Fugue autistique
Une fugue autistique (ou élopement autistique) est, dans la littérature scientifique consacrée à l'autisme et aux troubles du développement, le fait (et le besoin irrépressible) pour une personne autiste de brusquement quitter un lieu sûr (ou une zone de supervision) sans autorisation ou à l'insu d'un parent, d'un tuteur ou d'un accompagnant[1]. C'est l'un des problèmes de sécurité les plus stressants pour les familles et les proches[2].
Selon une étude (2012) 49 % des enfants autistes de quatre à dix ans ont ainsi tenté de « s'enfuir » ou ont « échappé à la surveillance » au moins une fois (c'est quatre fois plus que chez leurs frères et sœurs neurotypiques)[3]. En outre 53 % d'entre eux ont « disparu » assez longtemps pour susciter une vive inquiétude chez leurs proches (durée moyenne des « fuites » : 41,5 minutes, et durant ce temps 65 % d'entre eux ont failli être percutés par un véhicule)[3]. Et Li et J. Guan (2017) ont montré que le risque de mort par noyade est aux USA 160 fois plus élevé les enfants autistes[4],[5].
Chez l'enfant, la fugue se fait le plus souvent à partir de la maison, d'un magasin ou de l'école ou dans les transports (et chez l'adulte, elle peut ensuite engendrer une période d'errance). Ce risque augmente avec la sévérité de l'autisme. C'est l'un des problèmes de comportement les plus fréquemment observés chez les enfants présentant un trouble du spectre de l'autisme (TSA), qui peut mettre leur vie en danger, notamment chez des personnes non verbales, en état de mutisme sélectif et/ou ne répondant pas à leur nom/prénom ou à un appel, personnes qui peuvent être dans ces moments critiques particulièrement attirée par l'eau, la circulation, les trains ou les portes, etc. Des difficultés précoces de réciprocité sociale, un faible niveau d'autonomie fonctionnelle, un TDAH comme comorbidité, et une faible conscience du danger sont trois prédicteurs de risque mortel accru dans ce contexte.
L'amélioration des capacités cognitives ou linguistiques ne suffit pas à diminuer ou supprimer l'élopement autistique, mais des approches de type ABA peuvent y contribuer, de même que la sensibilisation et formation des acteurs concernés. La prévention de ce type de « fugue » permet de rendre la vie des personnes autistes concernées moins dangereuse et de diminuer le stress des familles et aidants.
Éléments de définition
modifierLe mot « élopement » (elopement, wandering, bolting en anglais)[6] — dans le contexte de l'autisme — désigne le comportement de fuite ou fugue observé chez une grande proportion d'individus ayant une déficience intellectuelle et/ou développementale. Le concept de fugue autistique (on parle aussi d'élopement autistique (autistic elopement en anglais), désigne un type de « fugue » qui — comme son nom l'indique — concerne les personnes avec TSA, et prend le plus souvent la forme d'une « fuite » subite, non programmée, non organisée. Il s'agit d'un comportement qui peut évoluer vers une errance involontaire, et il est parfois difficile de la distinguer d'une fugue intentionnelle.
Il peut s'agir d'une fuite hors du foyer familial ou hors d'une institution ; un éloignement par rapport à un adulte responsable ou à un référent ; dans la rue ou dans la nature (ex : sortie non autorisés de l'établissement scolaire, du domicile familial ou d'une institution, d'un magasin...)[7],[1].
Causes
modifierCe comportement de « fuite autistique » n'est pas un signe de trouble oppositionnel avec provocation, ni un acte de désobéissance ou de provocation. Ce n'est pas non plus une preuve d'un manque d'intérêt de la part des parents[2],[8].
Il est généralement déclenché par une surstimulation, ou par l'apparition de quelque chose de très intéressant ou de très attirant pour la personne autiste (par exemple quelque chose en lien avec ses « centres d'intérêt spécifiques » (aussi dits « intérêts restreints »)[8]. Par exemple, dans un contexte de stress ou de fatigue, les enfants autistes fuient souvent pour échapper à un environnement perçu comme beaucoup trop intense[2],[8] :
- - une foule bruyante et mouvante ;
- - un lieu inconnu ou trop imprévisible ;
- - une surcharge émotionnelles et/ou sensorielle (bruits soudains, lumières fortes, agitation, odeurs...) ;
- - une interaction sociale trop exigeante ou anxiogène.
