Vin primeur

vin jeune produit par macération carbonique et commercialisé quelques semaines après les vendanges

L'expression « vin primeur » se dit en deux sens très différents, même si dans les deux cas « primeur » fait référence aux premiers mois de l'élaboration d'un vin :

  • soit un « vin nouveau » destiné à être bu très jeune, proposé à la consommation dès la fin de l'automne de son année de production ;
  • soit un vin de garde proposé à la vente très tôt, qui ne sera livré qu'une fois l'élevage terminé.

Vin primeur ou nouveau

modifier
Un beaujolais-villages nouveau.

Un vin primeur est un vin mis en vente presque immédiatement après la récolte, généralement deux mois, dès que la fermentation a eu lieu. On l'appelle aussi « vin nouveau », « vin jeune » ou « vin de l'année ». Il est tout à fait l'inverse de ce qu'est un vin de garde. De nombreux vignerons utilisent pour l'obtention de leurs vins primeurs la méthode de la macération carbonique, l'exemple le plus connu étant le beaujolais nouveau dont le succès a incité d'autres régions à mettre en œuvre ce type de vins[1]. Les vins primeurs sont commercialisés en France et en Europe, ils se présentent en rouge, rosé et blanc. L'Espagne propose ses vinos jovénes et l'Italie ses vini novelli. Les vins primeurs AOC (beaujolais nouveau, touraine, gaillac, côtes-du-rhône, etc.) arrivent sur le marché dès le troisième jeudi de novembre. Pour les vins de pays primeurs, la date de commercialisation est libre, ce qui permet à certains d'être commercialisés dès la fin octobre[1].

Un beaujolais-villages primeur.

La technique pour obtenir des vins primeurs rouges est parfaitement maîtrisée[pertinence contestée]. Il s'agit d'une macération courte d'une vendange en grappes entières de trois jours au maximum. Cela leur permet d'acquérir une robe claire aux couleurs rubis vif. Quand ces vins sont élaborés selon la technique de macération semi-carbonique, ils dégagent au nez un fruité intense de petits fruits rouges (groseille, cerise, framboise, fraise, myrtille), avec des notes florales. En bouche, ils se caractérisent par un goût de bonbon anglais et une fraîcheur acidulée[1]. Selon le Guide Hachette des vins, « économiquement, la production de vins primeurs permet aux producteurs d'éviter les frais d'élevage et de stockage. Un atout pour les vignerons, mais qui peut avoir des effets pervers : le succès commercial du beaujolais nouveau, grâce à un marketing intense, a ainsi un peu laissé dans l'ombre les autres productions de la région, notamment les crus (brouilly, moulin-à-vent, chénas, etc.) »[1].

Historique

modifier
Face A d'un kylix attique à figures noires, v. 510 av. J.-C.
Publicité annonçant que « le vin primeur est arrivé ».

Dans l'Antiquité grecque, des nymphes des vignes, blondes et à queue de serpent, fêtaient le vin nouveau en début d'année[pertinence contestée]. Les viticulteurs grecs descellaient les amphores lors des Anthestéries, fête des fleurs, en l'honneur de Dionysos[2].

À Rome, les viticulteurs élaboraient du vinum preliganeum. Ce vin, fait à base de raisins verts, était bu lors des vendanges. Ce breuvage acide était plus proche du vin bourru ou de la piquette[2]. Dans la cité de Dea Augusta Vocontiorum (Die), l’une des plus importantes de la Gaule narbonnaise, Pline l'Ancien[3] cite élogieusement le vin des Voconces. Il en distingue deux : le vinum dulce et l’aigleucos, dont on arrêtait la fermentation en plongeant les dolia dans l’eau froide jusqu’à l’hiver où ce vin nouveau était alors consommé[4].

Georges Dubœuf est le premier, en compagnie de Louis Orizet, à lancer sur une grande échelle le slogan « Le beaujolais nouveau est arrivé ». Ce négociant-producteur, dont l'entreprise emploie 105 employés, commercialise 15 % de la production totale du beaujolais, soit 18 millions de bouteilles, dont les neuf dixièmes sont exportés vers 90 pays. Il a bâti son succès commercial en se portant acquéreur des meilleures cuvées qu'il a embouteillées sous sa marque et identifiées en notifiant sur l'étiquette le nom du producteur. Le beaujolais nouveau, petit vin de comptoir, réservé à une clientèle lyonnaise ou stéphanoise, conquiert d'abord Paris avant d'aller se déverser sur les rives de la Tamise ou de l'Hudson, puis de devenir la coqueluche du Japon[5].

