Xenia Fedorova
Xenia Fedorova (en russe : Ксения Фёдорова), née le à Kazan, est une chroniqueuse, agent d'influence et propagandiste russe.
| Présidente RT en français | |
|---|---|
| - |
| Naissance | |
|---|---|
| Nom dans la langue maternelle |
Ксéния Влади́мировна Фёдорова |
| Noms de naissance |
Ksenia Borchik, Ksenija Vladimirovna Fëdorova |
| Nationalité | |
| Formation |
Berlin School of Creative Leadership (en) |
| Activités |
| Influencée par |
|---|
De à , elle est présidente et directrice de l'information de la chaîne RT France, branche francophone de la chaîne russe internationale RT. Agente d'influence du Kremlin reconnue, elle exerce depuis pour différents médias français possédés par Vincent Bolloré, également propriétaire de la maison d'édition qui l'édite.
Accusée de relayer la propagande russe, elle vit hors de France depuis après avoir fait l'objet d'un arrêté d'expulsion du territoire français et d'un gel de ses avoirs par le ministère de l'Intérieur.
Biographie
Jeunesse et famille
Xenia Vladimirovna Fedorova (en russe : Ксения Владимировна Фёдорова), de son nom de naissance Ksenia Borchik, naît le à Kazan, d'un père ingénieur spatial et d'une mère, Natalia, « devenue femme d'affaires prospère » après avoir exercé dans la presse soviétique[1] puis au quotidien gouvernemental Rossiïskaïa Gazeta. Xenia Fedorova déclare être influencée par le métier de sa mère[2].
Après la dislocation de l'URSS et la mort de son mari, Natalia travaille dans l'import-export. La famille de sept enfants déménage alors en Autriche et Xenia Fedorova étudie dans un établissement catholique puis au lycée international de Vienne, apprenant l'anglais. Elle suit une formation d'un an en République tchèque au sein d'une « grande école russe ». La famille doit ensuite retourner en Russie, leurs visas n'ayant, selon Xenia Fedorova, pas été renouvelés[3].
Formation
Dans une enquête en deux volets, le journal Le Monde évoque son passage par « une école de relations internationales » à Moscou qui pourrait être l'Institut d'État des relations internationales de Moscou (MGIMO), structure surnommée le « Harvard » de Russie, parce qu'il forme une grande partie de l'élite politique, économique et intellectuelle de la Russie[4]. En , elle obtient un Executive MBA à la Berlin School of Creative Leadership (en)[5].
Carrière
En , elle apparaît dans un petit rôle dans le film Countdown (en) à la gloire du FSB, sous son nom de jeune fille Ksenya Borchik[6].
Russia Today
Bien que sans formation de journaliste[7] et n'ayant jamais travaillé comme journaliste dans la presse indépendante russe[8], elle commence sa carrière au sein du groupe RT, d'abord comme productrice, puis comme directrice de la diffusion[9],[10].
Elle est proche de la propagandiste Margarita Simonian, étroitement liée au pouvoir russe et l'une des principales figures propagandistes du régime[8],[10], qui participe à la création de RT France, pensé comme un outil d'ingérence qui vise à diffuser la voix du Kremlin en France, et qui met Fedorova à sa tête[11],[12].
De à , elle dirige le service d'actualités internationales de Russia Today (RT)[13] bien que ne disposant pas de carte de presse en France[14]. De à , elle est productrice exécutive de RT[13].
De à , elle est directrice du bureau de développement et d'avancement des projets médiatiques de RT. En , elle lance le premier projet d'agence vidéo anglophone de Russie RT Free Video[réf. souhaitée].
En , elle devient cheffe de la direction de l'information à destination de la Russie, la Communauté des États indépendants et les pays baltes[3].
En , elle est cheffe de la direction de l'information en France[3]. En , elle devient directrice de l'agence de presse globale Ruptly, dont le siège se situe à Berlin[réf. souhaitée].
