Albert de L'Espée
Le baron Albert de L'Espée, né à Metz le et mort à Antibes le , est un riche dilettante français, à l'origine de la construction de maintes villas et châteaux répartis à travers la France.
Biographie
modifierPremières années et mariage
modifierAlbert de L'Espée est le fils d'Édouard de L'Espée (1820-1855), officier de cavalerie, et de son épouse, née Marie-Joséphine de Gargan (1828-1892). Elle-même est la fille de Théodore de Gargan et de Marguerite de Wendel, et l'un des héritiers de la famille de Wendel. La condition de leur mariage étant qu'il renonce à sa carrière militaire, le père démissionna du grade de lieutenant au 7e Régiment des Dragons de Lunéville en 1851, à trente ans, après dix ans de service dans ce corps. Le colonel Michel Ney, dans le rapport de la démission, précise qu'il quittait le service afin de contracter une union très avantageuse du point de vue financier et des plus convenable quant à sa position familiale. Les deux familles étaient adeptes d'un catholicisme austère presque teinté de jansénisme et royalistes légitimistes. Le couple eut trois enfants : lui, Édouard, ainsi qu'Alice, qui épousa Maurice de Poulpiquet du Halgouët. Albert est aussi par sa mère le cousin de Pierre de Coubertin, rénovateur des Jeux olympiques, pour qui il semble n'éprouver aucun intérêt[1].
Le baron est un personnage misanthrope et peu sociable, préférant la compagnie de ses chiens à celle des humains. Suffisamment riche pour financer ses projets architecturaux pharaoniques, il développa une passion inconsidérée pour l’orgue remontant à la première fois où il entendit César Franck en jouer. Il retrancha dans la solitude de ses nombreuses propriétés dispersées à travers la France. En avance sur son temps, il dote ses somptueuses bâtisses d’équipements les plus modernes pour son époque et d’orgues monumentaux[1].
Il se maria le à Metz avec Delphine de Bongars (fille du marquis Edmond Auguste Guillaume de Bongars), qu'il a rencontré l'année précédente et dont il eut un fils, René[2]. S'il est sensible à ses charmes, il ne l'a jamais vraiment aimé ; simplement, ils étaient en âge de se marier, venaient du même milieu et possédaient chacun une bonne fortune. Les fréquents départs en solitaire du baron et l'arrivée très tardivement de l'enfant après leur union prouvent qu'il s'est plutôt marié pour la forme, afin de poursuivre de son côté une existence informelle, hors d'une vie conjugale routinière[1].
Rencontre avec Biana Duhamel
modifierComme spectacle, il préfère les opéras dramatiques tels que ceux de Richard Wagner, dont il aime jouer des transcriptions sur son piano. Toutefois, face à la publicité de l'opérette Miss Helyett créée en 1890 par Edmond Audran, il se rend un soir à une des toutes premières représentations. Il en apprécie le sujet, à peine grivois et traité avec légèreté, la musique sans prétention mais enjouée et très rythmée, ainsi que l'interprétation parfaite de certains acteurs. Le rôle-titre est tenu par la chanteuse lyrique Biana Duhamel, jeune actrice talentueuse que Vuillard a représentée, où elle apportait « la fleur de ses vingt ans, une voix modeste mais un abattage exceptionnel ». Le spectacle, après sa création aux Bouffes-Parisiens le , connut plus de 800 représentations[3]. Les ovations à la fin ne laissent aucun doute : c'est elle la vedette. Elle l'incite à y retourner le lendemain. Il regrette même de ne pas l'avoir vu quelques mois plus tôt à l'Odéon, où elle fut révélée au public grâce à la pièce à succès L'Enfant prodigue de Michel Carré et où elle enchaîna plus de cent représentations. Les jours suivants, le baron réserve systématiquement la même place au premier plan des fauteuils d'orchestre afin d'admirer celle qui est publiquement vantée pour sa grâce et son sourire malicieux ; il en tombe profondément amoureux. Mais afin d'éviter quelconque scandale, il tient à rester discret[1].
Sa passion pour l'orgue le pousse à voyager en Angleterre jusqu'à l'immense salle de concert d'Albert Hall de Sheffield, pour enfin découvrir l'orgue aux tuyaux d'étain que lui a tant vanté son fabriquant, le facteur d'orgues Aristide Cavaillé-Coll qui l'a installé en 1873. Considéré comme une véritable réussite de sa carrière, il a quelque temps auparavant été de nouveau harmonisé par un de ses employés. L'instrument connaîtra un triste avenir : il sera totalement détruit dans l'incendie du bâtiment de 1937. Le baron connaît de nom cette ville, souvent citée dans les conversations familiales à l'époque des problèmes ayant précédé le rachat du procédé Thomas. Comme Hayange en Moselle, Sheffield est un important centre sidérurgique du nord. Sur place, il est surpris de découvrir que l'instrument reprend la disposition d'un véritable orchestre symphonique. Plus surprenant est le buffet richement décoré. Cavaillé-Coll a réussi, de L'Espée souhaite que cet orgue serve de modèle pour le sien, autant dans son aspect technique qu'ornemental. D'ailleurs, la comparaison des photos de l'orgue de Sheffield avec celui qui sera construit à Ilbarritz pour le baron montre qu'ils sont identiques à deux détails près. Revenu à Paris, il rend évidement visite au facteur afin de discuter de son projet[1].
Il continue de se rendre chaque soir voir Miss Helyett selon le même rituel, envoyant systématiquement à l'actrice une gerbe de fleurs accompagné de la même carte de visite sans commentaire. Bien qu'elle soit gravée du joli titre de « Albert, baron de L'Espée », Duhamel ne parvient pas à associer ce nom à un visage connu ; il faut dire que nombreux sont les hommes à la regarder fixement et vouloir forcer le passage afin de parvenir à la porte de sa loge. Pourtant, un soir, il ose s'approcher d'une dame peu discrète, parlant fort et bardée d'aigrettes, ressemblant à l'artiste mais en plus âgée : il comprend que c'est sa mère. Bibiane Duhamel est actrice comme sa fille, mais n'a jamais connu que des seconds rôles et reçoit ce soir-là les félicitations de Biana comme si c'étaient les siennes. Une fois la foule dispersée, Albert l'aborde en la complimentant sur sa fille, espérant ainsi pouvoir mieux l'approcher. Par la suite, le baron et la jeune actrice se voient régulièrement, quand elle est remplacée dans son rôle par Debério. Mais comme avoir vingt ans à cet époque est considéré comme être mineur et qu'elle habite chez sa mère, il faut rester discret et l'histoire doit rester entre eux. Sous un faux nom, il loue un appartement de l'hôtel des Deux-Mondes et obtient le silence des employés moyennant finance. L'artiste n'est pas tellement séduite par l'apparence de son amant, qui n'est pas avantageuse. Mais, malgré son succès, le risque de tomber dans l'oubli à cause d'un public frivole et de compliquer le début de sa carrière incertaine est grand. Ce serait donc dommage de ne pas saisir une telle opportunité de se mener une vie aussi facile grâce à la générosité de son admirateur[1].
Début de sa fièvre bâtisseuse : Kéroset
modifierCette relation contrarie un peu ses relations avec son épouse et développera sa frénésie de constructeur. Fin 1890, il souhaite peut-être montrer encore plus son détachement d'elle. Au lieu de célébrer le premier Noël avec son fils René, il s'enfuit à Saint-Vallier-de-Thiey retrouver ses chiens, sa chasse et le bon air[1]. En 1891, Delphine se laisse convaincre par son mari d'apporter les modifications nécessaires au château breton de Kéroset (ou de Kerozer), près de Vannes. En effet, René doit pouvoir grandir dans une demeure saine et confortable, à l'abri de l'humidité et du froid, faire ses premiers pas dans un parc propre et sans ornière, sur des allées bien dessinées. Il convoque l'architecte parisien Bourdilliat pour lui présenter ses souhaits, puis les travaux peuvent commencer. Pendant ce temps, à Paris, la manufacture d'orgues Cavaillé-Coll a bien avancé sur le projet de l'orgue, bien que son emplacement n'ait pas encore été décidé. Sis avenue du Maine, l'atelier pourra bientôt voir s'élever les premiers tuyaux et entendre les premiers timbres qui en sortiront. Bien que des travaux aient également lieu à Saint-Vallier-de-Thiey et Les Adrets-de-l'Estérel, ils n'ont rien de comparable avec ceux de Kéroset, se réduisant à des améliorations techniques de l'existant[1].
Biana est peu disponible, le succès de Miss Helyett poussant les Bouffes-Parisiens à prolonger les représentations jusqu'en . Albert prend son mal en patience de vivre avec l'impression insupportable de la partager avec d'autres (le public), ainsi qu'un éventuel rival qui pourrait la faire succomber. Delphine ne lui reproche plus ses absences trop longues, pensant à René, qui apprend à marcher sans connaître son père. Celui-ci ne lui témoigne pas tellement d'attention parce qu'il ignore comment s'y prendre, n'en ayant pas lui-même reçu à son âge. Toutefois, il fait preuve de bonne volonté auprès de son épouse en décidant de s'installer à Quiberon. Il s'interdit de vivre au Kéroset avant la fin des travaux extérieurs et vient de découvrir les charmes de ce village de pêcheurs, station familiale exempte de mondanité et situé à quatre-vingt-dix minutes de Vannes par voie ferrée. Il a déniché au-dessus de la plage du Goviro, vers la pointe de Goulvars, l'enclos idéal. C'est une petite maison toute blanche, avec un simple rez-de-chaussée, un étage sous comble et derrière, une tourelle d'escalier disproportionnée. Non loin, la cour est fermée par d'anciennes fermes de granit aux toits d'ardoises transformées en remises. Autour s'étale un vaste jardin entouré de hauts murs, mais celui côté mer est percé de grilles permettant de profiter du panorama sur le large. Justement, le baron y découvre une pancarte mentionnant : « Maison à louer, s'adresser à l'Hôtel de France ». Quand quelque chose lui plait, inutile de parler prix ; cet endroit lui plaît, est disponible, il pourra y venir quand il le souhaite : il la loue alors payée d'avance pour un an. Elle est actuellement toujours visible derrière ses hauts murs[1].