Vin acheté en primeur

modifier

Acheter un vin en primeur consiste à l'acheter au vigneron peu après la récolte, alors même que le vin est en primeur, c'est-à-dire encore en cours de vinification. La date où le vin sera livré à l'acheteur dépend entièrement du contrat ou de l'accord établi entre les deux parties. Un acheteur peut par exemple acheter en primeur à un vigneron 2 000 litres de sa récolte de 2008 et n'être livré du vin obtenu qu'en 2011. Ce vin de 2011 (millésimé 2008) n'aura alors rien d'un vin primeur dans le sens évoqué précédemment.

Vente en primeur des bordeaux

modifier

Le système des primeurs du vignoble de Bordeaux, également appelé « vente en primeur », constitue un mode de commercialisation spécifique aux grands vins bordelais, permettant d’acheter un millésime alors qu’il est encore en cours d'élevage, généralement au printemps suivant la vendange, soit près de deux ans avant sa livraison. Ce mécanisme fonctionne comme une réservation anticipée : l’acheteur paie le vin avant sa mise en bouteille, dans l’espoir d’obtenir un tarif plus avantageux et de sécuriser des cuvées recherchées[6].

Né au XVIIIe siècle avec le négoce bordelais, le système moderne des primeurs s’est structuré dans les années 1970 et 1980, notamment grâce à l’organisation de dégustations professionnelles de grande ampleur. Chaque printemps, journalistes, négociants, courtiers, importateurs et critiques internationaux se rendent à Bordeaux pour découvrir les échantillons du dernier millésime directement issus des barriques. Ces dégustations, bien qu’effectuées sur des vins encore jeunes et non finalisés, influencent fortement la perception du millésime et, par conséquent, les prix de lancement[6]. Le fonctionnement commercial repose sur la célèbre place de Bordeaux : les propriétés fixent un prix initial avec l’aide des courtiers, puis les négociants acquièrent des allocations qu’ils redistribuent ensuite aux distributeurs et consommateurs du monde entier. Les notes attribuées par les dégustateurs de référence, comme Robert Parker autrefois ou d’autres critiques influents aujourd’hui, jouent un rôle déterminant dans la valorisation des vins. Un excellent accueil critique peut entraîner une forte demande et une hausse rapide des prix[6].

Acheter en primeur présente plusieurs avantages : accès à des vins rares, prix potentiellement inférieurs à ceux du marché après embouteillage, et opportunité de constituer une cave sur le long terme. Toutefois, ce système comporte aussi des risques : immobilisation financière prolongée, évolution incertaine du marché, et absence de garantie de rentabilité. Ces dernières années, certaines campagnes ont suscité des critiques lorsque les prix proposés étaient jugés trop élevés par rapport à la qualité perçue ou aux conditions économiques mondiales[6]. Bien que d’autres régions viticoles utilisent parfois des systèmes similaires, Bordeaux demeure la référence mondiale en matière de primeurs. Cette tradition reste un pilier économique majeur pour les grands crus classés, tout en constituant un baromètre essentiel de la santé du marché international des vins fins. Aujourd’hui, malgré des ajustements liés aux fluctuations économiques et à l’évolution des attentes des consommateurs, les primeurs continuent d’incarner une pratique emblématique du commerce viticole bordelais[6].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 4 « Qu'est-ce qu'un vin primeur ? », Guide Hachette des vins, .
  2. 1 2 Histoire du beaujolais nouveau sur le site hachette-vins.com
  3. Pline, Histoire naturelle, XIV.
  4. Ouvrage collectif, Vins, vignes et vignerons du Diois, Cahiers culturels du Parc du Vercors, no 4, Éd. La Manufacture, Die, 1983, p. 23.
  5. L'impressario du Beaujolais nouveau
  6. 1 2 3 4 5 iDealwine, « Les primeurs de Bordeaux, comment ça marche ? », sur Journal iDealwine (consulté le )

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

modifier