La fugue peut se produire à la suite d'une crise autistique de type meltdown et/ou déboucher sur une crise de type meltdown (crise explosive) ou shutdown. Elle peut aussi simplement refléter un besoin irrépressible, par exemple :
- - atteindre un endroit connu et apprécié, ou a priori très attirant (parc, eau, aire de jeux) ;
- - suivre un animal ou un objet lié à un intérêt spécifique de l'enfant[9] ;
- - rechercher une expérience sensorielle apaisante, assez souvent liée à l'eau (avec alors un éventuel risque de noyade associé ; c'est la première cause de mortalité dans les cas de fugue d'enfants autistes au canada (selon la National Autism Association).
Histoire du concept
modifierCette notion est relativement récente dans la littérature scientifique sur l'autisme ou sur d'autres troubles du développement[2].
Elle s'est peu à peu construite via l'accumulation progressive de témoignages et de travaux de recherche. Les premières études sur la description et/ou les traitements de ces fugues reposaient sur des études de très petite taille (avec un à trois cas ou participants par étude souvent, selon Call et ses collègues [2017], ce qui rendait incertaines la description du phénomène, ainsi que la validité externe des traitements comportementaux proposés)[10]. Depuis, des études plus poussées et des revues d'études ont dressé un panorama plus précis du sujet (voir ci-dessous).
Recherches
modifierLa recherche reste dans ce domaine biaisée par le fait que les études les plus poussées portent surtout sur des populations blanches, anglophones, éduquées, et par le fait que les filles autistes sont probablement sous-diagnostiquées en raison de leur capacité à masquer leur autisme[11],[12],[13],[14] car à partir de l'enfance, ces dernières apprennent mieux que les garçons à cacher ou compenser leurs traits autistiques[15],[16] : l'autisme pourrait être sous-diagnostiqué et se manifester différemment chez les filles, celles ayant des capacités intellectuelles moyennes ou élevées compensant plus facilement leurs difficultés sociales pour s'adapter, ce qui masquerait leurs symptômes cliniques.
Cette hypothèse, déjà évoquée par Lorna Wing[17], en 1981, est reconnue par le DSM-5-TR depuis sa version 2022[18].
En 2012, alors que le risque de blessure ou de décès, et la charge pour les familles et aidants n'étaient documentés que par des témoignages épars, une enquête menée par Anderson et ses collègues auprès de parents d'enfants avec TSA a permis d'en évaluer la fréquence (dans les contextes étudiés), mais aussi certains facteurs associés[3].
Les années 2000-2015 ont vu la publication de revues d'études et d'articles consacrées à l'usage des dispositifs de géolocalisation (GPS) permettant de retrouver plus rapidement des enfants fugueurs, et permettant aussi une analyse fonctionnelle et un traitement de ces fugues[19].
Puis en 2021 une revue d'études (de type scoping review) a replacé avec plus de précision l'élopement autistique parmi les obstacles à la participation des enfants avec TSA à diverses activités de loisirs, tout en précisant les enjeux de sécurité et d'équité qui y sont liés[20].