Cependant, en s'installant ici, il ne prévoit pas son prochain coup de cœur. Un jour de beau temps, voyant au-delà de la mer le rivage de Belle-Île-en-Mer, il embarque avec son domestique de confiance Joseph Bermond sur le Ville de Palais, un vapeur assurant la liaison en moins d'une heure jusqu'au Palais, plus gros des quatre bourgs de l'île. Le baron reste confiné dans sa cabine pendant le trajet. Sitôt à terre, ne souhaitant pas subir les bruits de l'activité portuaire, il monte immédiatement dans une carriole attelée qui le conduit à travers une campagne paisible vallonnée, parfois près des falaises abruptes et déchirées, surplombant les rochers et les grèves fortifiées. À Goulphar, le cocher raconte que le peintre post-impressionniste australien John Peter Russell, réputé très riche, a fait construire une belle maison au-dessus de la baie, surnommée le château de l'Anglais (elle a été depuis remplacée par un hôtel). Plus loin, le paysage est sublime, parsemé des rochers déchiquetés de la pointe des Poulains, là où l'actrice Sarah Bernhardt passera ses vacances chaque année à partir de 1894, au point que le fort qui s'y trouve déjà sera nommé en son honneur[4]. À l'est, le charmant hameau de pêche de Sauzon longeant la rive d'un bras de mer. Après le sémaphore de la pointe de Taillefer, la côte parait moins hostile. Jusqu'à la citadelle de Belle-Île-en-Mer de Vauban, la falaise escarpée est vierge de toute construction, préservé des vents et le silence absolu de la lande déserte n'est perturbé que par le ressac. Le baron se demande si un terrain est disponible à la vente, mais ne doit pas tarder sous peine de rater le départ du dernier vapeur et rentre à Quiberon[1].
Belle-Île-en-Mer
modifierPar la suite, le notaire l'informe rapidement sur l'identité des propriétaires des parcelles qui l'intéressent, fermiers d'accord pour vendre des lopins près de la mer incultivables. Maître Mitry se charge de la transaction ; lorsque tout sera en ordre, les documents seront envoyé au notaire parisien d'Albert. Lequel a passé l'été au bord de l'océan et regagne début septembre Paris, puis Saint-Vallier et Les Adrets jusqu'en octobre. Les deux mois suivants sont occupés à la chasse à Andelot-en-Montagne dans le Jura, où il a loué pour lui seul et deux de ses fidèles serviteurs un petit hôtel de la famille Mousseaux. Cette pension très bien tenue est habituée aux séjours de ce client original, arrivant toujours avec son lit, sa vaisselle et ses chiens occupant leur propre chambre. Mais cette année, le gibier est moins abondant qu'à Saint-Vallier. Encore une fois, il passe Noël sans sa famille[1].
Quand vient 1892, il est à Saint-Vallier ; Biana, enfin en congés, est invitée à le rejoindre. Mi-janvier, le couple passe quelques jours chez un ami de Duhamel, Émile Vassal, rentier quadragénaire membre de l'Union Artistique. Il possède dans la forêt de Rambouillet, justement connue pour ses chasses, le château de Saint-Léger. Le baron, une fois ses fusils révisés par l'armurier parisien Morian, espère bien chasser et passer du temps avec son amante. L'hôte est toutefois surpris lorsqu'il constate que, sur le perron de son château, sont livrés les affaires de son invité la veille de son arrivée : tables, chaises, grill, moulin à café, broches, descentes de lit et toutes sortes de plats, en plus des bagages habituels. Toutefois, il est peu probable qu'il ait rencontré la duchesse d'Uzès, qui possédait tout proche le domaine de Bonnelles, réputé pour ses chasses les plus fameuses du pays[1].
En février, il rejoint son épouse à Kéroset le temps de s'informer du bon déroulé des travaux du parc et de donner son avis sur les plans que l'architecte a fait parvenir de Paris. Si tout va bien, les entrepreneurs s'attelleront à la tâche dans quelques mois. La location de la maison de Quiberon n'est pas finie et l'acquisition des terrains de Belle-Île-en-Mer est sur le point de s'achever. Il repart donc pour la villa Saint-Clément, rejoint par ses domestiques des Adrets, eux-mêmes suivis par quantité des mêmes caisses qu'à chaque voyage : garde-robe, sommiers, matelas, légumes alors introuvables en Bretagne et une bonne partie de la cave à vin des Adrets. Il multiplie aussi les visites à Belle-Île afin de mieux étudier les assauts de la mer et du vent à l'emplacement qu'il convoite pour installer son nouveau havre de paix qui devra en être protégé. Parfois, la soudaine furie de l'océan l'empêche de retourner sur la terre ferme, l'obligeant à séjourner au petit Hôtel de Bretagne, au Palais. Puis, Biana rejoint Albert à Quiberon ; mais, par prudence, il la loge au centre-ville, à l'Hôtel de France. Elle visite également l'île, qu'elle imagine mieux[1].
Le , il apprend par télégramme le décès de sa mère Marie-Joséphine à Metz survenu l'avant-veille, à 63 ans ; il regagne rapidement sa ville natale afin de suivre le convoi jusqu'à Hayange, où ont lieu les funérailles. Autant deux de ses enfants, Alice et Édouard sont très affectés par cette disparition inattendue, autant Albert ne laisse transparaitre aucune émotion. Le , la défunte est inhumée dans la crypte de la grande chapelle gothique, où elle rejoint son mari parti trente-sept ans plus tôt qui hantait sa mémoire à chaque instant. Maintenant, les trois enfants doivent partager son immense fortune. Concernant l'importante partie de la maison Wendel, Albert devient à part entière un « Petit-Fils de François de Wendel ». Citons aussi les actions de de Wendel et Cie qui produit de l'acier à Jœuf (Meurthe-et-Moselle), ainsi que la participation familiales dans d'autres sociétés et du patrimoine immobilier, dont le château d'Antibes, que chaque enfant a apprécié mais qu'aucun ne veut conserver. Henri de Wendel, gérant de la société et responsable des biens de la famille, gère le partage. Albert est riche et l'héritage maternelle complète le revenu des importants placements qu'il effectue judicieusement depuis plusieurs années dans des sociétés de chemin de fer et mine, secteurs au rendement très avantageux[1].
Début avril, il rejoint son épouse restée au Kéroset, où les travaux d'assainissement sont désormais finis. Il songe déjà à la manière dont il va employer ce que lui rapporte quotidiennement le capital dont il dispose désormais. À presque quarante ans, il est propriétaire du chalet de Séguret des Adrets, d'une villa à Saint-Vallier, du château de Kéroset et de terrains sur Belle-Île, ainsi qu'indivis avec sa fratrie du château familial d'Antibes. De plus, il est locataire de la villa de Quiberon et du chalet de Théoule, que monsieur Tardy ne veut toujours pas lui vendre. À Paris, il préfère loger à l'hôtel des Deux-Mondes plutôt que de partager l'appartement de la rue de l'Isly avec son épouse et son beau-père. Exaspérée par cette situation, elle estime que ça ne peut plus durer. Ses amies, mademoiselle Blondel, la baronne de Wouildt et madame de Kerguennec, ainsi que le père, ne comprennent pas que sous prétexte de l'originalité de son mari, elle accepte ses étrangetés et absences répétées, alors qu'il est aussi le père de son fils. Le marquis accepte même de se séparer de sa fille et chercher un appartement pour lui seul. Jusqu'à sa mort, il habitera ainsi le 25 rue Godot-de-Mauroy. Mais elle aussi veut quitter son appartement, souhaitant se trouver aux premières loges de la vie élégante de la capitale : elle trouvera son bonheur en s'installant au 55 avenue des Champs-Élysées. Toutefois, les habitudes de son époux ne changeront pas pour autant. Conservant son appartement à l'hôtel qui lui convient toujours, il achète aussi un vaste hôtel particulier au 50 avenue du Bois-de-Boulogne, afin d'installer son orgue dont il ne peut se passer en vivant à la capitale. Le facteur est donc sollicité de nouveau et doit agir vite pour satisfaire son généreux mécène, afin de construire un instrument à trois claviers et quarante-deux jeux qui rugira bientôt dans le quartier, au détriment de ses voisins[1].
Thonon-les-Bains
modifierL'orgue n'est pas achevé qu'il repart pour de nouveaux rêves. Il commence à ébaucher les formes de sa maison de Belle-Île. Et il en souhaite désormais une à Biarritz lui permettant, grâce à son éloignement, d'annexer à sa solitude la compagnie de son amante. Éternellement préoccupé par sa santé, il consulte un médecin qui le rassure sur sa bronchite qui semble stationnaire. Mais son infection urinaire, qui le fait souffrir depuis déjà un moment, lui vaut la forte recommandation d'un séjour à Thonon-les-Bains, dont la source réalise parait-il des miracles. Douze heures de trains le mènent à découvrir cette charmante petite ville, si merveilleusement installée sur les rives de cette mer intérieure qu'est le Léman. Comme d'habitude, son arrivée à l'hôtel suscite la curiosité. Les deux valets des Adrets, Joseph et Jean Bermond, déchargent en gare des malles emballées d'étoffe cousue afin d'éviter que la poussière n'y pénètre. L'hôtel choisi est récent, remontant à quatre ans, comme les thermes voisins. En dépit du confort et du modernisme, il vient avec ses affaires encombrantes, ce qui pose soucis à la direction de l'établissement. Au lieu du panorama lacustre au nord, il a préféré ouvrir ses fenêtres à l'opposé, vers les premières cimes se découpant dans le ciel. Toujours insensible à cette société mondaine fréquentant la ville ou Évian-les-Bains, entre casinos, fêtes et hippodromes, il reste seul : il est venu se soigner[1].
