Violence sexuelle dans le couple
Les violences sexuelles dans le couple désignent l'ensemble des actes et attouchements à caractère sexuel non consentis par l'un des partenaires. La violence sexuelle au sein du couple repose sur la contrainte de la victime par son partenaire, qu'elle soit imposée par la force, la menace, la soumission chimique, le chantage, ou tout autre moyen coercitif[1].

Ce genre d'agressions est catégorisé comme violences familiales, et les victimes principales en sont les femmes[2]. On estime en 2023 qu'un viol sur deux est un viol conjugal[3], et qu'environ une femme sur quatre en a déjà été victime en France[4].
Spectres des formes de violences sexuelles conjugales
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Outre le viol conjugal, les violences sexuelles dans le couple peuvent prendre diverses formes et avoir différents degrés de gravité selon l'impact sur les victimes[5]. La gradation du niveau de violence de différents comportements sexuels peut être mis en image dans un violentomètre.
Violence psychologique et émotionnelle
modifierLa violence sexuelle peut avant tout être verbale : dénigrement, commentaires dégradants, blagues inappropriés sur le physique de la victime, ou ses « performances » sexuelles sont autant de comportements abusifs présents au sein du couple. Ce genre de comportements peut avoir pour but la dévalorisation de la victime en vue d'exercer une forme de contrôle sur elle[5].
La violence verbale peut aussi prendre la forme de menaces ou de chantages, plus explicitement virulents et jouant sur la peur de la victime pour obtenir d'elle des faveurs sexuelles ou une certaine soumission dans la relation. Les menaces peuvent même viser une personne tierce, proche de la victime, comme un enfant ou un animal de compagnie[5].
Le gaslighting est un moyen de coercition consistant à faire douter la victime de sa mémoire ; prétendre qu'elle avait auparavant donné son consentement à un acte qu'elle refuse, prétendre qu'elle manque de cohérence, en vue de la manipuler à son avantage.
Enfin le harcèlement sexuel au sein du couple peut se traduire par des gestes impromptus, des questions ou des attouchements non-désirés, des photos et vidéos sexuelles envoyées sans consentement. Ce genre de comportement génère alors un inconfort de la victime, et instaure une dynamique de domination, au sein de la relation, par le harceleur[6].
Exploitation sexuelle
modifierUne dynamique de domination violente au sein du couple peut résulter en l'exploitation sexuelle d'un des partenaires par l'autre. Cette forme de violence sexuelle peut amener la victime à participer à une relation sexuelle, ou se prostituer, auprès de proches ou d'inconnus, sous contrainte de son partenaire, revêtant un rôle de proxénète.
Une autre forme de violence sexuelle consiste, pour un des partenaires, à partager des images ou vidéos érotiques ou pornographiques mettant en scène la victime, sans son consentement. Ce comportement prend le nom de revenge porn, et a souvent lieu lors d'une rupture, en signe de « vengeance »[6].
Viol conjugal
modifierLe viol conjugal est l'appellation attribuée au crime de viol dans le cadre d'une relation de couple. Il consiste en le fait d'imposer une relation sexuelle à son ou sa partenaire.
Le viol conjugal est souvent imaginé sous la forme d'une contrainte physique, mais l'appellation n'est pas cantonnée à cette situation seule[5]. Engager un rapport sexuel avec une personne dans l'incapacité de donner son consentement éclairé, lorsque la victime est endormie, sous l'emprise de drogues ou d'alcool par exemple, entre dans la définition du viol, et donc du viol conjugal.
Lorsque le partenaire drogue la victime à son insu, pour abuser d'elle sexuellement, on parle de soumission chimique. C'est la situation qu'a vécu Giselle Pélicot, qui a résulté sur l'affaire Mazan en 2025.
Hormis le rapport sexuel non-consenti, d'autres violences sexuelles peuvent avoir lieu au sein d'un couple : imposer des activités sexuelles, imposer un mode de relation « ouvert », avoir le contrôle sur la durée, fréquence, intensité de l'acte… De manière générale, il est courant qu'une personne estime le consentement de son ou sa partenaire comme implicite, invoquant par la le soi-disant « devoir conjugal », n'ayant aucune valeur juridique en France, au contraire[6].