Une revue de littérature (2025), consacrée aux traitements cognitivocomportementaux de ces fugues, décrits par des 'études de cas' (case study), concluent à de très bons résultats, mais ces études reposent encore sur un faible nombre de participants et manquent de groupe témoin ; et les traitements, qui sont souvent de type Functional Communication Training, sont parfois associé à un renforcement différentiel ou à des procédures « punitives ». Toutes les études retenues, pour leur qualité méthodologique jugée bonne par des évaluateurs indépendants (sauf une) rapportent une disparition complète de l'élopement après les TCC utilisées dans ce but. Cette même année 2025, une étude sur le traitement fonctionnel de la fugue autistique a été évalué (essai clinique randomisé de 16 semaines, sur 76 enfants autistes de 4 à 12 ans, comparant l'effet de 12 séances d'intervention structurée visant à identifier les comportements et à mettre en place des stratégies adaptées, dans l'éducation parentale) ; Aucune différence n'était observée avec le groupe contrôle lors de la mesure primaire (Aberrant Behavior Checklist‑Hyperactivity), mais l'intervention fonctionnelle a significativement amélioré plusieurs indicateurs spécifiques de la fugue (amélioration des mesures de sécurité, réduction de la sévérité de l'elopement et diminution des épisodes rapportés) ; et le comportement "fugeur" de 31,6 % des enfants du groupe fonctionnel a été améliorés contre 2,6 % dans le groupe contrôle, avec des effets maintenus à 28 semaines ; un faible taux d'abandon, et aucun événement indésirable signalé comme lié au traitement[21].
Prévalence, statistiques
modifierDes chercheurs ont commencé à recenser les cas, concluant par exemple en 2025 que de 30 à 68 % des enfants avec TSA ont au moins une fois échappé à la surveillance de leurs parents ou tuteurs[22] ; selon une analyse (2025) basée sur 648 enfants autistes âgés de 30 à 68 mois, des blessures graves on concerné 27 % d'entre eux, en lien avec des fuges, des retards d'adaptation et d'apprentissages précoces[23]. Dans ce panel, 81 % des enfants présentaient un retard d'adaptation et 59 % fugaient parfois ou souvent[23]. L'interaction entre fugue, adaptation et retard dans les apprentissages précoces constitue un facteur clé du risque de blessure[23].
Une enquête d'Anderson et ses collègues, basée sur un questionnaire en ligne, a interrogé les parents de 1 218 enfants avec TSA et 1 076 de leurs frères et sœurs sans TSA : 49 % des répondants ont déclaré que leur enfant avait tenté de s'enfuir au moins une fois après l'âge de quatre ans, et 26 % que l'enfant avait disparu assez longtemps pour susciter l'inquiétude ; parmi ces derniers, 24 % avaient été exposés à un risque de noyade et 65 % à un risque d'accident de la circulation. Statistiquement, les fugues surviennent surtout dans des lieux familiers, non dans des environnements inconnus. Dans l'étude faite en Ontario, 74 % des fugues concernaient le domicile, 40 % les magasins et 29 % des écoles[2].
Et deux épidémiologistes de l'Université de Colombia (G. Li et J. Guan en 2017) ont montré, en se basant sur les certificats de décès que le risque de mort par noyade est aux USA 160 fois plus élevé les enfants autistes, et que en moyenne, une personne autiste meurt dans ce pays 35,8 ans plus tôt que la population générale, avec un risque particulièrement élevé entre zéro et 15 ans ; les morts par blessure surviennent en moyenne à 29,1 ans chez les personnes autistes, contre 54,7 ans dans la population générale et les blessures en cause ont souvent eu lieu à domicile ou en institution (40,4 % des cas) ; et les auteurs signalent que ce risque est sous-estimé car l'autisme est sous‑déclaré sur les certificats de décès[5].
Facteurs de risque
modifierLe risque de fugue augmente dans les contextes qui sont ou qui viennent d'être source de stess pour la personne autiste ; et il est plus élevé chez les enfants, adolescents ou adultes dont l'autisme est sévère, c'est à dire présentant des difficultés de communication marquées, associée à une déficience intellectuelle ou à un TSA dit « de bas niveau de fonctionnement » : le risque croît en moyenne de 9 % pour chaque hausse de 10 points au score T de l'échelle Social Responsiveness Scale)[3]. Les frères et sœurs sans TSA présentent des taux de fugue nettement inférieurs, et ce à tous les âges[3].
Selon Winggins et al. (2026), le risque est plus élevé chez les enfants faisant preuve d'hyperactivité, d'impulsivité et de comportements dits « perturbateurs », mais il tend à diminuer à l'adolescence et se fait plus rare chez l'adulte[22].
Chez les adolescents concernés, les départs impromptus surviennent surtout dans des lieux publics (58,3 %)[22].