L'endroit lui plaisant, il souhaite une nouvelle fois acquérir un terrain suffisamment isolé des environs, lui permettant de revenir plus souvent. Le concierge de l'hôtel lui suggère de se renseigner auprès de l'homme le plus averti sur le sujet, monsieur Picot, propriétaire de la brasserie Saint-Jean place des Arts, tout en s'occupant justement d'immobilier. Sympathique et jovial, peut-être un peu roublard, il promet de trouver pour son client la propriété « de ses rêves » avant la fin de son séjour. Justement, en septembre, le baron signe l'acte d'achat d'une vaste villa situés dans le quartier de Morillon. Presque tout lui convient, mais il reste des travaux à réaliser. Embauché à demeure, le gardien suit les travaux et réalise les compte-rendus lors de l'absence de son employeur, déjà reparti pour le Kéroset via Paris. Il songe maintenant aux travaux sur Belle-Île, dans lesquels il se lance pleinement. Delphine vient parfois visiter cette dernière folie, plus en curieuse que sur invitation de son mari. L'absence de style esthétique la surprend, mais rassurée que Kéroset ne se verra pas affublée d'une architecture aussi fantaisiste. En effet, elle lui a expressément demander d'en conserver le caractère de manoir breton. Il en poursuit la rénovation entre deux chantiers ailleurs, dans une frénésie jusqu'alors inconnue. Surtout qu'il travaille aussi sur sa future villa basque[1].
Château d'Ilbarritz
modifierÀ Kéroset, Bourdilliat satisfait le couple en conservant l'existant, tout en remaniant l'édifice de fond en comble dont on ne fait que rehausser les toitures. Malgré ses très nombreux chantiers, le baron continue de séjourner très souvent à Paris. Duhamel est remontée sur scène pour quelques mois dans son rôle fétiche qui l'a rendue célèbre et son succès est toujours aussi grand. Cavaillé-Coll, qui n'est pas au bout de ses peines, est surveillé étroitement par son client difficile mais généreux, toujours plus exigeant dans la composition de l'orgue pour sa future résidence de Biarritz, qui n'existe pour l'instant que dans l'imagination et quelques croquis du baron. Il est justement appelé là-bas par Maître Blaise, notaire chargé avec l'agence Benquet et l'architecte Gustave Huguenin de dénicher les terres tant espérées. Au cours de son dernier voyage, il a découvert une éminence sauvage et désertée à la sortie méridionale de la ville, colline correspondant exactement à ses désirs. Il restait au notaire à convaincre les propriétaires de céder leurs parcelles ; le télégramme qu'il envoie permet d'être optimiste[1].
Les alentours regorgent de demeures extraordinaires érigées pour des nobles en cette fin de siècle. Lady Marie Caroline Bruce fait ériger la villa Marbella mauresque imitant les cours de l'Alhambra sur un terrain de la grève de Chabiague acheté en 1863. Elle fut détruite dans les années 1960, remplacée par les résidences Édouard VII[5]. La reine Nathalie de Serbie oublia son divorce humiliant en s'installant à Bidart, sur le terrain que sa sœur la princesse Ghyka avait acquis deux ans plus tôt du pharmacien Molères, qui lui sert désormais de refuge, charmant exil face à la mer. En l'honneur de son fils Alexandre, devenu roi à son tour, elle rebaptise le palais classique en Sacchino (il s'appelle aujourd’hui Les Ailes), petit nom affectueux qu'elle lui donnait lorsqu'elle était encore admise à la Cour de son pays. Lord Pennington Mellor a lui préféré s'éloigner des fureurs imprévisibles de la mer pour un promontoire où se tient son manoir « old British », le château de Françon, théâtre des chasses au renard et dîners les plus courus de Biarritz. Entre ces trois propriétés opulentes, l'horizon est barré par la colline de Handia au lieu-dit Ilbarritz. Aucune de ces trois personnes n'ont su apprécier le panorama unique, ni contempler le sublime tableau offert par la nature du haut de ce promontoire sauvage. Le baron l'avait découvert lors d'une de ses nombreuses recherches dans le secteur pour trouver le terrain idéal. Après avoir gravi la colline jusqu'à son sommet, il a découvert ce qu'aucun autre site ne peut offrir en une seule fois, un panorama mêlant moult décors marins et montagnards[1].
Dès 1893, maître Blaise a entrepris les premiers pourparlers avec les propriétaires, tandis qu'Huguenin commence à travailler sur les plans de construction, d'après les ébauches fournies par le baron. Cela dit, d'après Pierre-Barthélémy Gheusi, il lui aura fallu en tout plus de mille-deux-cents plans pour l'édification du domaine. Toutes ses exigences sont enfin réunies : le climat biarrot tonique, la température généralement douce le long de l'année, l'exposition sans obstacle du site ouvert de tous les côtés et l'isolement du terrain. Début 1894, tandis que la villa de Thonon est achevée, que celle de Belle-Île l'est presque et que le chantier de Kéroset bat son plein, il presse le facteur afin que l'orgue qu'il destine à Ilbarritz soit rapidement achevé dans les ateliers parisiens. À ses yeux, cette fabrication compte plus que l'assassinat du président Sadi Carnot qui vient d'avoir lieu le 24 juin à Lyon ; plus encore que les soubresauts de l'affaire de Panama qui agite depuis deux ans le pays, sorti indemne du boulangisme et bientôt divisé par l'affaire Dreyfus[1].
Sur le chantier, Albert exige d'isoler rapidement le terrain du monde externe, afin que nul ne puisse y pénétrer. Ainsi sont installés d'infranchissables rangées doubles ou triples de clôtures galvanisées hautes de deux mètres, séparées d'un mètre et demi, aux poteaux métalliques fixés tous les trois mètres dans des massifs de maçonnerie. Averti par ses expériences précédentes à Belle-Île, il refuse de voir sa propriété envahie de curieux. Pour surveiller l'entreprise, il reloue à monsieur Bellair la villa Mouriscot bordant le lac du même nom : par sa proximité immédiate, il lui permet de multiplier les trajets jour comme nuit. Alors que le creusement des fondations commence à peine, le baron fait remplacer Morin par Louis Moussempès. Ce changement permet notamment au client d'imposer une nouvelle loi : les ouvriers les plus méritants (qui travaillent sans relâche et dans la plus grande propreté) verront leur salaire doublé. Fin 1894, le sous-sol prend forme, le terrain est en cours d'assainissement et le système de paratonnerres sera bientôt fini. Avant de repartir pour Kéroset, Belle-Île, puis à Thonon, pour quelques semaines de repos bien mérité, le baron donne des dernières consignes à son architecte : à son retour, il espère que soient dressés les plans des dépendances qu'il a imaginées[1].
Montriond
modifierDepuis plusieurs années, la villégiature montagnarde connaît un véritable essor et la réputation grandissantes des Alpes attire des touristes en masse, profitant des sources thermales dans une ambiance de fêtes, de concerts et de réceptions fastueuses. Mais le baron déroge à cette règle en acquérant le Morillon, seulement venu pour se soigner. Cependant, Thonon n'est pas à proprement parler au cœur de la montagne ; l'air doit être bien meilleur plus haut et loin. En 1895, l'arrivée du printemps lui permet de parcourir les hauteurs qu'il aperçoit des fenêtres de sa maison. Delphine, bien que son épouse, n'y est pas conviée. De toutes façons, à Paris, son père le marquis n'est pas en forme et elle a préféré rester à ses côtés. Toutefois, Biana est invitée et l'accompagne dans ses randonnées, alors qu'il lui parle sans cesse de la surprise qu'il lui réserve à Biarritz. Un matin à l'aube, la voiture prend la direction du Biot et des Gets dans la haute vallée d'Aulps. Quelques heures plus tard, ils déjeunent à la seule auberge de Montriond, minuscule village de bois aux fermes typiques : le site est désert, merveilleux, l'air y est pur et sec et les couleurs sont vives[1].
À une lieue de là, ils découvrent l'isolement d'un lac aux eaux vertes, perché à mille-cinquante mètres d'altitude, dans lequel se reflètent les rochers et les sapins des versants abrupts environnants, que les habitants appellent lac Noir. Aucune habitation ne souille encore ce décor féérique évoquant les plus belles vallées suisses ou autrichiennes. Seule une chapelle paraissant désaffectée s'érige au commencement du lac, sur un tertre aisé d'accès, mais où dit-on personne n'ose venir. De retour au village, charmée par l'endroit, elle se renseigne et l'aubergiste lui apprend que cette chapelle a été érigée quarante ans plus tôt par l'abbé Cottet, mais qu'elle est vouée à la haine quasi-générale des habitants de la vallée. La rumeur publique accuse son fondateur d'être à l'origine de l'affaire des possédées de Morzine. Depuis, plus personne ne prie dans ce lieu de culte tombant en ruine faute d'entretien. Et l'aubergiste ajoute : « D'ailleurs, si vous n'avez pas peur, vous pouvez toujours la racheter. Le terrain est à vendre ! ». La nuit approchant, le retour à Thonon n'est plus possible à une heure aussi tardive de l'après-midi : le couple passe donc la nuit dans la fameuse auberge dénuée de tout confort. Quelques jours plus tard, peut-être sous l'insistance de Biana séduite par le décor ou simplement grâce la beauté toujours vierge du site, son amant est décidé à acquérir la chapelle. C'est un nouveau chantier en perspective[1]...
