Vier letzte Lieder
Quatre derniers lieder

Vier letzte Lieder (Quatre derniers Lieder), op. posth. (AV 150), est un cycle de lieder pour soprano et orchestre composés par Richard Strauss entre mai et , alors que le compositeur octogénaire s'était éloigné de l'Allemagne vaincue et détruite pour faire des séjours en Suisse. Le titre consacré, Quatre derniers lieder, a été donné au cycle par l'éditeur de Strauss. La création eut lieu au Royal Albert Hall de Londres le par la soprano Kirsten Flagstad et l'orchestre Philharmonia dirigé par Wilhelm Furtwängler, huit mois après la disparition du compositeur.
Analyse
modifierCe cycle compte parmi les partitions les plus célèbres de son auteur.
Il est constitué de :
- Frühling (« Printemps »), allegretto ;
- September (« Septembre »), andante ;
- Beim Schlafengehen (« L'heure du sommeil »)[1], andante ;
- Im Abendrot (« Au crépuscule »)[2], andante.
Cette œuvre représente en quelque sorte le testament musical du compositeur, décédé en 1949 à 85 ans, même s'il a composé en un tout dernier lied, Malven (« Les Mauves »), de caractère plus léger. On peut considérer les Quatre derniers lieder comme le chant du cygne de la musique romantique, à une période où l'atonalité domine chez les compositeurs dont Arnold Schönberg. Ce sont en effet les derniers grands lieder orchestraux allemands d'une longue tradition musicale.
Les trois premiers poèmes sont de Hermann Hesse, écrivain plus connu pour ses romans que pour sa poésie. Le dernier poème est de Joseph von Eichendorff. L'ensemble présente un raccourci saisissant sur le cycle de la vie, du « printemps » au « soleil couchant », dont le dernier vers est : « Ist dies etwa der Tod ? » (« Est-ce donc cela la mort ? »). Ces lieder proclament l'acceptation sereine de la mort, comme une mort en beauté. Un adieu poignant à la vie, tout de contentement et sensualité, que traduit une orchestration brillante et colorée, mais en même temps simple, par rapport à des œuvres antérieures, sans ornements pesants. Toutefois, Strauss ne pensait pas organiser ces quatre lieder en cycle, et leur ordre a été fixé de manière posthume ; il semble par ailleurs que le musicien avait décidé de mettre Frühling en avant-dernière position (comme lors de la création), afin de finir sur une vision plus optimiste.
Tombé sur un poème d'adieu de Joseph von Eichendorff, Strauss commença par écrire le quatrième lied du cycle, Im Abendrot, à partir de l'hiver 1946-1947, et l'acheva en 1948. La partition débute par une explosion de son absolument radieuse produite par un grand orchestre. La soprano chante alors le repos venant après une longue vie commune - la femme du compositeur, Pauline, était une soprano pour qui il avait écrit un grand nombre de ses premiers lieder. Puis, l'énergie semble s'épuiser petit à petit, et tandis que les cuivres graves entonnent le motif de la transfiguration du poème symphonique Mort et transfiguration, la chanteuse se demande s'il ne pourrait pas s'agir de la mort, alors que des flûtes, comme deux alouettes volant dans le ciel, suggèrent l'envol des âmes. C'est après avoir composé ce morceau que Strauss lut des poèmes d'Hermann Hesse, dont il en mit trois en musique au cours de l'été 1948. Le frémissement de Frühling suggère autant le printemps qu'un rêve de résurrection. Le second lied, September, plus sombre, évoque les couleurs de l'automne, tandis que Beim Schlafengehen, teinté d'un délicat érotisme, introduit un sublime solo de violon.
Si l'œuvre fut créée par une soprano dramatique à la voix imposante, Kirsten Flagstad, le cycle est le plus souvent chanté par des voix plus légères, auxquelles il convient le mieux, bien que d'autres éminentes chanteuses wagnériennes l'aient interprété.