Conséquences, risques et dangers
modifierOutre un stress important pour les familles[3] (monoparentales notamment), sachant que l'élopement survient majoritairement au domicile (dans 74 % des cas) ou dans les magasins (40 %) ou à l'école (29 %), ce qui complique la prévention et est une source constante de stress pour la famille et les proches, ainsi que pour certains aidants, notamment dans les environnement dangereux[2].
Le risque de fuite désorganise le sommeil et la vie des familles, qui doivent rester en hypervigilance et se relayer pour surveiller les enfants à risque, risque en partie corrélé au degré d'insuffisance des connaissances de la personne sur les risques pour sa propre sécurité et pour la prévention. Ceci qui pousse les familles à fortement limiter les sorties et activités hors du domicile[2].
Les conséquences décrites par la littérature médicale incluent notamment une importante surexposition au risque de blessures et de mort par noyades accidentelles, asphyxies, accidents de la route, intoxication et d'autres décès accidentels[3],[4],[5],[24]. En se basant sur 20 années de suivi d'un panel de personnes avec TSA aux Etats-Unis, un grouped de chercheurs, en 2019, a montré que 6,4 % des adolescents et adultes autistes de ce panel étaient décédés en 20 ans (en moyenne à l'âge de 39 ans), principalement de suites de maladies chroniques, d'accidents (dont étouffements et intoxications accidentelles) et de complications liées aux médicaments ; et que cette mortalité peut être statistiquement prédite par des difficultés précoces de réciprocité sociale et un faible niveau d'autonomie fonctionnelle[25] et une anxiété physiologique élevée.
Toutes choses égales par ailleurs, le niveau de danger et de risque est en effet augmenté pour les enfants et personnes autistes touchées par des difficultés motrices fines et/ou de coordination des mouvements, difficultés fréquentes dans l'autisme[26] ; car ces personnes se déplace moins efficacement, sont moins capable d'éviter les obstacles et véhicules, de s'arrêter, de se protéger ou de naviguer dans un environnement dangereux et complexe lorsqu'il « fugue ». Certaines personnes autistes (même « à haut niveau de fonctionnement ») ont aussi un trouble de l'orientation, un déficit de mémoire spatiale[27], qui associé à des difficultés de communication et de gestion du stress et des émotions, les empêchera de trouver ou retrouver facilement leur chemin. De nombreuses études, dont en neuroimagerie et en psychologie expérimentale, ont en outre clairement montré que les enfants et personnes autistes perçoivent généralement moins bien le danger, en particulier les signaux implicites sociaux de menace, qui chez elles ne déclenchent pas ou peu ou trop tardivement les réseaux attentionnels et émotionnels qui le seraient chez des personnes neurotypiques, d'où des risques accrus d'accidents. Les comportements impulsifs ou orientés vers un intérêt spécifique malgré le danger sont également plus fréquents[9].
Les enfants autistes non surveillés ont aussi un risque nettement accru d'insolation, de déshydration et d'auto-empoisonnement, risque aggravé en situation de fugue avec exposition à des médicaments ou substances toxiques (selon[Qui ?], les intoxications — alimentaires et surtout médicamenteuses — sont 59 % plus fréquentes — et particulièrement élevées entre 5 et 9 ans — chez les personnes autistes)[28].