À Ilbarritz, les ouvriers continuent à concrétiser son caprice. Dans tout le Pays Basque se répandent les rumeurs les plus folles, faisant du baron un Barbe Bleue ou un toqué. Il aurait pu bâtir une plus belle villa sur la plage du palais avec moins d'argent ou ouvrir ses fenêtres sur le casino pour voir grouiller les foules. Ils se demandent même s'il érigerait une ville ou une colonie. C'est mal connaître ses goûts originaux, lui qui préfère plutôt truquer sa brousse hostile à coup de millions plutôt que de se trouver proche d'un magasin alimenté en nouveautés parisiennes. Les premiers détracteurs déplorent qu'il dépense autant pour planter là pour lui seul une masse aussi lourde ne ressemblant à rien. Les jaloux décrivent sans l'avoir vu le luxe inouï des installations. La critique amère, l'agressivité méchante de ses contemporains que ne manque pas de lui rapporter l'architecte indiffèrent le baron. En effet, celui-ci a pour ses semblables un immense dédain, ce qui lui confère un rempart des plus solides. Aux Adrets comme à Saint-Vallier où il se rend pour chasser en septembre, partout où il passe, il sait qu'il est pris pour un fou. À tous ceux qui n'ont rien d'autre à faire que de le dénigrer, le moquer, il préfère la compagnie de ses chiens, qu'il retrouve toujours avec le même plaisir[1].
Une vie isolée
modifierMais à Saint-Vallier, un télégramme le rappelle à Paris : son beau-père vient de mourir à 71 ans à son domicile le 29 septembre 1895 ; il n'a pas la joie de connaître les nouveaux aménagements de son château familial. Delphine perd son père tant aimé qui avait su la soutenir dans l'épreuve de son mariage qui n'en était plus un. Surtout que son mari, qui aurait dû se trouver auprès d'elle, la quitte au pire des moments : elle le soupçonne désormais d'aller voir ailleurs. Elle se sent seule, n'ayant plus pour la réconforter que son fils de 5 ans : il comprend qu'elle est malheureuse lorsqu'il la surprend essuyant ses larmes. C'est en costume de deuil qu'elle est présente au mariage de son beau-frère Édouard qui, à quarante ans, épouse Marguerite de Beaurepaire-Louvagny à Saint-Germain-en-Laye. Albert est venu, bien qu'il estime perdre son temps pour assister au bonheur de celui qu'il n'affectionne pas. Il espère faire taire les reproches qui lui sont assénés chaque fois qu'il évite les réunions familiales. Aucune circonstance atténuante n'excuse son absence à l'enterrement de sa cousine Céline de l'Espée (1820-1891, sans alliance, fille de Hyacinthe et Marie Élisabeth de Cholet) à Charmes, ni au mariage en 1890 de Jean-François de l'Espée (futur général) avec Marie Falciano-Covelever (d'origine américaine), ni au baptême des cinq enfants d'Alice. Chez les Gargan et les Wendel, ses apparitions ne sont motivées que par l'obligation qu'il a parfois d'assister aux assemblées de l'entreprise. Même ses contacts avec François de Curel, désormais célèbre, sont brisés[1].
À 43 ans, Albert s'enferme dans une tour d'ivoire. Après le mariage de son frère et un bref passage à Ilbarritz pour inspecter son chantier, il part pour les Adrets où l'attendent ses chiens et éventuellement Biana. À Antibes, le château en vente depuis trois ans n'a toujours pas trouvé preneur. C'est l'occasion d'y passer une partie de l'hiver, comme autrefois, sauf qu'une loi vient d'autoriser la destruction des remparts de la ville. De la terrasse, au-dessus des palmiers, la vue ne sera plus jamais la même. Jusqu'en 1897, parcourant le chemin de fer sur des milliers de kilomètres, il demeure insaisissable et il est difficile de déterminer où il se trouve tant il parcourt le pays d'une demeure à l'autre. Comme si ses incroyables villas d'alors ne lui suffisaient pas, il vient d'achever en un an à peine une autre construction sur les rives du lac de Montriond, un chalet qui s'ajoute à sa collection déjà riche de résidences[1].
En mai 1896, c'est son amour pour Wagner qui le pousse à rejoindre Paris, ne voulant rater à aucun prix la représentation de l'opéra Tannhäuser (1845), depuis quelques jours à l'affiche de l'opéra Garnier. Ensuite, direction Ilbarritz : si le château est inachevé, le pavillon des cuisines est prêt à recevoir le maître des lieux et ses deux fidèles domestiques. Sur place, il réfléchit aux futurs aménagements. Il semble s'inspirer de la mode du siècle précédent pour les parcs à fabriques, inspirée à la fois de l'Italie et de la Chine. Lorsqu'une idée surgit, Huguenin et l'entrepreneur Moussempès sont convoqués immédiatement afin de longer avec lui l'immensité de la friche. La villa de son amante étant terminée, elle est venue l'habiter avec sa mère, avec l'autorisation du maître des lieux... à condition qu'il ne la rencontre jamais sur ses propres terres : la dame est bien trop curieuse[1].
Ilbarritz, domaine monumental, mais prison dorée
modifierCe n'est qu'en 1897 que s'achève le chantier. Bien vite, la colline attire irrésistiblement, les promeneurs arrivent de Biarritz afin d'admirer cette ville insolite construite pour un seul homme. Ici aussi le personnage acquiert une aura légendaire, passant pour un nouveau Gilles de Retz. Les jours tempétueux, le château pourtant neuf arbore des airs de ruine féodale, avant même que l'orgue n'y résonne. Le baron, toujours indifférent aux ragots, supporte l'attente interminable précédant sa livraison, alors qu'il l'a vue achevée dans les ateliers de Cavaillé-Coll. Il n'arrive qu'à la fin de cette année et c'est sur place que l'harmoniste de l'entreprise, monsieur Carloni, dans ce somptueux décor : il est récompensé d'un louis d'or pour chaque timbre harmonisé[1].
Le mélomane peut alors en jouer lors de longues veillées nocturnes, faisant rugir ses cinq mille tuyaux, toujours les fenêtres ouvertes. Rapidement, chaque nuit est envahie par les clameurs frénétiques des airs de Parsifal ou de Tannhäuser ; ou bien les galeries s'éclairent si une insomnie le tire du lit, l'incitant à rejoindre l'avant-poste féodal de la falaise ou atteindre la passerelle par la plus escarpée une casemate bastionnée où se reposent ses chiens. Une nuit de pleine lune, le maître des lieux est sur le qui vive, braquant le télescope qu'il vient d'installer sur la plus haute terrasse de son donjon sur la lande aride, il découvre qu'un intrus a osé braver les barbelés défendant sa propriété. Lui lâchant dessus plusieurs de ses molosses, il allume le phare de marine qui vient d'être branché sur sa plus haute lucarne lucarne de guet pour mieux le repérer. Mais les chiens n'attaquent pas le mystérieux personnage, qu'ils reconnaissent : c'est Biana. Déguisée en garçon, elle s'est amusée à défier la vigilance de son despotique amant. Il finit aussi par comprendre que, sûrement lasse de son exil sur ces terres étroitement protégées, elle franchissait les clôtures du nord afin de perdre au casino de Biarritz les économies mises à l'abri par sa mère[1].
Une autre fois, il dirige alors son faisceau électrique sur la villa des Sables où elle est censée dormir, fouille l'enclos et les environs de la maison, allant jusqu'à inspecter la rangée de marabouts la délimitant. Il va même explorer le tournant quand le fiacre de la reine Nathalie de Serbie surgit à toute vitesse ; aveuglé par cet œil électrique, le cocher perd le contrôle de ses chevaux et le véhicule tombe dans le fossé. Heureusement, la souveraine n'a pas été blessée dans sa chute. L'actrice avait déjà essayé de fuir par la mer le château de Belle-Île avec la complicité d'un marin soudoyé afin de profiter de la vie trépidante de Quiberon. Mais signalée par les chiens de son amant, celui-ci la rattrapa par bateau. Dans le fond, il souhaite la rendre heureuse, mais il la condamne à une vie de recluse. Prisonnière des boiseries cirées et des marbres brillants de sa demeure, même elle ne peut se rendre comme elle le souhaite dans le domaine du baron, ni partager les repas de son geôlier qui ne sait jamais à l'avance où le conduira son humeur. Le cuisinier a pour ordre de préparer un déjeuner au « Moyen Âge » (le lieu où il habite) mais aussi dans la tour hexagonale et dans la salle à manger surélevée. Mais finalement, son employeur décide qu'il ne mange pas... permettant aux domestiques heureux de se partager le repas du misanthrope, préférant rester devant son orgue[1].
Déceptions amoureuses
modifierÀ Paris, son épouse ne cherche plus à comprendre, mais les rumeurs toujours plus fantaisistes le concernant, colportées et amplifiées par les mondaines, l'importunent grandement. Dans le Monde, Paris est un village et Biarritz son faubourg. À 35 ans, encore jolie, elle rencontre une personne marquante, chez la marquise de Ploeuc ou peut-être chez madame de la Fonchais. Il s'agit de François Caze de Caumont, petit-fils de la Tremblaye-Doniol, propriétaire de la villa Maizières d'Antibes, maison où elle avait logé avec son père lors des pourparlers de son mariage[1]. Il loge à Paris chez ses parents au 66 rue Pierre-Charron, près de chez elle. Officier de cavalerie désargenté, il semble éprouver rapidement pour sa voisine des sentiments sincères qu'il lui témoigne dans l'ardeur d'une cour effrénée. Cède-t-elle rapidement à ces avances ? En tous cas, son mari ne s'ennuie pas de son côté[1].
