la République fédérale d’Allemagne.
Carrière
modifierEn 1935, Paula Padani a choisi de partir de Dresde et de fuir l’Allemagne nazie où elle n’a pas de perspectives professionnelles. Suivant un itinéraire déjà emprunté par certains de ses frères et sœurs, elle sort clandestinement d’Allemagne et passe par la Suisse, puis par l’Italie, et plus précisément Florence, où elle survit en donnant des cours de danse. Elle vit ensuite plusieurs mois avec sa sœur Janna, à Athènes en Grèce. Grâce à son beau-frère, elle entre en contact avec un professeur du lycée français de Damas, qui l'emmène en voiture jusqu'en Galilée en la présentant à la frontière comme la gouvernante de ses enfants. Elle retrouve alors sa sœur Klara, qui a suivi en 1932 les pas du grand-père maternel, sioniste religieux devenu planteur d'orangers en 1925.
Paula fait partie des quelques 90 000 juifs germanophones trouvant refuge en Palestine mandataire entre 1933 et 1941, malgré les restrictions migratoires des autorités britanniques. Elle s’intègre à la communauté des exilés des arts du spectacle et ouvre une école de danse à Tel-Aviv. La chorégraphe Gertrud Kraus, issue de l'avant-garde viennoise, la recrute dans sa compagnie. Cette dernière introduit la danse dans les institutions théâtrales et lyriques en Palestine mandataire. Paula y rencontre les musiciens avec lesquels elle travaille pour ses propres solos et les photographes qui couvrent ses créations, tels Alice Hausdorf[8] (1899-1991), Kurt Triest (1907-1985) ou Alfons Himmelreich.
Elle adopte définitivement le nom de Paula Padani en 1942, lors de l’obtention de sa citoyenneté palestinienne et ses frères adoptent eux-aussi le nom de Padani. Paula fait la connaissance à Tel Aviv du peintre et décorateur de théâtre autrichien Michael Gottlieb, dit Aram, qu'elle épouse en 1943. Michael Gottlieb, dit Aram, peintre d’origine ukrainienne, avait lui aussi fui l’Allemagne nazie où il avait notamment travaillé avec Bertolt Brecht comme décorateur de théâtre et vivait en Palestine britannique depuis dix ans. Il conçoit l'ensemble de ses costumes de scène. Paula créée en effet une trentaine de chorégraphies en soliste, mettant en œuvre les principes de la danse expressionniste. Elle s’inspire de personnages bibliques, de la culture juive et des paysages de Palestine, tout autant que de la culture européenne, juive et non juive. Elle monte enfin sur scène, ce qui aurait été impossible en Allemagne nazie, avec la compagnie de Gertrud Kraus, mais aussi seule, dans des tournées dans les théâtres et kibboutzim de Palestine. L’école de danse de Paula compte une centaine d’élèves en 1946 et elle est perçue comme une étoile montante de la scène à Tel Aviv.
Dans l’immédiat après Deuxième guerre mondiale, Paula Padani se produit en Europe et à New York (en janvier 1948). Présentée comme une « danseuse palestinienne », du nom que portent encore les territoires sous mandat britannique où se sont installés les juifs ayant fui l’antisémitisme européen, elle devient un symbole de résilience juive au lendemain de la Shoah. Si la famille proche de Paula a survécu, Michael Gottlieb dit Aram finit par apprendre que ses parents et l’un de ses frères ont été déportés en 1941 de Berlin vers le ghetto de Lodz puis assassinés. Les spectacles de Paula Padani font renaitre l’espoir au sein de la diaspora juive, malgré le choc de la découverte de l’ampleur du génocide perpétré contre les juifs européens par les nazis. Elle donne par exemple un récital à Paris, en décembre 1946 dans la Salle Internationale des Archives de la Danse, puis se produit salle Pleyel en juin 1947. Entre 1946 et 1948, Paula Padani elle participe à l’action de l’American Joint Distribution Committee qui organise l’aide humanitaire destinée aux survivants des camps nazis, qui inclue une aide psychologique et intellectuelle par l’art et la culture, pour favoriser la reconstruction individuelle et collective. Paula donne des spectacles de danse dans une soixantaine de camps de la zone d’occupation américaine en Allemagne où sont rassemblés des rescapés de la Shoah et des juifs déplacés d’Europe de l’Est fuyant l’antisémitisme. Au total, elle donne 124 récitals, devant 140 000 spectateurs.
Suivant le désir de l’homme de sa vie, Michael Gottlieb de revenir en Europe, Paula Padani s’installe finalement avec son mari à Paris où elle donne naissance à leur fille unique, Gabrielle, en 1951. Elle interrompt alors sa carrière de scène et devient professeure de danse rue du bac à Paris. Le couple obtient la nationalité française en 1962.
Mort
modifierPaula Padani est décédée en 2001, deux ans après son mari, Michael Gottlieb, dit Aram mort en 1998.
Postérité
modifierEn 2025, suite au don d’une partie des archives familiales par la fille de Paula Padani et Michael Gottlieb dit Aram, Gabrielle, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme consacre une exposition à la vie et l’œuvre de Paula Padani, à l’initiative de l’historienne Laure Guilbert[9].
Bibliographie
modifier- GUILBERT Laure, Danser avec le IIIe Reich : Les danseurs modernes sous le nazisme, Bruxelles / Brussel, Complexe, 2000, 448 p. (ISBN 2-87027-697-4)
Notes et références
modifier- ↑ https://jwa.org/encyclopedia/article/padani-paula#pid-1347
- ↑ https://www.jewish-places.de/DE-MUS-975919Z/facility/0b9e4178-fc2d-47d4-b225-ab9768597695/ehem.%20J%C3%BCdisches%20M%C3%A4dchen-Waisenhaus%20%28Paulinenstift%29%20%E2%80%93%20Laufgraben%2037
- ↑ https://www.jci-digital.org/pub/17.pdf
- ↑ https://www.youtube.com/watch?v=PcwFGLiylFE
- ↑ https://www.barbaramettler.org/a-dancers-history-autobiographical-sk
- ↑ https://journals.openedition.org/ceg/15162?lang=de
- ↑ https://core.ac.uk/reader/45673550
- ↑ https://www.hsozkult.de/publicationreview/id/reb-118661
- ↑ https://www.mahj.org/fr/programme/paula-padani-la-danse-migrante-hambourg-tel-aviv-paris-31251