Les mécanismes psychiques qui sous-tendent l'élopement autistique
modifierDans plus de la moitié des cas de fugues autistiques étudiées, la fugue semblait être motivée par la recherche proactive de quelque chose de positif pour la personne autiste : par exemple attirer l'attention d'un proche, accéder à un lieu ou à une activité appréciée, ou simplement rechercher une stimulation agréable (on parle alors de « renforcement social positif ») ;
Dans environ un quart des cas, la fugue servait au contraire à échapper à une situation vécue comme désagréable, comme une tâche difficile, un environnement bruyant ou une demande sociale trop exigeante (on parle alors de « renforcement social négatif ») ;
Un troisième mécanisme existe, où la fugue procurerait une sensation agréable en elle-même indépendamment de toute réaction extérieure (« renforcement automatique ») ; il est rarement observé et n'a fait l'objet d'aucun traitement spécifique dans la revue systématique portant sur les études publiées entre 2000 et 2015 . Parmi les interventions étudiées, l'entraînement à la communication fonctionnelle — qui consiste à apprendre à la personne à exprimer autrement ce besoin (par exemple en demandant une pause plutôt qu'en fuguant) — est celle qui revient le plus fréquemment, quelle que soit la cause identifiée. Concernant les stratégies de prévention de ce comportement utilisables au quotidien, les parents interrogés par Anderson et al. (2020) disent recourir principalement au verrouillage des portes et fenêtres (verrous en hauteur), aux dispositifs de suivi ou de surveillance, aux médicaments et à des interventions cognitivo‑comportementales. Les dispositifs de localisation modernes (GPS, bracelets connectés) sont perçus comme utiles pour retrouver rapidement l'enfant et réduire le risque de blessure grave ou de décès, mais ils sont souvent jugés coûteux, peu pratiques ou difficiles d'accès. Les parents précisent souvent, en outre, que ces mesures ne réduisent pas la fugue elle‑même, mais seulement le risque associé[3].
Une revue de la littérature souligne par ailleurs le manque d'études sur l'usage réel des dispositifs « GPS » par les aidants de personnes présentant des troubles du développement (la plupart des travaux portant sur la démence). Les preuves soutenant leur efficacité comme moyen de prévention restent donc limitées, malgré leur recommandation fréquente[29].
À plus long terme, les interventions cognitivo‑comportementales sont considérées comme les approches les plus efficaces pour réduire l'élopement, à condition qu'une évaluation fonctionnelle du comportement soit menée en amont afin d'identifier les causes de la fugue et d'adapter les interventions en conséquence. En 2009, une revue systématique consacrée au traitement de l'élopement chez les personnes présentant des déficits développementaux a identifié 10 études, portant sur 53 participants âgés de 3 à 47 ans[29]. Ce travail recense plusieurs techniques utilisées : renforcement différentiel, extinction, entraînement à la communication fonctionnelle, blocage de la réponse, renforcement non contingent, façonnement et exercices programmés. Des résultats positifs sont rapportés dans 80 % des dix études, ce qui soutient l'efficacité des approches « fondées sur la fonction »[29]. Enfin, une étude rétrospective menée en hopital de jour auprès de onze patients rapporte une réduction importante de la fugue au cours du traitement[30].
Une revue systématique portant sur les études publiées entre 2000 et 2015 montre que l'élopement est le plus souvent maintenu par un renforcement social positif (c'est‑à‑dire que l'enfant fuit pour obtenir quelque chose (par exemple pour retrouver un environnement plaisant, poursuivre un animal, éventuellement susciter de l'attention, voire le plaisir d'être poursuivi...), ce renforcement est identifié chez plus de la moitié des participants[8]. Tandis qu'un renforcement social négatif (l'enfant fuit pour échapper à une demande, une tâche ou une situation aversive pour lui) n'est observé que dans environ 25 % des cas ; le « renforcement automatique »Un comportement est dit automatiquement renforcé lorsqu'il est maintenu par : des sensations internes (visuelles, proprioceptives, vestibulaires, tactiles…) ; des effets physiologiques (réduction de tension, auto‑stimulation) ; des régulations émotionnelles (apaisement, auto‑organisation) ou des boucles sensorielles propres à la personne (stimming, recherche de patterns, etc.)[8]. Il ne dépend ni d'une récompense sociale, ni d'une fuite d'une demande, ni d'un objet externe apparaît rarement (et aucun traitement n'a été évalué pour cette fonction de la fuite)[8].
Dans l'ensemble des études recensées, l'entraînement à la « communication fonctionnelle » (qui est souvent aussi une « communication visualisée »)[31] était l'intervention la plus utilisée, quelle que soit la fonction du comportement identifiée.
Moyens de prévention et leurs limites
modifierLa majorité des familles interrogées, estime, après la phase du diagnistique de TCA, navoir reçu aucune alerte, ni recommandation ni guidance suffisante de la part des professionnels à propos du risque d'élopement et sa gestion[2].