Discographie sélective
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Ces enregistrements célèbres ont été distingués par la critique[3] :
- Kirsten Flagstad, Orchestre Philharmonia sous la direction de Wilhelm Furtwängler, enregistrement de concert effectué lors de la création de l'œuvre, le 22 mai 1950 au Royal Albert Hall à Londres (Testament)
- Sena Jurinac, Orchestre philharmonique de Stockholm, Fritz Busch (EMI, 1951)
- Lisa Della Casa, Orchestre philharmonique de Vienne, Karl Böhm (Decca, 1953)
- Elisabeth Schwarzkopf, Orchestre Philharmonia, Otto Ackermann (EMI, 1953)
- Elisabeth Schwarzkopf, Orchestre Philharmonia, Herbert von Karajan, concert, Londres, Royal Festival Hall, 20.VI.1956 (EMI)
- Lisa Della Casa, Orchestre philharmonique de Vienne, Karl Böhm, concert, Salzbourg, 30.VII.1958 (Orfeo, 2005)
- Elisabeth Schwarzkopf, Orchestre Radio-Symphonique de Berlin, George Szell (EMI, 1966)
- Birgit Nilsson, Orchestre symphonique de la radio suédoise, Leif Segerstam, concert à Stockholm, 1970 (Bluebell)
- Elisabeth Grümmer, Berliner Sinfonie-Orchester, Richard Kraus (Gala, 1970)
- Gundula Janowitz, Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan (DG, 1973)
- Leontyne Price, New Philharmonia Orchestra, Erich Leinsdorf (RCA, 1974)
- Montserrat Caballé, Orchestre philharmonique de Strasbourg, Alain Lombard, (Erato, 1978)
- Kiri Te Kanawa, Orchestre symphonique de Londres, Andrew Davis (CBS, 1978)
- Elisabeth Söderström, Orchestra of the Welsh National Opera, Richard Armstrong (EMI, 1982)
- Jessye Norman, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Kurt Masur (Philips Classics, 1982)
- Lucia Popp, London Philharmonic Orchestra, Klaus Tennstedt (EMI, 1982)
- Jessye Norman, Orchestre philharmonique de Berlin, James Levine, concert, Berlin, 23-24.V.1989 (Jessye Norman, The Unreleased Masters, Decca, 2023)
- Kiri Te Kanawa, Orchestre philharmonique de Vienne, Georg Solti (Decca, 1991)
- Felicity Lott, Orchestre national royal d'Écosse, Neeme Järvi (Chandos, 1992)
- Lucia Popp, Orchestre symphonique de Londres, Michael Tilson Thomas (Sony Classical, 1993)
- Cheryl Studer, Staatskapelle de Dresde, Giuseppe Sinopoli (DG, 1993)
- Renée Fleming, Orchestre symphonique de Houston, Christoph Eschenbach (RCA, 1996)
- Karita Mattila, Orchestre philharmonique de Berlin, Claudio Abbado (DG, 1998)
- Barbara Bonney, accompagnée au piano par Malcolm Martineau (Decca, 1999)
- Soile Isokoski, Orchestre symphonique de la radio de Berlin, Marek Janowski (Ondine, 2002)
- Renée Fleming, Münchner Philharmoniker, Christian Thielemann (Decca, 2007)
- Nina Stemme, Orchestre du Royal Opera House de Covent Garden, Antonio Pappano (EMI, 2007)
- Anne Schwanewilms, Gürzenich-Orchester Köln, Markus Stenz (Orfeo, 2012)
- Anja Harteros, Staatskapelle de Dresde, Fabio Luisi (Sony, 2012)
- Anna Netrebko, Staatskapelle de Berlin, Daniel Barenboim (DG, 2016)
- Lise Davidsen, Philharmonia Orchestra, Esa-Pekka Salonen (Decca, 2019)
- Sandrine Piau, Orchestre Victor Hugo, Jean-François Verdier (Alpha, 2021)
- Rachel Willis-Sørensen, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Andris Nelsons (Sony, 2023)[4]
- Asmik Grigorian, Orchestre philharmonique de Radio France, Mikko Franck, ainsi que la version avec accompagnement au piano par Markus Hinterhäuser (Alpha, 2024)[5]
Liens externes
modifier- (en) « Discographie) »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?)
- Analyse et traduction française
- Ressources relatives à la musique :
Notes et références
modifier- ↑ Littéralement : En allant dormir ou En s'endormant
- ↑ Littéralement : Dans le rouge du soir
- ↑ Entre autres les magazines français Diapason, Le Monde de la musique, Répertoire et Classica, le Dictionnaire des disques et des compacts établi par Diapason (Robert Laffont, coll. Bouquins) et le site Classicstoday.com
- ↑ « Strauss: Four Last Songs - Rachel Willis-Sørensen », sur France Musique, (consulté le )
- ↑ « [SORTIE CD] Strauss, Laws of Solitude - Orchestre Philharmonique de Radio France, Asmik Grigorian », sur France Musique, (consulté le )