William Whitford, né en 1846 dans le comté d'Armagh, en Irlande, et mort le à New Brighton, dans la ville de Wallasey, est un médecin, juge de paix, militant libéral et dirigeant de football irlandais établi dans la région de Liverpool. Figure du Parti libéral dans le nord de Liverpool et partisan du Home Rule irlandais, il est également l'un des dirigeants de l'Everton Football Club à la charnière des XIXe et XXe siècles, dont il devient président de 1910 à 1913.

William Whitford
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Irlandaise
Formation
Activité
Conjoint
Salome Bithiah Barratt

Son parcours illustre les liens étroits qui existent, à la fin du XIXe siècle, entre football, politique locale et mouvement de tempérance à Liverpool. Opposant de John Houlding lors de la crise qui conduit Everton à quitter Anfield en 1892, Whitford participe au financement du déménagement du club vers Goodison Park. Il devient ensuite actionnaire, administrateur, vice-président puis président d'Everton.

Biographie

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Origines et carrière médicale

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William Whitford naît en 1846 dans le comté d'Armagh, en Irlande. Fils d'un agriculteur, il suit des études de médecine à la Queen's University Belfast avant de s'installer à Liverpool[1]. Il ouvre un cabinet au 37 Shaw Street, dans le quartier d'Everton, puis s'établit au 47 de la même rue après son mariage en 1885 avec Salome Bithiah Barratt[2].

Il exerce notamment comme médecin de district dans le secteur d'Everton[3]. Il obtient également une qualification de chirurgien[4].

Whitford attire l'attention de la presse locale en 1883 à l'occasion de l'affaire dite des « Black Widow Poisonings ». Après avoir été alerté par le frère de Thomas Higgins, mort dans des circonstances jugées suspectes, il demande au coroner qu'une autopsie soit pratiquée. L'affaire conduit à l'arrestation puis au procès de Catherine Flanagan et Margaret Higgins, accusées d'une série d'empoisonnements à Liverpool. L'intervention de Whitford lui procure une première notoriété publique dans la ville[1].

Il devient par la suite juge de paix et intervient régulièrement dans les débats liés à l'ordre public, à la santé et à la consommation d'alcool. Selon l'historien David Kennedy, il acquiert une place importante dans la vie publique du nord de Liverpool et est notamment connu pour ses prises de position vigoureuses à l'égard de la police et du système d'octroi des licences aux débits de boissons[1].

Engagement libéral, Home Rule et tempérance

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Whitford est un membre actif du Parti libéral. Il préside l'association libérale des districts d'Everton et de Kirkdale et devient l'une des principales figures libérales du nord de Liverpool[5]. Né en Irlande et protestant, il soutient durablement le mouvement en faveur du Home Rule et entretient des relations avec des responsables nationalistes irlandais de Liverpool[1].

Son engagement politique s'accompagne d'une forte implication dans le mouvement de tempérance. Il critique l'influence économique et politique des brasseurs et des propriétaires de débits de boissons et reproche aux autorités municipales de ne pas suffisamment contrôler les établissements qui enfreignent la réglementation[5]. Cette position le place directement en opposition avec John Houlding, important brasseur de Liverpool, conseiller municipal conservateur et dirigeant d'Everton dans les années 1880 et au début des années 1890.

Les historiens David Kennedy et Michael Collins soulignent que la confrontation entre Houlding et une partie des responsables d'Everton ne se limite pas à une querelle immobilière autour d'Anfield. Elle s'inscrit également dans les affrontements politiques de Liverpool entre réseaux conservateurs liés au commerce de l'alcool et militants libéraux ou non-conformistes engagés dans la tempérance[5]. Whitford constitue l'une des figures les plus actives de ce second courant.

Rupture de 1892 et installation d'Everton à Goodison Park

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John Houlding, dirigeant d'Everton puis fondateur du Liverpool Football Club, est l'un des principaux adversaires politiques de Whitford dans les années 1890.

Whitford est déjà membre d'Everton avant la crise de 1891-1892 qui aboutit au départ du club d'Anfield. Il utilise aussi sa position dans le mouvement libéral local pour attaquer l'influence de Houlding, qu'il associe à celle des brasseurs dans la vie politique de Liverpool[1]. Les débats internes au club prennent ainsi une dimension politique qui contribue à durcir les rapports entre les deux camps.