Pour la prévention, les parents interrogés par Anderson et ses collègues en 2020 déclaraient recourir le plus souvent aux mesures suivantes[3] :
- verrouillage des portes et des fenêtres ;
- dispositifs de suivi/surveillance (en théorie, ils accélèrent la localisation de l'enfant et réduisent le risque de blessure grave, mais les parents les jugent souvent indisponibles, peu pratiques et coûteux) ;
- blocage physique/contention [32] ;
- l'« extinction » (qui désigne ici, dans le contexte de l'ABA, l'arrêt du renforcement qui maintenait un comportement ; Autrement dit, un comportement qui « fonctionnait » auparavant — par exemple en procurant de l'attention, en permettant d'échapper à une situation désagréazble, ou en donnant accès à un lieu ou objet désiré...— cesse soudain d'obtenir ce résultat, et finit alors par s'éteindre) ;
- médicaments ; certaines molécules comme le méthylphenidate (ritaline) peuvent atténuer les symptomes du TDAH[33] (souvent associé à l'autisme), mais au début des années 2020, le consensus scientifique est qu'il n'existe aucun médicament psychopharmalogique à l'efficacité démontrée contre l'élopement autistique ;
les seuls traitements efficaces à long termes sont comportementaux, et fondés sur l'analyse préalable des fonctions de l'élopement pour la personne autiste en question (voir paragraphe suivant). Aucun essai clinique n'a porté sur un médicament visant à réduire la fugue elle‑même[34]. - les interventions cognitivo-comportementales et de type ABA. Les parents estimen souvent que ces stratégies ne réduisait l'élopement lui-même, mais qu'elles permettaient seulement de réduire le risque de fuite et/ou de retrouver plus facilement l'enfant, mais de nombreuses études (études de cas aux méthodologies hérérogènes ou ayant porté sur un petit nombre de personnes) ont confirmé que les traitements issus de l'analyse appliquée du comportement ont montré leur efficacité. Selon Mindy Scheithaue (2020), une étude plus serait possible, appuyée sur un protocole dérivé de stratégies validées en recherche à cas uniques (testé par une étude auprès de 24 participants), acceptable par les parents et que les thérapeutes pourraient appliquer avec une forte intégrité[34]. Les premières données d'efficacité, sont mesurées par l'Aberrant Behavior Checklist, la Clinical Global Impression Scale et une Home Elopement Safety Checklist, et elles suggèrent une amélioration dans le groupe traité, justifiant des investigations à plus grande échelle[34].
En 2019, une étude a porté sur les mesures préventives développées par les familles (basée sur les réponses de 394 aidants denfants autistes de 2 à 17 ans suivis dans un centre médical universitaire de pédiatrie du développement)[35] :
68 % des aidants rapportaient que l'enfant avait déjà fait de lélopement (et le risque délopement « nétait lié à aucun facteur sociodémographique », ni à un trouble associé particulier, ni à la prise de médicaments neurocomportementaux, mais les enfants ayant des « capacités de communication limitées » présentent un risque nettement accru. Les mesures préventives les plus utilisées étaient les « verrous en hauteur sur les portes » (51 %). Moins dun quart des familles utilisaient un « permis handicap », des « signalisations visuelles », ou des « certainesdispositifs de géolocalisation ». Les auteurs notent que l'adoption de modifications dépendait du statut socio‑économique et de la présence de comorbidités[35].
L'étude confirme que lélopement est fréquent chez les enfants autistes, particulièrement chez ceux ayant des difficultés de communication ; elle montre que les familles et les proches font un usage très variable des mesures de prévention, et elle insiste sur la nécessité de mieux informer et accompagner les famille. Ce travail fournit des bases pour évaluer l'efficacité des stratégies préventives dans d'autres travaux ou contextes[35].
Des études et une revue de la littérature ont souligné le peu d'études sur l'usage pratique des GPS par les aidants de personnes présentant des troubles de la mémoire[36] ou du développement (la plupart concernant des aidants de personnes atteintes de démence) et le peu de preuves soutenant la recommandation, pourtant répandue, de ces dispositifs comme moyen efficace de prévenir les risques liés à l'élopement.
