Veau d'or
Dans la Bible hébraique, le veau d'or (en hébreu : עֵגֶּל הַזָהָב (‘ēggel hazāhāb)) est le symbole d'idolâtrie des Hébreux pendant l'ascension du prophète Moïse au Mont Sinaï où il reçut les Tables de la loi de Dieu lui-même.
Récits bibliques
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Dans le Livre de l'Exode
modifierAu cours de l’Exode du peuple hébreu depuis l’Égypte vers la terre d'Israel, pendant l’ascension du mont Sinaï par Moïse pour recevoir les Tables de la Loi, les Hébreux, nouvellement libérés du joug de Pharaon (La Bible ne donne pas son nom exact, on l’appelle seulement « Pharaon ». Hypothèses courantes : Ramsès II (la plus populaire), Aménotep II, Merenptah, mais aucun consensus historique), pressent Aaron, le frère aîné de Moïse, de leur montrer un dieu qui puisse les guider[1]. Ils ont dénigré les principaux signes et miracles de Moïse (Exode), avant et pendant les plaies (en Égypte) :
- Bâton transformé en serpent (et redevenu bâton)
- Main devenue lépreuse, puis guérie
- Les 10 plaies en Egypte:
- Eau du Nil changée en sang
- Grenouilles
- Poux (ou moustiques)
- Mouches
- Mort du bétail
- Ulcères / pustules
- Grêle mêlée de feu
- Sauterelles
- Ténèbres pendant trois jours
- Mort de tous les premiers-nés,
Après la sortie d’Égypte (avant le veau d’or) :
4. Mer Rouge ouverte (les Israélites passent à pied sec, l’armée égyptienne est engloutie)
5. Eau amère de Mara rendue douce
6. Eau jaillissant du rocher à Horeb (Massah et Meriba)
7. Manne (pain du ciel) qui tombe chaque matin
8. Cailles envoyées pour nourrir le peuple
9. Victoire sur Amalek (Moïse invoque le Seigneur et Israël remporte la victoire)
Malgré toutes ces différentes manifestations divines, Aaron commande au peuple hébreu de collecter les boucles d'oreilles en or des femmes et des enfants, afin qu'il puisse les fondre et fabriquer un veau d'or qu'ils puissent adorer comme un dieu[2], à l'image des taureaux sacrés Apis de Memphis ou Mnévis à Héliopolis vénérés de longue date dans l'Egypte antique.
Lorsque Moïse redescend du mont Sinaï et qu’il voit les Hébreux adorer une idole, ce qui est interdit par le Deuxième Commandement, il est pris d’une grande colère et fracasse les Tables de la Loi remises par Dieu contre un rocher.
Selon Exode 32:26-28, Dieu ordonne alors à Moïse de ceindre l'épée et de parcourir le camp pour tuer tous ces idolâtres (frères, amis, voisins). Moïse transmet cet ordre de tuer aux Lévites qui lui sont restés fidèles. Environ 3 000 personnes périrent ce jour-là.
Dans le Premier Livre des Rois
modifierLe roi fondateur du royaume d'Israël, Jéroboam Ier, après le schisme politique qu'il a provoqué, fait ériger à Dan et Béthel, aux deux extrémités de son nouveau royaume, des veaux d'or en tant que symboles de Dieu.
Craignant que son peuple se réunisse au royaume de Juda, Jéroboam organise un nouveau sacerdoce et enjoint à la population de ne plus aller au culte au temple de Salomon, mais plutôt de se convertir à l'idolâtrie et d'apporter des offrandes aux sanctuaires qu'il vient d'ériger, renforçant ainsi l'indépendance politique du royaume d’Israël vis-à-vis de Jérusalem, du Temple et des prêtres. Cette politique est ensuite suivie par presque tous les rois d’Israël.
Récits coraniques
modifierDans le Coran, il y a trois récits qui reprennent l'épisode du veau d'or : le premier se trouve à la sourate 2, versets 91 et 92, le second à la sourate 7, versets 148 à 152, et le troisième à la sourate 20 (mecquoise), versets 86 à 97.
L'historienne Jacqueline Chabbi juge ces récits « passablement contradictoires », défendant la thèse de la Thora uniquement, où celui de la sourate 20 innocente les « fils d'Israël », peuple de Moïse, et introduit un personnage énigmatique, celui du Samaritain (al-Sâmiri), qui les pousse à construire le veau. Celui de la sourate 7 est en « contexte médinois, à un moment où manifestement la polémique de Mahomet avec les tribus juives de l'oasis a déjà éclaté et atteint une grande virulence. La narration est beaucoup plus en phase que la première avec le déroulé de l'action du récit biblique. […] Cette fois en effet, les fils d'Israël ne sont pas innocentés, mais directement mis en cause[3]. »
L'apparente contradiction peut cependant être levée en considérant le verset 153 de la sourate 7 :
"Ceux qui ont fait de mauvaises actions et qui ensuite se sont repentis et ont cru... ton Seigneur, après cela est sûrement Pardonneur et Miséricordieux."
Exégèse
modifierSelon le bibliste Thomas Römer, l'histoire du veau d'or, couramment interprétée comme une condamnation du paganisme et du polythéisme, est en réalité un récit qui condamne les représentations du dieu YHWH dans une perspective aniconiste. En effet, le veau représente ici YHWH sous une forme de taureau tel qu'il a pu être vénéré en Israël à la manière de Baal en Ougarit et non une autre divinité[4].
Dans la culture populaire
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- Le Veau d'or est toujours debout est un air célèbre de l'opéra Faust de Gounod. Le Veau d'or est ici le symbole de la cupidité universelle.
- Le Veau d'or (en russe : Золотой телёнок) est un roman satirique des auteurs soviétiques Ilf et Petrov publié en 1931[5].
- Le Gouden Kalf (Veau d'or) est une récompense du Festival du cinéma néerlandais.
- L'artiste anglais Damien Hirst a réalisé une sculpture nommée The Golden Calf ; celle-ci fut vendue aux enchères pour 10,3 millions de livres sterling en 2008[5].
- On peut trouver dans l'album From Langley Park to Memphis (en) du groupe anglais Prefab Sprout une chanson intitulée The Golden Calf[5].
- Mooby the Golden Calf est un personnage de fiction du View Askewniverse, un univers de fiction créé par Kevin Smith et représenté dans des films, séries et bande dessinées. C'est un personnage allégorique dénonçant McDonald's, Mickey Mouse et Disney en général[5].
- Dans Peer Gynt, drame poétique du Norvégien Henrik Ibsen, le héros fait directement allusion au veau d'or, pour exprimer comment ses compagnons de voyage l'idolâtrent sans raison valable. « J'avais besoin d'amis pour former un chœur de danseurs autour de mon autel au veau d'or[6]... »
- Golden Calf est une chanson issue de l'album The Study on Falling d'Asaf Avidan.
Notes et références
modifier- ↑ Ex 32,1
- ↑ Ex 32,2
- ↑ Jacqueline Chabbi, Thomas Römer et Jean-Louis Schlegel, Dieu de la Bible, Dieu du Coran : Entretiens avec Jean-Louis Schlegel, Seuil, , 304 p. (ISBN 978-2-02-142136-1)
- ↑ Thomas Römer, L'Invention de Dieu, Seuil, , p. 107
- 1 2 3 4 Ibid.
- ↑ Henrik Ibsen, Peer Gynt, acte IV, trad. du norvégien par Régis Boyer.