Lorsque les opposants à Houlding décident de quitter Anfield, Whitford fait partie des soutiens financiers mobilisés pour permettre à Everton de s'installer sur un nouveau terrain à Goodison Road. Lors d'une réunion tenue le 15 mars 1892 à la Royal Street Presbyterian School, un fonds de garantie est annoncé afin de soutenir le projet. Whitford figure parmi les contributeurs à ce fonds[4]. Le nouvel ensemble de garanties permet aux responsables d'Everton de poursuivre la construction de Goodison Park, qui ouvre quelques mois plus tard.

La composition du groupe qui soutient le déménagement reflète en partie les affinités politiques et sociales du camp anti-Houlding. Plusieurs de ses membres, dont George Mahon, William R. Clayton, James Clement Baxter et Whitford, sont engagés dans les réseaux libéraux, favorables au Home Rule ou proches du mouvement de tempérance[5].

Whitford devient actionnaire de l'Everton Football Club Company en juin 1892[1]. Dès les années suivantes, il joue un rôle visible dans la vie interne du club et préside notamment une assemblée générale d'actionnaires en 1895[1].

Administrateur d'Everton

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Whitford entre au conseil d'administration d'Everton en 1901[1]. Son rôle dépasse les seules questions administratives : médecin, il intervient ponctuellement auprès de l'équipe, mais participe également à la prospection et au recrutement des joueurs, parfois en compagnie d'autres administrateurs comme Edward Askew Bainbridge et Alfred Wade[1].

En novembre 1901, il propose au conseil de recruter Tom Maley comme responsable de l'équipe. Sa motion est rejetée. Maley prend ensuite la direction de Manchester City, qu'il conduit à la victoire en Coupe d'Angleterre en 1904[1].

Whitford est présent dans la délégation d'Everton qui accompagne les joueurs après la victoire du club en Coupe d'Angleterre 1906. Lors du voyage suivant la finale, il se trouve notamment aux côtés d'Edward Askew Bainbridge et d'autres responsables du club[6].

Après la mort de George Mahon, Daniel Kirkwood devient président du club en juin 1909 et Whitford est élu vice-président[7]. Il succède ensuite à Kirkwood à la présidence en 1910.

Président d'Everton

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À la tête d'Everton de 1910 à 1913, Whitford préside le conseil d'administration dans une période où les dirigeants du club restent directement impliqués dans de nombreuses décisions sportives et administratives. Les registres du conseil portent notamment sa signature lors de décisions relatives à l'utilisation de Goodison Park pour d'autres manifestations sportives[8].

Sur le plan sportif, Everton termine deuxième du championnat d'Angleterre 1911-1912, à trois points de Blackburn Rovers[1].

Sa présidence coïncide également avec un épisode qui remet ses prises de position publiques au centre de l'actualité. En septembre 1911, alors qu'il est lui-même juge de paix, Whitford est poursuivi pour obstruction après être intervenu lors d'une altercation entre un policier et deux hommes près de Shaw Street. Il conteste la version de la police mais est condamné à une amende. L'affaire reçoit une couverture importante dans la presse en raison de son statut de magistrat et de ses critiques antérieures de la police de Liverpool[1].

En juin 1913, une assemblée générale particulièrement disputée modifie l'équilibre du conseil d'administration. Whitford annonce alors sa démission, qu'il confirme le lendemain. Après trois années à la présidence, il est remplacé par William R. Clayton[9]. Il reste néanmoins membre du club après son départ du conseil[1].

Personnalité publique et dernières années

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La personnalité de Whitford marque la vie publique locale au-delà du football. Ses adversaires soulignent volontiers son caractère combatif, tandis que ses proches insistent sur sa sociabilité et sa générosité. Les notices et articles publiés à sa mort rappellent à la fois ses controverses politiques, son activité médicale, sa fonction de magistrat et son rôle dans l'histoire d'Everton[1].

Il conserve un attachement marqué à l'Irlande et au Home Rule. Son positionnement contribue à le rapprocher des responsables nationalistes irlandais de Liverpool malgré son appartenance protestante et son engagement au sein du Parti libéral[1]. Son parcours est ainsi représentatif d'une partie du libéralisme de Liverpool à la fin de l'époque victorienne, dans une ville où les clivages politiques, religieux et communautaires sont particulièrement prononcés[10].