Les interventions cognitivo-comportementales sont — sur le long terme — considérées comme les approches les plus efficaces pour réduire l'elopement, en particulier après une évaluation fonctionnelle du comportement ayant cherché à déterminer pourquoi l'enfant s'enfuit, les interventions étant ensuite choisies pour correspondre aux causes identifiées[29].
Une revue systématique de 2009 recense parmi les approches employées[29] :
- le « renforcement différentiel » (technique comportementale de renforcement d'un comportement souhaité, qui vise à réduire un autre comportement, qui est lui plus problématique ; en jouant sur ce que l'on renforce et ce que l'on ne renforce plus. Il est utilisé en analyse appliquée du comportement (ABA) ;
- l'« extinction » (qui désigne ici, dans le contexte de l'ABA, l'arrêt du renforcement qui maintenait un comportement ; Autrement dit, un comportement qui « fonctionnait » auparavant — par exemple en procurant de l'attention, en permettant d'échapper à une situation désagréable, ou en donnant accès à un lieu ou objet désiré... — cesse soudain d'obtenir ce résultat, et finit alors par s'éteindre) ;
- l'entraînement à la communication fonctionnelle (l'une des formes de Communication améliorée et alternative, qui vise ici à offrir à l'enfant un moyen de communication qui remplit la même fonction que la fugue, afin de remplacer le comportement de fugueur par une autre réponse, plus sûre et socialement plus acceptable). Les comportements de remplacement, enseignés via le Functional Communication Training (FCT), et doivent toujours être choisis en fonction de la fonction de l'élopement (échapper, obtenir, accéder, sensoriel) et donc après une analyse fonctionnelle préalable des déclencheurs de fuites autistiques. Ils peuvent être très simples (ex : demander de l'aide et du soutien, Demande d'accès à un lieu spécifique sécurisé, demande d'une activité alternative... Il peuvent être non verbaux (cartes PECS, gestes/signes, boutons vocaux...)[37],[38] ;
- le blocage de la réponse (response blocking), qui est une intervention comportementale utilisée en ABA pour prévenir l'élopement en empêchant physiquement l'enfant de terminer la fugue dès qu'elle commence. Réalisé avant que l'élopement ne commence, il empêche celui‑ci d'atteigne l'une de ses conséquences habituelles qui est le renforcement, ce qui peut théoriquement réduire la probabilité que la fugue se reproduise[32] ;
- le renforcement non contingent[39] ;
- le façonnement, c'est à dire le renforcement différentiel des approximations successives d'un comportement cible (autrement dit : il s'agit du fait de récompenser des étapes de plus en plus proches du comportement final espéré, ici ne plus fuguer, en cessant progressivement de renforcer les versions antérieures[40].
- les exercices programmés d'amélioration de compétences sociales et de sécurité, apprenant par exemple à l'enfant — éventuellement à l'aide d'un pictogramme, car on a montré que les supports visuels peuvent diminuent les fugues liées à l'incertitude ou aux transitions difficiles — à demander une pause, exprimer un inconfort, demander un objet. Les exercices peuvent aussi lui apprendre à s'arrêter à un signal (Stop-and-wait), à ne pas franchir une ligne ou un périmètre (Boundary training), à répondre à l'appel de son nom ou prénom... plutôt que de « fuguer ». Des séquences visuelles peuvent l'aider à mieux vivre les transitions difficiles, et selon l'âge, des histoires sociales (scripts ou scénarii sociaux), des jeux de rôle sur la sécurité routière et de la circulation, des exercices de sécurité près de l'eau, des simulations de situations à risque peuvent l'aider à comprendre quand et pourquoi rester près de l'adulte référent ou du tiers de confiance ou comment le retrouver[41],[42].
Des résultats positifs étaient rapportés dans 80 % de dix études évaluées, les auteurs concluant que l'évaluation et les traitements fondés sur la fonction (analyse fonctionnelle, entraînement à la communication fonctionnelle) sont les plus efficaces[29].