Coercition reproductive
modifierImposer, ou au contraire interdire à un partenaire l'emploi d'un moyen de contraception est une forme de violence sexuelle. Il peut s'agir de mettre la pression à la victime pour ne pas utiliser de préservatif, de le retirer sans la prévenir, ou de saboter en secret son contraceptif.
Enfin le fait de forcer une personne à poursuivre une grossesse indésirée, ou au contraire la forcer à avorter ou à provoquer une fausse couche est une violence sexuelle au sein du couple, nommée coercition reproductive[6].
Législation dans le monde
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Deux modèles de législation existent : celles basées sur le consentement (requiert que l'acte sexuel soit non consenti pour être condamnable), et celles basées sur la coercition (requiert menace, violence physique ou manipulation explicite pour être condamnable).
La logique des lois basées sur la coercition est d'éviter les « fausses accusations » et de protéger en priorité les accusés, potentiellement innocents.
Ce genre de législation fait reposer une part de responsabilité sur la victime, dont il est attendu qu'elle se défende activement contre son agresseur, laissant de côté les personnes agressées dans leur sommeil, droguées, ou paralysées par la situation. D'autre part, il peut être reproché à la victime d'avoir « provoqué » l'agression, par sa tenue ou son comportement.
En comparaison les législations basées sur le consentement attribuent beaucoup plus de responsabilité sur l'agresseur potentiel, dont il est attendu qu'il obtienne le consentement libre et éclairé de son partenaire.
Le Kansas est le seul état à adopter une législation mixte, basée sur la coercition pour les agressions sexuelles de nature vaginale, et le consentement pour le reste.
Inclusion des violences sexuelles dans la législation des violences domestiques
modifierD'après une étude menée en 2018 par la banque mondiale, 129 pays punissent les violences sexuelles domestiques au même titre que les autres violences conjugales[7].
Inscription du non-consentement dans la loi
modifierLa question de l'inscription du non-consentement dans la loi est un enjeu majeur dans la prise en compte des témoignages de violences sexistes et sexuelles, en particulier dans le couple, où le consentement est souvent considéré comme acquis du fait du statut marital. En Europe, le débat est en pleine évolution, de plus en plus de pays inscrivant le non-consentement dans leur législation. Une proposition est votée en 2026 au parlement européen pour uniformiser cette mesure dans tous les pays membres, mais la commission européenne souhaite encore temporiser son application[8].
Inscription du viol conjugal dans le droit pénal
modifierPlusieurs pays reconnaissent explicitement l'existence du viol conjugal, pour empêcher aux agresseurs de baser leur défense sur l'assomption de consentement implicite au sein du couple[7].
Violences familiales et abus sexuel
modifierLien avec la violence physique
modifierAu Mexique et aux États-Unis, des études estiment que 40 % à 52 % des femmes victimes de violence physique dans leur couple subissent aussi les violences sexuelle de leur partenaire[46],[47].
La violence sexuelle dans le couple peut avoir lieu sans violence physique[48]. Dans l'État indien de l'Uttar Pradesh, sur un échantillon représentatif de 6 000 hommes, 7 % déclarent avoir subi des agressions physiques et sexuelles par leur épouse, 23 % qu'ils commettent des violences sexuelles sans violences physiques et 17 % qu'ils commettent la violence physique seule[49].
D'après ONU Femmes, la proportion de femmes victimes d'agression physique et/ou sexuelle dans le couple est estimée à environ 70 %[50].
Effets sur la santé
modifierLa violence sexuelle dans le couple est corrélée à de graves conséquences pour la santé sexuelle, physique, psychologique et reproductrice de la victime[5],[2],[51]. La durée de ces effets négatifs est variable[2].
Les femmes victimes de violence dans le couple sont fortement exposées à une contamination par le virus d'immunodéficience humaine ou d'autres infections sexuellement transmissibles[5],[52],[51]. En effet, les hommes violents dans l'intimité ont tendance à adopter des conduites à risque, comme la multiplication des partenaires[52].
En outre, les femmes victimes de violence sexuelle de couple risquent de vivre une grossesse non désirée, un avortement, une fausse couche et la mortinatalité. Elles risquent aussi de devenir infertiles[5].
Les victimes jeunes de ces violences peuvent adopter des conduites dangereuses comme l'abus d'alcool et de drogues[51].