Début 1898, le baron est comblé en apparence, malgré sa santé toujours précaire et le fossé qui se creuse avec Delphine. Alors que l'affaire Dreyfus bat son plein après le « J'accuse…! » d'Émile Zola, que sa propre famille composée de beaucoup de militaires, doit savoir dans quel camp se ranger, il reste indifférent. À 45 ans passées, les millions que lui rapportent la maison de Wendel lui permet de se bâtir un univers très personnel, monde issu de ses chimères de jeunesse où les chiens sont rois, existence singulière éparpillée en divers endroits. En exilé volontaire, il se refugie là où nul n'a songé à vivre avant lui, s'isolant au milieu de ses clôtures dans ses domaines construits sans souci de beauté. À sa famille qu'il délaisse depuis longtemps, il préfère la compagnie de son amante quand bon lui semble. Promise à une carrière éclatante, l'artiste a accepté de s'écarter des planches pour son admirateur, sûrement séduite par la perspective mirobolante de vivre en princesse. Malheureusement, l'accès au palais de son amant ne lui est permis qu'à la vue du drapeau hissé sur la plus haute terrasse du belvédère. Sa villa, bien que reçue en cadeau, est devenue une prison dorée, où la corvée la plus difficile est de l'attendre. Les espiègleries de Biana ne plaisent plus à Albert, comme à l'époque du chantier inachevé, où elle sut exiger de lui qu'elle se baigne nue, conduite à la mer entre une haie double de maçons tournant le dos à son passage[1].
Fatalement, le couple se sépare, mais nul ne sait qui congédia l'autre. Mais il est probable que la vingtenaire ait pris seule la décision de rompre, espérant retrouver une meilleure compagnie dans les coulisses d'un théâtre. C'est ainsi qu'elle revend sa villa le 4 février au propriétaire qui dans un ultime conciliabule a émis le souhait de choisir lui-même l'hypothétique voisin qui la remplacerait. Immédiatement, il fait murer la poterne triple qui a permis à l'amante de venir le rejoindre pendant quelques années par le chemin le plus court, via le mur séparant leurs propriétés. Désormais seul, Albert songe à d'autres pics pour méditer sur le départ de son amante. Il est en avril à Paris afin de régler les quelques milliers de francs qu'il doit encore au facteur et envoie une courte missive à son notaire biarrot maître Blaise, à qui il n'ose pas avouer les motifs de la décision inattendue qu'il vient de prendre[1] :
« Je consentirais à vendre, bien qu'à regret, ma propriété de Bidart, le voisinage de la mer influent sur ma santé. Lorsque vous connaitrez quelqu'un désirant en faire l'acquisition et capable d'y mettre une somme assez ronde, avisez-m'en par lettre ou dépêche. Donnez-moi son nom. Le concierge n'est pas autorisé à laisser visiter. »
Le domaine est achevé depuis peu qu'il songe déjà à le vendre ! En vrai, le prétexte sanitaire invoqué masque l'échec de sa relation. Car jusque dans ses moindres détails, il a été élaboré uniquement pour sa propre santé. En outre, l'orgue qui le préoccupait depuis tant d'années, quasiment sa raison de vivre, pour lequel il dépensa tellement d'efforts et d'argent, vient tout juste d'être installé dans sa salle aux airs de basilique. Ainsi, malgré toutes les fortunes dépensées dans la création de son Paradis, son désarrois affectif l'oblige à le quitter au plus vite pour d'autres horizons. À ce propos, il est difficile d'évaluer le total desdites sommes, même le notaire étant incapable de le préciser, les travaux ayant été décidés sur place, sans devis, ni calcul, et payés aux entreprises sitôt achevés. On parle d'au moins cinq millions de francs-ors ! Christophe Luraschi, dans son ouvrage paru en 1998, estime l'équivalent à environ quatre-vingt-dix millions de francs d'alors (soit plus de vingt-et-un millions d'euros en 2025[6]), sans compter le mobilier, ni le fameux instrument. Mais avant de quitter définitivement les lieux et d'en confier les milliers de clés au concierge Baptiste, il trouve pour la fameuse villa un nouvel habitant, travaillant lui aussi dans le spectacle : Pedro Gailhard, directeur de l'opéra Garnier. Mais il ne rencontrera jamais son futur voisin, puisqu'il partira avant[1].
Ascensions montagnardes
modifierCe n'est pas à Paris qu'il se remettra de son malheur, la tentation de retrouver son ancienne amante sera peut-être trop grande. En attendant un nouveau rôle, grâce au capital retiré de la vente de la villa, elle a loué un appartement luxueux avenue Mac-Mahon, tout près de la place de l’Étoile. Il fuira aussi la plupart de ses demeures, partant, via un arrêt à sa villa de Thonon-les-Bains, pour celle du lac de Montriond, où il passera l'été. Mais son barrage n'a pas l'effet souhaité et les eaux baissent comme chaque année ; il ne veut plus lutter. À dos de mulet, suivi de son personnel et de sa meute, il inspecte son territoire. Afin d'aller plus loin, il n'hésite pas à financer le traçage de chemins dans la haute vallée. Jamais à court d'idée, il a mis en place dans les passages trop pentus nécessitant plus d'efforts un ingénieux système de cordage auquel il s'arrime et de poulies fixées aux arbres, actionnées par ses domestiques. Attaché par la taille, il se laisse tirer sans ressentir la moindre fatigue. Il appliquera plus tard le système à la luge lorsqu'il découvrira les joies de la neige, inventant ainsi le tout premier remonte-pente. Le site est également très propice à la chasse, ce qui a comblé le baron dès son premier séjour, pourtant peu familier du nouveau gibier qu'il découvre. D'ailleurs, un paysan malhonnête espère profiter de la générosité de ce voisin et le tromper en attachant une de ses chèvres là où les chamois et les bouquetins ont leur habitude, pour obtenir de lui un dédommagement très confortable. Mais le chasseur ne se laissera avoir qu'une seule fois et apprendra à distinguer les animaux domestiques et sauvages même de loin[1].
Après avoir parcouru le moindre recoin accessible des environs, des ravins aux hauteurs, il décide de s'élever sans toucher terre. Dans le plus grand secret, il commande son nouveau rêve à l'aéronaute Alexandre Liwentaal (et), dans un hangar près de Morzine. Il sera présenté quelque temps plus tard, sur le près au clou avoisinant la maison Grivel, devant les villageois médusés. Regroupés en masse et rejoints par d'autres habitants de la région, ils assistent au grossissement d'un ballon captif, à bord duquel l'éternel excentrique projette d'inspecter l'altitude. Gonflé dans son filet, l'engin est transporté jusqu'au lac, maintenu au-dessus des sapins par des câbles et des cordes. La population escorte triomphalement l'aéronaute ; l'instituteur monsieur Deaquis, le maire et d'autres personnes souhaitent prendre leur baptême de l'air. Face à tant d'enthousiasme et d'humilité, il accepte. Ces vols sont l'occasion de prendre plusieurs photos, dont une avec une quinzaine de personnes posant devant l'aéronef à terre à Montriard et une autre quand il est dans les airs[1].
La grève générale des cheminots de l'automne 1898 l'empêchant de se rendre à Paris comme prévu, il fait encore voler son ballon. Accompagné de son pilote, il remarque suspendu au-dessus du lac un pic inabordable du côté qu'il aperçoit, mais formant de l'autre un beau plateau verdoyant connu des bergers, mais rendu vierge de toute occupation par son accès presque impraticable. Revenu sur le plancher des vaches, il souhaite une nouvelle fois acquérir un terrain qui l'a séduit pour y bâtir une autre demeure. Pendant que la transaction est en voie d'aboutir, il continue ses investigations aériennes. Un jour, au niveau des Gaillardets, Liwentaal lâche trop de lest et perd le contrôle de la nacelle : les deux passagers disparaissent et les Meurians, témoins du drame, s'inquiètent à l'idée de perdre un voisin si distrayant. Ce n'est que quelques heures plus tard que l'engin atterrit sans dommage sur une prairie Suisse, en ayant évité les contrôles douaniers. L'aventure est narrées par les journaux helvétiques de l'époque[1].
À l'approche de l'hiver, avant de retrouver Saint-Vallier où il pourra concevoir les plans de son nouveau projet, il part pour Belle-Île[1]. Après ces longues journées montagnardes, l'orgue et les bains de mers chauffés dans sa piscine lui font le plus grand bien. Toutefois, sa visite en cette saison a un motif particulier. S'il a choisi de bâtir sur cette île, c'est pour être sûr d'y trouver le calme absolu. Or, depuis quelque temps, les gazettes en parlent abondamment depuis que Sarah Bernhardt a décidé d'y installer chaque été une cour très parisienne, mêlant les mondes du théâtre et de la littérature. Elle acheta en 1894 le fort des Poulains et s'y installa en 1895 après d'énormes travaux ; heureusement, c'est à l'opposé de Taillefer, sur la pointe des Poulains. Toutefois, la quiétude de l'île est perturbée à chacun de ses séjours. Plus gênant sont les journalistes indiscrets, qui en outre s'interrogent sur la demeure insolite du baron, construite sans crainte qu'elle ne soit engloutie par les flots. Après avoir demandé le doublement de ses barrières et s'être assuré de la vigilance de son gardien, il repart en train pour Paris afin de profiter d'un abonnement encore inutilisé à la Comédie-Française[1].