Une méta-analyse récente (2025) confirme l'efficacité du FCT pour réduire les comportements problématiques chez les jeunes enfants autistes, à l'école notamment, mais ses auteurs appellent à des recherches plus rigoureuses et mieux documentées, car elles reposent sur un corpus trop limité de cas étudiés et à des études parfois méthodologiquement faibles (moins d'un tiers satisfaisaient les critères du What Works Clearinghouse)[43].
Selon une revue d'études récente (2026)[44], l'élopement n'est généralement pas supprimé ni affecté par l'amélioration des capacités cognitives ou linguistiques, ce qui force à questionner les hypothèses et pratiques cliniques traditionnelles, pratiques qui selon les auteurs devraient évoluer vers une intégration de la prévention de ce type de « fugue » dans les évaluations de routine, les interventions mettant l'accent sur la gestion des comorbidités comme le TDAH et l'amélioration de la sensibilisation/formation aux compétences en matière de pratiques cliniques et de dispositifs de soutien pour la sécurité des personnes autistes (par exemple pour les forces de l'ordre, pompiers ou samu, etc. qui devraient pouvoir adapter leurs interventions face à une personne autiste en fugue et éventuellement en crise)[45].
En particulier pour les familles, monoparentales notamment, en difficulté (notamment financière) ou issues de minorités, des besoins et enjeux spécifiques (familiaux et communautaires) existent pour les aidants[45].
Dans la culture populaire
modifierLe sujet de la fugue autistique, en raison de sa charge émotionnelle, se prête à une utilisation dans des œuvres de fiction ou de témoignages.
Au cinéma, dans les téléfilms ou séries
modifierLe phénomène apparaît dans des films centrés sur des personnages autistes, y compris biographique comme :
- Temple Grandin (film) (2010), où la protagoniste enfant s'échappe à plusieurs reprises de la maison ou de l'école pour fuir une surcharge sensorielle ou émotionnelle ;
- The Black Balloon (2008), qui montre le frère autiste du personnage principal quittant soudainement un lieu sûr et errant dans l'espace public, nécessitant une recherche urgente ;
- Le Monde de Nathan (A Brilliant Young Mind , 2014), où Nathan, surstimulé émotionnellement et et sensoriellement, lors de l'olympiade de mathématiques à Taïwan, quitte brusquement son hôtel, et s'éloigne seul dans la ville ;
- Mr. Wolff (The Accountant, 2016) où des départs impulsifs hors supervision sont déclenchés par des situations sociales ou sensorielles perçues comme accablantes et sources de crises autistiques.
Dans la littérature
modifierOn peut citer, parmi les romans et autres ouvrages qui contiennent des descriptions de comportements de fugue autistique :
Romans
modifier- le roman The Curious Incident of the Dog in the Night-Time (Mark Haddon, 2003) ou le protagoniste fuit hors du domicile familial, le lecteur suivant son périple dans des environnements inconnus.
Récits autobiographiques d'autistes adultes
modifier- ceux de Temple Grandin ou Donna Williams, qui décrivent des errances ou fuites durant l'enfance, souvent liés à la surcharge sensorielle, à l'anxiété ou à la recherche d'un lieu apaisant.
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifier- Trouble du spectre de l'autisme
- TDAH
- Déficience intellectuelle
- Troubles du comportement
- Fugue
- Errance
- Sécurité
- Empathie des personnes autistes
- Analyse appliquée du comportement
- Théorie de l'esprit
- Empathie
- Bracelet connecté
- Disparition
- Noyade
- Masquage autistique
- Méthode TEACCH
- Snoezelen
- Atypie-Friendly (programme d'intégration des personnes avec TND)
Bibliographie
modifier- Connie Anderson, J. Kiely Law, Amy Daniels et Catherine Rice, « Occurrence and family impact of elopement in children with autism spectrum disorders », PubMed, vol. 130, no 5, , p. 870–877 (ISSN 1098-4275, PMID 23045563, PMCID 4524545, DOI 10.1542/peds.2012-0762, lire en ligne, consulté le )
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