Visite des côtes de Provence de 1323
La visite des côtes de Provence de 1323 est une inspection générale des fortifications, des garnisons et des réserves de vivres et d'armes du littoral provençal, menée de février à mai 1323 par Robert de Milet, trésorier des comtés de Provence et de Forcalquier, sur commission du roi Robert d'Anjou, comte de Provence. Elle concerne l'ensemble de la côte, d'Albaron en Camargue à La Turbie, au-dessus de Monaco.
Le procès-verbal dressé au fil de la tournée est conservé aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône et a été transcrit en 1882 par Louis Barthélemy. Il constitue l'une des descriptions les plus détaillées de l'état des villes et des châteaux du littoral provençal au début du XIVe siècle.
Contexte
modifierEn 1323, le roi Robert, comte de Provence et seigneur de Gênes depuis 1318, est engagé dans le conflit qui oppose en Italie du Nord guelfes et gibelins. Des familles gibelines chassées de Gênes, appuyées sur les places de Monaco, Vintimille et Dolceacqua, arment une escadre de galères. La côte provençale, dont les enceintes urbaines sont en mauvais état et les châteaux souvent dégarnis, est jugée vulnérable à un débarquement.
Par lettres données à Avignon le 8 février 1323, le roi charge Robert de Milet de visiter les places du littoral, de faire exécuter les réparations nécessaires, d'ordonner l'agrandissement des enceintes là où il le faut et de faire approvisionner les châteaux pour résister à trois mois de siège. Le financement des travaux incombe aux seigneurs et aux communautés d'habitants, le trésor comtal ne prend en charge que la solde des gardes.
Déroulement
modifierItinéraire
modifierParti de Tarascon le 20 février 1323, Milet suit le littoral d'ouest en est et rentre à Avignon le 22 mai. Il inspecte les lieux en compagnie des officiers locaux, réunit les habitants, dicte ses prescriptions et en fait consigner le détail.
La tournée passe successivement par Albaron (22 février), les Saintes-Maries-de-la-Mer (23 février), La Couronne (2 mars), Marseille (6 mars), Toulon (12 mars), Hyères (17 et 20 mars), Bormes (22 mars), Gassin, Ramatuelle et Saint-Tropez (23 mars), Grimaud et le terroir de Sainte-Maxime (24 mars), Roquebrune (25 mars), puis, après Pâques, Grasse (3 avril), Cannes (4 avril), Antibes (5 avril), Nice (6 au 17 avril), Villefranche (8 avril) et La Turbie (12 avril), terme de la commission. Le retour s'effectue par l'intérieur des terres, avec des contrôles à Draguignan (29 avril), Brignoles (1er mai), Hyères (2 mai) et Toulon (4 mai).
Interruption par les crues
modifierLe 25 mars, à Roquebrune, Milet renonce à poursuivre par le bord de mer propter aquarum fluvialium inundationes et decursus (« à cause des débordements et des écoulements des rivières »). Les crues des fleuves côtiers de l'est varois, caractéristiques du régime méditerranéen et fréquentes dans la phase d'instabilité climatique qui ouvre le Petit âge glaciaire, rendent plusieurs places inaccessibles. Le trésorier délègue alors deux mandataires : Jean Colonhe, sous-baile du Luc et du Freinet, pour les places du Freinet, Cogolin et les Garcinières, et Raymond de Bisot, notaire de la cour de Draguignan, pour Fréjus, Saint-Raphaël, Le Puget et Villepey. Seul le compte rendu du premier, reçu à Brignoles le 1er mai, est consigné au registre.
Prescriptions
modifierLes mesures ordonnées relèvent d'un même programme, adapté à chaque lieu : relèvement ou construction des murailles et des portes, murage des ouvertures donnant sur l'extérieur, démolition ou mise à distance des maisons adossées aux remparts, curage des fossés, entretien du guet et des feux de signal, constitution de magasins de vivres et d'armes pour trois mois, enfin armement des habitants et revue générale (« montre ») des armes. Les prescriptions sont assortie de peines lourdes : amendes en marcs d'argent pour les communautés, perte du fief ou de la garde pour les seigneurs et les châtelains.
Les réponses varient selon les localités. À Hyères, réunis en parlement le 20 mars, les habitants se voient offrir le choix entre l'édification d'une enceinte autour de la ville basse et le repli général dans la forteresse haute : ils optent pour l'enceinte. Le même choix est posé à Bormes, avec la même issue. À l'inverse, Saint-Tropez, jugé indéfendable, et La Couronne, jugée trop pauvre, reçoivent l'ordre d'être évacués en cas d'alerte. Marseille, qui invoque ses accords avec les comtes de Provence, refuse en avril 1323 de contribuer aux dépenses. À Nice, objectif présumé des galères, Milet séjourne onze jours et fait voter une taille de trois cents livres à laquelle sont assujettis jusqu'aux guelfes et aux ecclésiastiques. À La Turbie, la place la plus proche de l'ennemi, aucune réparation n'est jugée nécessaire.
La visite documente également la chaîne de feux de signal (farocia) du littoral, dont un règlement contemporain énumère les postes de Port-de-Bouc à La Turbie et fixe la transmission de l'alerte « en une demi-heure d'un bout à l'autre de la Provence ».
Le document et sa portée
modifierLe procès-verbal forme le registre B 1103 de la série B des Archives départementales des Bouches-du-Rhône. Publié en latin en 1882 par l'érudit varois Louis Barthélemy, il est depuis lors une source classique pour l'histoire des enceintes urbaines et des châteaux du littoral provençal, souvent citée pour des localités dont il donne la plus ancienne description matérielle détaillée. Il éclaire aussi l'organisation de la défense côtière (répartition des charges entre le souverain, les seigneurs et les communautés, rôle des milices urbaines, logistique des magasins) ainsi que la démographie et l'état des finances locales. La visite a notamment enregistré à Toulon, en mai 1323, une disette qui avait empêché l'exécution des travaux.
Notes et références
modifier- Archives départementales des Bouches-du-Rhône, série B, registre B 1103 (microfilm du procès-verbal de la visite des côtes de Provence par le trésorier Robert de Milet, février-mai 1323).
- Louis Barthélemy, Procès-verbal de visite, en 1323, des fortifications des côtes de Provence et des munitions d'armes et de vivres, depuis Albaron jusqu'à la Turbie, Paris, Imprimerie nationale, 1882 (tiré à part des Mélanges historiques, t. IV, p. 623-692), transcription en latin à lire en ligne sur Gallica.
- « La visite de Robert de Milet, 1323 », Chroniques du Fenouillet, lire en ligne (étude d'après le manuscrit B 1103 et l'édition Barthélemy).