Poursuivant son chemin, il ne prend plus la peine d'informer Delphine de sa destination. Elle s'est habituée à sa nouvelle vie, libre depuis la mort de son père d'envisager comme elle veut l'existence que lui impose un époux absent. Comme d'habitude, elle partage son temps entre la capitale et son château, où elle donne des réceptions somptueuses, organise des pique-niques et entreprend des excursions accompagnées par ses nombreux amis bretons. Parfois, elle voyage hors de France, en Italie et en Autriche, guidé par son ami ou amant François. Quand son mari lui rend visite à Paris, c'est surtout pour s'assurer que leur fils ait tout ce qui lui faut. Mais il manque à René, trop jeune pour l'exprimer, le principal : son père[1]. De retour en Provence, il séjourne dans sa villa d'Antibes où il joue de l'orgue et dans celle de Saint-Vallier où il peut chasser ; il en profite pour visiter les jardins de la Villa Eilenroc le pic de l'Estérel. Si le programme du théâtre mérite le déplacement, il prend le train jusqu'à Monte-Carlo (Monaco). En ce temps, il est préoccupé par son nouveau projet montagnard ; si la vente d'Ilbarritz se passe comme prévu, il obtiendra une somme d'argent suffisante pour ne pas entamer son capital[1].
La musique contre ses déceptions
modifierMais début 1899, maître Blaise n'a toujours pas trouvé client, mais tant pis : le projet se fera. Au début de l'hiver, les ouvriers ont déjà aplani là où s'élèvera le futur château. Par chance, une source a été détectée à proximité et depuis, elle est baptisée par les Meurians « la Fontaine du Baron ». Depuis Saint-Vallier, il a réglé le problème de l'acheminement des matériaux vers le futur chantier. Ouvrir une voie d'accès facile sur le versant le moins abrupt aurait été trop chronophage aux yeux du client impatient. Liwentaal doit construire des ballons transportant les matériaux par les airs. Mais en février, il est introuvable : ayant empoché les sommes à valoir par son client pour ses futures prestations, il est parti pour la Suisse, poursuivi par de nombreux créanciers. Il ne laisse derrière lui qu'un amas de matériel nécessaire à la construction des aéronefs et des dettes dans toute la vallée. Suite aux plaintes déposées par les débiteurs, ce matériel est saisi par le président du Tribunal de Commerce de Thonon, anéantissant le projet extraordinaire du baron, le forçant à l'abandonner[1].
Face à sa défaite forcée, il agrandit la villa du lac de Montriond de pavillons disgracieux et dresse autour de hautes clôtures. Chaque jour plus déçu par le vice de ses concitoyens, il préfère se retrancher derrière son orchestrion. Il donne à son seul public, ses chiens, un concert improvisé par la mécanique de son engin face aux eaux indomptées du lac. La musique demeure sa seule passion, l'aidant à se transcender par une pratique habile et un peu folle. Mais il apprend que son facteur d'orgue, celui qui était presque devenu un ami selon sa conception particulière de l'amitié, a quitté ce monde à 88 ans. Sentant sa fin proche, il a toutefois eu le temps de désigner son successeur : Charles Mutin[1].
L'Exposition universelle de 1900 se déroule une nouvelle fois à Paris ; le baron ne vient pas la découvrir en touriste. Près de la tour Eiffel, il cherche le pavillon des instruments de musique, mais ne peut conserver son anonymat devant l'espace de la maison Cavaillé-Coll-Mutin exposant un orgue qui partira bientôt pour Moscou. Il découvre les nouveaux harmoniums de la réputée maison Alexandre Père et Fils. Dans la section italienne, il est impressionné et songer face à l'unique exemplaire de la plus extraordinaire des boîtes à musique, capable de jouer sept-cent-cinquante airs différents et un opéra entier (vingt-deux heures) sans s'arrêter. Pesant 3 tonnes, il mesure 18 mètres de long, 40 mètres de larges et autant de hauteur et son assemblage a demandé quinze ans à son inventeur. Malheureusement, il n'est pas à vendre et sera offert après l'exposition à la reine d'Italie[1].
Au palais du Trocadéro, dans la salle Davioud, il assiste à la série de concerts laïcs donnés par Alexandre Guilmant. À Notre-Dame, le grand orgue vient d'être confié à Louis Vierne, un des élèves les plus brillants du regretté César Franck qui reste attaché à la formule de l'orgue symphonique enseignée par son maître pour l'Église. Albert, comme autrefois à la basilique Sainte-Clotilde de Paris où il écoutait son maître, il peut rester longtemps au milieu de la nef à écouter l'instrument. Le soir venu, il rentre chez lui avenue du Bois-de-Boulogne, encore imprégné par ce qu'il vient d'entendre et continue sur son propre instrument, improvisant sublimement sur des airs comme ceux du Vaisseau fantôme ou de Parsifal. Il oublie tout, jusqu'à ses voisins... qui, après avoir vainement protesté contre le bruyant musicien, finissent par s'unir pour porter plainte. Menacé par un procès, il préfère fuir et retourner sur la Côte d'Azur, où nul ne viendra l'ennuyer[1].
Folies en vente
modifierEn analysant sa vie écoulée, il constate que sa fortune toujours alimentée par ses parts de l'entreprise Wendel lui permet d'assurer sa vie matérielle, mais son caractère particulier l'empêche de supporter la moindre compagnie. vivant séparé de sa femme, il n'a pas su retenir son amante et rares sont ses amis. Les seuls autorisés à venir chez lui pour des chasses sont le docteur Bonfils, de Saint-Maximin, et monsieur de Saint-Michel, de Grasse. Jusqu'alors, il a toujours pensé à n'obtenir le droit de vivre comme il l'entend qu'à grandes dépenses, fuyant la sottise agressive de ses semblables qu'il ignore dans un égoïsme hautain et raffiné. Son univers se réduit à une quinzaine de domestiques au moins, réduits au silence, à la rigueur et aux imprévus des départs pour des destinations jamais révélées à l'avance. Il est toujours plus gravement malade, lui qui a eu sa vie menée par sa santé. De ses neuf propriétés, il préfère celles de Saint-Vallier et Belle-Île. Celles d'Antibes et Ilbarritz sont en vente, celles des Adrets, de Paris, de Thonon et de Montriond sont fermées. Kéroset est légitimement laissé à son héritière. Si celles d'Ilbarritz, Belle-Île, Paris et Antibes ont un orgue et Montriond un orchestrion, quatre de ces cinq instruments sont muets[1].
1902 le voit offrir la villa des Adrets contre les gages qu'il doit encore aux Bermond. Il retourne ensuite jouer une ultime fois de son orgue du château d'Ilbarritz, fermé depuis quatre ans. Comme les beaux soirs d'autrefois, le château est éclairé chaque nuit. Bientôt, comme convenu, les ouvriers de Mutin (son nouveau propriétaire) le démonteront. Le constat de maître Blaise est formel : cet orgue est un handicap pour l'éventuel acheteur du site[1].
En 1903, les pièces du château sont remplies de morceaux de l'instrument. Le baron contacte monsieur Picot de vendre sa demeure de Thonon, dans laquelle il n'a jamais fait que passer, qu'il vend seulement pour cent-vingt-mille francs ; ainsi que celle de Montriond pour trente-cinq mille, alors que son mobilier à lui seul vaut au moins le double. Manifestement pressé et satisfait de l'efficacité de cet agent, il lui confie également la vente du château d'Ilbarritz. Maître Blaise et monsieur Benquet n'avaient pas réussi à vendre malgré leurs efforts et le prix de vente dix fois moins élevé que celui de son coût, le lieu étant trop original. Car si l'on admet que la vente de la demeure basque puisse rapidement s'effectuer, le fortuné accepte de perdre en un an la somme faramineuse de cinq millions quatre cent quarante-cinq francs-or [1]!
Vie de famille
modifierDelphine lui fait savoir en 1904 son souhait de déménager, trouvant son appartement qu'elle loue depuis bientôt neuf ans trop exigu et sombre. Devenu adolescent, René a besoin d'air et d'espace ; en outre, le développement de la voiture et de son odeur nauséabonde impose de laisser les fenêtres fermées, chose nuisible pour cette femme née à la campagne. Or, un appartement spacieux vient d'être libéré par le comte de Narbonne dans la rue de Marignan voisine. L'annonce de ce déménagement permet au baron de passer du temps avec ce fils délaissé, élevé par sa mère dans des préceptes stricts de la religion et du devoir, tout en cédant aux caprices de cet enfant unique. Malgré son physique robuste et un peu enveloppé, il n'a pas hérité de la corpulence de son père, mais tient de sa mère son ossature fine et son visage rond. Son caractère est inégal, vif et tendre, querelleur, mais au bon fond. Ses cours de pianos donnés par Madame Martelly l'ennuient au plus haut point ; il préfèrerait se livrer à l'escrime, mais sa mère le défend, jugeant ce sport dangereux. Le père, peut-être par esprit de contradiction, se met à plus se préoccuper de celui qu'il apprend à connaître. Et il accepte ce que refuse la mère : l'arrêt des cours de piano pour démarrer ceux d'escrime. Au lieu de renforcer le couple, ce regain d'intérêt pour le fils ne fait qu'en accroître les tensions[1].
L'adolescent est-il fasciné par les automobiles ? Albert lui en fait construire une, probablement une Panhard et Levassor. Comme pour tout le reste, ce nouveau véhicule conforme à ses préceptes ne passe pas inaperçu : au-dessus se dresse un paratonnerre relié par des câbles de cuivre à des chaînes traînant sur le sol, laissant dans son sillage un effroyable nuage de poussières. L'habitacle situé derrière l'espace du chauffeur a une cabine rehaussée, le baron craignant de rester assis sur de trop longues distances souhaite avoir la possibilité de rester debout. Au-dessus du conducteur, une ouverture vitrée dans la carrosserie permet de découvrir le paysage. L'intérieur est tapissé de marqueterie de bois rares et un plancher double favorise l'isolation[1].
Il prévient maître Blaise qu'il reviendra annuellement quelques mois à Ilbarritz, supportant mal l'hiver parisien. Sa tante, la baronne Théodore de Gargan, est décédée dans son hôtel de la place Vendôme ; n'ayant pas d'enfant, elle laisse une formidable fortune à sa quinzaine de neveux et nièces, dont Albert, qui reçoit une jolie part. De plus, il dispose des produits de la vente des maisons de Thonon et Montriond. Toutefois, rien n'explique sa motivation à retrouver le pays Basque qu'il pensait avoir déserté à tout jamais. Pourtant, il revient dans sa demeure, projetant une nouvelle fois d'en améliorer le confort. Les mois suivants, ils continuent de papillonner d'une demeure à l'autre, emmenant parfois avec lui son fils. Il retourne même avec lui en Lorraine, afin de lui faire découvrir la terre de ses ancêtres, ainsi que les installations des forges et aciéries familiales. Sans l'accord de son épouse, il le fait même séjourner à Kéroset, dont il est toujours le propriétaire ; il songe d'ailleurs à l'élargir d'un nouveau salon à l'ouest. Sur Belle-Île, sa crainte de voir débarquer toujours plus de touristes pour approcher la fameuse actrice se confirme. Le baron Meunier du Houssoy vient d'ériger un énorme manoir de pierres et de briques au milieu de la lande. Heureusement, Taillefer reste préservé des masses de curieux[1].
Retour à Ilbarritz
modifierEn 1905, il renonce soudainement à se séparer d'Ilbarritz, ordonnant à Benquet et Blaise de le retirer de la vente et confirmant sa volonté d'y séjourner. Comme douze ans auparavant, l'architecte Huguenin est convoqué pour construire rapidement ses nouveaux souhaits. En effet depuis quelque temps, il rend visite à Mutin, non par nostalgie, ni regret pour l'instrument qu'il a vendu deux ans plus tôt. Il constate d'ailleurs qu'il est sur le point d'être remonté afin de trouver un nouvel acquéreur dans l'éclat de ses sonorités. L'entreprise, malgré le mauvais coup consécutif de la séparation de l'Église et de l'État et consciente de la rareté de clients aussi fantasques que le baron, reste pourtant très confiante. Sa présence s'explique par son envie de vendre son instrument parisien, ce que Mutin accepte sans hésiter car il pense avoir trouvé un acquéreur intéressé pour l'église parisienne Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts (ce sera fait via un achat par le comte Bertier de Savigny en 1907). Albert souhaite aussi commander un nouvel instrument pour sa villa basque. Comme personne dans la fabrique ne s'étonne de rien venant de lui, elle accepte de répondre à ce défi farfelu mais intéressant. Ce sera un grand instrument à trois claviers. De plus, Albert est une nouvelle fois amoureux : une jolie blonde, que l'on dit viennoise. Toutefois, retenant la leçon de sa relation avec Biana installée trop loin du château pour pouvoir s'évader, il décide de la loger plus près de lui, sans toutefois accepter sa présence chez lui[1].
Fin 1906, la mort à 62 ans d'Henri de Wendel (le gérant de la société et responsable des biens familiaux depuis 1870, qui a notamment géré le partage de l'héritage maternel) près de Paris d'une longue maladie, consterne tant la famille d'Albert que la Lorraine entière. À Hayange, malgré les soubresauts des premières luttes sociales qui ont remué les usines, huit mille ouvriers ont suivi le rituel impressionnant des funérailles du dernier représentant de la sixième génération des Maîtres de forges. Dans l'église paroissiale, rebâtie par les Gargan et les Wendel, toutes les branches familiales sont représentées. Voici ses cousins : François, Humbert et Maurice de Wendel, fils du défunt, le marquis de Montaigu, le comte de Vaulserre et monsieur Grandet ses beaux-frères, ainsi que ses neveux, Charles et Guy de Wendel, le duc de Maillé, Hubert, René et Auguste de Montaigu, le comte de Luart, le baron de Klopstein, les Gargan, les Firino, les Coëtlosquet, les Curel, Maurice et Alice du Halgouët et le baron Édouard de l'Espée. Sont aussi venus les représentants de l'occupant allemand : messieurs Zorn von Burlach, von Zeppelin, de Jaunez. S'y mêlent tous les châtelains lorrains, les industriels du pays, les délégations de Stiring, de Jœuf, de Roselle, de Moyeuvre, de Jamailles, ainsi que le conseil municipal hayangeois. La seule absence remarquée n'est autre que celle d'Albert, terré à Antibes, refusant d'approcher un cercueil par craintes des maladies contagieuses[1].
En 1907, il regagne son domaine basque avec sa nouvelle amante, apprenant l'allemand pour communiquer avec elle. Ses domestiques se voient imposer une nouvelle loi : suivre leur patron à chaque instant tout en restant hors de sa vue, derrière lui. Un jour, Nathalie de Serbie lui fait part de son souhait de découvrir la demeure qu'elle voit depuis ses fenêtres. Admirant sa personnalité, il accepte de la guider partout dans sa demeure, fièrement. Il fait graver dans la pierre d'un banc sur lequel ils se sont assis la phrase : « À sa majesté la reine Nathalie de Serbie »[1].
En 1908 et 1909 comme autrefois, il voyage : en train, dans le compartiment qu'il a réservé pour lui et son amante mystérieuse, ou en voiture. À l'avance, il se prépare plus qu'avant, toujours précédé par ses domestiques installant les meubles dont il ne se sépare jamais. Mais, nouveauté, il découvre Dinard et son Grand-Hôtel, ainsi que Trouville et son hôtel des Roches Noires. Prenant soin de ne jamais paraître en compagnie d'elle, il reçoit parfois son fils de 19 ans, avec qui il a pris l'habitude de correspondre. Malgré toute l'attention que lui porte sa mère, il sait se tourner vers son père quand il en ressent le besoin. Il refuse d'écouter le conseil maternel de se lancer dans des études longues et fastidieuses et de suivre la trace de ses cousins Wendel en entrant à l'école des Mines. Toutefois, il est un cavalier, escrimeur et patineur (admiré par le public du Palais de Glace) accompli. Il collectionne les relations féminines à la volupté monnayée. Aussitôt dans ses poches, l'argent paternel est dépensé dans les courses qui le passionnent. La mère tente de raisonner celui qui suit trop aisément les conseils fantaisistes du père, qui fait vivre à son fils la jeunesse qu'il aurait aimé lui-même connaître. Il lui confie qu'avec la fortune dont il héritera, il n'aura nullement besoin de travailler et lui suggère d'en profiter, car on ne sait jamais ce qui peut arriver[1].
Fin de vie
modifierDivorcée en , Delphine de Bongars se remariera en avec François Caze de Caumont.
Mort à l'âge de 65 ans à Juan-les-Pins, il est inhumé au cimetière d'Hayange.
Le fait qu’il n’existait jusqu’à présent aucune photographie de ce personnage ajoutait encore à sa légende ; mais en 2019, une unique photographie a été découverte[7].
Ses villas et appartements
modifierDans sa vie, le baron aura acheté ou fait construire beaucoup de logements, rangés ici en fonction des régions :

Bourgogne-Franche-Comté
modifierAuvergne-Rhône-Alpes
modifierThonon-les-Bains
modifierLocalisée dans le quartier de Morillon de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), cette vaste villa est achetée en 1892 avec les douze hectares l'entourant pour cinq cent mille francs. Le terrain lui convient, alliant isolement et panorama sur le lac comme sur les montagnes. Toutefois, il reste à clôturer le terrain et perfectionner la demeure. Les ordres sont donnés afin que, durant l'hiver soit faits quelque ajouts : un haut mur doublé de grillage ceinturant la propriété, des salles de bains complètes, des terrasses abritées, plus la décoration à refaire. Embauché à demeure, le gardien suit les travaux et réalise les compte-rendus lors de l'absence de son employeur. Les travaux seront achevés en 1894. Mais cette villa n'étant pas suffisamment isolée au milieu des montagnes pour le satisfaire et il ne fera qu'y passer plus qu'y séjourner, lui préférant le chalet de Montriond. Il la vend en 1903 pour cent-vingt-mille francs[1].
Montriond
modifierEn 1895, alors qu'il randonnait en compagnie de Biana au départ de Thonon, le couple découvrit émerveillé le village de Montriond (Haute-Savoie), au point qu'il acheta un terrain bordant le lac Noir. Après un an et plus de trois-cent-mille francs de travaux, il achève son chalet de bois pimpant et immense, organisé autour de la chapelle maudite qu'il intègre à son projet. Sa définition du chalet est relative : certes, sa nouvelle création en a l'apparence, mais l'intérieur est tout autre et étonne les visiteurs de la vallée le découvrant avec la complicité du gardien, face à tous ces aménagements inédits dans une contrée si reculée. L'endroit aussi abrite un orgue, mais mobile, orchestrion mécanique commandé au facteur Joseph Merklin de Lyon, à tuyaux d'étain et de bois, avec dérouleur de partitions. Le soir, afin d'oublier les soucis de ses chantiers, il se détend en écoutant son orgue jouer du Richard Wagner, du Richard Strauss, ainsi que l'hymne allemand Deutschland über alles, que les villageois connaissent désormais par cœur, comme se souvinrent longtemps après les anciens du village. Il le vend en 1903 pour trente-cinq mille francs. Aujourd'hui, le chalet est méconnaissable, englobé dans un bâtiment plus important servant de colonie de vacances aux enfants des employés de la maison Pernod[1].
Provence-Alpes-Côte d'Azur
modifierVilla à Saint-Vallier-de-Thiey
modifierUne de ses demeures préférées est sa villa de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes), où il se rend parfois pour chasser[1].