Les enfants témoins de violences sexuelles dans le couple vivent de profondes atteintes psychologiques. Ils peuvent développer des problèmes de troubles de stress post-traumatique, de dépression et d'anxiété. En outre, ils sont susceptibles d'intégrer ces violences dans leur système de valeurs si elles sont banalisées[5].
Statistiques dans le monde
modifierFrance
modifierEn 2023, d'après une étude de l'observatoire des violences faites aux femmes, 277 000 femmes ont été victimes de viol et agressions sexuelles dans l'année. 25% des victimes déclarent que l'agresseur est leur partenaire. Suite aux agressions, 7% des femmes déposent plainte, soit 19 390 femmes[53].
Selon le collectif NousToutes, chaque année en moyenne, 213 000 femmes déclarent avoir subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint[54].
Monde
modifierEn 2025, selon un rapport de l'OMS, 316 millions de femmes ont été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part d'un conjoint, soit 11% des femmes. De manière générale il est estimé qu'une femme sur trois dans le monde a été victime de violences conjugales ou sexuelles[55].
| Pourcentage des femmes adultes qui signalent une agression sexuelle par un partenaire recensement d'après un échantillon de la population 1989 - 2000 | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Pays | Population analysée | Année | Panel de personnes interrogées | Agressions ou tentatives d'agression dans les 12 derniers mois | Agressions ou tentatives d'agression |
| Brésil | São Paulo | 2000 | 941 | 2.8% | 10.1% |
| Pernambouc | 2000 | 1188 | 5.6% | 14.3% | |
| Canada[56],[57] | à l'échelle nationale | 1993 | 12300 | 8.0% | |
| Toronto | 1991 to 1992 | 420 | 15.3% | ||
| Chili[58] | Santiago du Chili | 1997 | 310 | 9.1% | |
| Finlande[59] | à l'échelle nationale | 1997 to 1998 | 7051 | 2.5% | 5.9% |
| Japon | Yokohama | 2000 | 1287 | 1.3% | 6.2% |
| Indonésie[60] | Java central | 1999 to 2000 | 765 | 13.0% | 22.0% |
| Mexique[61] | Durango | 1996 | 384 | 42.0% | |
| Guadalajara | 1996 | 650 | 15.0% | 23.0% | |
| Nicaragua[62],[63] | León | 1993 | 360 | 21.7% | |
| Managua | 1997 | 378 | 17.7% | ||
| Pérou | Lima | 2000 | 1086 | 7.1% | 22.5% |
| Cuzco | 2000 | 1534 | 22.9% | 46.7% | |
| Porto Rico[64] | à l'échelle nationale | 1993 to 1996 | 7079 | 5.7% | |
| Suède[65] | Umeå | 1991 | 251 | 7.5% | |
| Suisse | à l'échelle nationale | 1994 to 1995 | 1500 | 11.6% | |
| Thaïlande | Bangkok | 2000 | 1 051 | 17.1% | 29.9% |
| Nakhon Sawan | 2000 | 1027 | 15.6% | 28.9% | |
| Turquie[66] | Anatolie de l'Est et du Sud-Est | 1998 | 599 | 51.9% | |
| Royaume-Uni[67],[68] | Angleterre, Écosse et Pays de Galles | 1989 | 1007 | 14.2% | |
| North London | 1993 | 430 | 6.0% | 23.0% | |
| États-Unis[69] | à l'échelle nationale | 1995 to 1996 | 8000 | 0.2% | 7.7% |
| Palestine[70] | Palestiniens | 1995 | 2410 | 27.0% | |
| Zimbabwe[71] | Province des Midlands | 1996 | 966 | 25.0% | |
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Intimate partner sexual violence » (voir la liste des auteurs).
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Annexes
modifierArticles connexes
modifierDocumentation
modifier- Maïa Mazaurette, « Les violences sexuelles au sein du couple, on en parle ? », sur lemonde.fr, (consulté le )
Liens externes
modifier- « Violences au sein du couple et violences sexuelles : impact sur la santé et prise en charge médicale des victimes », sur egalite-femmes-hommes.gouv.fr, La lettre de l'observatoire national des violences faites aux femmes, [PDF]
- « Violence à l’encontre des femmes », sur Organisation mondiale de la santé, .