Présidente de RT France et désinformation
En , elle devient présidente et directrice de l'information de la société RT France[11], dont le siège social se situe au 23, rue Balzac dans le 8e arrondissement de Paris, et qui exploite tout d'abord un site web, puis émet en France dès le . En tant que directrice de l'information, elle définit la chaîne comme « une source alternative d'opinion, différente des médias dominants français »[15],[12], tandis que le chercheur Maxime Audinet explique que la chaîne est non seulement financée par la Russie, mais que sa ligne éditoriale est également dictée par le Kremlin. Il décrit RT France comme « la voix de Vladimir Poutine » en France[12]. Le journaliste Élie Guckert décrit Xenia Fedorova comme la « cheffe de la propagande française du Kremlin »[16].
Le , la chaîne RT en français est mise en demeure par le Conseil supérieur de l'audiovisuel pour des « manquements à l'honnêteté, à la rigueur de l'information et à la diversité des points de vue » et « un déséquilibre marqué dans l'analyse, sans que, sur un sujet aussi sensible, les différents points de vue aient été exposés » concernant un journal télévisé essentiellement consacré à la guerre en Syrie. Face à cette mise en demeure, Xenia Fedorova estime qu'il s'agit d'une forme de censure des points de vue et plaide une erreur technique pour expliquer une mauvaise traduction[17].
Lorsque débute l'invasion de l'Ukraine par la Russie, début , Xenia Fedorova fait pression sur les équipes de RT France pour défendre les intérêts de la Russie et de Vladimir Poutine. Un journaliste de la chaîne de télévision témoigne anonymement pour le magazine Complément d'enquête et déclare qu'elle vérifiait absolument tous les sujets et « faisait preuve d'un interventionnisme » très important dans leur couverture du sujet[18].
Elle nie l'invasion de l'Ukraine et dément l'attaque des troupes russes sur les villes ukrainiennes, pourtant confirmées par l'ensemble de la presse internationale [8]. Cette stratégie de désinformation s'inscrit dans un discours qui répète la rhétorique du Kremlin qui évoque une simple « opération spéciale » circonscrite au Donbass. Fedorova nie également l'annexion de la Crimée par la Russie, ou le soutien russe aux milices séparatistes en , décrivant la révolution de Maïdan comme un coup d'État[1],[8].
Médias Bolloré
En , elle anime un magazine hebdomadaire consacré aux églises orthodoxes sur C8, chaîne de télévision du groupe Bolloré[19], et multiplie les chroniques sur différents médias qu'il possède[8]. Libération estime en qu'elle « campe dans tous les médias du magnat français d'extrême droite »[1], également propriétaire de son éditeur, et qui ne la présente pas comme ancienne directrice de RT France ou « propagandiste » mais simplement « journaliste russe »[1],[20].
En , elle publie chez Fayard un livre intitulé Bannie et sous-titré La Liberté d'expression sous condition[3]. Les critiques le décrivent comme contradictoire, puisqu'elle avance la thèse qu'elle serait censurée, bien qu'elle soit très présente médiatiquement, et qu'elle ne critique jamais la censure réelle, pratiquée à l'encontre de la presse et des journalistes russes, en Russie comme à l'étranger, et également par RT France, qui multiplie les procédures-baillons contre les chercheurs et journalistes critiques[1],[8]. Selon Le Nouvel Obs, l'ouvrage a été rédigé par un prête-plume, Raphaël Stainville, rédacteur en chef du Journal du dimanche, propriété de Vincent Bolloré[21],[22].
Le , la dédicace de son livre au Festival du Livre de Paris au Grand Palais est perturbée par l'action de défenseurs de l'Ukraine et de défenseurs des droits humains en Russie, à l'initiative du Comité Diderot, de Pour l'Ukraine, leur liberté et la nôtre !, et d'autres associations[23].
En , elle présente Lumières orthodoxes, une émission religieuse diffusée sur Canal+ et CNews où elle met notamment en avant des lieux de culte orthodoxes en France[24]. Elle est aussi chroniqueuse hebdomadaire pour le JDNews (supplément du Journal du dimanche), dans lequel elle conteste en mai 2026 l'existence de la déportation d'enfants ukrainiens lors de l'invasion russe de l'Ukraine[25]. Consultante sur Europe 1 et CNews, elle commente notamment les cérémonies à Moscou du Jour de la Victoire du [26]. Plusieurs médias en 2026 la décrivent comme « la protégée » de Vincent Bolloré[27],[28],[29],[30].