Château de l'Espée à Antibes
modifierCe château fut construit vers la fin du Second Empire à Antibes (Alpes-Maritimes). Sitôt que le baron en a cohérité avec son frère et sa sœur de la mère du baron, ils ont eu pour projet de le vendre pendant des années, bien qu'il ait continué à y loger et jouer de l'orgue[1]. Il était entouré d'un somptueux parc de 3 ha où croissaient des essences rares, dont neuf espèces de palmiers et un cyprès géant. Le château passa ensuite entre les mains de la famille des champagnes Pol Roger.
Chalet de Séguret aux Adrets-de-l'Estérel
modifierDans les années 1880, ce personnage original a fait construire sa maison de maître aux Adrets-de-l'Estérel (Var), sur ce qui est maintenant le domaine de Séguret et dont il ne reste que quelques ruines (43°32'00.3"N 6°49'22.9"E). Il était bon chasseur, grand ami des chiens et fervent défenseur de la propreté, mais à un point complètement excessif. En effet, le chenil était entièrement carrelé et charpenté de chêne, et il ne faisait donner à ses chiens que de la viande fraîche, des œufs frais pour les chiots, ou de deux jours maximum pour les plus âgés. Il refusait de boire l’eau de la source des Adrets, et envoyait chercher l’eau à Théoule. Mais ses employés, le plus souvent, s’arrêtaient au pont de l’Esterel, où coule une très belle source, passaient la journée tranquillement et revenaient le soir leurs tonneaux pleins. Le baron avait déjà plusieurs demeures : à Quiberon, dans le Jura et à Saint-Vallier. Quand il était absent, il écrivait à ses employés, leur dictant ses ordres pour la maison et ses chiens. Très maniaque, il faisait nettoyer le matelas de son lit avec de l’alcool de menthe, assainissait les pièces avec du camphre, et ne tolérait pas que son linge soit lavé avec une autre eau que celle de Théoule.
Il voyageait par chemin de fer, emportant avec lui son lit, son linge bien emballé, son pétrin pour faire son pain, et toute sa vaisselle. Il grillait lui-même son café, et avait sa propre vache pour le lait frais, vache à laquelle il avait construit son cabanon personnel.
L'endroit disposait d'une cave à vin, dont il emportait une partie du contenu dans ses voyages. Biana y a séjourné avec lui, notamment en 1995. Il se sépare de sa première construction en 1902 lorsqu'il l'offre aux Bermond, fidèles provençaux à son service depuis plus de vingt ans, contre les gages qu'il leur doit encore[1].
Bretagne
modifierChâteau de Kéroset (ou Kerozer)
modifierVilla sur une falaise de Belle-Île-en-Mer
modifierEn 1891, il choisit de construire une immense villa sur Belle-Île-en-Mer, à Le Palais. L'année suivante, il étudie les caractéristiques du site, sachant que sa villa doit être orientée à l'est, bénéficier de la plus jolie des vues et être protégée des bourrasques les plus violentes venant de l'ouest. Bourdilliat, architecte parisien gérant déjà le chantier de Kéroset, est chargé de mettre au propre les plans que son employeur a dressé pour sa future maison, qui ne ressemble à aucune autre et disposera d'installations nouvelles pour un particulier. Ce sera aussi la première à s'articuler autour d'un orgue, dont Cavaillé-Coll vient de recevoir la commande, peut-être plus modeste que celui projeté pour Biarritz. Dès 1893, les habitants de l'île arrivent en masse vers la pointe de Taillefer afin de voir érigé par soixante ouvriers le château du même nom, masse informe, biscornue et disgracieuse de l'édifice, presque aussi austère que la citadelle voisine. Dans une échancrure de la falaise, le baron a voulu faire construire un rempart de granit supportant la maison, comme si elle était suspendue au-dessus de l'eau. Cette façade s'ouvre au levant entièrement sur la mer par deux larges baies et deux promenoirs de fonte ouvragée, couverts et superposés, formant des terrasses. Au ponant, la façade côté terre est aveugle. Constituée d'un haut mur crénelé, ce pignon dépasse l'ensemble de la bâtisse et se prolonge au nord, protégeant ainsi, des bourrasques venant du large, l'enchevêtrement de toitures de la maison. Cette multitude de toits au dessin très complexe, à deux ou quatre pentes, en dôme ou poivrière, est hérissée de hautes cheminées et dominée par un pavillon pyramidal vitré de toutes parts. Au sud, nombre d'ouvertures aux formes variées offrent une belle vue sur une esplanade nivelée à grands frais. L'ensemble a les airs défensifs d'une redoute. Autour, trois pavillons de bois sont reliés au bâtiment principal par de curieux chemins couverts[1].
Sur cette île où les habitants se sont toujours procuré de quoi construire comme le granit, le baron a fait acheminer par bateaux entiers la fonte pour structurer ses balcons, terrasses et charpentes ; les briques et pierres tendres pour l'effet décoratif des chaînages ; le marbre et le bois précieux pour l'intérieur. Ils débarquent au moins une fois par semaine leur cargaison, devant les habitants sidérés par une telle opulence. Dans toute l'île pullulent les commentaires : il se dit que l'intérieur de ce qui est déjà surnommé le « château du baron de l'Espée », les aménagements seront réalisés avec un luxe inouï. Ils sont alimentés par l'indiscrétion des ouvriers, pour qui l'employeur a loué deux maisons entières, ainsi que celle des rares employés recrutés sur place. Le baron songe depuis longtemps à profiter toute l'année des bienfaits de l'eau de mer. Pour l'acheminer via une pompe électrique, il a donc conçu un système très élaboré de canalisations la chauffant et la filtrant, jusqu'à un vaste bassin de marbre du rez-de-chaussée. Aussi, il perfectionne le système de chauffage. Il améliore les nouveautés découvertes à l'Exposition universelle de 1889 de Paris et des fenêtres doubles isolent parfaitement les appartements du bruit incessant des vagues percutant le roc servant de base au château. Dedans triomphe l'architecture de luxe, alors que les îliens ne croient pas cela possible. Du sol au plafond, les murs sont tapissés de boiseries précieuses, marbre et faïence. Les cuisines sont si spacieuses et équipées qu'elles pourraient assurer la préparation des repas de la garnison de la Citadelle[1].
Le clou est l'orgue rutilant que les ouvriers du facteur viennent d'installer en un temps record dans l'immense salle en pitchpin s'ouvrant sur la mer. Toutefois, les archives de l'entreprise ne conservent aucune trace de cet instrument, dont les seules informations que nous ayons sont celles fournies par de vieux Bellîlois. Le baron a vu grand avec cet instrument plutôt semblable à celui de Paris car possédant trois claviers et pédalier, mais quarante-six jeux, faisant de lui le plus grand construit pour un particulier par l'entreprise. Il coûta soixante-sept-mille-cinq-cents francs, soit plus de la moitié du chiffre d'affaires réalisé par la société depuis 1890. Ainsi, ce château lui permettra de perfectionner plus encore les aménagements sa future demeure biarrotte[1].
Les travaux de ce qui deviendra une de ses demeures favorites seront finis vers 1894. Par la suite, il viendra s'y reposer en prenant des bains de mers chauffés dans sa piscine, de préférence hors-saison pour demeurer tranquille[1].
Elle sera rachetée en 1925 par monseigneur Ernest Petit, archiprêtre de la paroisse Saint-Joseph de Nancy. Ce dernier en fait une maison de vacances dont le rapport alimentera les œuvres de sa paroisse jusqu'en 1939. Ravagée par un incendie après la mort de son propriétaire, cette maison sera rachetée par le comité d'entreprise de la SNCF de Nancy ; rasée elle sera remplacée vers 1947 par un bâtiment moderne qui abrite une colonie de vacances. Quant à l’orgue, c'est peut-être celui qui a été installé lors de la reconstruction en 1900 de l’église de Palais à Belle-Île après son incendie, orgue sur lequel Thierry Escaich est venu improviser en 1999 un duo héroïque avec le violon de Michel Laléouse.
Nouvelle-Aquitaine
modifierVilla à Bidart dans le Pays basque
modifier
Sa frénésie de construction atteindra la démesure avec le délirant château d’Ilbarritz, bâti autour d’un orgue Cavaillé-Coll digne d'une cathédrale, l'un des plus grands construits par le célèbre facteur et qui finira plus tard par être installé comme orgue principal de la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.
Île-de-France
modifierÀ Paris, il louera longtemps un appartement l'hôtel des Deux-Mondes, à partir de 1890, y compris après avoir acheté un vaste hôtel particulier au 50 avenue du Bois-de-Boulogne (actuelle avenue Foch). Bien que n'ayant pas besoin de se loger, il lui faut de la place afin d'installer son orgue dont il joue à toute heure, y compris la nuit, au détriment de ses voisins, qui finiront par le lui faire savoir par porter plainte contre lui[1].
Ses orgues
modifierNotes et références
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- ↑ Petites annonces. Avis mondains. Avis de mariage. Le Figaro, 1er août 1914, p. 4, lire en ligne sur Gallica.
- ↑ Pastel sur papier vers 1891-1892, reproduction couleur p. 187 du catalogue de l'exposition au musée d'Orsay en 2013, Une passion française — La collection Marlene et Spencer Hays, ESFP, 2013.
- ↑ « Corps de garde de la Pointe des Poulains, dit Fort Sarah Bernhardt », notice no PA56000046, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
- ↑ « Villa MARBELLA », sur biarritz1900 : villas disparues
- ↑ « Convertisseur franc-euro : pouvoir d'achat de l'euro et du franc », sur Insee
- ↑ « Ilbarritz : le château cathédrale », Le Figaro magazine, no 23299, , p. 63
Bibliographie
modifier- Christophe Luraschi, Albert de l’Espée, Atlantica, Paris, 1999 (ISBN 2-84394-080-X) (rééd. 2013) ;
- Pierre-Barthélémy Gheusi, Cinquante ans de Paris - Mémoires d'un témoin, Plon, 4 tomes de 1939 à 1942 ;