Après son retrait de la direction d'Everton, Whitford s'installe sur la rive opposée de la Mersey, à Sandymount Drive, dans le secteur de New Brighton à Wallasey[4]. Collectionneur de porcelaines et d'aquarelles, il possède notamment des œuvres de peintres britanniques et irlandais[1].

William Whitford meurt à son domicile le 15 juin 1930. Il est inhumé deux jours plus tard au cimetière d'Anfield[11]. Après sa mort, une partie importante de sa succession, évaluée dans la presse à 12 000 livres, est léguée à des œuvres de bienfaisance[1].

Entrée principale du cimetière d'Anfield, où William Whitford est inhumé.

Place dans l'histoire d'Everton

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Les recherches consacrées aux origines d'Everton et de Liverpool accordent à Whitford une place particulière dans l'évolution du club à la fin du XIXe siècle. Son importance tient moins à sa seule présidence, relativement brève, qu'à la continuité de son engagement depuis la crise de 1892 jusqu'au début des années 1910.

Les travaux de David Kennedy sur la gouvernance des deux clubs montrent que les premiers conseils d'administration formés après la séparation de 1892 développent des cultures politiques différentes. Everton conserve une forte présence de dirigeants liés au libéralisme local, parmi lesquels Mahon, Baxter, Clayton et Whitford, tandis que le conseil du nouveau Liverpool FC présente davantage de liens avec les réseaux conservateurs de la ville[12].

Dans cette perspective, Whitford apparaît comme l'un des personnages qui permettent de comprendre la dimension sociale et politique des débuts du football professionnel à Liverpool : médecin de quartier, militant du Home Rule, réformateur de la tempérance, magistrat et administrateur de club, il appartient à une génération de dirigeants pour lesquels la gestion d'un club de football reste étroitement mêlée aux engagements civiques et politiques locaux.

Bibliographie

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  • (en) David Kennedy, A Social and Political History of Everton and Liverpool Football Clubs : The Split, 1878-1914, Routledge, , 110 p. (ISBN 978-1-138-71661-2).
  • (en) David Kennedy, The Man Who Created Merseyside Football : John Houlding, Founding Father of Liverpool and Everton, Rowman & Littlefield, , 180 p. (ISBN 978-1-5381-4123-6, DOI 10.5771/9781538141243).
  • (en) David Kennedy et Michael Collins, « Community Politics in Liverpool and the Governance of Professional Football in the Late Nineteenth Century », The Historical Journal, vol. 49, no 3, , p. 761-788 (DOI 10.1017/S0018246X06005504).
  • (en) David Kennedy, « And then there were two: Everton and Liverpool football clubs, 1892–1902 », Soccer & Society, vol. 12, no 4, , p. 523-537 (DOI 10.1080/14660970.2011.593794).

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 (en) David Kennedy, « The Impetuous Dr Whitford », sur ToffeeWeb, (consulté le ).
  2. (en) « WHITFORD, William », sur Liverpool Footprint (consulté le ).
  3. (en) Kelly's Directory of Liverpool and Suburbs, (lire en ligne), p. 44.
  4. 1 2 3 (en) Tony Onslow, « The Men Who Bankrolled Everton », sur Everton FC Heritage Society, (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 (en) David Kennedy et Michael Collins, « Community Politics in Liverpool and the Governance of Professional Football in the Late Nineteenth Century », The Historical Journal, vol. 49, no 3, , p. 761-788 (DOI 10.1017/S0018246X06005504).
  6. (en) « A glimpse of the Cup », sur Play Up, Liverpool, (consulté le ).
  7. (en) « Appointments at Everton Football Club », sur Play Up, Liverpool, (consulté le ).
  8. (en) « Rugby Links at Goodison », sur Everton FC Heritage Society (consulté le ).
  9. (en) « Everton Football Club », sur Blue Correspondent, (consulté le ).
  10. (en) David Kennedy, « And then there were two: Everton and Liverpool football clubs, 1892–1902 », Soccer & Society, vol. 12, no 4, , p. 523-537 (DOI 10.1080/14660970.2011.593794).
  11. (en) « Dr. William Whitford », sur Everton FC Heritage Society, (consulté le ).
  12. (en) David Kennedy, A Social and Political History of Everton and Liverpool Football Clubs : The Split, 1878-1914, Routledge, , 110 p. (ISBN 978-1-138-71661-2).

Voir aussi

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