Mesures d'expulsions
Accusée d’« activités d’ingérence » au sein de l’agence de presse russe Ruptly pour laquelle elle travaille à Berlin, Xenia Fedorova est interdite de territoire en Allemagne en 2024[31].
En , la députée européenne Valérie Hayer, saisit l'Arcom, considérant que les propos réguliers de Fedorova sur CNews et Europe 1 relaient « les principaux narratifs de propagande du Kremlin »[32],[10],[33]. Son activité « pourrait », selon les services du ministère de l'Intérieur, lui valoir une expulsion, en dépit de la carte de résident de 10 ans qu'elle a obtenue après la liquidation de RT, en , ces titres étant fréquemment refusés ou retirés aux étrangers présentant une menace à l'ordre public[34].
Le Parlement européen vote, le , une résolution pour que la chroniqueuse de CNews, ex-directrice de RT France, soit mise sous sanctions européennes[35],[36]. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, la qualifie de « propagandiste patentée »[37]. Finalement, elle échappe aux sanctions européennes[38].
Suivie de près par le « bureau K » (contre-espionnage économique)[39], elle est accusée d'être la voix du Kremlin dans des médias français de Vincent Bolloré et s'est vu remettre le un arrêté d'expulsion du territoire français[40]. Selon le ministère de l'Intérieur, son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation[41] et représente une menace pour l'ordre public[42].
Elle est assignée à résidence et doit pointer quotidiennement au commissariat[43]. Le , ces mesures sont complétées par un gel de ses avoirs[44]. Privée dorénavant de titre de séjour, elle ne peut plus travailler sur le territoire français[45]. Ses employeurs, Canal+ et Lagardère, émettent une protestation[46] et elle dépose un premier recours contre l'arrêté ministériel ordonnant son expulsion[47]. Ce recours en référé-liberté est rejeté en août par le tribunal administratif[48],[49]. Selon son avocat, Xenia Fedorova, qui réside alors à l'étranger, ne peut revenir sur le territoire français tant que son arrêté d'expulsion n'est pas « suspendu ou annulé »[50],[51]. En réaction, la diplomatie russe qualifie, le , la mesure de « persécution politique »[52]. Un deuxième recours en référé-suspension, est rejeté le [53]. Elle bénéficie, après son expulsion, d'une importante exposition dans Le Journal du dimanche appartenant au groupe de médias de Vincent Bolloré, avec quatre chroniques et tribunes[31]. Cnews annonce en septembre qu'elle pourra reprendre ses interventions sur la chaîne depuis l'étranger[54].
Publication
- Bannie : liberté d'expression sous condition, Paris, Fayard, , 295 p. (ISBN 978-2-213-73115-5 et 978-2-213-73036-3, lire en ligne
).
Notes et références
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- ↑ Xenia Fedorova, “l’influenceuse de Poutine” devenue “muse” de Bolloré, Tages-Anzeiger via Courrier International, 5 juin 2026
- ↑ L’influente Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France et désormais protégée de Vincent Bolloré, Le Monde, 26 mai 2026
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- ↑ Benjamin Mangot, « Xenia Fedorova : quelle est la différence entre une OQTF et un arrêté d’expulsion ? », sur La Voix du Nord, (consulté le )
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- ↑ « Xenia Fedorova : le tribunal administratif de Paris rejette le recours en référé-suspension contre l’expulsion de la propagandiste russe », sur lemonde.fr, (consulté le )
- ↑ « Xenia Fedorova : Jean-Noël Barrot se dit « affligé » du retour de la propagandiste pro-Poutine sur CNews et dans le « JDNews » », sur lemonde.fr, (consulté le )
Annexes
Articles connexes
Liens externes
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach, « Pour Xenia Fedorova, la chroniqueuse russe de CNews, une « cavale » très politique à l’étranger », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )